LA TÉTRALOGIE
cle \ qui, selon un ancien auteur, concourut le premier « drame contre drame •. » Mai» quand ces demiëres conjectures auraient plus d'auto» rite, quand il serait démontré que la condition de présenter quatre drames à la fois ne fut jamais obligatoire pour les poètes tragiques d'Athènes, et que, dès lé temps du grand Sophocle, l'usage même de la tétralogie avait disparu ; pour expli^ quer comment Aristole ne rappelle pas même un tel usage, aussi récemment aboli, ou n'y fait allusion qu'une seule fois et comme en passant ', il faudrait encore tenir compte des préoccupations systématiques de son esprit. Un logicien moins sûr de lui-même, moins préoccupé de sa logique, aurait eu plus d'égards aux premières formes du drame ; il ne se fût pas contenté de dire rapide^ ment que t( la tragédie ne doit pas être étenduo
* Mais qui sait s'il s'agit là du grand Sophocle, car il a eu deux homonymes? Ce pourrait être le second, car lé fait coïnciderait ainsi dans Thistoire du théâtre athénien, avee Tamoin^ drissement de la chorégie,
* SuidaSy au mot Sophocle * Kal avrôç iplt ip&uv, itpoi ^p&tia «7&>vîÇ(9'0aiy à^^à piiô rtz paloy iarj , Voir Welcker, dans son célèbre ouvrage sur la Trilogie d'Eschyle (Darmstadt, 1824-1826), p. 52S ; S.Karsten,De Tetralogia Iragica et didascalia Sophoclea (Amsterdam, 1846), § iv ; et mon Commentaire sur le chap. iv de la Poétique, où je discute une correction proposée par M. Mommsen sur le passage qui concerne les développements de la fable tragique.
' Au chap. IV, si on admet la conjecture de M. Mommsen dont je parle dans mon Commentaire.
jusqu'aux proportions de Fépopée * ; » c'eût été là une occasion trop naturelle pour lui de rappeler ces vastes compositions d^Ëschyle qui, reliant Tune à l'autre trois ou quatre tragédies par la communauté du sujet et par la progression de l'intérêt dramatique, semblaient une sorte d'intermédiaire entre l'épopée d'Homère et le drame de Sophocle ou d'Euripide.
En négligeant la tétralogie de l'ancien théâtre athénien, le philosophe devait négliger aussi les Satyres, ces petits drames qui formaient le complément régulier de la trilogie, et dont nous avons un modèle, aujourd'hui unique, dans le Cyclope d'Euripide. Il y fait bien allusion une ou deux fois ' ; mais ce genre de drame moitié plaisant moitié sérieux, où domine la grâce comique et enfantine des compagnons de Bacchus ^, trouvait difficilement place dans les cadres d'une théorie qui divise toute la poésie en deux fonctions pour ainsi dire, celle de louer et celle de blâmer \ Platon, du reste, avait en cela donné Texemple à son
' Chap. xviii : Xpq /Acuv^o'dac u.^ ttocicv fTroTroitxov ^^Tijixa
* Poétique, chap. iv.
8 Winckelmann, Histoire de l'Art, IV, 2, 4 et 6.
* Eustathe, sur l'Odyssée, VI, 355 (cité par Friebel, Satyrographorum reliquiœ, p. 18), remarque cependant qu'Homère offre, dans TOdyssée, le premier modèle de ces compositions mixtes qu'on a appelées des Satyres. — Voir aussi mon mé<^ moire sur ce sujet, inséré dans l'Annuaire de l'Association des études grecques pour 1873*