‹ Essai sur l'industrie à domicile salariéeChapitre 25 sur 99 · CURE · texte numérisé non relu

CURE

La pratique du Sweating-system varie infiniment suivant les endroits et les professions; mais quels que soient les procédés en usage, ils aboutissent tous à priver l'artisan d’une partie notable du fruit de son travail.

Il serait inutile et fastidieux de chercher à en faire l’énumération ; il est plus intéressant de noter certains faits symptomatiques qui révèlent un caractère de gravité exceptionnelle dans les milieux où on les signale. M. du Maroussem écrit à propos de l’industrie du meuble à Paris : « Le marché est exécuté ponctuellement, puis apparaissent les laissés pour compte, la navrante histoire du petit fabricant de toilettes anglaises en face du bazar qui l’emploie ; on lui fait payer jusqu’au timbre de quittance ; l’escompte est augmenté ; on le contraint à des remises la veille des échéances ’. »

C’est encore M. du Maroussem qui nous montre les grands magasins acquérant gratuitement,aux dépens du petit fabricant, le fonds de roulement nécessaire aux opérations de la maison.

€ Par mesure générale, toute fourniture commandée par le comptoir des jouets —- c’est un exemple — est acceptée à la réception sans qu'il soit délivré de mandat immédiat sur la caisse cen-

1. P. pu Maroussum, Le système parisien de l’industrie du meuble et le Sweating-system. Revue d'Economie politique, 1889, p. 580.

PR Cie

trale. A la fin du mois, le fabricant envoie un relevé de totalisation des différentes factures, et ce relevé est payé à 30 jours, c’est-à-dire à la fin du mois suivant. Tout achat de marchandises — telle est la formule — est donc soldé à un mois d'échéance, sans compter le mois de livraison, ce qui porte le délai à un mois et demi ou deux mois, si la livraison a été effectuée dans la première huitaine. C’est,en définitive,un prêt gratuit contracté par la toute-puissante maison de vente aux dépens des producteurs, obligés de payer comptant leurs ouvriers avecun remboursement tardif, et acculés à ce dilemme,ou disparaître ou conquérir, avec les larges capitaux, la coûteuse installatien de la grande industrie’. »

Les modistes parisiennes ont formulé leurs griefs dans un manifeste paru en 1903, et dont quelques-uns des articles nous éclairent sur le singulier état &’âme des patrons de la mode.

Leurs ouvrières se sont syndiquées pour la fondation de la « section des ouvrières modistes parisiennes adhérentes à la fédération internationale de la chapellerie ». Voici quelques-unes des revendications que la corporation à précisées à

cette occasion :

… 2 Abolition des tarifs dits de morte-saison.

1. P. Du Maroussem, Les grands magasins tels qu'ils sont. Revue d'Economie politique, 1893, p. 936.

LE Re

4 Le chapeau confectionné avec tout le soin exigible dont la façon ne plaira pas, devra être payé de nouveau si l’ouvrière doit le refaire.

… 6° La confection des modèles sera payée à l’heure et non aux pièces, car des abus se produisent. Une ouvrière dont le modèle ne donne pas l’effet désiré n’est pas payée pour la façon nouvelle qu’il lui faut livrer.

7 Les prix de façon seront basés sur le trevail à effectuer. Le prix de chaque article devra être discuté et fixé. Le salaire de l’ouvrière ne doit plus dépendre du prix de revient plus ou moins fort, pour le patron du chapeau à garnir !.

VI. — En face du salaire nominal il faut encore montrer le salaire réel tel que le créent les conditions de la vie ; à cet égard, il est particulièrement intéressant de comparer un salaire parisien avec le détail des dépenses d’une ouvrière parisienne d’une nombreuse catégorie. Voici un budget, par exemple, de la spécialité des fleurs et plumes. L’ouvrière de cette profession gagne 3 fr. par jour, donc un haut salaire par rapport au taux ordinaire des salaires des femmes. Voyons comment elle peut vivre. Le document qu’on va lire est surtout intéressant par son origine même ; il émane d’un syndicat des fleuristes et plumassières, qui à tracé de cette façon, à

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