CHAPITRE PREMIER
Origine de l'Institution.
Ce fut une bien belle pensée que celle de ce saint Roi , qui , au retour d'une guerre qu'il avait cru devoir entreprendre pour la gloire de la religion, institua (1) un âsyle pour trois cents chevaliers qui avaient perdu la vue, en Egypte. Cette maison , due à la piété de Louis IX, a résisté au vandalisme révolutionnaire , et subsiste encore aujourd'hui sous la dénomination d Hôpital Royal des Quinze- Vingts : trois
(i) En 1260. Les Quinze- Vingts étaient alors rue Saint- Honoré, en face de la rue de Richelieu. En 1780 , monseigneur le cardinal de Rohan , alors grand -aumônier , les fit transporter dans l'ancien hôtel des Mousquetaires-Noirs , rue de Charenton, au faubourg Saint-Antoine, où ils sont aujourd'hui.
cents pauvres aveugles, de tout âge, successeurs des trois cents chevaliers , y sont entretenus et hébergés , aux frais de l'État.
La création de l'Institution des jeunes Aveugles, par Louis XVI, dans des circonstances très-difficiles , excite , peut-être , encore plus d'admiration que celle des Quinze - Vingts.
Louis XVI ne devait rien aux jeunes aveugles; Saint-Louis était lié par la reconnaissance envers ceux qui, ayant abandonné leur patrie pour le suivre jusqu'en Asie , avaient partagé ses revers et sa mauvaise fortune.
Le cœur généreux de Louis XVI , en compatissant au sort des jeunes aveugles , n'eut d'autre motif que d'arracher à la misère et à la contagion du vice des infortunés auxquels on ne pouvait reprocher que le malheur de leur naissance. Sa belle âme souffrait de voir une portion assez considérable de ses sujets exposés au besoin, et forcés, pour prolonger une pénible existence , d'implorer la pitié publique : il crut pouvoir améliorer leur état en les faisant instruire et l'Institution fut créée.
Pénétrés de reconnaissance pour ce bienfait, nous n'avons rien négligé pour remplir les
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vœux du fondateur. On verra , par l'exposé qui suit des études et des travaux des jeunes aveugles , par les accroissemens et les améliorations qui ont été faits, tant par nos prédécesseurs que par nous, si nous avons fait tout ce qui dépendait de nous pour rendre l'Etablissement qui nous est confié digne de sa royale origine.
Si nous n'avions déjà, dans diverses parties de cet ouvrage , parlé avec assez de détails , de la manière d'instruire les aveugles, nous aurions fait précéder cette troisième partie d'un chapitre spécial sur le mode d'enseignement à suivre ; mais ce mode n'étant que l'application des procédés que nous allons décrire, nous avons préféré réserver pour chacun des chapitres qui suivent, les observations que la pratique de cet enseignement nous a mis à portée de faire , afin qu'il y ait plus d'ensemble et de précision dans les détails.
L'ordre et la distribution des chapitres sont indiqués dans le tableau suivant, qui est conforme à la progression que nous observons dans les études et les travaux.