OBSERVATION VII
ÉCLAMPSIE DES FEMMES ENCEINTES ET EN COUCHES. — RELATION DE L'ÉCLAMPSIE PUERPÉRALE AVEC LA MANIE ET LA PARALYSIE (1).
Malade couchée au n° 28 de la salle Saint-Bernard, accouchée la veille de son entrée, à trois heures du matin; la sage-femme qui l’assistait crut devoir administrer, après la délivrance, une forte dose d’ergot de seigle, probablement en vue d’arrêter une perte de sang abondante. Deux heures après, l’éclampsie surveñait et, dans la journée, cette jeune femme était amenée à l’hôpital.
A la visite du soir, mon chef de clinique, M. Moynier, jugea à propos de pratiquer une saignée du bras de 800 grammes. Mais, de huit heures à minuit, les accidents se répétèrent avec une extrême intensité.
Les convulsions avaient cessé quand nous vimes la malade, le lendemain matin. La cyanose du visage, qui, la veille, était portée à un très haut degré, avait presque complètement disparu. Nous trouvions, sur la langue, de nombreuses traces de morsures. Nous prescrivimes une potion composée de : muse, 50 centigrammes, extrait de valériane, même quantité, incorporée à 80 grammes d’eau de mélisse sucrée, avec sirop d’éther et de fleur d’oranger, de chaque, 20 grammes. Le surlendemain, vers onze heures du man, survint une nouvelle attaque aussi violente que celles qui l’avaient
(4) Trousseau, Cliniques, XLIV, tomme IT.
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précédée, et à laquelle succéda, comme la première fois, une stupeur profonde,, avec une perte absolue du sentiment.
Les urines, examinées à différentes reprises, n’ont jamais, ni par la chaleur, ni par l'acide nitrique, donné le moindre flocon albumineux.
Après ces attaques d’éclampsie, dont la dernière eut lieu le 11 septembre, la malade resta 48 heures dans un état comateux profond ; dans la nuit du 13 au 14, elle fut prise de délire, avec une agitation telle, que, pour la contenir, on fut obligé de lui mettre la camisole de force. Les journées du 16 au 20 se passèrent bien, le calme semblait revenu et il ne restait plus que l’hébélude, qui n'avait jamais disparu, lorsque, le 21, pendant la visite, survint un accès de manie aiguë. Tout à coup, nous entendimes la malade crier, et lorsque nous nous approchâmes d'elle, nous la vîmes, l'œil animé, demandant, én criant «ma fille ! ma fille! », qu'on lui donnàt son enfant, dont on avait été obligé de la séparer. Elle ne paraissait nullement avoir conscience de ses actes, de ses paroles, et gardait cet air d'hébétude qui ne l’avait pas quittée depuis les premiers accidents. Néanmoins, la malade ne tarda pas à guérir.
Ordinairement, l’attaque d’éclampsie passée, ses facultés intellectuelles sont troublées pendant longtemps; la mémoire, surtout, est très affaiblie, quelquefois complètement perdue, et pendant plusieurs jours les malades n’ont aucun souvenir, non seulement des accidents qu’elles viennent d’éprouver, mais encore des faits qui les ont précédés. Chez quelques-unes, cette perte de mémoire est partielle et ne porte que sur certains faits : elles ont oublié les noms de certaines personnes, même de celles qu’elles voient le plus habituellement et qui leur sont le plus chères.
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