‹ Essai sur l'indifférence en matière de religion (volume 3)Chapitre 35 sur 64 · XXXVIII PRÉFACE · texte numérisé non relu

XXXVIII PRÉFACE

OÙ Ton aperçoit , d'un bout à l'autre , une excellente volonté de nous répondre. L auteur est plein de zèle pour la réforme^ et ce n'est pas sa faute si la réforme ne peut plus être défendue sans abandonner toutes les idées qu'on a voit eues jusqu'ici de la religion chrétienne.

L'ouvrage de M. Vincent se compose de deux parties très-distinctes. Dans Tune il répète tous les vieux reproches, les vieilles objections, les calomnies surannées qu'on a inventées, depuis trois siècles, contre l'Église catholique, et qui ont été réfutées mille fois. Cette partie est pour le peuple; nous n'en parlerons point. Elle est écrite d'ailleurs avec tant de négligence , que le milivre de M. (le la iMennais, intitulé : Essai sur l'indifférence en matière de religion y dans la partie qui attaque le protestantisme , par J. L. S. Vincent , Tun des pasteurs de ITglîse réformée de Nismes.

PUÉFAàE. XXJOBL

nistre y confond Bossuet avecstiat Jérôme, en citant à faux un mot de ce dernier. Cela éioit sans inconvénient pour la classe de lecteurs à qui, dans ce moment, il s'adressoit.

Dans Tautre partie , le miaîstre aTOue tout ce que nous avons avancé sur Tétat actuel du protestantisme. Nous l'en remercierions davantage, s'il lui eût été possible d éviter cet aveu. Entrons daos <{uelques détails.

Ce que nous nous étions principalement proposé de prouver , c!est que le protestantisme y laissant chacun maître de croire ce qui s accorde le mieux avec sa raison , n'est qu'un système d'indifférence. Ce mot d'indifférence a ^choqué M. Vincent, et non sans motif j car si nous l'avons justement appliqué à la réforme , il est clair que la réforme n'est point une religioq. Que dit-*

XL 9REFACE.

il donc pour la justifier ? Il faut Tentendre lui-même.

. (^ M. de la Mennais est tombé dans une » erreur fondamentale, qui règne dans M tout ce qu'il a dit des protestans , et qui i> le rend souverainement injuste. Il con- » fond sans cesse la tolérance et rindiOe- B rence. Il déclare les protestans indi (Té- » rens à toute religion, parce qu'ils laissent Il chacun professer la sienne , et qu'ils ne D s'ingèrent point de damner ceux qui ne » pensent pas conime eux. Je suis tolé- ». rant pour autrui , mais je ne suis point w indifférent à la croyance que je dois » moi-même adopter.... Je suis tolérant » pour les opinions d autrui , parce que je » suis convaincu que les opinions sont le M domaine delà conscience ; que les autres . >) .ont la persuasion de celles qu'ils pro- » fessent, comme je lai des miennes; que

PRÉFACE. XLt

i> moi-même je ne suis pas à l'abri de Ter- » reur (i). »

Il résulte de ces dernières paroles que le ministre n'a ni ne peut avoir aucune certitude de sa foi. Il espère se sauver cepen^ dant ; il croit donc que Ton peut se sauvei* au sein de l'erreur. Bien plus^ il ne sauroit assurer de personne qu'il est dans l'erreur ^ car il faudroit pour cela qu'il fût certain de posséder lui-même la vérité. Dès lors j quelle que soit sa croyance personnelle, il n'a pas le droit de I9. juger plus vraie ou, meil*leure que celle d'autrui. Or, des croyances dont on ne peut dire avec sûreté que l'une soit meilleure que l'autre, sont des croyances • indifférentes ; et la tolérance du ministre , qui ne s'ingère pas de damner ceiia: qid ne pensent point comme lui (*) , est préci-

(i) Observations, etc., p. ii5 et ii6.

C^) il sembler oit, diaprés cette phrase, que les calho!î<{(U's

ZLII PREFACE.

sèment ce qu'on appelle dans le langage reçu de tous les hommes, T indifférence des religions.

Nous avons montre que le principe fondamental du protestantisme conduisoit à cette indifTérence ; et la réunion récente des calvinistes et des luthériens n'en est-elle pas une preuve aussi frappante que pu<^ blique? Les calvinistes nient la préseuce réelle que croient les luthériens. S'unir extérieurement en conservant chacun son opinion^ n'est-ce pas évidemment déclarer qu'on peut nier ou croire la présence réelle

sont tons occupés de damner leors frères errans. Les catholiques ne damnent personne. Us abandonnent le jugement à Dieu, à qui seul il appartient. Seulement ils disent: H existe une loi , et celte loi porte peine de mort contre ceux qoî la violent volontairement. Les protestans n^en disent-ils pa» autant à Tégard de la morale i'

PREFACS. XLIII

sans s'exclure de la vraie Église , ou que c« dogme est indifférent au salut? Qui ne condamne pas les socinlens, en dit autant de la Trinité , de la rédemption , des peines éternelles? Or, qui oseroit aujour^ d'hui , parmi les réformés , condamner les sociniens , lorsque Genève toute entière défend même de les attaquer ? Mais aussi qu y a-t-il alors qui ne soit pas indiffèrent dans la doctrine chrétienne ? Elle se réduit tout au plus à une foi vague ^d Jësus^ Christ et en sa parole consignée dans l'Écris ture , dont la raison de chacun demeure l'unique interprète.

Il ne s'agit pas de savoir si tel protestant croit à tel dogme, mais s'il a le droit de faire à personne une obligation d'y croire comme lui, ou d'assurer avec certitude qu'il est nécessaire d'admettre ce dogme pour être sauvés. Si aucun protestant n*a

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