‹ Essai sur l'histoire de la critique chez les grecs [microform]: introduction à l'étude de la littérature grequeChapitre 57 sur 194 · ARISTOTE CRITIQUE DES TEXTES · texte numérisé non relu

ARISTOTE CRITIQUE DES TEXTES

savons presque rien de la partie de ce travail qui concernait Hésiode, Archiloque, Chœrilus et Euripide ; mais les scholiastes d'Homère, surtout celui qui a été publié par Villoison d'après le célèbre manuscrit de Venise, nous ont conservé un grand nombre d'extraits des Problèmes homériques, qui nous permettent de les apprécier avec quelque confiance. Ces notes se rapportent soit à la discussion du texte et des variantes des manuscrits, soit à l'examen des faits, de leur vraisemblance poétique et de leur sens moral. Dans un de ses plus graves écrits, les Réfutations des sophistes, Aristote a relevé deux de ces variantes du texte homérique, sur lesquelles on disputait de son temps * ; par exemple, dans ces mots du discours de Jupiter au Songe qu'il envoie vers Agamemnon,

(Iliade, II, 15),

fallait-il lire 8i8o(i.£v nous lui donnons, ce qui engageait directement et par un mensonge la parole de Jupiter ; ou bien 8tS6(X£v, avec un autre accent, pour StSojxevat, ce qui offre un sens plus honnête dans la bouche du roi des dieux : « [Junon a fléchi les dieux pour qu'ils] lui donnent la gloire à conquérir ?» Do cette dernière façon, l'hémistiche en question échapperait au blâme sévère de Platon

« Ch. IV. Cf. Poétique, c. xxv, et les schoUes de Venise sur riliade, II, 73.

dans le deuxième livre de la République, Les Problèmes homériques abondaient en discussions de ce genre, ou moins importantes encore, car il s'ag-issait souvent de variantes purement grammaticales *. Quelquefois aussi les observations du naturaliste appuyaient la décision du grammairien 2 ; en général, les interprètes se réfèrent, pour ce qui tient à l'histoire naturelle, au témoignage d'Aristote, soit dans les recherches sur Homère, soit dans son grand ouvrage sur les animaux ^

Ces preuves d une révision toute critique du texte d'Homère donnent quelque poids à la tradition, fort répandue chez les anciens, d'après laquelle le philosophe, soit seul, soit avec le secours de Callisthène et d'Anaxarque, aurait préparé pour Alexandre un exemplaire de l'Iliade et de l'Odyssée, connu plus tard sous le nom à' édition de la cassette, parce qu'Alexandre la fit enfermer dans une cassette précieuse provenant du trésor de Darius *. Ce qui est certain, c'est que si le célèbre exemplaire ne portait pas les corrections d'Aristote lui-même, le livre des Problèmes contenait tous les éléments d'une récension (ài6pG(o<7i;, comme l'ap-

« Scholies sur l'Iliade, II, 447 ; XXI, 122. Scholies sur Tbéocrite, Idylle I, 34.

« Scholies sur l'Iliade, XXI, 252.

' Ibid., II, 459 ; X, 3.35 ; XV, 247; XXI, 92 ; scholies sur rOdyssée, IX, 356, 477, etc.

♦ Fabricius, Bibl. gr., III, p. 357.

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pelèrent plus tard les grammairiens d'Alexandrie) et d'une interprétation historique et littéraire des poèmes homériques. Non-seulement Aristote s'efforçait de constituer le texte, mais il en expliquait les mots difficiles*. Puis il montrait les intentions du poète, et il cherchait à concilier des passages en apparence contradictoires. Ainsi, à ceux qui blâment Homère de représenter les lances des Grecs fichées en terre autour de leurs tentes, il répond que c'était sans doute l'usage des temps héroïques, auquel le poète se conforme comme toujours ; que d'ailleurs cet usage existe encore chez les barbares ^ Des critiques scrupuleux demandaient pourquoi riliade attribue cent villes à la Crète , tandis que l'Odyssée ne lui en attribue que quatre-vingt-dix ^: Héraclide (c'était peut-être Héraclide de Pont, dont nous avons parlé plus haut) pensait que, dans l'intervalle de temps qui sépare l'Odyssée de l'Iliade, dix villes Cretoises avaient été détruites par Idoménée et les siens, explication trop précise pour être vraisemblable, car, selon l'ingénieuse et solide remarque de l'historien Éphore, dans le récit des faits très-anciens, la sobriété des détails est une présomption d'exactitude *. Aristote observe, avec

* Scholies sur l'Iliade, II, 169; XI, 385; XXIV, 340; sur rOdyssée, V, 93.

* Scholies sur l'Iliade, X, 153; cf. Poétique, chap. xxv. » Iliade, II, 649; Odyssée, XIX, 174.

* Fragment cité par Harpocration au mot 'Ap;^atw5 ; voyez

lit

mn

plus de raison, d'abord qu'Homère faisant parler des personnages différents n'est pas tenu de leur prêter les mêmes assertions sur le même sujet ; ensuite que le mot cent dans Tlliade pourrait bien être tout simplement ce qu'on appelle chez nous un nombre rond, pour quatre-vingt-dix. Quand Homère dit qu'Agamemnon exempta Échépolus de le suivre à Troie, celui-ci lui ayant donné en échange du service qu'il devait à la Grèce une magnifique jument, on pourrait accuser Agamemnon de sacrifier à ses propres intérêts la cause des confédérés ; Aristote le loue, au contraire, et trouve un sens très-instructif dans ce trait d'Homère : c'est qu'un bon cheval valait mieux qu'un homme riche et sans courage *. Homère sans doute ne pensait pas h cette morale, non plus qu'à tant d'autres finesses qu' Aristote, en divers endroits de ses écrits philosophiques, croit découvrir dans les plus simples vers du poète ^. Mais il y a des exemples plus étranges encore de ces subtilités où s'égare la sollicitude du commentateur. Pourquoi, dans le deuxième

l'édition des fragments d'Éphore par Marx (Carlsruhe, ^815), p. 64.

* Iliade, XXIII, 296. Plutarque (De la Manière d'écouter les poètes, c. xi) nous a conservé l'explication d'Aristote ; on la retrouve, mais sans nom d'auteur, dans le scholiaste de Venise.

* Voyez, par exemple. Morale à Nicom., VIII, 1 ; Politique,

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chant de l'Iliade *, Ulysse courant après les Grecs qui, trompés par les paroles d'Agamemnon , s'élancent vers leurs vaisseaux, a-t-il jeté sa tunique? Vous croiriez que c'est pour courir plus vite. Aristote imagine que le héros voulait par cette ruse frapper les yeux de tous ces fuyards et se faire mieux entendre ; c'est ainsi, dit-il, que, dans la fameuse affaire de l'île de Salamine, Solon prit le costume et la tournure d'un fou pour forcer les Athéniens à l'entendre d'abord, puis à revenir sur leur ancien décret. Dans le même chant de l'Iliade, il analyse curieusement la prédiction du devin Calchas pour en marquer le rapport avec les événements de la guerre de Troie ; dans le troisième ', il distingue en vrai casuiste entre les chefs d'accusation que les Grecs pouvaient intenter auxTroyens pour avoir rouvert le combat. Au chant septième \ il s'inquiète fort de savoir pourquoi Ménélas, qui avait répondu le premier au défi guerrier d'Hector, ne se trouve pas un moment après au nombre des neuf héros qui se disputent l'honneur de combattre le prince troyen ; et il cherche mainte excuse pour le pauvre Ménélas. Un peu plus loin*, quand Ajax, sur le point d'en venir aux mains avec Hector, lui apprend

* Scholies sur le vers 183.

* Scholies sur le vers 276.

^ Scholies sur le vers 93.

* Scholies sur le vers 228 du même chant.

iÔâ HlSTOlRi: DE LA CKITIQUÈ. ChAP. lit, § I

qu'Achille est retiré près de ses vaisseaux, Tinterprète tient à bien établir que par là le poète veut sauver Achille du soupçon de lâcheté. Minerve venant supplier son père de mettre Un au carnage des Grecs et des Troyens, est armée de son égide où Ton voit la léte de Gorgone] comme la Gorgone habitait les enfers, l'interprète se croit obligé de nous dire que son image seulement figurait sur le bouclier de la déesse * ; enfin (nous passons beaucoup d'exemples analogues) trouvant dans riliade que le Soleil voit tout et entend tout, et dans rOdyssée qu'un messager vient annoncer à ce dieu le massacre de ses troupeaux par les compagnons d'Ulysse, il cherche gravement la raison de cette incohérence ; il remarque que le soleil voit tout, mais non pas en même temps, et qu'au moment du massacre il pouvait bien être à l'autre bout du monde ^

On ne peut être plus gratuitement ingénieux pour justifier le poète de fautes presque toutes imaginaires ; Aristote savait-il en revanche louer Homère de ses véritables beautés ? Parmi les nombreuses citations qui nous sont parvenues de son commentaire, je trouve à peine une seule trace de ce vif sentiment d'admiration non moins nécessaire que la finesse d'esprit et que l'éru-

* Scholiessurl'Iliade, V, 741.

2 Ibid., III, 277.

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dition pour commenter dignement un grand poète. C*est lorsque Achille arrête d'un regard l'élan victorieux des Troyens qui allaient forcer le camp des Grecs ; Aristote signalait ce regard comme le trait le plus pathétique de la poésie d'Homère *. Au reste nous chercherons bientôt dans la Poétique son jugement sur l'ensemble de l'Iliade et de rOdyssée ; jusqu'ici nous n'écoutons que le commentateur.

Une particularité remarquable et que nous ne pouvons omettre à propos dos Problèmes homériques d' Aristote, c'est que les manuscrits d'Homère sur lesquels il travaille diffèrent singulièrement de ceux que nous lisons aujourd'hui. Ainsi l'hémistiche discuté dans les Réfutations des sophistes, et que nous avons relevé plus haut, ne se retrouve plus au deuxième chant de l'Iliade, où il est remplacé par ces mots : Tpwsçç'. Se */-y;S£* £or,::Tai. Parmi les autres citations éparscs dans les œuvres d'Aristote *, plusieurs ne se retrouvent pas dans le texte homérique qui des critiques alexandrins s'est transmis jusqu'à nous. Il y a même dans la Poétique un passage souvent discuté, d'où semble résulter la preuve qu'un long épisode de l'Odyssée manquait aux exemplaires de ce poème qu'Arislotc avait sous les yeux ^ De telles divergences entre les

* Ibid.^ XVI, 282 : Asevérarov T&iv g7r<>iv Ouvjoov tovto ^ïjfftv « Politique, lll, 14 ; VIII, 3 ; Rhétorique, llî, 4, etc. Cf.

manuscrits d'Homère pouvaient fort embarrasser les critiques au temps de Dacier, quand on considérait Homère comme un écrivain rédigeant ses œuvres et les transmettant de la même façon que Sophocle ou Virgile ; elles s'expliquent sans peine depuis que les belles observations de Wolf nous ont placés à un plus juste point de vue pour l'appréciation de l'épopée antique.

§ 2. Le livre des Problèmes.

Il est un livre qui nous représente assez bien la forme des premières recherches d'Aristote, cet esprit de curiosité universelle qui le caractérise et qu'il avait transmis à ses disciples, surtout à Théophrasle : c'est le recueil des Problèmes \ probablement désigné par le titre d' 'EY>cu>tXt(x ou d'^AraxTa dans les catalogues des biographes anciens. Ce recueil ne nous est pas parvenu sans interpolation ni sans lacune; mais, dans son ensemble, il appartient certainement au premier âge de la science péripatéticienne, et dans la variété confuse des sujets qui y sont traités on trouve à glaner çà

dans le recueil de Gruter intitulé Fax Artium, t. II, p. 631 : Jo. Hartungii decuriœ locorum allegatorum nec occurrentium tamen usquam.

» Sur les livres de ce genre, voyez Graefenhan, Geschichte der Philologie, II, p. 16 et 60 ; cf. la préface de Bussemaker au t. IV, des œuvres d'Aristote dans la Bibliothèque grecquelatine de F. Didot, 1857.

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et là quelques traits précieux pour l'histoire de la philosophie ; on y observe surtout avec intérêt cette méthode dubitative, dont il y a des traces encore dans les grands traités philosophiques d'Aristote, mais qui nulle part ne se montre avec plus de complaisance, on dirait presque de naïveté, que dans les Problèmes,

On pourrait intituler un tel recueil les Pourquoi; car chaque paragraphe commence par ce mot ; puis viennent diverses explications du fait signalé, explications qui souvent se contredisent ou attendent une confirmation ultérieure ; et en effet plusieurs de ces doutes se trouvent résolus dans les derniers ouvrages de notre philosophe. Malheureusement les /^roô/èm^sparaissent n'avoir jamais trouvé beaucoup de lecteurs, et l'on s'est peu soucié jusqu'ici de les comparer en détail avec les autres livres aristotéliques, où pourtant ils sont quelquefois cités * : c'est là une négligence regrettable, comme on va le voir par quelques extraits que nous bornerons aux chapitres les plus intéressants pour lobjet de nos recherches.

Après diverses questions de médecine, d'hygiène et de physiologie, le livre septième traite des effets

* Voir la trop courte dissertation de Bojesen, De Problematis Aristotelis (Copenhague, 1836), qui comprend, outre des prolégomènes généraux sur le livre des Problèmes, une édition spéciale de la XIX» section (Problèmes sur la musique et la poésie).

igé HISTOIRE i)É La critique, chai*, iii, § il

de la sympathie. « Pourquoi, dit Aristote dans sa septième question, lorsque nous voyons un homme à qui Ton brûle ou coupe un membre, ou que Ton met à la torlure, ou qui souffre quelque autre traitement cruel, notre âme en ressent-elle de la douleur? Est-ce parce que nous avons tous une même nature, de façon que nous souffrons à la vue d'un tel spectacle comme si le patient était quelqu'un de notre famille ? ou bien comme Todorat et Touïe reçoivent, chacun selon sa capacité spéciale, certaines émanations [des objets odorants ou sonores], la vue ne reçoit-elle pas des objets agréables et pénibles une impression analogue ? * » Nous allons trouver d'autres exemples de cette tendance à expliquer les faits moraux par des influences purement physiques. Ainsi, se demandant pourquoi les uns s'endorment, même malgré eux, dès qu'ils prennent un livre, tandis que d'autres restent éveillés en pareil cas, même quand ils voudraient dormir, le philosophe cherche la cause de cette différence dans l'état des humeurs du corps et ne paraît pas même songer qu'il y a des livres ennuyeux qui endorment, comme cette drogue dont parle

« Comparez la Morale à Nicomaque, IX, 11, où il pose ce problème : si la présence d'un ami, quand nous sommes dans la douleur, nous soulage comme d'un poids, ou si elle agit seulement sur nous par une sorte de distraction morale et par ridée que notre ami partage notre peine. C'est le même rapprochement d'une explication physiologique et d'une explication philosophique.

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Molière, quia habent virtutem dormitivam\ Dans le chapitre qui traite des facultés morales et intellectuelles S il pose cette question qu'on s'étonne de rencontrer deux mille ans avant Chateaubriand et Byron :

« Comment se fait-il que tous les hommes éminents dans la philosophie, la politique, la poésie ouïes arts, aient été mélancoliques, quelques-uns même au point d'éprouver les accidents qu*entraîne cette disposition ? Ainsi, parmi les anciens héros, Hercule, Ajax, Bellérophon ; parmi les hommes célèbres de notre temps, le Lacédémonien Lysandre^, un peu avant sa mort ; Parménide \ Platon, Socrate et beaucoup d'autres, ainsi que le plus grand nombre des poètes. Plusieurs en effet ont ressenti les affections propres à ce tempérament, où l'on voyait bien qu'ils y étaient disposés ; mais tous enfin étaient mélancoliques. Traitons d'abord la question au moyen d'un exemple. Le vin est ce qui produit le plus les effets semblables à ce que nous appelons mélancolie. Pris en quantité considérable, il agit sur le moral de l'homme, comme ne font ni le miel, ni le lait, ni Teau, ni aucune autre liqueur de ce genre ; il nous communique toute sorte de talents et de passions : bavardage, éloquence, insolence, courage, fureur ou folie

* Section JCVIII, question 1, répétée avec quelques variantes dans la questioiTT.

* XXX, 1, morceau qui est cité par Cicéron, Tusculanes,

3 Plutarque, Vie de Lysandre, c. 28.

* Voir dans mes Mémoires de Littérature ancienne un passage du poème de Parménide, p. 300 et suiv.

puérile, ardeur amoureuse, etc., tournant toujours à l'excès contraire les dispositions de notre nature. La bile noire (^txûatva x^'^'^) n'agit pas autrement, c'est un souffle, une chaleur qui pénètre le corps, etc. »

Et Aristote poursuit ainsi pendant plusieurs pages son analyse, pour ainsi dire, chimique de Tun des plus profonds mystères de Tâme humaine. Et cependant le même Aristote écrira quelques lignes plus bas * :

« Pourquoi les vieillards ont-ils plus de raison et les enfants plus de facilité à apprendre ? Apparemment Dieu a mis en nous deux organes, l'un pour le corps et afin que nous nous servions des choses extérieures, la main ; l'autre pour l'âme, la raison. Car la raison est en nous comme un instrument naturel, tandis que les sciences et les arts sont des instruments que nous nous créons à nous-mêmes. Or, de môme que nous ne nous servons pas de notre main dès les premiers jours de la vie, mais quand, avec le progrès de l'âge, la nature a perfectionné notre main et l'a rendue capable des services qu'elle nous doit rendre ; de môme la raison, à moins que des accidents ne l'altèrent, atteint sa plus grande force chez les vieillards. Maintenant, si la raison vient plus tard que l'agilité des mains, c'est que les instruments dont elle doit faire usage viennent eux-mêmes plus tard. Car l'instrument de la raison, c'est la science ... Les mains, au contraire, trouvent dans la nature beaucoup d'instruments tout faits... Voilà pourquoi la raison se dé-

* XXX, 5. Cf. au sujet des enfants et de leurs facultés, XI, 1, 14, 27.

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veloppe surtout chez les vieillards, tandis que la jeunesse a plus de facilité pour apprendre parce qu'elle ne sait rien encore ; quand nous savons, nous sommes moins capables d'apprendre. »

On reconnaît ici cette finesse d'observation et d'analyse qu' Aristote applique si souvent, dans ses livres de philosophie, à Tétude de l'esprit

humain.

L'observateur ingénieux se révèle encore dans

les lignes suivantes :

(( Pourquoi l'homme mérite-t-il d'être obéi plus qu'aucun animal ? Est-ce, comme Platon répondait à Néoclès, parce que seul il sait compter ? ou parce que seul il connaît et honore les dieux ? ou parce qu'étant le plus imitatif des animaux, il a dans cet instinct un moyen d'apprendre * ? »

« Pourquoi écoutons-nous avec plus de plaisir le récit d'une histoire qui a de l'unité que celui d'une série d'événements divers ? Peut-être parce que nous entendons avec plus d'attention et de plaisir ce que nous comprenons ; or le déterminé est plus facile à comprendre que l'indéterminé, et l'unité est déterminée, tandis que la multiplicité participe de l'infini 2. »

« Pourquoi n'aimons-nous entendre ni les trop anciennes histoires, ni les trop nouvelles ? Peut-être parce que nous nous défions du récit de laits trop éloignés, et qu'avec cette défiance nous ne pouvons y prendre plaisir ; quant à ceux qui sont encore presque

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