‹ Essai sur l'instruction des aveuglesChapitre 30 sur 48 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

Des Bourses.

Les aveugles font des bourses de plusieurs manières, mais particulièrement avec le métier dont la figure est en l'autre part ( Voy. pl. XI. ), ou avec le moule à dents. Ils éprouvent plus de difficulté à se servir du moule, parce qu'ils sont exposés à jeter une maille pour l'autre, et à détruire ainsi, sans s'en apercevoir, leur propre ouvrage.

Le métier à baguettes n'offre pas cet inconvénient. Je voudrais pouvoir décrire la manière d'en faire usage; mais cela est assez difficile lorsqu'on ne l'a pas devant soi. Il faut tendre transversalement et à trois pieds de distance environ, deux cordons, l'un au baut et l'autre au bas du métier , dont les deux branches montantes sont séparées par un intervalle d'environ trois lignes , ce qui suffit pour le passage des baguettes. On tend la soie sur ces deux cordons, en passant toujours la main au-devant du métier et décrivant un mouvement, en forme de 8 de

chiffre. On met depuis quatre-vingts jusqu'à cent brins de soie, selon la longueur de la bourse ; on place, sur le côté droit de la soie, un fil qui est compris dans le tissu, et qui sert , lorsque la bourse est achevée , à faire retrouver les mailles, pour en coudre les bords. Il y a une très-grande variété de points; mais on commence toujours, de droite à gauche, en prenant alternativement une soie de devant qu'on porte en arrière et une soie de derrière qu'on porte en avant , après l'avoir croisée avec celle qui suit, pour fermer le nœud:

comme les nœuds qui sont faits s'éfileraient , si on les abandonnait lorsqu'on est arrivé au dernier brin , l'aveugle les retient sur son index droit, et les arrête en substituant au doigt une baguette plate et mince avec laquelle il presse transversalement les mailles inférieures, parce que le travail fait par les mains dans le haut se répète au bas du métier par l'entrecroisement des fils ; en sorte qu'il se fait toujours deux bourses à-la-fois.

Cette profession convient parfaitement aux femmes aveugles, qui ont généralement la pulpe des doigts plus sensible que les hommes, et qui , d'ailleurs , ayant les mains plus sèches ,

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ne sont pas exposées à lâcher la soie. La combinaison du point peut se faire d'une infinité de manières ; et les aveugles sont très -ingénieux à en trouver de nouvelles. Rien n'est plus commun que de leur voir faire dans le tissu des bourses, des fleurs, des oiseaux, etc. Quant à la variété des couleurs , dans ces sortes de bourses, elle ne dépend que de l'arrangement primitif de la chaîne et de l'entrecroisement des fils. Les aveugles qui reconnaissent les bobines n'ont besoin de personne pour monter leurs métiers ; ils savent , d'ailleurs , très -bien quelles sont les couleurs qui peuvent ou non se combiner : ils ne rapprochent point des teintes trop tranchantes , et , sous ce rapport , ils ne blessent jamais ni notre goût , ni nos yeux.

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