‹ Essai sur la céphalalgie et la migraine, considérées soit comme affection symptomatique, soit comme maladie essentielleChapitre 5 sur 10 · SOIT COMMJÉ AFFECTION SYMPTOMATIQUE · texte numérisé non relu

SOIT COMMJÉ AFFECTION SYMPTOMATIQUE

Môrgagni a dît que c’étaient les maladies les plus communes qui méritaient le plus de fixersl’attentiott du médecin ; je crois que, dans cette occasion , comme dans beaucoup d’autres, ce grand écrivain était dans le vrai, et c’est en partie ce qui m’a déterminé à choisir pour sujet de thèse la céphalalgie et la migraine, affections tellement fréquentes et si généralement répandues, qu’ilh’èst, pour ainsi dire, personne qui n’en ait été atteint une ou plusieurs fois dans sa. vie. En second lieu, la migraine a sur toutes les autres maladies ce singulier privilège que, dans la plupart des cas,, le médecin et le cpalade sont d’accord pour ne s’ten point occuper , malgré les souffrances qu’elle entraîne : le premier, parce qu’il la regarde comme rebelle à son art; le second , parce qu’il est convaincu que si la nature est un grand médecin , c’est surtout dans cette circonstance j et, partant, qu’il n’a rien de mieux à faire que de s’en reposer sur elle du soin de sa guérison. Je tâcherai, en terminant ce travail, quand j’analyserai les moyens de traitement qu’on peut lui opposer, de démontrer que cette opinion, si générale, n’est bien souvent qu’un cruel préjugé, et alors peut-être pourra-t-on se demander jusqu’à quel point cette indifférence est parr-

donnable si les moyens de la médecine peuvent être dé quelque secours au malade.

On entend par céphalalgie (du grec , tête, et aXyoi;, douleur) une douleur plus ou moins vive , occupant une partie plus ou moins étendue , plus ou moins profonde de la région du crâne.

La céphalalgie a reçu différents noms, suivant sa durée, suivant son intensité, et suivant les parties qu’elle peut occuper ; voici ceux que les auteurs s’accordent à lui donner aujourd’hui.

Suivant son intensité, la douleur prend le nom de gravedo ( du latin gravis, pesant) ou de carehariq, du grecxapvi, tête, et êapoç, pesanteur) quand elle est caractérisée par une sensation de pesanteur de la tête ;

De clou hystérique, de clavus, ÔLOvum, quand elle frappe les femmes hystériques, et leur fait éprouver, vers le sinciput, une douleur assez analogue à celle que produirait l’application d’un morceau de glace sur un point très-limité de cette partie (1); ou vers l’occiput, une douleur d’une autre nature, comme serait, par exemple, celle que pourrait produire la pénétration d’un clou à la partie postérieure de la tête.

Suivant les parties qu’elle peut occuper, la douleur de tête se nomme hémicranie quand elle occupe un des côtés de la périphérie du crâne (du grec 7ip<yuç, moitié, xpavlov, crâne) dont on a fait par abréviation le mot migraine, qui toutefois ne répond pas exactement à l’idée qu’il faut se faire de la maladie appelée aBijourd’hui migraine, ainsi que nous aurons occasion de le voir plus tard, en parlant de son siège, sur lequel les différents auteurs qui se sont occupés de cette affection sont loin d’être d’accord. Hémicranie, en effet, d’après son étymologie, signifie seulement une douleur qui n’a son siège que sur un des côtés de la tête. Or, toutes les névralgies de cette partie

(l)-«Dolores capitis ab utero. nati verticem ac occiput, cutu sensu frigoris. ia vertice, sæpissimè occupant. » (Klein.)

peuvent mériter ce nom, puisque presque toutes n’attaquent guère qu’une des moitiés du corps sans dépasser la ligne médiane. Dans cette manière de considérer les faits, l’hémicranie ne serait qu’une condition des douleurs névralgiques.. 11 existe en outre une infinité de douleurs n’affectant qu’un seul côté du crâne et qui ne sont pas des migraines; telles sont les douleurs rhumatismales, celles qui résultent d’une affection locale de la tête, etc., etc. Ensuite la migraine ne se borne pas toujours à envahir un seul côté, le côté gauche ou le côté droit; le front, les deux tempes, l’occiput, toute la partie supérieure, et même quelquefois la totalité du crâne, peuvent en être le siège ; enfin elle peut en avoir un beaucoup plus circonscrit et n’occuper que les arcades surcilières, l’orbite et les environs de la racine du nez. ^

Suivant sa durée, la douleur s’appelle céphalée, quand elle se prolonge au delà d’un certain temps et quelle passe à l’état chronique. On; 1a distingue en continue et intermittente :1a céphalée continue est le plus ordinairement liée,.suivant un des bons praticiens de la capitale , M. le docteur Jolly, à quelque affection rhumatismale ou syphilitique, avec ou sans exostose, à une phlegmasie chronique des méninges ou du cerveau , enfin à une lésion organique quelconque de quelqu’une des parties contenues dans la boîte osseuse de la tête, ou de quelque point de cette enveloppe osseuse elle-même (1). La céphalée intermittente jteut affecter les types quotidien, tierce, quarte, hebdomadaire, mensuel, annuel. •

Nous croyons cette dénomination de céphalée vicieuse ou au moins inutile : en effet, une maladie dite céphalée, si elle est continue, dépend bien probablement d’une lésion organique qu’une analyse exactement faite dès symptômes concomitants pourra faire reconnaître; et si elle est intermittente, ce sera sans doute une variété de migraine.

Les anciens auteurs n’ont, pas en général, donné à la céphalalgie

(1.) Dictionnaire d& Médecine et de Chirurgie pratiques, t. V,p. 153,

toute l’attention que nous croyons qu’elle mérite; plusieurs confondent les différentes espèces de céphalalgie les unes avec les autres, quelques-uns en isOlerit une variété, qui paraît, suivant la description qu’ils en donnent, correspondre assez bien à ce qu’on entend aujourd’hui par migraine , et font de cette variété une affection essentielle ; opinion qui depuis a été reprise et combattue par quelques modernes qui en ont fait à leur tour l’un des symptômes d’une lésion, ou du cerveau ou d’üri organe réagissant sur lui.

Ainsi, Hippocrate confond ensemble toutes les céphalalgies, et rien dans ses œuvres ne fournit le moindre indice qu’il ait établi parmi elles une classification, ni considéré aucune d’elles, pas même la migraine coirime une maladie essentielle.

Après lui, Arétée de C^ppadoce (1) décrit, sous le nom deïiTsponpavia [eterocrània), une Variété de céphalée, à laquelle il assigne pour caractères quelques-uns des symptômes les plus constants de la migraine; et cepeudant, par le pronostic qu’il en porte, il est évident ^ qu’il la confond avec quelque lésion organique du cerveau.

Cœlius Aurelianüs (2) ne fait pas non plus de la céphalalgie en général , ni d’aucune de ses variétés, une maladie particulière.

Galien (3) en parle en plusieurs endroits de ses œuvres, mais sans y établir de distinctions : on voit qu’il confond la migraine avec des lésions cérébrales, par le pronostic qu’il en porte; et quoiqu’il en ait donné une description assez exacte, il n’indique pas son siège précis; son traitement, ainsi que nous le verrons, est surchargé de pratiques aujourd’hüi ridicules.

Il faut arriver à Alexandre de Tralles (4) pour trouver les céphalalgies envisagées avec un peu de précision; le premier, il établit que

(1) Dernorbis chronicis, Ub. i, cap. 2.

(2) Idem, ibid.

(3) De morbis vulgaribus, classes 2, 3 et 4.

( 4 ) De arte medicâ, 1. 1 , cbap. 10,11, 12.

Von doit distinguer la céphalalgie proprement dite de ce qu’il appelle la céphalée, et de la migraine. ,

Maintenant, si nous nous rapprochons un peu de notre temps, nous voyons en compulsant les auteurs qui ont écrit au XVlV siècle, qu’ils ne sont pas plus d’accord sur le siège, sur la nature de Ja céphalalgie, et surtout de la migraine, et encore moins sur sa qualité de maladie essentielle ou de symptôme.

Sauvages (1) ne voit partout que des migraines; il en admet dix variétés: migraine oculaire, migraine odontalgique, migraine du sipus, migraine coryzale, hémorroïdale, hystérique, purulente, insectale, néphralgique, lunatique. Mais sont-ce là des migraines? Qu’est-ce qu’une migraine oculaire avec inflammation et suppuration de Voeil, si ce n’est une fonte purulente de l’œil occasionnée par une cause quelconque et accompagnée d’une céphalalgie très-naturelle? Qu’est-ce qu’une migraine odontalgique avec inflammation et suppuration de l’oreille, si ce n’est probablement un abcès de la bouche, déterminé peut-être par la carie d’une molaire, et s’ouvrant, après d’atroces douleurs céphalalgiques, dans l’oreille? On pourrait en dire autant de toutes celles dont on parvient à comprendre la description, dans un auteur aussi confus que passionné pour les divisions et subdivisions.

Charles Lepois (2) distingue la migraine des autres variétés de céphalalgie, et l’admet comme affection essentielle ; mais il la définit mal; et dans la définition qu’il en donne, on doit retrouver une infinité de maladies accompagnées de céphalalgies,, qui ne sont ni des migraines, ni des affections idiopathiques. Du reste, il attribue celle dont il traite à la fermentation d’une certaine vapeur bilieuse qui se porterait vers la tête avec acrimonie, et distendrait violemment les membranes du cerveau. Sa doctrine, aujourd’hui ridicule, eut alors beaucoup de

(1) Nosologie méthodique, 7^ classe des douleurs, ordre

(2) Seleetiomm observationum, liber singularis, opus novitaie doctrina, utile atque juvendum, ponte ad monticulufli,

if.—1837.—N» 101. 2

faveur; elle fut même accueillie avec tant d’enthousiasme, que l’on lit en son honneur des vers ou plutôt des bouts-rimés encore plus ridicules qu’elle ne l’est elle-même : était-ce l’intime conviction de sa supériorité qui les avait dictés, ou bien le sentiment instinctif qui porte le peuple des auteurs, en quelque sorte malgré lui, à trouver bon ce qui vient d’un homme puissant par sa position et sa fortune ? C’est ce qu’on ne saurait dire. Mais Charles Lepois était doyen de la Faculté de médecine de Pont-à-Mousson, et de plus médecin et conseiller du duc de Lorraine.

Lepois père, sans révoquer en doute les effets miraculeux de la sérosité, pense que toutes les céphalalgies ont leur point de départ dans l’estomac et les autres viscères abdominaux.

Plusieurs autres auteurs se sont occupés de la céphalalgie en général, et quelques-uns de la migraine; nous aurons occasion d’en parler quand nous traiterons des causes de la maladie, de sa nature, de son siège, de ses symptômes, de sa marche, de sa durée, de ses terminaisons, de son anatomie pathologique, de son diagnostic différentiel, de son pronostic, de son traitement. .

On a vu, d’après la définition, que toute douleur interne ou externe, profonde ou superficielle, étendue ou limitée, siégeant à la région du crâne, était pour nous une céphalalgie; il est donc naturel de croire qu’il existe un grand nombre d’espèces ou de variétés de céphalalgies.

Nous les diviserons en céphalalgie s-ymptomatique et céphalalgie idiopathique ou essentielle, et ne dépendant d’aucune autre maladie. Dans la première classe se trouveront toutes les douleurs de tête qui accompagnent ou suivent une maladie quelconque, et une partie des céphalées des auteurs. Elles se rangeront d'après leurs causes connues ou présumées. Dans la seconde se trouvera seulement la céphalée intermittente de ces mêmes auteurs, quel que soit son type, c’est-à-dire la migraine et ses différentes variétés,

Causes.

Les causes de céphalalgie, soit symptomatique, soit idiopathique ou essentielle, sont nombreuses. On doit les distinguer en causes-prédisposantes et causes déterminantes ou occasionnelles.

Causes prédisposantes, ^ Elles sont en général peu connues. Les plus incontestables sont , pour toutes les céphalalgies possibles, une très-grande susceptibilité nerveuse, le tempérament nerveux, le sexe féminin chez lequel ce tempérament paraît Te plus souvent prédominer.

Toutes les causes prédisposantes dérivent de celles-là, parce que c’est toujours en dernier résultat le système nerveux qui perçoit et qui donné la sensation de la douleur, quels que soient d’ailleurs son caractère , sa nature et sa cause.

Cames déterminantes, —Elles diffèrent beaucoup suivant qu’on les examine dans les céphalalgies symptomatiques et dans les céphaklgies Idiopathiques ou migraines. Autant elles sont,en général et à quelques exceptions près, facilement appréciées dans le premier cas, autant elles le sont difficilement dans le second. Dans la céphalalgie symptomatique, la douleur de tête aecompagne, complique et suit toujours une maladie ou un état pathologique quelconque local ou général. Dans la migraine, elle est, pour ainsi dire, toute la maladie. Nous allons passer en revue la plupart des états pâthologfqties qui peuvent donner naissance à la céphalalgie. *

La fièvre continue simple, la fièvre éphémère, que quelques auteurs affirment n’être autre chose qu’une gastro-entérite légère, s’accompagne souvent de céphalalgie, et ce symptôme annonee assez ordinairement qu’on devra s’attendre à un peu plus d’intensité dans la maladie qu’il n’y en aurait eu s’il manquait.

L’invasion de la fièvre typhoïde, autrefois fièvre putride et maligne,

est spécialement marquée par la céphalalgie et par un abattem^t qui force le malade à s’aliter. Cette céphalalgie est constante dans la première période ou premier septénaire; elle est intense et avec redoublement la nuit: elle cesse le plus souvent dans le second septénaire.

Dans la fièvre intermittente simple, le stade de chaleur est accompagné, entre autres symptômes, par une céphalalgie de la partie supérieure de la tête, qui diminue dans celui de sueur ou troisième stade, en même temps que la soif, la plénitude et l’accélération du pouls.

Les fièvres intermittentes pernicieuses ont presque toujours pour symptôme principal une douleur très-vive, tantôt de la tête, tantôt d’une autre partie; ainsi on connaît les fièvres pleurétique, céphalalgique, etc., etc. Il en est.de même des fièvres larvées, un des quatre groupes des fièvres intermittentes anormales.

La pesanteur de tête ( )iafnêapta) est un des phénomènes précurseurs du typhus des camps et des prisons. .>

Dans la fièvre jaune ou typhus d’Amérique, on remarque le plus ordinairement parmi les symptômes de la période inflammatoire une céphalalgie insupportable, souvent sus-orbitaire.

Dans la suette ou peste britannique, l’invasion de la maladie est marquée par des douleurs violentes à la tête, au dos et aux-lombes.

Dans le choléra-morbus, on a observé, au premier degré de la maladie, une céphalalgie sus-orbitaire intense qui disparaissait souvent quand, la maladie faisant des progrès, survenaient des crampes dans les membres et des vomissements.

Dans les différentes stomatites, il n’est pas rare de voir apparaître un mouvement fébrile, accompagné de céphalalgie qui vient se joindre à la maladie principale.

C’est ce que l’on rencontre^tuissi quelquefois dans la glossite quand elle est profonde ou phlegmoneuse : dans l’angine tonsillaire, dans l’angine pharyngée, etc., etc.

La céphalalgie frontale et sus-orbitaire accompagnent presque toujours la gastrite aiguë quand plie est un peu intense; elles existent

même très-souvent dans des gastrites légères, dans des indigestions, et précèdent même le début de ces affections.

La céphalalgie sus-orbitaire manque rarement dans la gastro-entérite aiguë; elle persiste tant que dure la fièvre, e’est-à-dire jusqu’à la décroissance des accidents.

En général, toutes les irritations des voies digestives s’accompagnent de céphalalgie, et tout ce qui peut les produire tend nécessairement à lui donner naissance. Ainsi, dans les cas où la médication tonique est indiquée, si l’on emploie les préparations martiales ou ferrugineuses et qu’on en continue l’usage pendant trop longtemps, ou qu’on jes administre à trop hautes doses à la fois, ou bien à des individus robustes, pléthoriques et d’un tempérament sanguin, on voit survenir d’abord des douleurs d’estomac, des rapports nidoreux, des coliques, puis de la céphalalgie. Egalement, dans l’emploi des préparations de quinquina, si la dose est trop forte, ou bien si son usage est trop longtemps continué, ou bien enfin s’il existe un état inflammatoire de l’estomac ou de 4out autre organe, les symptômes de la phlegmâsie s’exaspèrent, se compliquent de phénomènes généraux parmi lesquels une violente céphalalgie se remarque toujours comme un des plus constants. L’abus des purgatifs agit dans le même sens, c’est-à-dire comme cause d’irritation des voies digestives, qui se complique à son tour de céphalalgie.

Les hémorroïdes, quand elles se suppriment, sont une cause puissante de céphalalgie; le sang qui d’habitude s’écoulait par l’anus déterminant vers la tête un afflux de liquide, une sorte de congestion plus ou moins grave, toujours très-incommode.

La céphalalgie se montre toujours au début de la bronchite aiguë : autrefois on l’appelait céphalalgie catarrhale; elle augmente la nuit.

Dans la pleurésie aiguë, au début la douleur de côté s’accompagne ordinairement de céphalalgie sus-orbitaire.

Ce symptôme se rencontre également dans la première période de la phlébite, de la cystite, de la néphrite.

La céphalalgie existe toujours dans les fongus de la dure-mère;

elle se manifeste par une douleur fixe à l’endroit où se développe la tumeur.

L’arachnitis cérébrale débute par une céphalalgie dont le siège est variable, mais qui devient bientôt des plus violentes, pour cesser plus tard, faire place au délire,et reparaître par intervalles quand celui^i disparaît à son tour. Le docteur Guibert (1) cite une observation de céphalalgie opiniâtre causée par une arachnoïdite chronique, survenue à la suite de chagrins violents et prolongés. La douleur, qui dura trois mois sans désemparer, siégeait au vertex et à l’occiput. Des applications réitérées de sangsues, d’emplâtres d’opium, furent sans résultat; au contraire, la maladie semblait s’exaspérer sous l’influence des saignées locales: la malade mourut, et à l’autopsie on trouva une suppuration de la méningine avec épanchement de sérosité dans le ventricule droit, et ramollissement de tout l’hémisphère correspondant.'Lallemand de Montpellier (2) rapporte plusieurs observations de céphalalgies intenses et rebelles, occasionnées par des arachnoïdites, et à la suite desquelles on trouva dés granulations à la face interne de cette membrane.

L’hydrocéphale aiguë s’accompagne toujours de céphalalgie frontale ou temporale, qui augmente d’une manière graduée, et survient le plus ordinairement dans le premier septénaire de la vie, quelquefois pendant le travail de la dentition. Llette douleur , qui persiste pendant tout le cours de la maladie , se reconnaît, quand l’état de l’en- . fant, devenu plus grave, ne lui permet plus de crier, à ce qu’il porte instinctivement ses mains à sa tête.

Toutes les causes des congestions cérébrales sont des causes de céphalalgie, de pesanteur de tête, de vertiges : les douleurs ne sont jamais bien vives dans cette occasion. A cet ordre de causes se rattache l’abus des eaux acidulés gazeuses, qui, prises en excès, réagissent

(1) Journal général de Médecine, t. G!, p. 36.

(2) Lettres sur Vencéphale, lett. 2®.

promptement sur le cerveau, déterminent des étourdissements, une légère ivresse, de la céphalalgie, de l’agitation, des syncopes, etc. On peut encore y rattacher la pléthore, soit générale, soit locale, qui est, suivant M. Pariset (1), une des causes les plus puissantes de céphalalgie. Ce grand écrivain, partant de cette idée, subdivise les céphalalgies en une infinité de variétés : ainsi, la céphalalgie est dite menstmelle quand elle précède ou accompagne les règles, ou bien survient, après leur cessation, aux époques où elles auraient dû arriver ; hémor^ roïdale, quand elle précède ou remplace des hémorroïdes retardées ou supprimées. Suivant le même auteur, la grossesse, en tant que déterminant la pléthore générale, est. encore une cause de céphalalgie. Également, tout ce qui peut, sans augmenter la masse du sang, le i-aréfier et activer la circulation, produit des pléthores dont la céphalalgie est souvent le seul phénomène marquant. Ainsi, un exercice immodéré, soit à pied, soit à cheval, soit en voiture, l’abus des plaisirs Ténériens, la colère , l’usage intempestif des préparations d’opium, doivent produire ce résultat. ,

La pléthore peut n’être produite que localement, à la tête, et occasionner ainsi des céphalalgies, par foutes les causes qui portent le sang vers la tête, ou s’opposent à son retour vers les cavités droites du cœur, comme les passions vives, les veilles, les travaux de l’esprit, l’asphyxie par le gaz acide carbonique, etc.

Une hémorrhagie cérébrale est quelquefois précédée d’une douleur de tête vive, et siégeant dans un point fixe du crâne, que l’on ne sait " à quelle cause attribuer.

Dans la première période de l’encéphalite, le malade, s’il n’a pas entièrement perdu l’usage des facultés intellectuelles, accuse de la céphalalgie ordinairement du côté opposé à celui des contractions convulsives.

Une douleur de tête fixe se rencontre toujours^ dans le ramollisse-

(1) Dictionnaire des Sciences médicales, Céphalalgie.

ment du cerveau; quand il survient de la paralysie, c’est du côté opposé à celui qui est le siège de la céphalalgie.

Les seuls symptômes qui puissent faire soupçonner l’existence des dégénérescences tuberculeuse ou squirreuse du cerveau sont des céphalalgies violentes, continues ou intermittentes, retentissant sous forme d’élancements dans tous les membres, et coïncidant avec une perte complète de connaissance, et des phénomènes spasmodiques des deux côtés du corps ou d’un seul. M. le docteur Salmade (1) rapporte une observation de céphalalgie, périodique d’abord, puis continue, qui finit par entraîner, après plusieurs mois, la perte du malade. A l’autopsie, on trouva une tumeur enkystée du lobe postérieur gauche du cerveau. Keutmann, de Dresde (2), qui paraît avoir le premier démontré la présence de calculs ailleurs que dans la vessie et les reins, rapporte une observation de céphalalgie chronique qui fut incurable, et dont la cause était une pierre, de la grosseur et de la forme d’une mûre, que l’on trouva dans le cerveau. Le professeur Lallemand, de Montpellier (3), cite plusieurs cas de céphalalgies opiniâtres, à la suite desquelles on trouva des abcès enkystés du cerveau.

Dans l’hystérie, il y a., au moment des accès, une douleur fixe dans un point très-limité de la tête, ordinairement à la région occipitale, qui fait éprouver à la malade la sensation d’un clou qu’on y enfonce-, rait : ce qui a fait nommer clou hystérique cette variété de céphalalgie. ’ ,

Dans l’hypocondrie, la céphalalgie est pour ainsi dire permanente, et présente des redoublements au moment de la digestion.

Dans la manie et la monomanîe, il y a presque toujours de la céphalalgie , quelquefois du délire : il n’y a rien de semblable dans la démence.

(1) Journal général de Médecine, t. 27, p. 153.

(2) Histoire pragmatique de la médecine, par Sprengel.

(3) Ouvrage cité, lettre iv, n°* 19 et 29.

La névralgie'faëîàlè 'ëst'*tihé'6éplîalâTgté'des plus-^3ouIôÜFèüses’,'^qui «St fixée sdr les bratiches''fàbià!es de la portion düpè^ dé lâ sëiitième paire de^herfs , ^èâyoïF, de nerf frontal V le= nerf sds^rbifairé', le mentonnier, les dentaires supénéür ét infénétif, ét le riasô-paîàtin. ^

Dans la période ddnvâsion ou dediièmê-'périôdë dé la variole , il y a toujours de la céphalalgie sus-orbitairé et du brisement dans les Tdaembres. " ""

Une forte céphalalgie partant de la régioh du tynapan et de l’apophyse mastoïde, pour s’irradier dans presque tout le côté affecté , accompagne toujours l’otftédnternéi aigu# - " ‘

Dans le côrÿKr, la^ céphàlalgié (^ur^rfêvlëbt est=gravâtive et avec

sentiment de pesanteur dans dès 8Îhù^%6htaiix. •

LèS éontusiôns dès téguments:'du crâne s’acéômpagnent souvent de éépbalalgie , soit t[üé les parties molles extérieures aiént seules ’ été lésées, soit que la violeoee' du coup -ait fait participer le cerveau h la contùsiôég dans le derniér'cas,-îâdcéphâîalgîe, symptomatique d’une éncépbalitè commençante ,^ hnppârait que' du slxïèmé au''hui-

fiêmé'jôtif/ ‘ ''''-• ----■â.easb -

féS frâctureS du neSv ét^n'généràl cellè^dé'toüR lès ôS'dle la tôté, ont rarement lieu sans amener une céphalalgie pins ou moins forte , qui disparaît lé pluè' souvent avèelUcâûsctjuî'Paprôdmté; - *

Les exostosessoit internés, soif ëxternes, Sohf dès- câhséé puiSsMfès de céphàlâlgie: ISe professéur Lalieniatid^ dê%ôntpelHë'r^(4^î cité plusieurs cas de malades atteints de céphalalgièSi^iniâtrë^f aiixgüéllés même on avait donné, pendant la vio, lé qui^ à

l’autopsie, ont présenté des saillies épineùses -â Tintérîèur du crâné. Pierre Frank (2) rapporte le Cas dmrie èéphâléé devenue mortéMe, qui était causée par une éxcrôiSSânce osséuse très#igiié dë’Tintériéur dù crâne, prèsle rëpli faleiformé dé la métiinge.*’^ f ^ '

(1) Lettres sur Vencéphale^ lettre 5, n° 12,

(2) Journal général de Médecine, t. LVn, p. 33§.

Une céphalalgi'^ intense e^jt toujo^^s la suhp d!une conjoncti- ^vite aiguë ; quelquefois pême la douleur est telle , < qu’il semble que le qFâne,;SO.it trop petit pour contenir les parties qui y sont renfermées, et qui paFaissent; faire;effort pour en sortir.

L’a.maurose est quelquefois précédée par une douleur de tête fixe, prQfqpfleÿ obtuse, qui semble annoncer dans une partie du cerveau correspondant au chiasma des nerfs optiques, un travail de désorr ganisation. Plus tard, cette douleur disparaît quand la cécité est survenue.

Un sentiment habituel de fatigue et de pesanteur à l’un des yeux, une douleur fixÆ et continue au côté correspondant du crâne, sont les premiers symptômes du cancer de l’œil,

La céphalalgie peut souvent être symptomatique d’une maladie du sinuSi Uiaxillaire : ainsi., dans l’inflammation de la muqueuse qui en tapis^ l’intérieur , une douleur fixe , profonde, occupe l’intérieur de 4;^ fape„ ,et s’accompagne de pulsation^insupportables qui reteptissent dans toute la tête. Les imêjmes phénomènes se reproduisent dans les abcès et les polypes de ce sinus, ainsi que dans les polypes des fos^^ natales; dansne. dernier qas, la douleur est surtout fixéqfVersJa racine du nez et les sinus frontaux;.

La céphalalgie peut encore être symptomatique de la carie des dents, ^piyantlabrice de PUdep etI)nrpno;. 4’un amas de pus dans les sinus, suivant Nicolaï ,.;Schrader, etJLieutaud j. de la earie et des exostoses .4es>siiuj^ suivant;Vogel; de la présençe de^yers dans ces sinus, suivant Langes et César Magàti (1 ) ; del’inflammatiôn des sinus, frontaux, suivant Caron 4’Annepy5 (2},- , ; .. , ;

jr jM Panset admet une céphalalgie qull appelle , et qui, sui-

{Vant lui^ sera|tj le rés uUat, pu d’hydrqpisies générales auxquelles le cerveau participe, ou de métastases, d’hydropisies partielles.,11 en ad-

(1) Journal général de Médecine, t. XLV,p. 331:

(2) Idem, ibid., t. XL, p, 369. ■ : ^ ' '

met de métàStatiqaes, par transport de la caüSe Thtitriaifsnddle ou goùtteuse vers* la tête" (1). Cès céphaialgiés- augtBenfent la nuit'; e;t le plus SdtiVént n’affectent seul côté. Enfin, l’éloipifent àütèur des

Éloges'historiques de Bertkolét et 'dé Gtir’visart, dans son àrticlé/CÉPHA- LAL'GIE àwgranê^Dictionnàire dèé, sbiMces'Médicales, enàdmetenébfê de symptomatiques d’une affection nerveuse des voies digestives, cbtntn'é; par exêraiplev celles qüi surviV^ent* âftix' traitements "de rempoisohnement par les sels de plomba>dë>eiSit'lre,'de'mercure; “ 'i - - ' s:

Jusqu’à présent nous n’avons*^‘t^cherehe les causes qàeides^ Céphalalgies symptomatiques, et'nous^âvons vtP que, bien qu^lles'^sbiéntî, pour ainsf dire:^ innombrables, gï? peut le plus souvent y rtemëfiter, et par conséquent tracer, d’après leur connaissance.^Hîfi'firait^itêrft rationnel. Il n’en est pas de naêmé ^'Celles- defe ééphaialgiéidfopathitpie, :de la migraine : aucune ne“ nous est connue d’unemaniere bien liettè, etïeur mode d’action surtout nous échappe". jNbùsïallons'nepêtidant tâcher d’énumérer les ; influencés souS lesquelles- Inexpérience* a démontré que l’on voyait le -plus^^souvent‘nattrë ou récidiver-cettet affection; et nous les diviserons, comme précédemment, en prédïspbsantes et occasibnnellest 5 — é

Les causes prédisposantés de lamigraine ont été en généraf îassez bierijobservées; ellesssônt propres à irindividu efc résident en lui; ou bien elles dur sont étrangères. '

Comme causes prédisposantes propres à lïndividU j omdoit noter îî-

1“ L'hérédité. —Tissot, et la plupartdesam:eurs quisonté(ïrit*depuis sur la migraine, la regardent comme héréditaireV; dans .lesveas où S’influence de cette cause prédfêposante se manifeste dfune manièreiincontestablev on voit survenirila^ maladie de très^bonne heure,. souvent v.ers l’âge de sept à huit ans, le plus orcünairément de treizeà quinze, qi^lquefois vers dix-huit ou vingt, raremenfpîustétique: sept aiis^ÿ bien

(1) «Dolores capitis sæpè Signum sunt'arthritidis prœnuntiunS‘(KiElài) - -

que, Tissot dise avoir vu des personnes, qui ne pouvaient se rappeler à quel âge elles avalent eu le premier accès, rarement plus tard que vingt-cinq. 11 paraît même que les sujets chez lesquels existe une prér disposition héréditaire à la misraine, peuvent se considérer coipme hors de ses, atteintes^ q^j^aud.ils sont p#^vepus à \cét âge sans 'en savoir éprouvé de,symptôméê.v : -

Obseryops encore,,à propos de 1 influence de l’hérédité, rque la migraine paraît se déyelopperjle plus SQûvent de meilleurejheure chez les sujets prédisposés hépéditairem.enlrÿtquei chez ceux.qui rie le sont pas ; mais que cependant, qe, u’est.^pas. une T,ègle;:san8 exception.^ puisqu on, e%voit;$ouyeptsef^évelopper en bas âge, sans quelles tiennent à la cau^e dont nous parlons. :• ?. lmb - ' ü .; o •

2" i<êiî,:dg’Cf.-t-rAin8i;^que; nous venons de le,voir,les â^s né .sont pas absolument; sansi influenee.-Ajoutons .que Tâge ;critîque est pour les jFemmes uneineohtestable prédisposition à la migraine ; bien des fois ( 1 ) on a vu, à.cette époque de la vie, les] règles être remplacées pac;des migraines, opiniâtres revenant chaquomois avec.la plus cruelle régularité.'.,,. . - -y w.; I9;:r

3° Le sexe. — Les femmes ont encore le tristeprivilége' iTêtte beaucoup plus sujettes à la migraine que les hommes; cela lient à la prédominancfédu système nerveux chez,elles, à leur genre de viey qui les expose à une foule de contrariétés et de chagrins qu’elles sont obligées de dévorer en secret, et aussi à leurs habitudes sédentaires, qui augmentent encore urio susceptibilité nerveuse, en ^nérai beaucoup plus

prononcéfechez;eljes que chez rhomm®- ri

: 4® Les‘tempéraments‘..^. Celu i que l’ion appelle nerveux; : y ; p réd is pose plus; quci le tempéramént îymphaiique et le tempérament sahgnin. '

S.** Une grande susceptibiHté ’des voies digestives. Lepois’( père'),;/au -commencement du XVII® 'siècle, attribriait toutes les œigràiriçfeu Urie affèctiontde l’estomsKî : rTisæt attribuât aussi'une grande mflUénoe; à.

(1) , Q'k?^rwf,-jfi?fidiûPrprâçti!, dfi- aff^tycaj>itis.„

“;)nolo(j •>

ce viscère sur la production de la maladie. M. Piorry (1); dans un trèst^ bon mémoire où il envisage la migraine sous un point de vue entièrement neuf, remarque que c’est ordinairement dans deux conditions de l’estomac qu’elle se déclare : ou bien lorsqu’il est rempli d’aliments;^ ou bien lorsque la faim se prononce avec intensité. C’est surtout ad marnent de la digestion stomacale que, souvent^ la plus légèrérlnfluence suffit pour déterminer cette maladie. ’ ;

Les causes prédisposantes qui ne sont pas inhérentes à l’individu luirmême, sont:

• Bes. injluéhçes atmosphériques. -- Qvi A vu plus d’une'fois l’état du ciel surchargé, dans un court espace de temps,' d’électricité-, un orage éclatant au milieu d’une journée d’été , occasionner à des personne?, déjà prédisposées par un tempérament nerveux un malaise indéfinissable d’abord^ puis bientôt après tous les symptômes d’une violente migraine.

Rành (2) dit avoir observé, èn étudiant attentivement l’influence de l’atmosphère sur les maladies chroniques, que l’humidité produit des exacerbations dans ce qu’il appelle les céphalées, qui, d’après^isa description, ne sont autre chose que ce que nous appelons migraine.

Suivant Fodéré (3) , dans quelques circonstances, la migraine suit d’une manière constante les mouvements diurnes du soleil. Cet auteur dit avoir connu une dame extrêmenaent sujette à cette malâdieV dont les accès commençaient toujours avec lelever du soleil, et se dissipaient à sou;coucher, ; les .attaques étaient plus fortes aux époques de l’année oùle soleil reste plus longtemps sur notre horizon, et pendant les jours les plus sereins. ■ ^

M.I Prunelle (4) rapporte une observation de migraine périodique

(1) Mémoire sur la migraine, 1831. •

(2) Dissertation sur la sympathie (|ui existe entre la tête et les viscères abdo-, minaux, Journal de Médecine, t. xviij, p. 257.

' (3^* Physiologie positive appliquée à Médecine pratique.

(A) Journal général de Médecine, !. Ll, p. 108.

qui commençait au lever du soleil, augmentait jusqu’à midi, et diminuait alors jusqu’à son coucher, moment où elle disparaissait. C’est le seul cas authentique que l’on trouve dans les auteurs, d une influence aussi marquée de la lumière sur la production et le développement de la migraine.

2“ Les professions.— actif etfaborieux, livré sans césseàfde rudes travaux, est ordinairement exempt de migraine, tandis qu’elle est très-commune chez les gens de cabinet, chez les savants , chez les hommes de lettres. C’est ce qui a donné lieu à ce dicton populaire, que la migraine est le mal des beaux esprits, dicton qui, malheureusement, n’est ^as toujours l’expression delà réalité. En effet, ne voit-on pas des campagnards, dont les travaux sont souventexténuant8 ,*en être atteints quelquefois? Et, d’autre part, tous ceux qui souffrent de migraines sont-ils bien exactement dans les conditions du proverbe? Il faut' le désirer, ce serait une grande consolation pour les nombreux malades qui sont sujets à cette affection.

Causes déterminantes la migraine. — Ceux des anciens auteurs qui ont écrit sur la migraine étaient loin d’être d’accord sur les causes déterminantes de cette mairie. Nous avons vu que le doyen de Pont-à- Mousson , Charles Lepois (Carolu8 Piso) , l’attribuait à un amas de sérosité âcre remontant de l’estomac vers la tête.

Hoffmann pensait sqù’elle était occasionnée par la difficulté de la circulation du sang qui distendait outre mesure les vaisseaux du cerveau. On ne peut nier, dit M. le docteur Jules Pelletan, que cette cause n’ait quelquefois produit des migraines chez des individus sanguins habitués à des hémorrhagies nasales ou anales; mais ces migraines étaient alors causées par la pléthore ; et ces cas sont excessivement rares, parce que, la plupart du temps, en pareille circonstance, ce sont de simples céphalalgies qui se déclarent.

Willis en chefchait la Causé dans un vice des esprits animaux. Mais d’abord, pour que les esprits anim^x fussent viciés, il fallait prouver leur existence. Or, qu’étail-ce que ms esprits animaux? Un fluide in-

8aisi8,§ïiblçi éiQanant du ceryeau , et se répandant à travers les cordons nerveux, comme par autant de fils conducteurs, dans toutes les parties d,e l’économie ; dans l’hy^pothèse , impossible à prouver, où les deux substances constitutives du centre nerveux cérébro-spinal, la substance grise et la substance blanche, jouant le rôle l’une de pôle positif, l’autre de pôle négatif, formeraient, par leur contact intime, ies;;dejjx éléments d’une pik.

Le professeur Lallemand, qui rapporte, dans ses Lettres sur l'encéphalsj plusieurs.observations de;céphalalgies périodiques, d’hémicranieSjidé naigraineSj, en attribue la production, tantôt à; une méningite chronique, tantôt a nn Jabcès.enfcysté du cerveau, tantôt à des saillies cpineuses dans rintérieur du crâne. 11 me semble impossible de considérer comme 4e véritables migraines les affections dont parle le savant professeur de Montpellier: ou'bien s’il y a eu;de véritables migraineS:, elles n’ont certes pas: été occasionnées par lés lésions que nous vénonS: dp citier ^toutâu plus îes; migraines auront-elles pu -, en déterminant, par leurs;récidives,} uneirrkation sans cesse renouvelée vers la^tête, contribuer à la formation des lésionspathologiques rapportées Lettres smvl’mcéphale. r

Sch0bclts(l) pense que la migraine dépend le plus souvent d’une cause ? rhumatismalequi* se fixerait» suc » une.. partie quelconque de la tête. Deschamps fils (2) est à peu près du même avis, si ce n’est qu’il assigne à la maladie un siège spécial, qui, selon nous, est loin d’être unique, c’est-àrdire qu’il décrit: comme seule migraine ce qui n’en est quhme variété^ •

Suivant Bordeu, elle dépendà la fois , et d’une inflammation de la iuetnbraûe pituitaire et d’un-vice dç Vestpmac.

; M- le docteur Châvoix d’Exci.deuiL{3);se proponce pour une irritation chronique dé réstOEoac,,qui serait,, suivant lui, laiseule câuse de la»

[\) Tractatio de hemicraniâj^eûm^ill^.

(1) Maladies dès fossés nasales et de léürs sinus, y.

(3) Recueil des Thèses dé la Faculté de Médecine de Paris, 1827, .n® 18 2..

^Tnigraine. Il dit, pour le prouver, que les fonctions de Cet organe sont toujours troublées à l’approche des accès et pendant leur durée, et cite le cas de Haller, qui, atteint lui-même de migraine, se guérit par l’usage prolongé de l’eau pour toute boisson. Nous aurons plus lard occasion de discuter ce fait, et de voir si, de ce que Haller^ bien évidemment atteint de migraine, s’en débarrassa en buvant de l’eau, on peut conclure rigoureusement qu’il était affecté en même temps de gastrite chronique.

Ce n’est pas que nous voulions nier que, dans aucun cas, la migraine ne reconnaisse pour cause une lésion de l’estomac; non assurément: Cœlius Aurelianus avait bien reconnu l’efficacité de cette cause, Alexandre deTralles également ; et à cet égard, on sait que letn*s idées ont été confirmées depuis par l’expérience d’une foule de médecins. Mais que Tissot, qui parle dans ses œuvres d’une foule d’observations analogues, en ait été tellement frappé,qu’il n’admette pas d’autre cause comme point de départ de la migraine, c’est une opinion à laquelle nous ne saurions nous rendre, malgré l’autorité d’un grand nom : car il est bien certain que, dans le nombre de ces observations, il s’est trouvé plusieurs cas dans lesquels l’affection gastrique-a été consécutive à une ou plusieurs migraines ; et dans plusieurs autres, il est impossible de savoir laquelle des deux affections a été consécutive à l’autre.

Les coups et les chutes sur la tête peuvent être quelquefois une cause de migraine. Bonnet cite un cas que lui avait communiqué Maurice Hoffmann, qui l’avait observé sur lui-même, et qui prouve que ce{te maladie peut survenir à la suite d’une lésion extérieure. Maurice Hoffmann, vers l’âge de quatre ou cinq ans, fit une chute dans laquelle il se heurta très-fortement l’arcade surcilière droite. La oicatricequi résulta de la plaie fut considérable, et à peine l’enfant fut-H guéri, qu’il fut pris, à divers intervalles, de migraines intolérables qui occupaient la partie droite delà tête, et qui ne le .laissaient en repos que lorsqu’il était survenu des vomissements Bilieux ou une hémorrhagie nasale : du reste ces exeinples sont fort rares.

M. le professeur Rostan croit la migraine toujours consécutive à une lésion du cerveau existante ou cachée, parce que, dit-il (1), rien n’ar- , rive pour rien. Assurément nous ne prétendons pas qu’il y ait dans la nature d’effet sans cause; mais connaît-on toutes les causes de tous les effets qui se déroulent à nos yeux dans le vaste panorama de l’univers ? Et, parce qu’il n’y a pas d’effet sans cause, et qu’on ne connaît pas la cause d’un effet connu, s’ensuit-il qu’on doive attribuer à cet effet une cause qui ne lui appartient pas, et qui ne rend pas compte des phénomènes qu’on voudrait lui faire expliquer ? Quelle serait en effet la lésion du cerveau qui expliquerait, entre autres phénomènes caractéristiques de la migraine que nous analyserons en noiis occupant de ses symptômes, l’intermittence des accès et la forme presque tou-, jours apyrétique de la maladie ? Nous croyons qu’il vaut mieux , quand on ignore une chose, convenir qu’elle a jusqu’alors échappé à nos investigations, et demeurer, l’œil attentif, la pensée vigilante, avec l’espoir que de nouveaux efforts parviendront peut-être à écarter le voile qui nous la dérobait.

Ce qu’il y a de certain, c’est que toutes les causes qui paraissent de nature à appeler une légère sur-excitation, soit vers les centres nerveux eux-mêmes, soit vers les extrémités nerveuses épanouies dans les organes des sens, doivent être considérés comme pouvant, chez les personnes prédisposées, déterminer un accès de migraine. Ainsi , les veilles prolongées, la résistance au sommeil, un réveil brusque plustôt que d’habitude, en refusant au cerveau fatigué par des impressions multipliées un calmant qu’il réclame impérieusement, occasionnent souvent une migraine. Je connais une dame qui ne peut être accidentellement réveillée avant son heure habituelle, sans en être atteinte.y

Chacun sait qu’il n’est pas donné à tout le monde de pouvoir impunément se procurer le plaisir d’assister à certaines représentations théâtrales où la gloire française est journellement célébrée avec fracas et fumée. Et combien n’est-il pas d’excellents citoyens, de patriotes

(1) Court de Médecine clinique, prolégomènes, 2® édition. Jf.-1837.-N® 101.

éprouvés, que rimmiDence d’une migraine, infailliblement déterminée par le bruit inusité du tambour et de la musique militaire, empêche forcément de prendre part à nos fêtes civiques, et de se joindre à leurs compagnies dans les jours de grande revue !

Le sens de l’odorat, si développé chez quelques personnes, devient souvent pour plusieurs une source de naigraines. Rien de plus commun que devoir les odeurs de l’essence de térébenthine,-du lis, de l’essence de roses, de l’essence d’anis, du musc, de la valériane, etc., etc., déterminer de violents accès de cette maladie : les fleurs , surtout celles qui exhalent une odeur forte, suave ou non, produisent souvent le même effet. Je dis souvent; car, dans certains cas, les fleurs ont une autre action. On sait que les parties vertes des plantes absorbent, sous l’influence de la lumière solaire, l’acide carbonique incessamment versé dans l’air par la respiration des animaux, la décomposition des matières organiques, etc., etc.; quelles décomposent cet acide carbonique, s’assimilent son carbone qui sert à leur nutrition, pour reverser dans l’air son oxygène, et contribuer ainsi à entretenir la pureté de l’atmosphère nécessaire à notre existence. Un phénomène inverse a lieu la nuitî en l’absence de la lumière solaire, les parties vertes des plantes nabsorbent plus que l’oxygène de l’air, qui, par cette soustraction du principe respirable, se trouve moins propre aux fonctions du poumon, et de plus, n’exhalent alors que de l’acide carbonique, qui ajoute incessamment à l’impureté de l’atmosphère. Or, d’après ces données, on voit tout d’abord qu’une personne couchée dans une chambre bien fermée, dans laquelle se trouveront plusieurs vases ou corbeilles de fleurs, pourra, ou bien en raison de l’action de leur odeur sur les expansions capillaires du nerf olfactif, être atteinte de migraine plus ou moins violente ; ou bien en raison de la quantité toujours croissante d’acide carbonique, et décroissante d’oxygène de l’air qu’elle respire, être frappée d’une congestion cérébrale, accompagnée et précédée d’une indispensable céphalalgie.

Les émanations animales ont aussi, quoique moins souvent, la propriété de déterminer des accès de migraine , chez des individus prédis-

posé». Un honorable académicien, Fondes plus brillants écrivains que possède la littérature médicale, médecin des hôpitaux, ne peut pas assister à une autopsie, sans être pris à l’instant de vomissements et de migraine : les mêmes phénomènes apparaissent chez lui, si l’on a négligé de ventiler très-abondamment,,avant la visite, les salles de son service. Les efforts les plus constants, tentés avec la plus grande persévérance, pendant plusieurs années, n’ont pu détruire cette fâcheuse prédisposition. Une seule fois, les précautions hygiéniques que j'ai indiquées ne furent pas prises; et pourtant ce médecin, si étrangement susceptible, ne fut pas incommodé : ce jour-là (c’était dans l’été de 1825) on avait fait dans les salles un arrosage d’eau légèrement chlorurée.

M. Piorry, dans son excellent mémoire sur la migraine, pense que tout ce qui contribue à troubler ou fatiguer la vision, surtout lorsque l’estomac est dans un état particulier de souffrance, peut ramener un accès. Il cite le fait d’un médecin qui éprouvait fréquemment cette affection, en faisant, à deux heures, une leçon de médecine. Il avait coutume de déjeuner à une heure, et de lire ses notes écrites dans un caractère très-fin , en se rendant à son amphithéâtre. Il cesse de faire cette lecture pendant huit jours, il n’a pas de migraine ; le neuvième, il relit ses notes, elle réparait. H est un tnois sans se livrer à Cette étude, et, pendant un mois, il n’a pas la migraine, qui revient le jour où il reconamence comme par le passé. Depuis, il a fait une multitude de fois l’expérience, et il lui suffit de lire quelques lignes au moment de la digestion stomacale pour déterminer un accès.

Deux jeunes dames, qui souvent passaient une partie de la nuit à lire des nouveautés, étaient prises, le lendemain matin, aussitôt que la lumière du jour venait frapper leurs yeux fatigués , d’éblouissements suivis de migraine. Ici, l’action de la cause n’est peut-être pas aussi évidente que dans le cas précédent; car on ne sait pas de quelle nature étaient ces lectures si pleines d’intérêt; et s’il est constant que la fatigue de l’œil a pu déterminer des accès de migraine, il ne l’est pas moins, pour nous, que cette maladie a pu dépendre d’une sur-excitation céré-

braie, qu’expliquerait très-bien la lecture prolongée de quelqu’une de ces productions d’une littérature frénétique, contre laquelle une juste réaction se manifeste aujourd’hui.

Sié^e. Symptômes.

Le symptôme le plus constant, celui qui sertà dénommer la maladie, c’est la douleur de tête: cette douleur peut être partielle ou générale: elle peut offrir de nombreuses variétés, et s’accompagner ou non de quelques autres désordres.

Les parties qui sont le siège le plus ordinaire de la céphalalgie sont le front, le sommet de la tête, les tempes, l’occipul, et le fond des orbites. Tantôt la douleur est bornée à un seul côté, le gauche, suivant Juncker; tantôt elle est circonscrite, et n’occupe qu’un point trèsresserré, comme dans le clou hystérique : chez les uns, elle se fait sentir dans toute Fétendue de la tête; chez d’autres, elle suit un trajet circulaire , et forme une espèce de bandeau.

Quel est le point de départ de cette douleur? C’est encore un sujet sur lequel les auteurs sont très-divisés, même aujourd’hui.

Galien, et depuis, M. Pariset, en placent l’origine successivement dans le périoste crânien, dans les membranes qui enveloppent le cerveau, et dans le cerveau lui-même.

Dans certains cas, où la douleur occupe surtout le bas du front et la racine du nez, Sauvages, et après lui Devilliers et Deschamps fils, lui assignent pour siège primitif et point de départ, les membranes qui tapissent l’intérieur des sinus frontaux. 11 est certain qu’il y a des cas où la douleur atteint d’abord ce point de la tête, puis se répand ensuite dans les autres régions de cet organe ; et d’autres où elle est et reste circonscrite à la région des sinus frontaux.

Nous pensons avec M. Jolly que le cerveau est constamment et nécessairement affecté dans le phénomène de la céphalalgie; mais que, dans aucun cas, il ne ressent lui-même la douleur qu’il perçoit; sauf toutefois les cas de lésions pathologiques de cet organe lui-même,

comme le développement de tumeurs, d’abcès enkystés, etc., etc., dans sa propre substance. Cette propriété singulière, qui rend le cerveau impassible à toute sensation naturelle ou accidentelle, est, dit-il, un des faits les mieux constatés de la pathologie et de la physiologie expérimentale. Toutes les sensations sont rapportées par le centre de perception, aux extrémités nerveuses qui, en reçoivent les premières impressions : ainsi, le cerveau entend dans l’oreille, goûte dans la bouche, sent les odeurs dans le nez, et le froid à la peau.

Quand la céphalalgie n’est qu’un symptôme ou un résultat d’une autre affection coexistante, le siège et la nature des douleurs, qui variant en générail beaucoup, ^permettent quelquefois de saisir les rapports qui existent entré la maladie de cet organe et le siège qu’affecté la céphalalgie- Ainsi, on remarque'que les affections de l’appareil digestif donnent lieu à la céphalalgie frontale ou sus-orbitaire; que les maladies de l’appareil utérin s’accompagnent de céphalalgie sincipitale. Fodéré a même constaté que certaines formes de dyspnée avec tendance au suicide, s’accompagnent de céphalalgie occipitale. Plus tard, à l’article du diagnostic différentiel, nous reviendrons sur ce point important de pratique.

Quant à la céphalalgie idiopathique ou migraine, maladie apyrétique de sa nature, essentiellement caractérisée par des accès revenant à des intervalles variés, se révélant par des douleurs particulières du crâne, auxquelles viennent bientôt se joindre des nausées et des vomissements, et se terminant, après un temps plus ou moins long, par quelques symptômes critiques , sans laisser après eux aucune trace dans l’économie, c’est surtout vers les accès qu’il nous faudra porter notre attention.

Ces accès peuvent débuter brusquement, ou être précédés de symptômes précurseurs ou prodromes-

. Prodromes. — Les symptômes précurseurs, quand la migraine en a, sont marqués par deux ordres de phénomènes : les uns portent sur le système nerveux, les autres sur l’appareil digestif.

Ainsi, avant l’accès, le malade est saisi d’une tristesse, d’une mélancolie à laquelle il ne peut se soustraire; il a du frisson, des horripilations, la chair de poule, des bâillements, des lassitudes que rien ne motive. Tissot cite un cas de véritable migraine, dans lequel l’accès était annoncé par de la tristesse et de l’humeur, quelques jours avant son apparition. Au moment où la migraine allait commencer, le malade était saisi par un froid excessif.

Chez quelques sujets, on observe comme prodrome une surdité en général assez légère, quelquefois pourtant plus forte. Tissot a vu un malade qui était dans ce càs : il éprouvait une espèce de surdité vingt-quatre heures à l’avance; un autre avait, plusieurs heures avant l’accès, de l’aversion pour le tabac, qu’il aimait beaucoup quand il se portait bien. M. le docteur J. Pelletan dit avoir été témoin d’un cas analogue, observé sur un individu de la campagne. Du reste, ces exemples ne sont pas très rares.

Du côté de la vision, il y a aussi quelques troubles, tels que des nuages d’abord, des éblouissements, de robscurcissement dans la vue, de la dilatation dans la pupille; tous symptômes précurseurs que M. Piorry affirme être constants, et qu’il a décrits avec un soin trop minutieux dans son mémoire, pour ne pas les avoir observés sur lui-même.

Les prodromes de la migraine qui portent sur l’appareil digestif, lequel, ainsi que nous Fâvons vu précédemment, n’est souvent pas étranger à son développement, sont les suivants ; l’appétit sé perd, il survient de la dyspepsie, des rapports acides, de la pesanteur d estomac; dans certains cas, il y a une faim beaucoup plus prononcée que de coutume. Tissot cite, comme exemple de ce fait, une observation de Willis; elle est relative à une jeune femme, fort sujette à la migraine, à laquelle ce dernier donnait des soins : chez cette malade, les accès étaient précédés, la veille, par une faim vorace. Le lendemain il y avait des rapports acides , des vomissements, et la douleur de tête survenait.

Une fois que les phénomènes précurseurs sont passés, Taccès sur-

vient; il survient aussi quelquefois sans prodromes : dans l’un comme dans l’autre cas, il a à peu près la même intensité; il débute par la douleur de tête. Cette douleur ne ressemble pas, suivant les malades, aux autres douleurs qu’ils ressentent parfois à la tête : d’abord vague et obscure, elle augmente peu à peu et finit par devenir atroce. Ainsi, ils caractérisent ce qu’ils éprouvent par les expressions dé chaleur, de tension, de pesanteur, de serrements des tempes, de fourmillements, de picottements, d’élancements, de déchirements, de pulsations : il semble à quelques-uns que leur tête éclate, qu’on la leur brise à coups de marteau, qu’on leur en fonce dans le cerveau des pointes acérées; quelques-uns éprouvent des chaleurs et un bouillonnement dans la tête, tels qu’ils croient leur cervelle en ébullition; d’atitres entendent dans l’intérieur de leur tête un grand bruit, des sifflements, des bourdonnements, des frottements continuels assez semblables à Un bruit de râpe, des détonations, 11 en est qui s’imaginent avoir la tête comprimée et appesantie par une calotte dé plomb, ou bien percée avec une vrille : dans ce dernier cas, la douleur est dite lérébraute ; quelquefois la peau est douloureuse à la pression , et les cheveux ne peuvent être touchés sans qu^es souffrances en soient augmentées.. Quand les douleurs ont pour siège la racine du nez et des yeux, elles sont profondes, lancinantes; elles pressent l’œil comme dans un cercle de fer, compriment la-raeine du nez comme dans un étau, troublent les mouvements de l’œil, dessèchent la narine, produisent des horri^' pilations dans toutes les parties environnantes.

Rien n’est plus variable, du reste, que le siège et le caractère de ces douleurs ; chacun souffre, pour ainsi dire, à sa manière.^

Le plus communément pourtant la douleur n’occupe qu’un des côtés de la tête, et revient à des intervalles plus ou moins éloignés et toujours du même côté : de là son nom d’hémicranie périodique. Cependant Tissot a publié le fait d’une migraine 'revenant tour à tour un accès d’un côté, le suivant de l’autre coté. Quelquefois la douleur se montre des deux côtés à la fois : mais ces cas sont infiniment plus rares que les précédents, et même, alors qu’elle se montre des deux-

côtés simultanément, on a observé qu’un des côtés est plus affecté que l’autre.

Le mal de tête, tantôt atteint de suite sa plus grande intensité, tantôt n’y arrive que graduellement : une fois qu’il y est parvenu, il persiste à ce haut degré pendant un temps plus ou moins considérable, ordinairement plusieurs heures, puis décroît, et puis enfin tout cesse. Dans le moment de la plus grande intensité de l’accès, les douleurs sont insupportables; le malade recherche l’obscurité, le silepce, le repos. Cependant on cite quelques cas tout à fait exceptionnels, où l’accès était abrégé par un exercice violent, la promenade en voiture.

La douleur peut aussi ne pas demeurer fixe, là où elle s’est d’abord montrée : elle peut s’irradier vers la face, vers la bouche. Dans ce cas, le malade ne peut écarter les mâchoires, et l’articulation des sons devient impossible, en raison de l’augmentation de douleur qui en résulte. Enfin on la voit quelquefois s’irradier au sinciput, derrière la nuque, aux épaules, et même au bras.

Plusieurs autres phénomènes peuvent se montrer pendant l’accès, mais ils peuvent aussi manquer : on les remarque surtout'lorsque celui-ci présente une grande violence. Ils se manifestent soit du côté du système nerveux, soit du côté dévoies digestives, soit du côté du système circulatoire général ou capillaire, soit enfin du côté des sécrétions, ,

Troubles du système nerveux, — Dans certains cas de migraine très-= intense, on observe du délire pendant le paroxysme ; c’est un résultat de la violence des douleurs, qui doit être distingué avec soin de celui qui marque dé début d’une méningite. Du reste, cette complication s,observe très-rarement. On voit survenir quelquefois des mouvements convulsifs soit partiels, ce qui est le plus commun, soit généraux, ce qui est infiniment plus rare. Ils peuvent avoir pour siège les muecles de la région occupée par la céphalalgie. Tissot en cite quelques exemples : MM. J. Pelletan et Piorry en ont également vu plusieurs : Jes rpuscles voisins en sont aussi affectés parfois ; alors on voit des

tremblements des paupières, un tiraillement particulier de l’angle externe de l’œil, une contraction violente des muscles du cou; alors la tête est ou renversée en arrière ou inclinée latéralement, et, dans quelques cas, le malade ressemble à un individu atteint de tétanos. Enfin on a observé des mouvements convulsifs des muscles abdominaux, et même de tous les muscles de l’économie. Ces accidents du reste n’avaient pas de suite, et disparaissaient quand les douleurs qui leur avaient donné naissance venaient à diminuer.

La sensibilité est presque toujours modifiée dans quelqu’un de ces organes; ainsi, dans les membres, on remarque,du iroid, surtout aux pieds, des fourmillements que la marche augmente ; il y aun sentiment de fatigue, de courbature générale, un invincible besoin de repos, une tendance marquée au sommeil. Dans la vue, il y a un trouble insolite; les objets sont environnés d’une sorte de brouillard, qui fait que l’état de ce sens, dans les accès, a beaucoup d’analogie avec celui dans lequel le place radministration de la belladone. D’autres fois, l’examen de l’œil fait reconnaître un resserrement marqué de la pupille, et par conséquent une expansion de l’iris, et de plus une rougeur vive de l’une et de l’autre paupière; alors le malade ne voit plus que la moitié des objets. L’ouïe, Todorat, le goût, sont aussi modifiés de diverses manières ; en un mot, .tous les sens sont altérés et dans un état de susceptibilité extrême.

Troubles de lestomac. —Le phénomène le plus fréquent est le vo^ raissement: il est précédé de nausées; sa fréquence et son intensité sont en raison directe de l’intensité de l’accès : les vomissements peuvent avoir lieu au début , pendant la durée du paroxysme. Ou à la fin. Quand ils se montrent à la fin , ils s’accompagnent ordinairement d’un soulagement marqué. Il n’en est pas toujours ainsi : souvent, après un premier vomissement, la douleur se réveille plus forte que Jamais, Jusqu à ce qu’il en survienne un autre, et quelquefois cela se répète cinq, six fois et même plus encore, à des intervallesdifférents. Mais, en général,

l’accès se termine d’autant plus promptement que les vomissements se font moins attendre et sont plus complets.

La circulation générale se fait normalemenl au commencement des accès, mais à mesure que les douleurs augmentent, le pouls est plus développé; il devient dur, fréquent D’autres fois il est petit, serré, contracté et quelquefois insensible, au moment où les douleurs ont le plus d’intensité ; il se développe un peu dans les grands efforts de vomissement et se ralentit souvent après d’une manière marquée.

Les malades éprouvent, du côté de la circulation capillaire, des accidents qui semblent dus à des congestions : ainsi, à mesure que la céphalalgie s’accroît, on observe ces congestions sur quelques parties, ordinairement sur la face qui rougit, bleuit et fait paraître l’individu comme à demi asphyxié : les conjonctives sont injectées et même dans certains cas ecchymosées.

Enfin plusieurs des sécrétions sont modifiées : dès le commencement de l’accès il survient un ptyalisme, une salivation plus abondante que de coutume ; l’écoulement des larmes est beaucoup augmenté, soit pendant, soit plutôt vers la fin du paroxysme; la bile est sécrétée en plus grande abondance que de coutume, et on cite un cas où un malade était pris de jaunisse toutes les fois qu’il avait la migraine. Cet accident durait un certain temps, puis disparaissait, soit après un léger repas, soit après un profond sommeil de quelques heures.

Marche^ durée, terminaisons, pronostic,

La marche, la durée, les terminaisons, le pronostic de la céphalalgie symptomatique sont ceux des maladies dont elle est le symptôme, il ne peut donc en être question dans ce travail.

migraine, ou céphalalgie idiopathique, après avoir duré un certain temps, cesse ordinairement après le vomissement, le repos au lit dans le silence le plus complet, surtout si le sommeil vient s’y joindre. Alors les douleurs se calment peu à peu, et le malade se réveille

|Tuéri, et ne ressent pi us de sa maladie qu’une fatigue, une sdrle de courbature, et un peu de pesanteur et de gêne dans la tête.

Quelquefois on observe comme phénomène critique, à la fin de chaque accès, des évacuations naturelles ou accidentelles, telles que . des sueurs abondantes, des hémorrhagies nasales, un larmoiement abondant, des flux par les narines, etc., etc. Wepfer rapporte l’histoire d’une dame dont les accès se terminaient par un larmoiement abondant de l’œil du côté duquel avait été la migraine, et quelquefois par un écoulement de sérosité de la narine correspondante. Le docteur Caron d’Annecy (1), qui habite un pays annuellement atteint de fièvres intermittentes, a observé que ces maladies , ayant à peu près manqué une année, furent remplacées par une épidémie de céphalalgies périodiques très-violentes, accompagnées de vertiges, et qui se jugeaient par un écoulement de narines assez abondant pour faire croire à la rupture d’abcès.

Souvent, à la fin des accès, on observe que Turinê est limpide et plus abondante que de coutume.

La durée des accès n’a rien de fixe ; elle varie depuis deux heures jusqu’à trente-six heures, et même deux jours : on en observe rarement qui dure plus de deux jours ; cependant il en existe des exemples bien avérés : Tissot parle d’un accès qui avait duré soixante-seize heures; j’en ai vu plusieurs chez la même personne, qui avaient duré ;trois jours, et un seul qui en avait duré cinq : jusqu’au dernier jour, dans tous ces cas, la maladie conserva la même intensité. Fordyce, dit M. Pelletan, affirme avoir vu des accès qui duraient deux, trois, quatre jours, et d’autres qui ne finissaient pas. Il est probable que, dans ce dernier cas, il y avait erreur; car on sait qu’un des principaux jcaractères de là migraine est de paraître sous forme d’accès, séparés par des intervalles plus ou moins longs d’une santé parfaite. Nous ptfiSôns, avec Tissot, que les accès durent, terme moyen, de dix à

(t) Journal général de Médecine, xL, p. 3fi9.

quinze heures, à peu près aussi longtemps que le soleil reste sur l’horizon, ainsi que M. Double, de l’Institut, l’a fait remarquer dans le Journal général de Médecine. Doit-on, avec ce savant académicien, avec Fodéré (ouvrage cité), voir dans cette coïncidence une relation de cause à effet, ou bien n’y considérer qu’une singularité? c’est ce que nous ne saurions dire , le nombre d’exemples analogues étant trop restreint pour nous permettre d’en tirer une conclusion, une règle générale.

La migraine survient en général de bonne heure, de sept à huit ans, quelquefois plutôt, mais rarement. Elle augmente de quinze à vingtcinq ou trente ans ; de trente à cinquante-cinq elle est dans sa plus grande force : alors elle diminue, et vers soixante ans elle disparaît entièrement dans les cas les plus ordinaires. Cependant il y a de nombreuses exceptions à ce que nous avançons ici. Il y a des personnes qui en ont été atteintes de si bonne heure qu’elles ne retrouvent pas dans leurs souvenirs une époque de leur existence qui en ait été exempte. Il en est qui n’en sont atteintes que vers le temps où elles cessent d’étre réglées; la migraine remplace les règles, dure le même nombre de jours que durait cette évacuation, puis disparaît pour revenir le mois suivant. D’autres enfin en sont débarrassées beaucoup plus tôt, et, après en avoir souffert toute leur enfance et une partie de leur jeunesse, n’en éprouvent plus d’accès après trente ans.

La fréquence des accès est-elle régulière? Ceux-ci reviennent-ils à des époques fixes, et qu’on peut toujours prévoir? En général, non. Cependant il y a de nombreuses exceptions : plusieurs fois on les a vus prendre un type régulier : on a voulu établir quelques règles à cet égard, et l’on a dit que les vraies migraines revenaient rarement moins de quatre fois par an, et plus de douze; cette règle n’a rien de positif. Un ancien auteur (1) rapporte le cas d’un dominicain qui fut tourmenté pendant trois ans sept mois d’une migraine qui revenait tous

(1) Salius, ad altomari prax, cap. 10.

les huit jours presque à la même heure, et occupait la région du muscle temporal. Elle durait trente heures, pendant lesquelles ce malade ne pouvait prendre aucune nourriture. Hors le temps des accès, il jouissait d’une santé parfaite. Morgagni [Lettre F") rapporte un cas de migraine périodique qui revenait tous les matins à la même heure; et enfin Juueker(l) cite une dame à laquelle il donna des soins pour une migraine qui survenait toutes les heures et durait un quart d’heure. On cite encore des cas où les migraines se sont montrées à des époques très-éloignées, tous les djeux ans, tous les trois ans; mais pour établir de pareils faits, il faudrait, dit M. le professeur Andral, être certain qu’on n’a pas pris pour des migraines des céphalalgiessymptomatiques de quelque autre maladie;, c’est une cause d’erreur dont il faut se défier dans la pratique.

Peut-on, d’après ce qui précède, établir quelle est la nature de la. maladie? Si l’on se rappelle ce que nous avons dit sur les causes et sur les symptômes de la migraine, il est facile de voir que nous la considérons comme une affection toujours identique dans sa nature intime, comtne un trouble dans l’innervation d’un du plusieurs organes étroitement liés les uns aux autres, comme une névrose enfin, c’est-àdire comme une maladie dont le siège évident, à en juger par les symptômes, réside dans quelque partie du système nerveux, sans altération visible primitive de ce système.

Mais quelle est la partiè du système nerveux qui est lapremière asses modifiée dans sa manière d’être, pour péagir ainsi sur les autres?

Chaussier prétend que c’est la branche ,orbito-frontale du nerf trifacial exclusivement.

Pinel (2) considérait la migraine commé une névralgie de la face ; aussi la rangeait-il parmi les névroses, classe Vf, ordre 3*, anomalies des fonctions nerveuses, genre LX, névralgies, espèce première, névralgie de la face.

(1) De hemicranià korologicâ. Halæ, 1747.

(2) Nosographie philosophique.

Sauvages (1) la plaçait dans la classe V®, ordre 2% maladies douloureuses , topiques fixes, sans fièvre ni inflammation.

M. Devilliers (2), d’après Deschamps fils, pense que c’est toujours le système nerveux de la membrane qui tapisse ies sinus frontaux, qui est primitivement affectée. Suivant cet auteur, tout annonce un état d’irritation ou d’exaltation des propriétés vitales de cette membrane, «ne névralgie enfin, qui, après s’être établie sur une branche assez forte de la cinquième paire, peut s’étendre de ce point primitif à toutes ses ramifications, et par sympathie porter son influence sur des organes tantôt voisins, tantôt très-éloignés des sinus. Nous croyons qu’il en est quelquefois ainsi, mais que cela n’a pas toujours lieu, et que Deschamps fils a trop généralisé sa migraine des sinus frontaux, qui est, suivant nous, très-réelle, mais pas exclusivement è toute autre.

Tissot avait mis le siège de toutes les migraines dans l’estomac : sans doute il pouvait avoir raison quelquefois, souvent même; mais toujours , nous ne le croyons pas. La migraine de Maurice Hoffmann, qui, à l’âge de cinq ans, se blessa à la "région surcilière droite, ne dépendait pas de l’estomac ; celle qui survient à la suite d’une émotion morale vive, d’une frayeur subite, d’un exercice prolongé en voiture ou à cheval, de l’abus des liqueurs fortes, enfin de Taction des causes qui portent avec violence le sang vers la tête, celles-là assurément ne viennent pas dé l’estomac. Et même parmi les migraines de Tissot qui sont accompagnées de lésions des fonctions digestives, il en est plusieurs sans doute dans lesquelles ces lésions sont des résultats sympathiques de la migraine, qu’il a au contraire considérée comme étant toujours le résultat de ces troubles de l’estomac. En outre, ces altérations des voies digestives ne sont pas, comme le croyait Tissot, toujours et nécessairement des gastrites; il n’est rien moins que prouvé pour nous qu’il y ait toujours, dans les exefnples cités par cet auteur.

(1) Paiholog îa medica.

(2) Dictionnaire des sciencjes médicales.

une véritable phlegmasie de l’estomac; bien au contraire, nous n’y voyons le plus souvent qu’une névrose de cet organe, laquelle réagit, en remontant le système nerveux ganglionnaire, sur certaines parties de la cinquième paire cérébrale; ou bien part de ces rameaux nerveux pour venir affecter, par continuité de tissu, le système nerveux de l’estomac.

Enfin, dans ces derniers temps, M. Piorry a fait de la migraine une névralgie de l’iris. 11 appuie son opinion des preuves suivantes : l.ia fatigue des yeux prédispose à la migraine ; les individus qui en sont affectés recherchent l’obscurité ; ils sentent la douleur au fond de l’orbite ; leurs conjonctives sont rouges; enfin on observe des vomissements dans la migraine, et on en observe également presque toujours dans les maladies organiques de l’iris. De ces preuves, il conclut que la migraine peut toujours s’expliquer par les rapports pbysiolo-, giquès qui existent entre les nerfs de l’iris et ceux de la cinquième paire et de la huitième. M. Andral pense que souvent il en est ainsi, mais que l’on n’est pas fondé à soutenir que cela arrive toujours; nous nous rangeons tout à fait de l’avis du savant professeur : nous croyons que la migraine de M. Piorry qu’il appelle monophthalmulgie ( de [JI.OVOÇ, seul, oçSaXpç, œil, et aXyoç, douleur ) existe bien réellement, et n’est pas, comme on le croyait avant lui, une déviation, une anomalie de la véritable migraine.

En résumé, la migraine est une névrose du système nerveux de la tête, dans laquelle on peut établir plusieurs variétés. On placera d’abord en première ligne par ordre de fréquence, la migraine gastralgique; viendrait ensuite la migraine sanguine ou résultant de congestions vers la tête; puis la migraine irienne de M. Piorry; puis une migraine liée à une névrose de Putérus ; puis enfin la migraine des sinus frontaux, celle de Descliamps fils et de Devilliers.

Le pronostic de la migraine est en général peu grave. Malgré les douleurs qu’elle entraîne, la fréquence de ses récidives, l’extrême difficulté qu’on éprouve à la guérir, on redoute peu dans le monde les^ suites de la migraine ; c’est un ennemi ave<y lequel on se décide à

vivre. Sans doute on a raison dans la plupart des eas ; mais il en est quelques-uns qui méritent une certaine attention. Les névroses, à la longue, en entretenant dans les organes qui en sont le siège un afflux sanguin et une irritation sans cesse renaissants, finissent par y déterminer des altérations étrangères à leurs manifestations. Ainsi, quand les migraines sont fréquentes et présentent des accès prolongés et d’une grande intensité, il arrive souvent que la partie de la tête qui est le siège ordinaire des douleurs, se trouve couverte de cheveux blancs, ou même absolument chauve. Un résultat plus grave est l’oblitération, l’affaiblissement graduel d’un œil, si c’est cet organe qui est le siège principal de la céphalalgie, et même l’anéantissement de la mémoire.

La migraine par elle-même, en tant que maladie essentielle, n’entraîne pas la mort ; par conséquent on n’a pas de résultats d’autopsies faites sur des individus morts uniquement de migraines ; et si on a ouvert des individus morts accidentellement, et qui avaient eu antérieurement des migraines, on n’a trouvé aucune lésion appréciable qui rendît compte des douleurs céphalalgiques. Mais la migraine intense réitérée, et toujours négligée, peut finir par amener ou des affections mentales, ou des désorganisations de l’encéphale; ainsi, on a trouvé chez des personnes qui avaient été autrefois très-sujettes à la migraine, l’écartement des 6s du crâne. Stalpart Van Derviel (1) assure avoir vu la suture coronale se fendre chez la jardinière d’un comte de Nassau. Fabrice de Hilden (2) cite deux cas de migraine dans lesquels les sutures s’écartèrent au point qu’en faisant chevaucher les parties disjointes , on entendait un bruit analogue à celui du bois quand on le fend. Le docteur Crass avait une malade sur laquelle il faisait voir un écartement trèsTConsidérable des sutures pendant l’extrême violence des douleurs. Boot, de Pozzis, Pauli, avalent vu des cas semblables.

(1) Livre i®^ observation première.

(2) Observations première et septiètne.

Littré (1) dit avoir vu un v^rs rendu par les narines par une jeune femme qui souffrait depuis deux ans d’affreuses douleurs, et qui fut guérie immédiatement après l’expulsion. Bonnet dans son Sepulchreturrii et le docteur César Magati, au rapport de M. Chapotin, ont relaté des faits semblables.

Keutmann et Bonnet ont également trouvé des calculs dans k substance cérébrale.

Georget dit que l’on a trouvé chez des sujets qui avaient eu jusqu à leur mort des douleurs de tête, des larves d’œstres dans les sinus frontaux, la carie de l’ethmoïde, des collections de pus dans les cavités nasales, la carie d’un os du crâne, des tumeurs fibreuses de la dure-mère, des infiltrations séreuses de la pie-mère, des ossifications énormes dans les sinus de la dure-mère, des indurations générales ou partielles du cerveau, le ramollissement de la pulpe cérébrale, des abcès enkystés, d’anciennes cicatrices dans les hémisphères cérébraux, des masses cancéreuses et tuberculeuses.

Toutes ces lésions étaient-elles des^résultats de migraines ? Cela est peu probable. Mais chez quelques-uns de ces malades, la migraine avait pu à la longue déterminer une affection organique de la tête qui avait entraîné la mort. Ces cas sont rares, il est vrai; mais il en existe de bien authentiques, et ceux-là seuls doivent démonter la nécessité de traiter une maladie qui peut entraîner de pareilles suites. Ces suites fâcheuses sont infiniment rarés, il faut en convenir ; ;et certes, dans l’immense majorité dés cas, la migraihè est une maladie qui n’entraîne pas ces dangers. Mais ce n’est pas encOrë là le seul motif qui empêche de se traiter de ses: migraines. Il y en a deux autres qui ont de par le mondé un grand crédit ; le premier, c’est que, dans certains cas où la migraine se'supprime d’elle-même, et dans quelques-uns de ceux ou l’on est parvenu à la guérir, on est persuadé qu’elle peut être remplacée par une maladie plus grave qui fait regretter la migraine ; le second c’est que l’on croit l’art impuissant à guérir cette maladie.

(1) Histoire de VJeadénde des Sciences, il

r Y a-t-il un danger réel à faire en sorte de se débarrasser de ses migraines, et vaut-il mieux les garder tèlles tju’oD les a que de courir le risque de les‘voir se Jtransfoproer en d’autres affections plus graves, si tant est que cela ait lieu? En d’autres termes, y a-t-il plus de mauvaises chances à courir en les perdant qu’en les voyant se prolonger 2.11» certain nombre d’auteurs sont de cet avis, et ont accumulé un nombre indéfini d’exemples qui ne prouvent pas tous ce qu’on voudrait leur faire prouver. MM, Laurent et Percy entre autres soutiennent avec beaucoup de chaleur cette opinion de la transformation des maladies les unes dans les autres: parmi un certain nombre d’observations qu’ils rapportent, et dont ils tirent la conclusion que le mieux est l'ennemi du bien, on trouve celle d’un professeur^de Besançon, lequel, depuis longtemps sujet à la migraine, voulut absolument chei'eher à se guérir d’une infirmité qui nuisait à sa fortune et à sa réputation. Il prit donc les eaux de Bussang et bien d’autres, et fit un usage si long et si copieux de remèdes chauds, qu’ils le délivrèrent enfin de son mal. Mais quelques jours avant l’époque où, pour la troisième fois, la migraine devait manquer, le professeur fut attaqué d’une goutte sur-aiguë qu’il ne put se dissimuler être le résultat de la suppression de sa migraine. En effet, après quelques jours des plus terrii^es souffrances, ta migraine reparut, et le malade la regarda comme un événement heureux, puisqu’elle fit disparaître une affection beaucoup plus cruelle et plus dangereuse que celle avec laquelle il se décida à vivre à l’avenir.

Cette observation est loin de prouver que la migraine peut se transformer en d’autres maladies, en un mot, quelle est susceptible d’avoir des métastases; en effet, elle pèche de plusieurs cotés. D’abord il n’est pas tout à fait constant que le traitement suivi par le malade l’ait guéri complètement, puisqu’un accès seulement manqua, et que le suivant ne fut que retardé : ensuite il n’est même pas prouvé que ce traitement fut rationnel, puisque non-seulement il ne le guérit pas, mais encore lui fut.Jîuisible, au ppint de porter en lui une perturbation si grande qu’un accès de goutte, maladie encore inconnue au professeur, vint

s’ajouter à celle qu’il avait depuis longtemps. Or^ oo sait qu’une médication ou une alimentatioutpop tonique est une deseausesde la goutte Enfin, atout prendre, si la goutte l’avait bien posifivemênt débarrassé de ses migraines, il aurait peut-ê#e du s’en applaudir ; car il vaut mieux, toutes choses égales d’ailleors, avoir la tête libre que les membres, attendu que les membres ne sont pas d’un grand usage , quand la tête est entreprise comme nous l’avons vu dans certains cas de migraine trèsintense.

Voici un autre exemple ; c’est la contre-partie du précédent. Un prêtre très-goutteux s’adressa à un empirique qui par hasard le guérit pour un temps de sa goutte , dont il avait naturellement deux ou trois accès par an. Il aspirait à une prélature dont son état d’impotence pouvait le faire exclure. Il publia partout sa guérison, et rendit célèbre son charlatan , qui, sans ce succès fortuit, fut resté obscur f»uF le bonheur de rhumanité. L’abbé devint évêque : mais des douleurs de tête ou plutôt une céphalée des plus douloureuses avaient succédé à sa goutte , et la première-fois qu’bn lui mit la mitre sur la tête, il fut frappé d’une apoplexie foudroyante r ce qui ne; lui serait pas arrivé probablement, disent les auteurs précités, s’il eut gardé sa goutte.

Ce. fait est encore moins concluant que le premier. En effet, la céphalée dont fut atteint le malade en question n’était: évidemment pas une migraine, mais bien une céphalalgie symptomatique (Tun travail de désorganisation , peut-être d;e ramoîJissement d’une portion du cerveau, laquelle, altérée d’abord, a plus tard été trop Mble pour résister à l’impulsion 4u sang , s’^t déchiré et a permis à une bémorr rhagie cérébrale de se faire subitement.

Tissot est un de ceux qui ont le plms insisté sur le danger de ces métastases ; mais parmi les exemples qu’il a accumulés, à l’appuLde son opinion, beaucoup sont peu concluants : la plupart n’étaient pas des migraines, ou bien étaient C 0 mp%uées de maladies graves, qui, sous l’influence de traitements incendiaires, ont entraîné les résultats fâcheux que rapporte cet auteur.

Wepfer, Sehebbearc , disent avoir vu résulter des paralysies de là

suppression de migraines : cela est bien difficile à croire ; ces auteurs ont sans doute pris pour telles des encéphalites chroniques qui d’abord s’accompagnaient de douleurs intenses, et qui plus tard, par les progrès naturels de la maladie, occasionnèrent la paralysie en même temps que la cessation des douleurs, en raison de la complète désorganisation d’une portion (lu cerveau.

Enfin Schobelt, et bien d’autres avec lui, assurent avoir vu des migraines remplacées par des douleurs rhumatismales dans les membres : leurs migraines pouvaient bien n’être que des douleurs rhumatismales purement et simplement fixées sur la tête qui n’en est pas plus exempte que les autres parties du corps, et nous serions en pareil cas tentés de considérer comme un bienfait ce que ces auteurs ont regardé comme de fâcheuses métastases.

En résumé, nous croyons qu’on s’est beaucoup-exagéré la fréquence et le danger de ces métastases.

2° L’art est impuissant à guérir la migraine... Ceci est une objection plus sérieuse, surtout si elle était vraie dans tous les cas. Assurément, la médecine guérit peu de migraines ; mais cela ne tient-il pas en partie à ce qu’on lui en donne si peu à traiter, précisément à cause de ce préjugé que je combats comme faux et funeste à la fois ?

Voici un exemple que cite Homberg, et que rapportent les docteurs Chavoix d’Excideuil et J. Pelletan, qui prouve que la migraine peut guérir sans accidents fâcheux. Une dame de 35 ans, d’une bonne constitution, avait de très-forts accès d’une migraine très-réelle, qui revenait périodiquement tous les huit ou dix jours. Un soir que cette dame sentait un accès s’approcher, elle se regarda dans un miroir pour voir si ses yeux rougissaient beaucoup ; le feu prit à sa coiffure, et lui brûla tout le front et une partie de la tête avant qu’on pût venir à son secours. Homberg fut appellé, traita la brûlure dont la douleur, d’abord très-vive, cessa en peu de temps : l’accès imminent de migraine ne vint pas, et depuis quatre ans, dit l’auteur, que cet heureux accident est arrivé, cette dame joujt d’une santé parfaite. Je ne sais si je conseillerais d’employer un pareil traitement pour une migraine si

intense qu’elle fût ; mais toujours est-il qué la dame fut guérie, et cela sans accidents consécutifs. Or, si un accident a produit ce résultat, un traitement bien dirigé, et remplissant à peu près la même indication, réussirait probablement dans les mêmes circonstances on en a vu de nombreux exemples : donc la migraine n’est pas une affection incurable; donc la migraine, quand elle se supprime, n’entraîne pas nécessairement de fâcheuses métastases. Elle est difficile à guérir, c’est vrai ; mais nous verrons plus tard, en nous occupant du traitement, qu’on a encore plus de chances de guérison en réclamant les soins de la médecine, qu’en ne cherchant de soulagement que dans une résignation et une patience imprudentes.

Étant donné un malade atteint d’une douleur de tête quelconque supportable ou intense, étendue ou limitée, déterminer : 1“ s’il a une migraine ou une simple céphalalgie symptomatique ; 2° la douleur étant reconnue symptomatique, quelle est la maladie dont elle est un symptôme; et, en général, quelle est la valeur du symptôme céphalalgie pour le diagnostic différentiel des maladies ; tel est le double problème que nous allons tâcher de résoudre.

1® Déterminer si un malade donné a une migraine. Pour essayer de répondre à cette question , nous allons passer en revue les ‘affections qui peuvent simuler une migraine, ou être confondues avec êlle.

Un malade éprouve une douleur de tête très-vive, du i)riseinent dans les membres, une fièvre assez intense, revenant assez régulièrement tous les deux, trois , ou quatre jours, a-t-il une migraine , on n’est-ce pas plutôt une fièvre inflammatoire ? Toute périodique que puisse être la migraine, dit M. Martinet, on ne la confondra pas avec la fièvre intermittente céphalalgique, en ce qu’elle ne prend pas comme celle-ci, naissance dans des lieux où régnent des fièvres d’accès, en ce qu’elle ne sévit pas de préférence durant certaines saisons, l’automne et le printemps ; en ce qu’elle n’entraîne pas à sa suite des en-

gorgements de la raie, ne cède ni à l’emploi du quinquina, ni au changement de localités ; enfin en ce qu’elle se prolonge beaucoup plus longtemps, une suite d’années, ce qui n’arrive pas dans les fièvres intermittentes.

Si, à des douleurs de moyenne intensité, viénrient se joindre une pâleur habituelle de la face , des yeux cernés , un sentiment de tiraillement dans l’estomac, et un écoulement muqueux du vagin, on pourra peut-être au premier abord supposer une migraine : mais si rôn réfléchit que, dans la migraine, les douleurs sont beaucoup plus fortes, qu’elles ne sont pas continues, que du côté de l’estomac elles sont presque nulles, ou n’apparaissent que dans le moment des vomissements , tandis qu il est une affection où, sans être bien intenses, elles ne cessent presque jamais entièrement, s’accompagnent de tiraillements d’estomac sans vomissements, et surtout ne produisent pas cette exaltation de la sensibilité dans tous les sens , qui fait fuir le bruit, les odeurs, le mouvement, la lumière, et rechercher avec tant de soin le repos et le sommeil tous phénomènes qui ne manquent jamais dans la migraine, on reconnaîtra bientôt les signes de la leucorrhée.

Si la douleur de tête est atroce, intermittente, sans type régulier, limitée à un point dé la tête , ordinairement au sinciput ou à l’occiput, on pourra soupçonner ou une migraine, ou un accès incomplet d’hystérie. On se convaincra de Texistence de cette maladie, si elle a déjà atteint la même personne, ou si la douleur s’accompagne de convulsions, de cris perçants, et delà sensation d’une constriction violente à la gorge, et de la présence d’une boule qui remonterait de l’abdomen vers le gosier.

Les épileptiques, les hypocondriaques, les choréiques, les cataleptiques, sont souvent affectés dé douleurs de tête intolérables, qui pourraient simuler des migraines. On ne les confondra pas avec cette maladie , en ce que, dans les accès d’épilepsie, il y a des contractions convulsives, perte complète de connaissance, écume à la bouche, etc., etc.; en ce que, dans l’hypocondrie, il y a un sentiment permanent de tristesse, une soufiFrance habituelle de la tête et de l’estomac, qui

s’exaspèrent en général pendant raccoinplissernent de la digestion stomacale; en ce que, dans la chorée, il y a des mouvements continuels, désordonnés, involontaires, d’une partie ou de la totalité des muscles soumis à l’empire de la volonté ; enfin de ce que, dans les accès de catalepsie, il survient subitement, que le malade soit assis ou couché, une suspension du sentiment et du mouvement qui s’accompagne toujours d’une immobilité complète des différentes parties du corps, de telle sorte qu’elles conservent la position qu’cllès avaient avant l’attaque, ou qu’on leur donne pendant son cours, tous phénomènes qui n’apparaissent guère dans la migraine.

Dans la plupart des affections organiques du cœur, dans celles du cerveau et de ses enveloppes, il y a une douleur de tête plus ou moins vive, quelquefois excessive, qui pourrait faire croire à une migrainCi Mais les accidents généraux qui compliquent ce.symptôme , sa persistance et sa continuité^ suffisent bien pour en éloigner l’idée.

Le coryza, quand il a un certain degré d’intensité, a bien quelques rapports avec la variété de migraine que nous nommons, d’après Deschamps fils et Devilliers, migraine des sinus frontaux ; mais dans cette dernière il n’y a pas ces symptômes d’inflammation catarrhale, ce prurit des fosses nasales, ces ëternuments fréquents, cette, perte de l’odorat, cette altération de la voix, cette suppression du mucus nasal, qui devient bientôt très-abondant, séreux, âcre, excoriant le pourtour dés narines , puis s’épaissit, et finit par diminuer de quantité.

Enfin les douleurs syphilitiques ou rhumatismales qui siègent quelquefois à la tête, et pourraient faire croire au premier abord à l’existence d’une migraine, s’en distingueront par leur continuité, leurs exaspérations la nuit, leurs antécédents suspects, et avec un peu d’attention, il sera difficile de se méprendre.

2° La douleur de tête étant reconnue étrangère à toutes les variétés de migraine dont nous avons parlé, déterminer quelle est la maladie dont elle est un symptôme,

La céphalalgie peutêtre sus-orbitaire, sincipitale, frontale, temporale,,

occipitale, orbitaire, hémicranique (1) superficielle, profonde sans siège précis. .

Est-elle sus-orbitaire, il est possible quelle accompagne une fièvre typhoïde dans son premier septénaire, un typhus d’Amérique ou fièvre jaune dans sa période inflammatoire ; un choléra au premier degré; une stomatite intense, quelle que soit sa variété, pourvu qu’elle soit franchement inflammatoire ; une glossite phlegmoneuse ; une gastrite et une entérite aiguë ; ou bien encore une phlegmasie de la généralité, ou d’une, grande étendue de la peau, comme la variole , un vaste érysipèle ; ou bien enfin une pleurésie ou une bronchite.

Si maintenant la céphalalgie sus-orbitaire s’accompagne d’abattement, de brisement dans les membres, qui forcent le malade à s’aliter; si le décubitus est dorsal, avec immobilité du corps; si le malade présente un air de stupeur, une insomnie complète, des rêvasseries, des vertiges, des éblouissements, un état subdélirant dont il est facile de le tirer lorsqu’on l’interroge, des épistaxis réitérées; si tous ces phénomènes ont été précédés, pendant deux ou trois jours, d’altéralion dans la physionomie, de diminution dans les forces physiques et intellectuelles, de soif, d’anorexie, d’empâtement de la bouche, de diarrhée , on pourra dire que cette céphalalgie est symptomatique d’une fièvre typhoïde, à sa période d’invasion.

Si la céphalalgie sus-orbitaire est insupportable, si les yeux sont rouges, larmoyants, la face animée, la langue humide et blanche d’abord, bientôt sèche et noirâtre, la peau brûlante et aride, le pouls dur, plein, fort, fréquent, ou petit et concentré, la poitrine oppressée; s’il y a une soif vive, un sentiment de constriction à l’épigastre, et que les régions hypocondriaques et hépatique soient douloureuses à la pression; s’il y a des nausées, des vomissements pénibles, quelquefois légers ou accompagnés de douleurs atroces, avec cardialgie intense; enfin que les matières rendues soient ou abondantes et jaunes verdâ-

(1) Nous employons ce mot dans sa signification réelle de douleur occupant la moitié du crâne, et non comme adjectif de migraine.

tre», cendrées, acides, ou en petite quantité, on devra croire à l’existence d’une fièvre jaune à sa période inflammatoire, dont la céphalalgie sus-orbitaire n’est qu’un symptôme.

Si la céphalalgie sus-orbitaire est intense; si elle est accompagnée d’anorexie, de faiblesse^dans les membres abdominaux, de syncopes imminentes; si élle>^st précédée d’une diarrhée survenant brusquement sans ténesme^t avec peu de coliques, on pourra craindre l’invasiou du choléra; si,^au bout de deux ou trois jours ou plus tôt, il survient des vomissements de luatières liquides, blanchâtres, ressemblant à l’eau de riz, des crampes, une fréquence du pouls allant jusqu’à cent trente pulsations et plus par minute, la probabilité se changera en certitude.

Si la céphalalgie est accompagnée d’une rougeur très-vive de la bouche avec tuméfaction de la muqueuse prononcée^urtout aux gencives, avec chaleur incommode, sécheresse, douleur augmentée par le passage de l’air frais, ou par celui des corps étrangers; si la mastication, la parole, la déglutltion.s’cxécutent avec douleur, si le goût est altéré, le ptyalisme abondant, et les ganglions sous-maxillaires engorges; si à tous ces symptômes s’ajoute un mouvement fébrile, il est probable qu’on aura affaire à une stomatite.

Si la céphalalgie sus-orbitaire est intense, la face rouge, animée, la suffocation imminente, la langue énormément tuméfiée, on n’aura aucun doute : elle sera l’un des symptômes d’une glossite phlegmoneuse. :

Si la céphalalgie à la fois sus orbitaire et frontale est accompagnée d’affariblissement musculaire, de fièvre, de douleur à la région épigastrique, augmentant' par la pression, et consistant en une sensation de plénitude, de barre transversale, devenant quelquefois atroce; si à ces phénomènes se joignent une diminution ou une perte complète de l’appétit, une augmentation delà soif, des nausées, des vomissements d’aliments, de boissons, de mucus, et quelquefois de sang et de bile, de la constipation, et une toux sympathique, on pourra croire à l’existence d’une gastrite.

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avec une

Si la céphalalgie sus-orbitaire survient concunreinment tension, un gonflernent, un ballonnement de l’abdomen, une douleur sourde, profonde à la pression, des coliques plus ou moins violentes, produisant un brisement extrême des forces musculaires., üne.sensatioprde chaleur interne, des vents, deS borbory^jraes, une diarrhée, et souvent une constipation opiniâtres; si à ces symptômes locaux se joignent îes; symptômes généraux: énoncés en parlant de la gastrite, on reconnaîtra une entérite villeuse.

Si la céphalalgie est accompagnée d’oppression, de toux sous forme de quintes avec douleur, voix déchirante, et sentiment de chaleur derrière le aternum, douleur épigastrique, et souvent nausées et vomissements.; que les quintes se terminent par l’expectoration d’un mucus clair et éeumeux, fort peu abondant, quelquefois nul dans le commencement; si bientôt les crachats deviennent plus abondants, plus épais, et visqueux, puis jaunâtres ou verts, que la poitrine sonne clair à la percussion, et fasse entendre, 4 rauscultalion, du râle sibilant d’abord, puis du râle muqueux, on devra diagnostiquer une bronchite.

Si:la céphalalgie survient en même temps qu’un point de côté siégeant presque, toujours dans le voisinage du mamelon, que la douleui* soit pongitive, s’augmente par la toux, par l’inspiration, par la pression; si la respiration est courte, accélérée, saccadée au moment de J inspiration, et lente au moment de l’expiration ; si la toux est petite et douloureuse, les crachats salivai res, on devra craindre une pleurésie,; si à ces phénomènes s’ajoutent de la matité à la percussion, la cessation, du bruit respiratoire, et de l’égophonie, on ne pourra plus conserver le moindre doute sur l’existence de cette maladie.

Si, à la céphalalgie sus-orbitaire s’ajoutent des frissons, des nausées;, des vomissements, du brisement des membres et surtout des lombes; si, au.bout, de. trois;ou quatre jours, apparaissaient de petites tacher rouges, circulaires, surmontéesd’uné légère élevure acuminée, ^élargissant le lendemain pour commencer à prendre la forme d’une PH#tul'e si dn deViUa; craindre le développement de la variole.

Enfin, si la céphalalgie sus-orbitaire s’accompagne d’une légère tu-

méfaction de la peau irrégulièrement cîrcouscrite, avec rougeur plus ou moins intense,*di«pârai88ant par la moindre pression, mais revenant aussitôt qu’on cesse de com|jrimer lès téguments enflammés, on pourra diagnostiquer un érysipèle.

La céphalalgie, au lieu d’être sus-orbitaire, est-elle sincipitale, il sera possible qu’elle accompagne une fièvre continue simple, une fièvre intermittente simple, une fièvre intermittente céphalalgique, une arachnitis cérébrale.

Si la céphalalgie sincipitale vient Compliquer un état de malaise général, caractérisé par une face un peu amincie, des lassitudes, la nécessité de garder le lit, une insomnie, ou un sommeil troublé par dés rêves, une augmentation de la soif, une bouche pâteuse, sèche. Une langue blanchâtre, un pouls fréquent, une peau douce au toucher, une urine plus rare et plus foncée que de coutume, on pourra croire à l’existence d’une fièvre continue simple.

Si les phénomènes précédents, mais plus intenses, se compliquent d’une Céphalalgie également sincipitale, mais durent seulement un temps limité, une demi-heure ou une heure, rarement plus de deux; s’ils sont précédés d’un temps pendant lequel le malade frissonne, et suivis d’un autre temps pendant lequel son corps se couvre de sueur; si, enfin. Ces phénomènes si caractéristiques d’un accès de fièvre, reviennent régulièrement à héùre fixe, on diagnostiquera une fièvre intermittente simple.

Enfin si ces mêmes phénomènés se représentent avec la plus effrayante intensité, si surtout ils affectent le type tierce ou double tierce; si la Céphalalgie sincipitale est atroce, il faùl redouter une fièvre intermittente pernicieuse, et se hâter d’agir sans délai , car trop souvent ces affections emportent le malade au troisième aCcès.

Si la céphalalgie est à là fois sincipitale et occipitale, que bientôt elle devienne violente, et Coexiste avec une chaleur vive de la tête, une forte coloration de la face, avec injection des conjonctives, s’il survient des vomissements spontanés sans aucun signe de gastrite un état

d'agitation ou d’inquiétude, une augmentation de l’irritabilite de la vue, avec mobilité de l’œil, une parole brève, une prononciation gênée, une mémoire infidèle, des mouvements brusques, une fièvre concomitante, on devra craindre une arachnitis cérébrale de la convexité.

Si les mêmes phénomènes accompagnaient une douleur analogue, ayant pour siège le front et les tempes, on croirait à une arachnitis de la base et des ventricules.

La céphalalgie est-elle frontale, il est possible quelle accompagne un typhus des camps et des prisons; et alors on verra apparaître de la stupeur, un exanthème pétéchial, des marbrures, des sudamina, des parotides, et L’irritation de quelques muqueuses.

Est-elle à la fois frontale et temporale; augmente-t-elle graduellement ainsi que le volume de la tête ; s’accompagne-t-elle de vomissements fréquents, de lenteur des mouvements, de tendance à l’assoupissement, de réveil en sursaut, de cris aigus, de décubitus dorsal, de convulsions, on reconnaîtra une hydrocéphale aiguë.

La céphalalgie a-t-elle pour siège la partie inférieure et moyenne du front , s’accompagne-t-elle de pesanteur de tête et de tous les symptômes du coryza, de changements dans la forme du nez, de la nécessité de respirer par la bouche qui devient sècheainsi que le pharynx ; on devra présumer l’existence d’un polype des fosses nasales, et s’en assurer par l’exploration des ces cavités.

Si la céphalalgie est temporale, elle pourra accompagner un état pléthorique général, des hérnorroïdes en retard ou supprimées, une phlébite, une otite.

Si le malade atteint de céphalalgie temporale est d’un tempérament sanguin ; s’il a négligé de se faire pratiquer une saignée dont il avait contracté l’habitude; s’il a le teint rouge, des éblouissements, des vertiges, de la pesanteqr de tête, s’il a eu une ou plusieurs épistaxis, on

devra croire à une pléthore générale, à laquelleia diète, les émissions sanguines, les délayants, seront de la plus grande utilité.

Si le malade est depuis longtemps'sujet à des flux hémorroïdaux réguliers, et que, par une cause quelconque, le flux habituel ait manqué, ..que les symptômes de pléthore générale soient patents, le diagnostic et l’indication ne seront pas douteux.

Si à la céphalalgie temporale se joignent les caractères de la fièvre adynâmique, et que ces caractères aient eu pour antécédents une saignée dont les bords, au lieu de se réunir par première intention, se sont écartés, durcis, et ont laissé écouler une sanie sanguinolente; si à la suite de ces premiers accidents, on a pu sentir sous le doigt le trajet des veines enflammées, comme autant de cordons noueux, tendus et bornant les mouvements du membre, on ne pourra méconnaître une phlébite, accompagnée de suppuration de la membrane interne des veines , et de transport de la matière purulente dans toute l’économie,

Si la céphalalgie a pour siège une des tempes, et si elle s’accompagne d’une douleur pongitive dans le conduit auditif, augmentant par la mastication, avec bourdonnements, puis dureté de l’ouïe, et écoulement d’un liquide d’abord ténu, puis purulent, on pourra facilement reconnaître une otjte aiguë.

La douleur de tête est-elle occipitale, elle pourra être un des symptômes d’une néphrite, d’une cystite, d’une métrite, d’une ovarite, d’une nymphomanie. ®

On reconnaîtra quelle appartient à une néphrite, au caractère des douleurs locales, qui sont d’une intensité extraordinaire, à leur siège, à leur propagation le long de Turetère, et à la rétraction sympathique du testicule correspondant;

Quelle appartient à une cystite, à un sentiment de souffrance vive dans la région hypogastrique et à l’extrémité du pénis, avec efforts réitérés, pénibles, et souvent inutiles pour uriner, érections fréquentes et douloureuses, urines troubles, rougeâtres, sueurs urineuses;

Qu’elie appartient à une métrite, à ce qu’il y a une douleur obtuse et gravative à l’hypogastre, douleur qui se propage bientôt aux aines, aux lombes, à la vulve, au périnée et à la partie supérieure des cuisses, et s’accompagne d’une pesanteur du rectum, de fréquents besoins d’aller à la garde-robe, et d’un écoulement roussâtre;

Qu’elle appartient à une ovarite, à ce qu’il y a une douleur vive, profonde, circonscrite dans une fosse iliaque ou dans les deux, et s’irradiant souvent dans les lombes, dans les aines et dans les cuisses : à ces caractères se joignent, sur les côtés de la ligne médiane, une ou deux tumeurs sensibles au toucher, arrondies, plus ou moins mobiles, la tuméfaction des seins, ^et presque toujours une sur-excitation des fonctions cérébrales et génératrices ;

Enfin qu’elle est sympathique d’une nymphomanie en ce que l’on observe chez la femme qui en est atteinte, d’abord une grande irritabilité nerveuse, une sorte de lutte entre la pudeur et les penchants, puis des regards, des gestes, des propos lascifs, enfin l’obscénité lapins dégoûtante.

Si la céphalalgie a pour siège l’orbite, elle peut accompagner une conjonctivite, si la douleur est superficielle; le cancer de l’œil, si elle est profonde.

On distinguera la première de ces deux affections de la seconde, en ce que dans la conjonctivite un peu intense il y a, outre la céphalalgie qui est des plus violentes, une douleur très-vive de la conjonctive malade, une chaleur brûlante, une photophobie insurmontable; que le [iiüs ordinairement les larmes coulent en abondance et inondent la joue quelles excorient; que la conjonctive, entièrement rouge, se gonfle, se boursoufle, et forme autour de la cornée ce bourrelet circulaire appelé chémosis, qui fait paraître celle-ci comme enfoncée; tandis que dans le cancer de l’œil, maladie essentiellement chronique à son début, la douleur est d’abord peu vive, et se borne à un sentiment habituel de fatigue et de pesanteur à l’œil, qui ne présente encore aucune altération matérielle visible; mais après un temps plus ou moins

long, au lieu de se terminer par rési^^ion comme la conjonctivite, la maladie fait des progrès, les douleurs deviennent aiguës, continuelles et lancinantes, le globe oculaire se tuméfie, la sclérotique devient bosselée et pei-d sa blancheur; le fond de l’œil devient jaunâtre, puis verdâtre et livide.

Si la céphalalgie est hémicranique superficielle, elle ne peut être due qu’à une névralgie faciale, ou à un accès de migraine. Les douleurs ont bien dans les deux affections la même intensité, le même caractère; elles ont bien des rémissions et des paroxysmes dans l’une comme dans l’autre; mais dans la névralgie de la face, la douleur est plutôt diminuée par la pression qu’augmentée, et c’est le contraire ordinairement dans la migraine; quand celle-ci est un peu intense, le cuir chevelu est d’une sensibilité telle qu’il suffit de toucher les cheveux pour augmenter la douleur. Dans la névralgie de la face, les téguments qui recouvrent la partie affectée n’offrent en général aucune rougeüi(, et l’on n’observe pas les phénomènes sympathiques du côté de l’estomac, les nausées, les vomissements qui font de la migraine une affection si trapchée.

Enfin si la céphalalgie est profonde, elle pourra dépendre ou d’un fongus de la dure-mère, ou d’une encéphalite limitée, ou d’un ramollissement partiel, ou de tubercules bu de squirre du cerveau, ou d’une, amaurose, ou d’exostoses de la lame interne des os du crâne.

Si la douleur est profonde, fixe, et s’accompagne d’altération des facultés intellectuelles et sensoriaîes, de mouvements convulsifs, de paralysie, on pourra soupçonner à peu près avec autant de raison toutes les affections que nous venons dénommer; mais si, avec de pareils antécédents, an bout d’un certain temps, on voit au dehors une tumeur circonscrite, sans changement de couleur à la peau, souvent trèsdouloureuse, agitée de mouvements de soulèvement isochrônes aux battements du pouls, et pouvant être repoussée et disparaître même complètement par l’ouverture du crâne, dont on sent alors le pour-

tour irrégulier, alors on ne pourra méconnaître un fongus de la duremère.

Si la céphalalgie a été précédée de pesanteur de tête, de tintement d’oreille, d’illusions d’optique, d’irritabilité de la rétine, d’engourdissement d’un côté du corps, avec fourmillements ou douleur dans les membres; si, après de pareils prodromes, il survient tout à coup des convulsions continues ou intermittentes des muscles du côté du corps opposé à celui qui est le siège de la céphalalgie, et, qu’au bout d’un certain temps, ces phénomènes d’irritation soient remplacés graduellement par des symptômes de collapsus, on sera forcé de reconnaître une encéphalite ou un ramollissement inflammatoire du cerveau, ce qui pourrait bien n’être que la même affection habillée de deux noms différents.

Si la douleur de tête s’observe dès le principe, qu’elle occupe un point fixe, profond ; qu’elle s’accompagne de vertiges, d'une diminution plus ou moins .sensible des facultés Intellectuelles et morales, de fourmillements, d’engourdissements dans l’un des membres; qu’à la suite de cette première période il survienne plus ou moins brusquement une paralysie de quelque membre , ou même de la moitié du corps du côté opposé à celui de la douleur de tête, on croira à l’existence d’un ramollissement non inflammatoire du cerveau.

Si la céphalalgie est violente, continue; si elle coïncide avec une perte complète de connaissance et des phénomènes spasmodiques des deux côtés du corps ou d’un seul, on pourra soupçonner des tubercules ou un squirre du cerveau, surtout si, à certains moments, des éclairs de douleur, partant du cerveau, vont s’irradier dans tous les membres; mais on ne pourra dans ce cas asseoir son diagnostic d’une manière un peu certaine que quand, par les progrès de la maladie, les symptômes de l’encéphalite, par laquelle ces affections se terminent en général, .se seront manifestés,

Si la douleur, après avoir longtemps occupé une portion fixe deda base du cerveau, a été suivie d’.une altération graduelle de la vision', de vertiges, d’assoupissement, de la sensation imaginaire de corps fan-

tastiques, de moucherons voltigeant dans l’air, et enfin de perte complète de la vue, on pourra croire à une amaurose définitive par suite de la désorganisation probable du chiasma des nerfs optiques.

Enfin si la douleur, d’abord fixe, profonde, et s’exaspérant la nuit, diminue avec le temps et se complique peu à peu de perte graduelle de l’intelligence, des impressions et des sensations, pour ensuite faire place à une hémiplégie et à un coma profond, on devra croire à l’existence d’une exostose interne comprimant l’iin des hémisphères cérébraux.

Traitement.

Le traitement des céphalalgies symptomatiques ne saurait être exposé ici; il dépend absolument de l’affection à laquelle ce symptôme se rattache jQuant à celui de la migraine, il a, de tout temps, exèrcé à l’envi les uns des autres le génie inventif des thérapeutistes, et le nombre" infini de leurs méthodes prouve à la fois, et combien ils étaient peu d’accord sur la nature et les causes de la maladie, et combien elle èst réellement difficile à guérir. Cependant, comme un grand nombre de ces traitements comptent quelques succès, nous allons les énumérer, en les groupant, autant que possible, suivant qu’ils appartiennent à la médication par les révulsifs, par les émissions sanguines, parles excitants, par les évacuants et les dérivatifs, par les toniques, ou bien à la médication empyrique, ou à la médecine du symptôme.

Médication révulsive. Galien, qui n’a pas assigné de siège précis à la migraine, et qui ne la considère pas comme une maladie à part, con- , seille pourtant une foule de moyens dont la plupart rentrent les uns dans les autres, et dont nous citerons quelques-uns pour donner une idée de la thérapeutique de cette époque. En général, les médicaments qu’il conseille doivent être appliqués autour des narines. Une de ses formules consiste à prendre parties égales de suc de lierre terrestre, d’huile ordinaire et de bon vinaigre, et de triturer jusqu’à mélange inl/.-i837.-WM01. 8

tioîe ; une autre est celle-ci : R. vers lombrics terrestres, n" XV, graines de poivre blanc, n” XV, vinaigre, q. s. pour un liriiment.

Alexandre de Tralles se servait d’ail et de divers onguents, tous irritants,

Albueasis, Fabrice de Hilden, conseillaient de pratiquer avec le fer rotwge des cautérisations plus ou moins étendues, suivant l’intensité de la maladie.

Gramm, d’appliquer un cautère à la jonction des satures sagittale et temporale ; il prescrivait de pénétrer avec le caustique à travers toutes les parties molles jusqu’à l’os, et même de le dépouiller de son périoste. Ce moyen nous paraît plus propre à produire des nécroses et des exfoliations des os du crâne qu’à guérir des migraines.

Sumeire dit avoir employé des lotions et des frictions avec le vinaigre pour calmer des migraines qui avaient eu lieu dans deux cas de fièvre catarrhale ; ces accès de migraines n’étaient-ils pas plutôt des céphalal^es symptomatiques d’une bronchite aiguë avec fièvre ?

Médication narcotique. — Avicenne employait un mélange d’opium j d’absinthe et de concombres sauvages cuits dans l’huile.

Médication par les émissions sanguines. — Ambroise Paré rapporte un cas de migraine guérie par la saignée do l’artère temporale; Wepfer en cite également un ; Turner rapporte plusieurs guérisons opérées par ce moyen; Rivière et Ethmuller l’ont également préconisée dans les migraines rebelles, et assurent en avoir retiré de très-bons effets; un grand praticien, qui a publié un excellent mémoire sur l’artériotomie, M. Double, appuie de toute l’autorité de son opinion celle des auteurs précités.

Antonio Mariebatus faisait la section de l’artère temporale avec le fer rouge. .

Avon n employait dans tous les cas que la saignée du bras ; Richa , que celle des jugulaires ;. Portai divisait avec la lancette les veines, tuméfiées; de la tête.

Zàcutus Lusitanus, pénétré de l’idée du danger qu’il y avait à ouvrir l’artère temporale, préférait saigner la veine frontale ou préparate ou bien appliquer des sangsues aux tempes. Â cet égard, le docteur Vieusseux(l), en traitant de l’emploi de la saignée contre la céphalalgie, rapporte une observation intéressante de violentes douleurs hémicraniques survenues à la suite de la suppression d’un flux hémorroïdal périodique, qui ne furent point soulagées par l’application des sangsues à 1 anus, tandis que celle qu’on en fit aux tempes enleva sur-le-champ le mal de tête. Cette observation, qui se répète deux fois en un an sur le même sujet, dérange bien, dit l’auteur, toutes les idées de dérivation. Girard (2) rapporte l’histoire d’une céphalalgie accompagnée de délire, contre laquelle trois saignées copieuses, dont deux du bras et une du pied, n’avaient produit aucun effet, et qui même, sous l’influence de cette médication, avait acquis de l’intensité. Elle' fut dissipée, ainsi que les autres accidents, par une application de trois sangsues au-dessous de chaque oreille. Ces deux observations étâiènt-elles des migraines ? Il est permis d’en douter, surtout pour la dernière, qui était accompagnée de délire, symptôme assez rare dans cette tnâladie.

Planque cite un cas de guérison de véritable migraine, par l’application de quelques sangsues au point douloureux: Crugerus en cite également un cas.

Tissot en cite quelques-uns qui sembleraient donner quelque autorité à ces émissions sanguines locales, puisque la nature, par de simples hémorrhagies nasales , avait apporté souvent de notables diminutions dans les douleurs de la migraine, et même amené quelquefois la suppression totale des accès. Le cas de Maurice Hoffmann se rattache à

(1) De la saignée et dé son usage dans la plupart des maladies, Journal général de ilfédm'ne, t. Liv,p. 132.

(2) Observations pratiques sur les accouchements, Journal général de Médecine,

ceux que Tissot rapporte à cet égard : ce médecin, dont la migraine avait commencé à l’âge de quatre ou cinq ans, à la suite d’un coup très-violent sur la région surcilière droite, voyait ses accès diminuer, et même cesser tout à fait, dès qu’il lui survenait une hémorrhagie nasale ou un vomissement bilieux.

Médication par les évacuants et les dérivatifs à l’intérieur. —Plusieurs auteurs conseillaient d’y avoir recours : Tissot employait beaucoup les vomitifs, et conseillait de les employer dans la plupart des cas ; Cœlius Aurélianus, Blanchi, Borelli, Van-Swiéten, étaient de la même opinion.

Médication excitante. —Sauter, dans le d’Hufeland, conseille

l’emploi de la teinture de coccinella septempunctata (bête à bon dieu) en frictions sur les tempes.

Brown soutient que l’observation et l’expérience ont prouvé que, sür cent céphalalgies ou migraines, il y en a quatre-vingt-dix-sept qui appartiennent à la forme asténique, et que les évacuations sanguines ou humorales, et tous les débilitants, .sont diamétralement contraires, tandis qu’elles guérissent facilement par le seul et sage emploi des causes excitantes ou des stimulants (1). Aussi conseille-t-il l’huile de cajeput et la liqueur anodine d’Hoffmann. Rriigestein traitait la migraine d’après le même système; il employait la teinture de cascarille; Authenrieth, l’essence de citron; Lange, le poivre blanc; Leutin, le café associé à l’opium.

Médication tonique, — M. Caron d’Annecy, rapporte un cas de véritable migraine qui fut guérie par le quinquina uni à l’opium : c’est le système qui a le plus souvent réussi à M. le docteur Jolly.

Quand elle affecte la forme intermittente régulière, Balme, Meyer,

(1) Gilbert, Analyse de la Doctrine de Brown, Journal général de Médecine, t. m, p. 247.

Ranoë, conseillaient le quinquina et ses préparations. Prunelle cite l’observation d’une céphalalgie périodique commençant au lever du soleil, augmentant jusqu’à midi, puis diminuant alors jusqu’au coucher, époque où elle disparaissait, qui fut traitée sans succès par la méthode émolliente et expectante, et qu’il guérit par l’emploi du quinquina. M. Labonnardière (1) en cite également une très-curieuse de migraine, guérie par l’emploi du café torréfié. «J’ai vu, dit-il, en juillet 1806, une feuime de 48 ans, atteinte d’une douleur de tête dont le retour périodique lui arrachait chaque jour, pendant dix-huit heures, des cris perçants. II n’y avait aucune fréquence fébrile dans le pouls : un vésicatoire placé à la nuque, vers le déclin d’un accès, n’eut qu’un succès apparent. La douleur reparut le lendemain aussi insupportable que les jours précédents. Je conseillai, en attendant que la fin du paroxysme permît d’administrer le quinquina, un grain d’opium trituré avec 10 grains de café torréfié dans quatre cuillerées d’eau sucrée, à prendre d’heure en heure. Ce moyen, ayant sensiblement calmé les douleurs, fut répété les jours suivants avec un succès qui m’a dispensé de recourir à l’écorce fébrifuge. La malade a éprouvé la vertu calmante de l’opium, sans ressentir ses effets narcotiques.

Grant associait les toniques aux antispasmodiques, et donnait à ses malades un électuaire composé de valériane, de quinquina, de thériaque, de rhubarbe, et de sirop de safran. Rivière, les toniques et les absorbants; il employait quelquefois le trèfle d’eau, la magnésie, les eaux de Spa et de Balaruc, et dit en avoir retiré de bons effets.

Médecine du symptôme. — Fabrice de Hilden, et Dawin qui prétendaient avoir vu des migraines, ou plutôt des douleurs céphalalgiques causées par la présence de dents cariées, conseillent'toujours d’examiner la bouche en pareil cas, et d’arracher les dents cariées qui pourraient s’y trouver.

(t) Journal général de Médecine^ t. xxxiy, p. 258.

J. L Petit rapporte dans ses mémoires qu’il guérit ainsi une demoiselle de la suite de la princesse de Condé, qui souffrait depuis plus d’un an des douleurs intolérables.

Dans certains cas, Tissot dit que l’on pourrait employer la section du nerf sus-orbitaire; mais il ne paraît pas avoir grande confiance dans ce moyen, et il ne l’a pas employé.

^ Enfin, comme médication empirique, on a proposé les fumigations, l’électricité, le magnétisme.

M. le docteur Goudret dit avoir réussi, dans quelques cas de migraines intenses, à enlever, par des soustractions réitérées d’électricité, les douleurs qui avaient résisté au traitement antiphlogistique le plus énergique.

M. Deleuze a rapporté deux faits de migraine traités par le magnétisme. Malgré toute l’autorité que mérite un pareil nom, on ne peut rien prononcer sur l’efficacité du magnétisme dans la migraine ; car rien ne prouve que les deux malades traités par M. Deleuze fussent même atteints de migraine.

On voit, par cette longue et fastidieuse énumération, que les auteurs étaient aussi loin de s’entendre sur le traitement que sur le siège et la nature de la migraine.

Il y a suivant nous deux indications à remplir dans le traitement de cette maladie : 1® un accès étant donné, le guérir, ou en diminuer l’intensité ; 2° un malade étant donné très-sujet à la migraine, éloigner les accès ou les faire disparaître complètement.

Première indication. — Un accès étant donné, le guérir, ou en diminuer l’intensité. Le point le plus essentiel, quand on veut traiter rationnellement une maladie, c’est de se rendre bien compte des causes qui l’ont déterminée, puis d’apprécier avec soin les symptômes qu’elle présente. Passons donc en revue les cinq espèces de migraine que nous avons cru devoir établir.

Si le malade à traiter est en proie à une migraine stomacale ou plutôt gastralgique ; si l’enquête sur les circonstances commémoratives

donne lieu de penser qu’il y a chez lui habituellement une susceptibilité nerveuse particulière, une augmentation de la sensibilité de l’estomac, une hypéresthésie enfin de ce viscère; si une cause quelconque, capable d’influer sur le système nerveux de l’estomac, est venue le frapper, surtout lorsqu’il était occupé au travail de la chimification; Si le malade accuse des douleurs de tête fixes, le plus souvent ayant pour siège la moitié inférieure du front et la tempe correspondante, que ces douleurs aient pour résultat de lui faire éprouver la sensation d’une vrille qui pénétrerait dans le crâne, et qu’enfin à ces caractères s’ajoutent un,malaise général, des nausées, des vomissements, tel sera le traitement qu’on pourrait, suivant nous, lui faire suivre ; d’abord faciliter le vomissement par l’ingestion dans l’estomac d’une grande quantité de liquide chaud ; une infusion légère de thé peu sucrée remplira bien cet objet. Un soulagement marqué suivra cette pratique, puisqu’au bout d’un certain temps il ne restera plus de Faccès qu’un état un peu douloureux de la tête, mais bien différent des atroces douleurs qu’on ressentait auparavant. Quand les vomissements auront cessé, on pourra donner au malade une pilule composée d’extrait d’ophim, gr. un demi; camphre, gr. ij; extrait de quinquina, gr. ij; sirop d’althæa, q. s.; et, par-dessus tout, on devra le laisser dans la plus grande tranquillité, couché dans une chambre très-peu éclairée, et, autant que possible, dans une solitude complète; parce qu’alors îî est probable qu’tin sommeil bienfaisant va faire disparaître ce qui reste de l’accès.

Si l’on a affaire à une migraine sanguine, que le malade soit d’un tempérament vigoureux, pléthorique, qu’il ait néglige de se faire pratiquer une saignée dont il avaiteontracté l’habitude, ou qu’il ait des hémorroïdes habituellement fluantés, mais actuellement en retard; s’il présente, outre les symptômes de la migraine, quelques signes de congestion vers la tête, on devra, après avoir assuré son repos et sa tranquillité, lui faire des lotions fraîches sur la tête, lui verser de Féther sur le front, en ayant soin de le renouveler et d’en activer Févaporation par l’agitation de l’air; lui administrer des pédiluves sina-

pisés. Si, au bout de quelque temps d’emploi de ces moyens si simples, les douleurs continuaient à être intolérables , alors on pourrait pratiquer une saignée du bras ; puis le malade serait couché immédiatement, et on lui placerait à la plante des pieds une boule remplie d’eau aussi chaude qu’il pourrait la supporter. Ce traitement compte de nombreux sucdès.

Une dame qu’une position sociale élevée oblige à recevoir habituellement et à jour fixe, est dans l’usage de faire avorter ses migraines par un traitement analogue, mais beaucoup plus énergique, c’est-àdire par l’application de sinapismes aux membres inférieurs jusqu’à vésication. Il faut un courage tout particulier et une bien grande intensité dans les douleurs pour employer une pareille médication.

C’est, du reste, dans cette variété de migraine que les anciens pratiquaient la section de l’artère temporale, qui a de grands avantages dans les cas désespérés ; mais qui a aussi beaucoup plus d’inconvénients que la saignée du bras.

Si c’est la migraine irienne, la monophthalmalgie de M. Piorry, cette variété qui est tout entière dans l’organe de la vision et ses annexes, qui est due à une irritation de ses nerfs par excès d’exercice de l’œil, et qui s’accompagne des vomissements sympathiques de toutes les affections nerveuses de l’iris; on pourra, après avoir placé le malade dans l’obscurité et à l’abri de tout bruit, de toute commotion, employer le moyen qui a réussi à M. Piorry dans maintes circonstances, qui consiste à frictionner les paupières avec une dissolution sirupeuse d’extrait de belladone, à la dose d’un à 4 grains: il ne faudrait pas aller au delà, en raison de l’excessive dilatation de la pupille, qui est le résultat de cette médication. Quant à l’estomac, qui n’est affecté que sympathiquement, on pourrait y introduire une infusion théiforme de camomille, édulcorée avec le sirop de fleurs d’oranger.

Si c’est la variété dite migraine utérine qu’on a à traiter, elle pourra être survenue ou a l’occasion des règles, ou bien à cause de leur retard ou de leur peu d’abondance. Dans ce dernier cas, on pourrait prescrire des lavements avec l’infusion d’armoise, d’absinthe, de sabine,

de rue; des pédiluves sinapisés chauds, des bains de siège, des pilules ferrugineuses. Si, au contrairej la migraine n’était survenue qu’à l’occasion des règles, et sans qu’il y eût aucun trouble dans cette évacuation, le meilleur moyen serait peut-être de tenir les parties douloureuses de la tête couvertes de compresses imbibées de solution de cyanure de potassium, à la dose d’un à 2 grains par once d’eau distillée : ce moyen, que l’on doit à M. J. Pelletan, a été depuis préconisé par M. Armand Trousseau, qui l’a imprimé dans un gros livre sans citer celui qui en avait parlé le premier, probablement parce qu’en cette circonstance son enthousiasme tourangeau et son. ridicule engouement pour la diatribe ont dû céder au désir de s’approprier une idée dont il comptait tirer profit (1),

Enfin, il est une dernière variété de migraine^ qu’on pourrait, jusqu’à un certain point , considérer comme une migraine avortée, c’est celle qui ne sort pas des sinus frontaux. Des fumigations émollientes, l’inspiration d’un flacon de camphre un peu chauffé pour augmenter sa volatilisation, des pédiluves sinapisés, et même, au besoin, des compresses de.cyanure de potassium en dissolution, en triompheront probablement, toujours à l’aide de l’obscurité, du repos, du' sommeil.

Deuxième indication. — Étant donné un malade très-sujet à la migraine, éloigner les accès, et, s’il est possible, les prévenir entièrement.

Ici, pour réussir, il faut s’attaquer surtout aux causes qui produisent les migraines, pour tâcher de soustraire le malade à l’influence de ces causes; et, en second lieu, faire en sorte de diminuer ou d’anéantir les prédispositions.

Pour cela, que faut-il faire ? d’abord combattre l’excès, l’exaltation de la sensibilité , l’hypéresthésie générale. On y parviendra peut-être en faisant prendre habituellement au malade, matin et soir, une des

(1) Voir Trousseau, Traité de thérapeutique, pages 648, ligne31, et 181 et suiv, ouvrage auquel femprunîe les expressions soulignées.

^.1837.—N» JW. g

pilules opiacées et camphrées dont la formule a été donnée précédemment ; en attaquant les affections de l’estomac, les embarras gastrique* par des vomitifs, des purgatifs, des amers, des lavements; les gastralgies , par l’infusion théiforme de camomille édulcorée avec le sirop de fleurs d’oranger, et l’ingestion, matin et soir, d’une pilule composée d’extrait de valériane, gr. J ; d’assa-fœtida, gr. j ; musc, gr. un demi ; castoréum, gr. j; sirop de karabé, q. s.; et même, s’il était besoin, par l’emploi d’un emplâtre de thériaque à demeure sur la région épigastrique. Il faudra combattre la pléthore par les saignées générales, les sangsues à l’anus, les pilules aloétiques, comme agissant spécialement sur le rectum, et tendant à produire des hémorroïdes; l’anémie, par les ferrugineux, les frictions excitantes; enfin, provoquer certaines sécrétions pour les faire servir de dérivatifs; les règles, par les cataplasmes chauds, les bains de fauteuil, les pédiluves sinapisés, etc.

ü faudra éloigner les causes productrices de la migraine, et ici c’est surtout dans l’observation des règles d’une hygiène bien entendue que nous devons trouver nos moyens de traitement.

Ainsi les personnes qui ont l’estomac irritable suivront un régime doux, composé de viandes blanches, dé poulet, de veau, de poisson, de légumes frais et verts, d’eau faiblement rougle ou même pure, si elles peuvent la supporter; elles s’abstiendront de café.

Marmontel, qui était depuis sept ans tourmenté par des accès de migraine très-douloureux, et qui avait consulté sans succès le médecin de la reine, se guérit en suivant la prescription d’un maréchalferrant, qui lui conseilla de boire de l’eau, de manger peu, et de faire de l’exercice.

Haller, également très-sujet à la migraine, se guérit en buvant chaque jour de l’eau fraîche en très-grande quantité, et en changeant son régime très-nutritif contre une alimentation beaucoup plus légère, ce qui eut pour résultat de fatiguer moins la susceptibilité nerveuse de son estomac. , , •

Linné se guérit aussi par le même procédé, et en faisant journelleraent de l’exercice avant son dîner.

On aura soin de ne pas trop charger l’estomac; mais il ne faudra pas non plus le laisser pâtir ; et si l’on sentait la faim quelque temps avant l’heure où l’on se mettra à table, il faudrait manger quelques bouchées de pain pour ne pas laisser l’estomac en souffrance.

Dans la migraine ophthalmique, outre les soins qu’on prendra de l’estomac, on fera en sorte de ne pas fatiguer les yeux, surtout dans le moment des digestions. .

On devra ne pas porter de vêtements trop serrés; les corsets, chez les femmes, les cravates, chez les hommes, ont toujours de la tendance à augmenter l’état pléthorique en s’opposant à la libre circulation du sang. On devra se tenir les pieds chauds, la tête peu couverte; s’abstenir de toutes odeurs fortes ou pénétrantes, faire un exercice modéré, éviter autant que possible les sentiments violents, l’amour, la jalousie, la colère, et toutes les passions vives qui viennent ébranler le système nerveux jusque dans ses fondements.

Je termine ici ce que j’avais à dire sur la céphalalgie et la migraine; trop heureux si je ne suis pas obligé d’invoquer en ma faveur l’autorité d’un grand nom, et de citer dans mon intérêt le passage où La Bruyère a dit U Celui qui n’écrit que pour satisfaire à un devoir dont il ne peut se dispenser^ à une obligation qui lui est imposée, a sans doute des droits irindülgênee de ses lecteurs!... »

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