‹ Essai sur l'histoire de la critique chez les grecs [microform]: introduction à l'étude de la littérature grequeChapitre 70 sur 194 · NARRATION, DRAME, ÉPOPÉE · texte numérisé non relu

NARRATION, DRAME, ÉPOPÉE

3* D'autres différences naîtront de la manière d'imiter : si le poète se tient constamment en scène, c'est la méthode narrative ; si, au contraire, il se cache toujours derrière des personnages qu'il fera parler, c'est la méthode dramatique. Une façon intermédiaire est celle d'Homère ou de l'épopée en général, qui tantôt laisse le poète en scène, tantôt y place ses personnages.

Jusqu'ici Aristote ne fait guère que reproduire la division que nous avons trouvée dans Platon ; sans nommer son maître, dans ces' premières pages^ il le suit évidemment de très près *, mais il ne tarde pas à tirer de ces principes élémentaires des conséquences originales et neuves.

De ce que les compositions poétiques peuvent différer de trois manières principales il résulte que, selon le point de vue où l'on se place, deux poètes appartiendront à la même classe d'imitateurs ou à des classes différentes : ainsi, à tel égard, Homère et Sophocle sont des imitateurs dans le même genre, puisque tous deux imitent la nature humaine dans sa beauté ; à tel autre égard, Sophocle et Aristophane pourront être rapprochés J'un de l'autre, puisque tous deux imitent par Faction dramatique. Il s'agit donc moins dans ce qui

* M. Forchhammer a dressé le tableau synoptique de cette concordance de Platon et d' Aristote, dans un programme universitaire, De Aristotelis F^oetica e\' Platone iliustranda (Kiel, 1848).

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précède, de classer rigoureusement les œuvres et les hommes que de distinguer et de caractériser les divers éléments de l'imitation. Parmi ces éléments, le mètre semble le moins essentiel ; quoique la plupart des hommes ne reconnaissent guère la poésie qu'à l'emploi du vers, il est cependant vrai que les vers seuls ne constituent pas un poème. On pourrait mettre en vers les récits d'Hérodote, on n'en ferait pas une épopée ; réciproquement, si l'on regardait la versification comme un élément nécessaire de la poésie, quel nom faudrait-il donner aux mimes de Sophron et de Xénarque et aux dialogues socratiques ? On voit, d'une part, qu Arislote tranchait sans hésiter la question, si souvent débattue depuis, des poèmes en prose ; et, d'autre part, avec quelle franchise il signalait dans ces compositions où Platon avait excellé et où lui-même s'était essayé dans sa jeunesse, un des propres caractères de la poésie, l'imitation.

Mais si Hérodote reste un historien, quand même il eût écrit en vers, comme quelques chroniqueurs du moyen âge ; si Platon est toujours un peu poète, quoiqu'il ait écrit en prose, quel est donc l'objet véritable de l'imitation poétique? Est-ce le réel ou l'imaginaire? Car apparemment, le récit d'Hérodote reproduit, en les imitant par le langage, les faits du passé, la physionomie des

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