Geoffroy, op cit
ment à ce fait qu'est due sa prise dans les nasses que les pêcheurs de truites placent pendant la nuit sur le bord des torrents, en choisissant les endroits où le courant est plus faible.
Je n'ai eu qu’une seule fois l’occasion d’observer un Desman vivant; car malgré toutes mes recommandations & mes promesses, les pêcheurs d'écrevisses qui prennent à la main les Desmans dans leurs trous, les tuent au plus vite, pour éviter les morsures désagréables de ces animaux. Leurs fortes incisives triangulaires, à bords coupants, font en effet des plaies profondes & hors de proportion avec la taille de l'animal.
Celui que j'ai pu voir vivant, cherchait toujours les coins les plus obscurs de sa prison, il était toujours en mouvement, palpant tout avec sa trompe. Celle-ci était d’une mobilité extrème, se déjettant à droite, à gauche, se recourbant en bas, se relevant en haut, palpant tout absolument comme un aveugle qui cherche avec la main à se rendre co.npte de la nature des objets qu'il a rencontrés.
Cependant le Desman des Pyrénées n'est pas aveugle, & l’on apercevait son œil minuscule briller au milieu de la fourrure : mais il fallait l’examiner avec beaucoup d'attention pour voir cet œil si petit.
Il ne voulait prendre aucune nourriture, & il mourut à la fin de la première journée de sa captivité.
Les auteurs n’ont eu jusqu’à présent aucun renseignement précis sur la reproduction des Desmans : Carl Vogt, se fondant sur la présence de huit mamelles suppose que les portées sont très nombreuses.
Pour le Desman des Pyrénées, je peux affirmer qu'il n’en est pas ainsi, car j'ai eu l’occasion de disséquer plu-
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sieurs femelles pleines, & j'ai toujours trouvé deux fœtus. La parturition se fait à la fin de janvier, mais rien ne m'a permis de savoir quelle était la durée de la gestation.
Le nom de Desman, que l’on pourrait regarder comme un nom vulgaire, a été employé pour la première fois par Maupertuis qui l’avait inscrit sur l'étiquette d’un exemplaire apporté par Jui de Laponie, & il donne ce nom comme étant celui qu'emploient les Suédois".
Mais ce mot n’est pas d’origine suédoise, ainsi que me l’a affirmé M. Gustave Retzius ; peut-être a-t-il été donné à Maupertuis par le marchand de pelleteries qui lui avait vendu l’exemplaire dont parle Daubenton : « Si ce mot est d’origine Lapone, c'est-à-dire de la Laponie Russe, ou un mot Finnois, je ne peux vous le dire. I] y a une foule de langues différentes dans la Russie septentrionale; dans les endroits où vit le Desman?.
Au reste, Pallas avait déjà fait justice de cette prétendue présence du Desman en Suède, & voici ce qu'il écrivait à ce sujet : « neque in borealibus Russiæ occurrente € unquam audivi, ut multo minus Lapponiæ inquili- « nüm credam, forte pelles, cum caudis pellitoribus « propter odorem gnatæ, e Russiæ per Lapponian Suecis « adlatæ, hinc famæ originem dederunt3 ».
La fourrure du Desman de Moscovie est excellente, elle ressemble beaucoup à celle du castor; aussi est-elle employée à la confectiou des bonnets en usage dans tous les pays du Nord de l’Europe. Comme cette espèce est
1. Daubenton, Description du cab. du Roi, in Buffon, Hist. nat., t. X, Dr Ha 0er