Le vêtement à Paris, p
dite
accidentelles, ce sont elles qui, par leur nombre incalculé, ont fait peser sur leurs rivales abandonnées à elles-mêmes, et sans le sentir pour leur compte, les impitoyables conséquences du salaire d'appoint ». ;
C’est avec beaucoup de raison que l’office du travail français à qualifié de salaire d'appoint le salaire dans les établissements de bienfaisance et dans les prisons. Le travail mdustriel y est destiné, en effet, à combler le déficit des budgets auxquels. là charité privée ou l’administration ne pourvoient pas complètement.
Le travail des prisons fait une concurrence énorme aux travailleurs libres. L'administration pénitentiaire utilise le travail des prisons à Caen pour faire le corset, les sacs en papier et les lanternes vénitiennes. Or les ouvriers libres d’Allemagne et de la Maladrerie font également ces articles à domicile.
Il y a, dans les établissements laïes ou religieux de bienfaisance, une multitude de travailleuses qui font aux ouvrières libres une concurrence dont les conséquences sont terribles. A Caen, par exemple, les ouvroirs, orphelinats, ateliers, etc., etc., pour la plupart sous une direction religieuse, groupent environ 700 ouvrières. Le monastère de la Charité, à lui seul, groupait, en 1906, un per-
1, Le vêtement à Paris, p. 666.
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sonnel de 330 travailleuses de l’aiguille. En effet, les établissements de bienfaisance se sont spécialisés, surtout dans la lingerie fine ou grossière, qu’elles exécutent pour des prix dérisoires et invraisemblables de bon marché. L’inspecteur du travail à Caen m'a cité le cas d’un couvent à Caen, recevant de Paris les commandes de chemises à confectionner. Le fabricant envoyait les morceaux tout découpés, qu’il n’y avait plus qu'à 1ssembler et finir et à munir de boutonnières et de boutons. Chaque chemise était payée 0 fr. 25. L'établissement fournissait encore le fil et devait se charger des frais de réexpédition.
C’est là un fait qui n’est pas isolé,et qui se répête malheureusement d’une façon courante partout où fonctionnent des ateliers de ce genre. Depareilles pratiques sontdes plus préjudiciables, non seulement aux ouvrières indépendantes,qu’elles forcent d’accepter des salaires de famine, à moins qu’elles n’aboutissent à les priver de travail ; mais encore aux malheureuses ouvrières que le hasard ou la mauvaise fortune ont emmurées vivantes dans le silence des couvents ou des refuges. |
Des procès récents ont montré l’odieuse exploïtation dont sont victimes ces enfants, ces jeunes filles et ces femmes. Levées dès l’aube, elles accomplissent sans trêve toute une longue journée la tâche qui leur revient, sans jamais recevoir un
salaire quelconque ; puis, lorsqu'elles voudront quitter l’établissement, elles devront partir sans un pécule, incapables de gagner leur vie, parce que l'habitude d'accomplir toujours la même fraction de tâche, déterminée par la nécessité de produire plus pour compenser l’infériorité du prix du travail, les à rendues inaptes à toute autre occupation que celle de coudre des boutons, ourler, etc., etc. Le travail exténuant, la nourriture insuffisante, autant que le défaut de soins: le manque d'air et de soleil, à dès longtemps permis aux germes morbides qui étaient en elles de se développer, s’il ne les a pas prédisposées à toutes les affections et à toutes les maladies. Ainsi, la tuberculose les tue au refuge, et la prostitution les attend dès qu’elles veulent sortir.
Le jour où l'Etat ne se laissera plus impressionner par le mystère de ces hautes murailles, qui enserrent, dans quelques villes, les monastères et les couvents, et se résoudra énergiquement à intervenir, 1l reconnaîtra un domaine encore inexploré du Sweating-system et des maux de toute nature qu’il engendre.
III. — La concurrence ouvrière s'exerce encore, avec une très grande acuité, entre ouvriers des villes et des campagnes.
Dans certaines industries, cette concurrence est ancienne, ce sont notamment les vieilles indus-
tries, par exemple la quincaillerie de Tinchebray, t
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I y à, à Tinchebray et dans les environs,250 à 300 ouvriers à domicile qui sont occupés,pendant la plus grande partie de l’année, aux travaux de la quincaillerie. Ce sont, pour la plupart des journaliers, possesseurs d’une petite maison et d’un lopin de terre ; l’existence est donc pour eux moins onéreuse qu’à la ville. L’été, du 1*% juillet au 15 septembre,ils désertent le travail industriel et viennent faire la moisson dans la plaine de Caen. Les commodités d'existence qu’ils trouvent à 2 campagne leur permettent ainsi d’accepter des salaires réduits, et c’est évidemment la raison qui doit faire rechercher leur collaboration par le patron d'industrie *.
La concurrence urbaine et rurale revêt même une acuité spéciale dans l’industrie de la bonneterie falaisienne.La saison active de production comprend ici cinq mois, du 1° juin au 1: janvier. Pendent ce temps, la plupart des ouvriers ruraux se livrent aux travaux agricoles. Puis vient la morte-saison : les ouvriersruraux rentrent alors en scène et l'abondance de la main-d'œuvre se trouve en présence d’une offre de travail raréfiée. Il s’ensuit une crise économique considérable, qui
1. Il faut signaler ici le rôle des voitures publiques qui assurent dans les campagnes, à Tinchebray, une partie du service des transports. Ce sont des voitures qui portent aux ouvriers ruraux, à domicile, la matière première, et ce sont elles qui rapporteront ensuite au négociant les produits fabriqués.
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sévit principalement sur les ouvriers urbains, moins capables de résister et de soutenir l'effort. En effet, ils ont, en général, un loyer d'habitation assez élevé, relativement à celui que peuvent payer les ouvriers ruraux, et ils n’ont point,comme eux, un petit jardin ou un lopin de terre où cultiver eux-mêmes certaines choses nécessaires à l'alimentation courante. À ce point de vue, la situation des ouvriers de Falaise à même empiré depuis un certain nombre d'années. Autrefois,en effet,les bonnetiers de Falaise fabriquaient, en plus du gilet, du caleçon et du bonnet, le bas. Cette production s'effectuait principalement durant la période de morte -saison pour les autres articles. Falaise avait donc deux saisons économiques et la crise sévissait avec beaucoup de moins d'intensité ; mais, depuis une quinzaine d’années environ, il ne se fabrique plus de bas à Falaise et la producticn de cet article a complètement disparu au profit de l’industrie de Troyes et de la région t.
La concurrence des ouvriers des villes et des campagnes revêt aujourd’hui un nouvel aspect. Certaines industries, autrefois localisées dans les
1. C’est encore la concurrence des ouvriers de la campagne, dont le travail est « intermittent, inférieur et si peu rémunéré», qui abaisse le taux des salaires dans l’industrie du gant, à Grenoble. V. Léon Core, L'industrie gantière et l’ouvrier gantier à Grenoble, p. 232.
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centres, ont émigré vers les populations rurales. Cela est sensible surtout dans la confection des vêtements. « Nous avons déjà signalé, parmi les manœuvres nécessaires des patrons, l'exode vers les campagnes du Nord et de l'Ouest, par exemple.. La confection série — surtout les articles supérieurs — se fabrique hors de Paris, et cela avec une intensité croissante, nous dit un déposant ; le vêtement de velours coton, par exemple, (vêtement de travail,) Puniforme classique des charpentiers et des terrassiers reçoivent le jour partie à Lille, partie à Amiens... Ni nous passons à la confection d’alpaga, jadis si florissante dans le milieu parisien, Lille à encore bénéficié de cet exil... Quant à la contection toile, le mouvement est encore plus accentué. Elle est même achetée toute terminée aux confectionneurs de Lille et d’Armentières. Quelquefois, l’achat de la toile est conclu par le confectionneur parisien, et l’entrepreneur lillois se charge de fournir la maind'œuvre moyennant un tarif déterminé d’avance'.»
Cet exode s’est accompli surtout grâce à la complicité des voies de communication, de plus en plus faciles et rapides, et sans que le prix des . transports puisse être un obstacle, parce que l’économie réalisée sur la main-d'œuvre a permis de les compenser avec bénéfice. C’est en effet l’at-