ESSAI
DU
DESMAN DES PYRÉNÉES
Les Desmans forment un petit groupe, celui des Myogalidés, à caractères très nets & qui les rendent faciles à distinguer de tous les autres insectivores.
Deux espèces seulement composent cette famille’, M. Moscovita & M. Pyrenaica, & d’après la plupart des auteurs, elles doivent être placées dans le même genre. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire, au contraire, sépare du genre Desman, l'espèce propre aux Pyrénées, & en fait un genre particulier mygalina.
Le Desman de Moscovie était connu des anciens naturalistes, mais ses affinités zoologiques ont été méconnues pendant bien longtemps. Il était d’abord regardé comme
1. Guérin Méneville, dans son Iconographie du règne animal de Cuvier, p. 14, avait annoncé la découverte d'une nouvelle espèce de Desman, que M. Ph. Poey aurait rencontrée dans l’île de Cuba ; mais c'était une erreur, dans une lettre du 3 juillet 1890, M. Poey m'apprend que l'insectivore de Cuba appartient au genre Solenodon, & a été décrit comme
ecpèce nouvelle, par M. Péters, de Berlin.
un rat, Clusius le dénomma mus aquaticus'; Gmelin, pour le distinguer de l’ondatra en fit mus aquaticus exoticus?, ou encore mus aquaticus moschum redolens3. Aldrovande, voulant éviter toute confusion avec le rat musqué ou ondatra l’appela mus aquatilist; Brisson, mus moschiferus5. Klein le rangea parmi les loirs & en fit glis moschiferus6.
Linné, en présence des caractères si tranchés de la queue, de son revêtement écailleux, le rapprocha des castors, & l’inscrivit dans son Systema naturæ sous le nom de castor moschatus?.
Le nom de Desman paraît pour la première fois dans Daubentons.
Buffon, s’occupant à son tour de cette espèce, la rapprocha de l’ondatra, tout en avouant que le sujet qu'il avait examiné était en fort mauvais état ?.
Tous ces auteurs se trompèrent donc sur le Desman, en le regardant comme un rongeur, & les affinités naturelles de cette espèce ne furent entrevues pour la première fois que par Charleton, en 1673, & il mit le Desman à sa place véritable en l'appelant : sorex Moscoviticus & sorex Odoriferus'°.
Mais ce ne fut que beaucoup plus tard, en 1781, que Pallas démontra, par une description complète, que les
Clusius Exot., p. 375, c. fig.
Gmelin, Moy. comm., Petrop., IV, p. 383.
Gmelin, Nov. comm., V. p. 13.
Aldrovande, Digit., p. 447, 448, c. fig.
Brisson, Règn, anim., p. 153. Quadr., p. 02.
Klein, Quadrup., pA57
Linné, Syst. nat., t. 1, p. 113.
Daubenton, Description du cab. du Roi, t. X.
Buffon, Hist. nat.,t. X, p. 1, fig. 2.
©. Charleton, Exerc., p. 25.