APPLICATIONS PRATIQUES
L'emploi de chacune des méthodes que nous venons d’exposer varie selon l’objet à colorer et le but auquel on le destine : nous allons donc maintenant préciser leurs indications.
Lorsque la pièce est préparée exclusivement en vue d’un cours, d’une démonstration, et ne doit point être conservée, l'emploi des couleurs d’aniline s'impose, comme nous l'avons dit plus haut, à cause de leur facilité et de leur rapidité d'application. Résistant très suffisamment aux lavages et aux manipulations pendant quelque temps, elles sont la vraie méthode de fixation «extemporanée » des couleurs ; de plus leur transparence donne de très jolis effets imitant les teintes naturelles. Quand on vise à la conservation, il faut au contraire employer les colorants dits insolubles ou fixes, usités en peinture, qui seuls assurent la stabilité de coloration nécessaire, tout en demandant un peu plus de temps et de soin pour leur application.
Le choix du fixateur, albumine ou gélatine, n’est poirnit indifférent et varie selon le genre de préparation auquel on a affaire et les effets que l’on veut obtenir.
S'agit-il de surfaces très lisses, comme celles recouvertes normalement par un endothélium, la gélatine s'étale mal et difficilement : c’est ainsi qu'il sera difficile de colorer avec elle les organes splanchniques d’un fœtus ou d’un enfant éviscéré selon le procédé de Letulle. Au contraire, l’albumine prend très bien et couvre parfaitement. Certes, la couche colorée obtenue n’a pas l'éclat et le brillant de la gélatine : elle reste mate et
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un peu rugueuse. Rien de plus facile que d'y remédier par un vernissage gélaliné au pinceau, ou par immersion.
Pour une dissection ordinaire, dont les muscles, aponévroses, vaisseaux et nerfs sont toujours faciles à peindre, les deux procédés se valent au contraire sensiblement. La gélatine employée à chaud est cependant plus avantageuse pour les petites préparations.
On aura soin dans les deux cas d’injecter artères et veines avec une masse à la gélatine colorée qui transparaitra facilement.
La supériorité de notre procédé se montre très clairement pour l'étude du système nerveux central.
Quoi de plus déformé que les pièces sèches du cerveau, dont l'aspect caricatural semble railler la réalité? Rien n’est plus facile pourtant que de colorer les pièces fraiches et de les rendre ainsi plus démonstratives et plus claires. Si l'on veut colorer les coupes aussilôt après l’aulopsie, sans durcissement préalable, il faut employer les couleurs d’aniline à l’albumine.
La coupe doit être faite avec un couteau soigneusement affilé, et d'un seul trait, sans reprise, afin d’éviler saillies ou irrégularités. En été, il est commode d'effectuer la coupe sous l’eau (1).
Ceci fait, chaque segment est recueilli sur un carré de papier paraffiné, qui a l'avantage de permettre toutes manipulations ultérieures et facilite application des couleurs.
Si le cerveau, très congestionné, est parsemé à la coupe d'un piqueté hémorragique, le tamponner avec précaution au moyen de ouate hydrophile à peine humide. Laisser ensuite sécher légèrement à l'air pendant une demi-heure, avant d'appliquer les teintes.
Le coloriage une fois terminé, exposer d'abord la pièce aux
(1) Dans les autopsies ordinaires, quand le ramollissement trop accentué du cerveau empêche de l’extraire commodément et fait craindre de ne relirer qu'une bouillie informe, quoi de plus simple que d’incliner le sujet pour lui plonger la tête dans l’eau, Le cerveau est alors protégé contre toute déchirure au moment de la désinsertion de la tente. On peut ainsi, notamment, obtenir sans aucune déchirure des centres nerveux d’hydrocéphales,
EÉFOOTEE
vapeurs de formol, en la maintenant à plat pour éviter qu’elle ne se gondole, puis l’immerger douze heures après dans une solution à 10 pour 100 : on obtient de la sorte un aspect particulièrement brillant, mais malheureusement de peu de durée.
Si l’on vise à la conservation. employer un cerveau déjà durci et le débiter en coupes horizontales (Flechsig-Brissaud) ou verticales (Pitres). Le coloriage se fera au moyen des couleurs à l’aquarelle-gélatine de préférence. On obtient ainsi de fort jolis effets, qui se rapprochent de l'aspect de l'émail, d'autant que l’on peut juxtaposer les couleurs les plus diverses sans aucune crainte de mélange. Le procédé au tanin-gélatine fixe aussi parfaitement les teintes, d’une manière solide et durable.
Outre les applications que nous venons d'étudier plus particulièrement, la coloration des pièces fraiches peut s'étendre heureusement à d’autres usages : aux organes creux, Cœur, intestins, par exemple, que la dessiccation rend méconnaissables ; aux pièces d'anatomie pathologique et d'histoire naturelle, aux coupes de cadavres congelés, que l’on peut projeter ainsi, schématiques et claires, au moyen de l’épiascope.
Il est possible également de photographier en couleurs nos préparations coloriées et d’en présenter des vues stéréoscopiques pour la démonstration.