OPINIONS DE SOCRATE
Selon lui*, Homère nous a donné le véritable idéal de l'éloquence, en disant d'Ulysse qu'il parle à coup sûr (à(T(pa>.£(i); àyopsuet). Le bon orateur, en effet, est celui qui ne s'appuie que sur ce qui est évident pour ses auditeurs, et qui marche ainsi à son but avec l'assurance d'être suivi par eux dans la voie où il les dirige. Si ce n'est pas là la morale même de l'éloquence, c'en est du moins la tactique heureusement résumée en deux mots ; et Socrate la pratiquait avec une habileté merveilleuse dans ses controverses.
Le fils de Sophronisque avait été sculpteur dans sa jeunesse; son opinion sur les arts plastiques est d'autant plus précieuse à recueillir. Xénophon nous l'a conservée sur deux points principaux. Un jour, dans l'atelier du peintre Parrhasius, Socrate remarque que la peinture doit tendre à reproduire l'expression morale des personnages, et que son rôle ne se borne pas à dessiner les traits d'une ligure. Un autre jour, il étend ce principe à la statuaire, et il fait comprendre au sculpteur Cliton qu'il peut, avec le ciseau, rendre sensibles sur le marbre la vie, les actes même de l'âme : voilà le plus pur spiritualisme de l'art. Cette mention d'entretiens avec les artistes sur les procédés et les secrets de leur art, nous rappelle que deux architectes contemporains aussi de Socrate, Icti-
* Xénophon, Mémoires sur Socrate, IV, 6, § 15.
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nus et Carpion, auteurs d'un des chefs-d'œuvre qui décoraient TAeropole avaient écrit un livre spécial sur ce sujet même*. Elle nous rappelle encore que le sculpteur Polyclète, auteur de la statue célèbre sous le nom de Doryphore, considérée par les anciens comme le canon de la statuaire, avait également écrit un commentaire de son œuvre ^ Un siècle plus tard, la peinture trour vera aussi son théoricien dans Apelles, qui, au dire de Pline, avait écrit plusieurs volumes sur la peinture ^ Pour revenir à Socrate, dans le même entretien, il observe encore que, pour produire le beau dans ses œuvres, un artiste comme Parrhasius ne copie jamais servilement telle ou telle œuvre de la nature, car celle-ci ne produit jamais rien de parfait, mais que d'éléments choisis parmi les objets naturels il compose un ensemble d'une beauté irréprochable. Or, comme ce choix suppose une conception antérieure du beau ou l'application d'une sorte de critérium secret, nous touchons presque ici à la théorie du beau idéal ; on voit que Platon n'aura plus qu'un pas à faire dans cette voie. Socrate discutant la même question à un tout autre point de vue avec Aristippe,
« Vitruve, VII, Proœm., § 12.
' Galien, Trspt tcjv xa9' 'l7r;roxo5?Tï;v îcai n^atwva, IV, 3, t. V, p. 449, èd* Kûhn.
3 Pline, XXXV, § 73.