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de Rome pour ressusciter Tantique république romaine.
Un mouvement général vers l'indépendance, et en même temps vers la division , emportait alors l'Italie. La féodalité lombarde, frappée par les empereurs allemands eux-mêmes, avait disparu, et les villes italiennes, qui avaient toujours gardé, au milieu da monde barbare, leur administration municipale, rendues tout à fait à elles-mêmes par raffaiblisscment de l'empire et par les défaites de la féodalité, devenaient tous les jours plus libres et plus florissantes. Ces démocraties urbaines étendirent leur autorité sur les territoires voisins de leurs mui^s, dépossédant la noblesse rurale, l'attirant dans la ville, lui donnant part au gouvernement de la cité, et accroissant ainsi la force et 1 éclat de leurs petites républiques. LMndustrie, le commerce, la liberté vivifiaient ces villes brillantes^ civilisées avant le reste de TEurope et auxquelles semblait assuré un grand avenir; mais l'antiquité, qui leur avait légué ce qui faisait leur force, les avait aussi pénétrées d'une mortelle influence, de ce génie de rivalité locale et de guerre éternelle qui était l'âme de la cité antique et qui entraîna l'Italie déchirée jusqu'à la servitude. Milan combattait Lodi, Gênes haîs^ sait Venise, Florence brûlait Sienne, défendue en vain par Lucques. C'est ainsi que chacune de ces républiques se créait une ennemie voisine, et, à peine libre, voulait avoir des sujets. Rome à peine affranchie fera la guerre à Tibur.
Ce fut Arnaud de Biescia qui porta dans la ville des papes l'esprit d'indépendance de l'Italie du nord»
LA FÉODALITÉ. l47
accru de la chaleur de son propre esprit. Disciple d^Abailard, ayant déjà essayé dans les questions de dogme la liberté de son jugement, Arnaud souleva bientôt des questions plus redoutables, demandant à rÉglise oà étaient les titres de son pouvoir temporel, pourquoi les évêques, héritiers des apôtres, étaient de riches seigneurs féodaux ; pourquoi le vicaire de Jésus-Christ, M dont le royaume n^est pas de ce monde, » était un souverain temporel et absolu. L^influence politique du saint-siége était plus menacée par Arnaud que par tes empereurs allemands. Il ne proposait pas comme eux à TÉglise d'entrer, au second rang, dans le monde féodal ; TÉvangile à la main, il sommait rÉglise de sortir du monde politique, et de laisser aux peuples le droit de se gouverner. Bresda chassa son évêque à la voix d'Arnaud; mais elle le rétablit sur l'ordre d'un concile. Le réformateur était à Zurich, lorsque Rome imita, contre le pape lui-même, l'exemple de Brescia. Séparant du pouvoir spirituel le pouvoir temporel et en reprenant l'exercice, le peuple de Rome établit au Capitole un sénat de cinquante-six membres, et chassa Innocent II qui protestait contre cette révolution. Arnaud, qui était l'àme de ce mouvement, arriva bientôt à Rome. Il organisait la nouvelle république sur le plan de l'ancienne et lui cherchait partout des appuis.
Le pape Lucien II , qui voulut reconquérir par l'épée son pouvoir temporel, fat blessé mortellement en montant à l'assaut du Capitole. Son successeur, Eugène III, errait découragé en Italie, et recevait de saint Bernard lui-même le conseil de régner sur
TEglise et de se passer des Romains. Adrien IV, réduit à s'appuyer sur un adversaire contre un autre, opposa enfin l'empereur d'Allemagne aux Romains, avec l'arrière-pensée d'opposer plus tard les Romains à l'empereur. A Tappel d'Adrien, Frédéric I" passa les monts; grâce aux divisions infinies des républiques, une moitié de l'Italie l'appelait contre l'autre. 11 arriva près de Rome, laissant derrière lui des traces sanglantes, des villes brûlées et rasées. Les ambassadeurs du pape et ceux de la république romaine se rencontrèrent dans son camp. On entendit, dans cette curieuse entrevue, les trois partis se reprocher mutuellement l'obscurité de leur origine ou la vanité de leurs prétentions. L'empereur dit aux Romains, qui prétendaient l'investir de l'empire, que les Allemands l'ont conquis depuis longtemps et ont hérité de leurs droits antiques; au pape, qui rappelait l'humble condition des rois francs avant Charlemagne, il demande ironiquement ce que possédait l'Eglise au temps de Constantin. Cependant Frédéric avait déjà résolu la perle des Romains. Les cendres d'Arnaud de Brescia, brûlé vif, furent jetées au vent, et l'empereur, conduisant le pape à Rome et reçu par une insurrection, s'y maintint par un massacre. Ainsi fut noyée dans le sang cette tentative d'indépendance, Rome reste sous la souveraineté temporelle des papes. Le saint-siége va de nouveau être attaqué, comme par Henri IV, au nom du droit royal, avant d'être un jour ébranlé de nouveau, comme par AiTiaud de Brescia, au nom du droit populaire.
A peine rétabli par les armes impériales, Adrien IV,
réconcilié avec les Romains, reprend la lutte héréditaire de la papauté contre Tempire. Une lettre, où il parlait de la couronne comme d'un bénéfice conféré par lui à Tempereur, souleva la noblesse allemande, et les plus humbles assurances de paix suffirent à peine à détourner du saint-siége Torage qui menaçait de nouveau Tltalie. Milan avait relevé la tête après le départ des Allemands, et appelait Fltalie du nord à Tindépendance. Assiégée et vaincue, malgré une héroïque résistance, elle avait dû céder et voir relever à ses portes des cités rivales, alliées de Tempire, pendant que Frédéric, présidant la diète de Roncaglia, était salué par les légistes de Bologne comme Théritier légal des empereurs romains, comme la source unique du droit et de la loi. Les cités lombardes, perdant une à une toutes les libertés, se révoltèrent encore une fois. Crème fut brûlée. Milan démolie par les mains de Lodi, de Pavie et de Crémone, auxquelles Tempereur Tavait livrée. Telles étaient les discordes de r Italie, tel était F appui quy trouvait Tétrangep contre elle-même.
La mort d'Adrien IV avait déjà compliqué la lutte, en laissant le saint-siége assiégé par deux compétiteurs, Alexandre III, qu'avaient élu les cardinaux, et Victor III, qu'avaient suscité les partisans de T empire. Ce dernier mourut bientôt; un nouvel anti-pape, Pascal III, fut choisi par l'empereur et le couronna dans Rome, pendant qu'il était excommunié par Alexandre, réfugié à fiénévent; mais l'Italie du nord, encore brûlante, se souleva pour fermer le retour aux Allemands. Milan rebâtie et sa ligue renouée leur rendirent la retraite