IV PARTIE. CONSTITUTION GÉOGNOSTIQUE
Les observations des géognostes , dans toutes les contrées qui ont été jusqu'ici l'objet de leurs re* cherches, s'accordent presque généralement à établir que la direction des strates d'une roche est toujours parallèle au sens de la plus grande étendue de toute la masse de la roche. La stratification des roches dans les Pyrénées présente également ce caractère ; et comme les masses minérales qui composent ces montagnes sont disposées par bandes parallèles à la direction principale de la chaîne , il en résulte d'avance, et comme à priori^ que la direction principale des strates doit y offrir le même parallélisme.
Direction §. 48. Eu effet, la direction des strates des roches
dans les Pyrénées, est ^n^^n^rû/ de l'est sud-est à l'ouest nord-ouest '. Je dis en général, parce qu'elle varie souvent, soit en se tournant plus à l'ouest, soit en s'approchant davantage de la méridienne. On la trouve même dans quelques endroits complètement du sudau nord, mais toujours sur une très courte étendue. La direction que l'on rencontre le plus rarement est celledu sud-ouest au nord-est; il en est de
» Voyez V Essai sur la minéralogie des monts Pyrénées, L'e^ timable auteur de cet ouvrage , M. Palassou, a fait sur la direction et rinclinaison des roches des Pyr^^es des observations très multipliées dont j'ai eu occasion de vérifier un assez grand nombre que j'ai trouvées fort exactes. U les a consignées dans son ouvrage , où la recherche en est très facile , les ayant fait placer en marge à côté du texte.
des atrates.
APERÇU GÉNÉRAL. lot
même des autres directions adjacentes , en tirant «oit au sud soit à l'ouest; en un mot de celles qui^ dans la division de la boussole des mineurs aile-* mands , correspondent aux heures i, 2, 5, 4^^ &•
Comme les bandes de divers terrains s'étendent toutes de Test sud-est à Touest nord-ouest, les strates de toutes les roches, soit primitives, soitinter-* médiaires, soit secondaires, présentent la même direction.
Nous ignorons absolument quelle est la cause qui a déterminé la direction de la bande primitive «t de ses strates , surtout de la bande granitique. Nous pouvons seulement présumer que c'est la même qui a élevé le dépôt printûtif préférablement dans un sens et non dans un autre , et qui l'a formé en éminence et en chaîne* Quant à la cause de la direction des strates des autres classes de roches , et même , en général , de toutes celles qui sont postérieures à la formation du terrain granitique , on conçoit facîlepaent qu'elle a dû être dé*terminée par la direction de la chaîne granitique elle-même; car les roches qui ont été. déposées sur cette ckaine ont dû prepdre la même direction que les penteç sur lesquelles çJÎps s'appliquaient.
Il réanlte de là que les anomalies, et irrégularités que l'on observe dans la direction des strates , surtout lorsqu'elles, ont lieu sur des étendues considérables,, proviennent principalement des sinùosilés et. desçpntpurs delà qhaine graoitique, et nullement de ceux de la chaîne centrale géographique^
loi II* PARTIE. CONSTITUTION GÉOGNOSTIQUE. dont lalignedediFectioo» comme nous l'avons dit (S* ^9)9 ^^^ absolmnent distincte de celle de la chaîne granitique.
An reste, Tinfluence des irrégularités de la bande graniticpae sur la direction des autres roches n'est bien sensible xfue dans son voisinage. A mesure qu'on s'en éloigne, cette influence est de plus en plus faible , et elle devient presque nulle dans les montagnes situées au pied des Pyrénées.
Nous citerons pour exemple de cette influence de la chaîne granitique «ur la direction des bandes et des strates des autres roches , le schiste micacé que Ton observe depuis le fond de la Dallée de Lys, près de BagnèreÈ-de-Lttchon, jusqu^au fond de celle de Lfmron, et même de celle de Rioumajou. ( §. 94 bis. ) Ce schiste fonxie un vaste contour dirigé au nord autour de l'énorme massif granitique du port d^Oo et de celui de Clarûbide, ( §-75. )
Le terrain trappéen des montagnes de Baréges ( §. 1 29 et suiv. ) décrit également un grand contour autour du massif graniticj^e de Néouvielle. ( S- ^5. ) Je citerai enoore le calcaire de transflion ^ rentrée de la vallée de Ficdeêsvs, dont la direction paraît suivre tessinlibïsîtés du vastemassif granitique qui sépare la taliéedéJ^tcdeHùB de<^elle dé Gourbit.
Leur §. 49* La dhrection des strates des rocbes étant en
me maiaon. ^^^^^^ dc l'c^ sUd-è^t âl'bùësï hord-Jokiést, leur in-
cKnaison est nécessairement ou au sud sùd-ooest,
ou ttu nord nord-ouest, selon leur posîtlôiii par rap-
APERÇU GÉNÉRAL. iq3
port i la roche qui leur sert d'appui. Gomme e'est la chaîne granidqae qui détermine la direction des autres roches qui s'appuient successivement contre elle , on doit présumer que Tinclinaison des strates situés au nord de cette chaîne doit plonger ters le nord, et que les strates qui se trouvent sur sa pente méridionale doivent an contraire plonger vers le sud*
L'idée que l'on prendrait , par ce raisonnement, de l'inclinaison des strates , se trouve conforme à l'observation jusqu'à un certain point. Elle est Uès juste par rapport à la partie d'une roche qui se trouve le plus près de celle qui la supporte; là, ses strates s'indii^nt presque toujours dans le sens de la pente sur laquelle ils reposent, sans cependant être parfaitement parallèles à celle-ci. Ce fait s'observe, par exemple, au fie de PatemOf sur la pente septentrionale de la Matadetu^ au bassin de Bielsa y dans la vallée de la Cinca , et dans d'autres endroits. Mais, à une distance quelquefois très petite de leur point d'appui , les strates et les couches prennent souvent un autre angle d'inclinaison , et s'inclinent même quelquefois dans un sens opposé. Le schiste micacé et talqueux de la partie supérieure de là vallée de Larboust présente une anomalie singulière de ce genre; ses strates ont une inclinaison tout-à-fait en sens contraire de la pente du massif granitique qui supporte cette roche et qui forme le fond de la vallée.
Néanmoins, on peut admettre qu'en général l'in*
io4 II* PARTIE. CONSTITUTION GÉOGNOSTIQUE.
clinaison des strates est conforme à celle des pentes de la chaîne granitique , de manière que les roches situées sur la pente septentrionale de la chaîne granitique plongent au nord , tandis que celles qui se trouvent sur la pente opposée ont leur incli naîson au sud.
On remarque cette disposition dans presque toutes les vallées qui coupent la chaîne granitique. Je citerai , par exemple , la vallée de Ficdessos. Le calcaire de transition qui compose les montagnes dont cette vallée est bordée depuis son entrée jusqu'à la gorge de Miglos , s'incline en général au nord et au nord -ouest, étant appuyé au sud contre la chaîne granitique qui y est coupée obliquement par la vallée. Si on continue de remonter la vallée , on traverse toute la bande granitique, et lorsqu'on est arrivé un peu au-dessus de la forge de Caponta et de l'entrée de la gorge d'Ârtier^ on se trouve au sud de cette bande; là, on observe que les strates de schiste argileux et de roches calcaires , lesquels forment les montagnes de cette vallée jusqu'à sa naissance au faîte de la chaîne cen- •trale, plongent en général au sud.
Le même phénomène s^observe encore très bien dans la grande et belle vallée du Sallat. Les strates du terrain secondaire et de celui de transition qui constituent les montagnes de cette vallée depuis son entrée au delà de Saint-Martory jusqu'au village de Lacour, ont leur inclinaison principale au nord. De* puis Lacour jusqu'à Saint-^ernin, et même fus-
APERÇU GÉNÉRAL. io5
qu'au delà de SeiXj la vallée est creusée dans le granité et le calcaire primitif, et forme une espèce de tranchée au travers de toute la chaîne primitive. Au delà deSeix, on se trouve sur le flanc méridional du granité, et on observe que les strates du terrain de transition qui constituent cette contrée s'inclinent fréquemment au sud; cette inclinaison ne se trouve point changée par le faite de la chaîne centrale géographique, auprès duquel cette vallée prend sa naissance.
Les roches situées au nord de la grande protubérance granitique de Néouvielle ont leur inclinaison au nord , tandis que celles qui sont appuyées sur son flanc méridional s'inclinent au sud.
On observe également le même fait autour de la protubérance granitique du Coumelie^ entre la partie supérieure de la vallée de Baréges et celle d'Estaubé. Je pourrais indiquer encore ici un grand nombre d'endroits où les strates des diverses roches présentent cette disposition remarquable ; mais ces citations trop accumulées deviendraient fastidieuses. Celles que je viens de donner me paraissent suffisantes pour établir que ce sont les pentes de la chaîne granitique , et non les pentes ou les versants de la chaîne centrale géographique qui déterminent l'inclinaison des strates , excepté le cas où la chaîne granitique se trouve placée de manière à former en même temps le faîte des Pyrénées, comme au port de Viella et à celui de Catdes , dans la vallée d'Arran. ( §. 75. )
io6 IP PARTIE. CONSTITUTION GÉOGNOSTIQUE.
Ce fiait donne lieu à des <;oD{ectores importantes sur les révolutions auxqueUes ces montagnes doÎTCnt aroir été exposées , et sur les changements que ces révolutions ont occasionés dans leur forme originaire. Nous y reviendrons plus bas. ( s. 53. )
d wuSllson S* ^* ^° phénomène géognostique remarqu able que Ton observe dans les roches des Pyrénées, est la grande inclinaison de leurs strates et couches ; leur angle d'inclinaison est ordinairement audessus de 4^ degrés, et même rien n'est plus commun que de trouver des strates inclinés àThorizon de 60 à 80 degrés et plus : il est an contraire fort rare de rencontrer dans les Pyrénées des strates inclinés sous un angle plus petit que 20 degrés.
Cette disposition est commune à toutes les roches stratifiées, et sur tous les points de la chaîne des Pyrénées. Cependant on remarque que les roches du terrain de transition affectent plus particulièrement cette position très inclinée , et qu'en général les roches qui forment la partie supérieure des vallées s'inclinent sous des angles plus grands que celles qui composent les montagnes au pied de la chaîne.
Comme ce phénomène est général dans les Pyrénées et s'observe dans toutes les vallées, il est inutile de citer les lieux ou on peut le reconnaître.
APBRÇU GÉNÉRAL. 107
Ces strates et couches inclinées sont-^ils dans lenr steiatioD naturelle ou originaire, ou ont-ils été redressés postérieurement à leur formation par l'effet de quelque soulèrement ou abaissement de leur base? C'est une question que l'on a sourent agitée , et à laquelle je crois que Ton ne peut pas encore répondre d'une manière satisfaisante, surtout quand on la pose d'une manière trop générale , en voulant l'appliquer à toutes les roches dont les strates ont une grande inclinaison.
<}aant A moi, je pense qu'il est des cas où on ne peut s'eiDpècher d'admettre un changement suis venu dans la portion de la roche, comme, par exemple 9 lorsqu'<étant composée de débris Tolumlnmiz, comme les brèches et les poudingues, on peut la regarder comme un produit de sédiment ; où ïàem lorsqu'on y remarque des fentes et fissures , soit encore rides, soit remplies , qui indiquent une roptore de la masse. On peut encore supposer un déplacement des strates , lorsqu'on reconnaît qn^une couche se troure totit à coup remplacée sur 9ea prolongement, soit dans le sens de sa direcIsMi , soit dans celui de son inclinaison , par la foche qui la renferme, ou bien par une autre coudhie , comme' drms les failles et barrages des houillères. Mais , quand la roche dont les strates ont beaucoup d'indinaison est évidemment ou un précipité chimique, ou un sédiment mécanise à grains estrémement Ans , il me semble que le fait seul de l'incHnaison des strates n'est point suffisant
io8 11* PARTIE. CONSTITUTION GÉOGNOSTIQUE.
pour prouver que la situation originaire de cette roche a été changée. (Voyez le paragraphe suivant )
Irrégularités S* 5^* ^^ strates et couches des roches des Pjr- ^c7^tei? rénées ne présentent pas toujours des surfaces planes et régulières. Ils forment, au contraire, très souvent des inflexions remarquables, soit dans le sens de leur inclinaison , soit dans celui de leur direction.
Ils présentent sur leur tranche tantôt des angles dirigés en différents sens, tantôt des zigzags et des ondes, tantôt des spirales provenant des replis d'une couche sur elle-même. Pour mieux dépeindre cesingulier jeu de la stratification, j'emprunterai ici la description, aussi exacte qu'élégante, que M. Ramond en a donnée en parlant d'un calcaire primitif alternant avec des couches de quarz et de feldspath compacte qui existe aux environs de Pragnère$ , parce que cette description s'applique parfaitement au même phénomène dans d'autres roches. < Les » plis n'ont rien de symétrique , les angles se fuient » au lieu de se regarder ; telle veine sinueuse sei^ » pente entre deux veines droites et parallèles; » tantôt elles sont fléchies en zigzag$, tantôt roulées » en spirales ; toutes les sortes de courbes se suc- » cèdent dans la même pierre , et chacune suit une » loi étrangère à toutes les autres ondes ; souvent » même la roche calcaire qui constit^ie le fond de » cette bizarre broderie offre dans sa texture intime » lesindices d'une continuité indifférenteâ ces jeux.
AP£RÇU GÉNÉRAL. 109
• Qu'on amollisse ces masses , qu'on les plie , qu'on 9 les froisse , qu'on les torde ; plus on satisfera aux
• conditions de l'hypothèse , et moins la copie res* » semblera au modèle '• »
C'est le terrain de transition qui renferme le plus de ces strates et couches contournées ; on en observe aussi dans le schiste micacé et le calcaire alpin 9 mais elles y sont moins fréquentes. Nous en citerons quelques exemples plus bas. Cet accident remarquable se reconnaît beaucoup mieux dans une roche qui contient des couches étrangères, ou bien lorsque ses strates alternatifs n'ont pas tous le même degré de destructibilité, ou enfin quand ils sont diversement colorés.
Il est très difficile, peut-être même impossible, de donner une explication satisfaisante de la cause qui a produit ces couches contournées, et de la manière dont elle a agi.
On a supposé que ces strates et couches avaient été originairement planes ; que leur position pre* mière avait été à peu près horizontale , et qu'elles avaient été fléchies et courbées, étant encore dans un état de mollesse , soit par l'effet d'un soulèvement oa d'un affaissement , soit par l'effort d'une puissance qui agissait sur elles dans un sens horizontal: mais cette hypothèse , qui d'abord me paraît tout* à-fait gratuite , se trouve complètement en défaut dès que l'on examine de près les faits auxquels elle s'applique.
' Voyages au Mont-Perdu^ pag 45.
110 II- PARTIE. CONSTITUTIOM GÉOGNOSTIQUE.
En admettant même la conditioo nécetsaiie de cette bypothèae» que ces roohea ont eu, dana leur premier état de moUesae , uo degré de téûadié suffisant pour pouToir se plier et se cooifoer en kras sens aans se déchirer, sans se rampre, nous ne saurions encore concevoir comment un soulè?emQiit, un choc 9 un reloukment aurait pu <q»érer tous les phénomènes que ces strates contournés piésentent.
Cette hypothèse n'expliquera en aucune manière comment des strates et des couches ondulées ost pu se former entre des couches parfaitement droites; pourquiÀ les courbes qu'elles décrivent ne sont pas toujours parallèles entre ellefl, maissuivent très souvent une loi toute différente de celle des couches qui se trouvent desisus ou dessous; pororquoi une coo* che courte et épaisse forme quelquefois le noyaa autour duquel les autres se replient et se courbenten forme de croissant , de spirale , et même d'ellipse; pourquoi une couche , au lieu d'avoir toujours une épaisseur égale dans toute son étendue , s'élargit et s'amincit régulièrement, de manière à présenter sur sa tranche l'i^pect d'un chapelet ou d'une suite d'articulations; comment la bisainrerie qui règne dans la stratification de la masse entière a pu se coaunumquer aux éléments mêmes de h roche; car on observe très souvent que les feuillets à^ schiste et de calcaire, ou d'autres minéraux qu' composent la roche, présentent en petit de semblables irrégularités , etc. ; enfin , cette hypothèse
APERÇU GÉNÉRAL. m
se trouvera également inauffisante pour éïtpliquer encore beaucoup défaits que le coAtourneaient des eoucbes et strates prés^ntenL
Tous ces phéDomèflies nous engageurt à penser que les strates contournés n'ont jamais été réguliers, mais au contraire qu'ils ont été formés dans cet état, et que leurs contouinements sont dus au concours de plusieurs causes , dont nous ne pourrons con-^ jecturer qu'une seule, qui cependant parait être la INrineipale. Cette cause est vraisemblablement une agitation sunenue dans le fluide dans lequel les roches se déposaient » agilatîoD dont le mode d'ac* tkm et l'intensité ont été très inégales dans les di* fers momeats de sa durée. Pour se rendre mieux ndson de l'effet de cette agitation, on doit présu- Wf que la solidification des roches était asseï prompte.
M. Ramond parait être du même sentiment , et il présente parfaitement bien en peu de mots et la cause et l'efifet, en disant i • C^estnne mer qui se *fige au moment de la tourmente , et dont l'agita-*- «tion se peint encore dans ses ondes pétrifiées \
Un tait que j'ai eu occasion d'obserrer auprès de Ràbbat danfr la vaUée de Gourbitj Tient en quelque •orte à l'appuide cette opinion. Cette vallée forme, i peu cte distance de son entrée , un bassin assez grand, dans lequel sont situés les villages de Ràh-- ^t, de Surbat et de Bonat. Un terrain de transport,
* Voyage» att Ifont-Perda , pag. i ©4 .
lia IP PARTIE. CONSTITUTION GÉOGNOSTIQUE. composé de blocs de granité , de calcaire , de quarz, de gravier et de sable, forme le sol actuel du bassin. Vers le milieu du bassin , une grande partie de ce terrain a été détruite et emportée par la rivière ; mais , vers le pied du chaînon calcaire qui sépare cette vallée au nord de celle de Saurai, on observe, à une hauteur considérable au-dessus du lit de la rivière , un vaste dépôt de ce même terrain de transport 9 qui, étant resté intact , indique la hauteur jusqu'à laquelle le bassin a été comblé avant la rupture de sa digue , qui donna une issue aux eaux qu'il renfermait. Un torrent qui se forme dans les temps de grandes pluies a creusé un profond ravin dans la partie de ce dépôt qui se trouve derrière le village de Rabbat , auprès des grands et admirables dé&ichements dus à Tintelligence active de M. Bergasse de la Giroule. Ce ravin , nommé le Riou des Peyrous, permet d'observer la structure de ce te^ain. On y remarque qu'il est composé de couches desable,degravier, de cailloux, etc., et qu'il renferme même des blocs épars de granité de plusieurs pieds cubes de volume; ces couches, au lieu d'être horizontales comme on devrait le présumer, sonten général très inclinées, et il y en a. qui sont contournées et onduleuses d'une manièmextrêmement frappante et absolument analogue à celle des couches contournées des véritables roches. Ce fait me semble prouver évidemment que l'agitation du fluide dans lequel les roches se déposaient a pu produire des couches contournées; car les autres
APfiEÇU GÉNEAAL. ii5
causes qui, dans les roches proprement dites, ont concouru à la formation de ces contoumements , telles que la cristallisation , le dessèchement , le retrait , etc., n'ont pas pu avoir lieu dans un dépôt de sable et de gravier dont les parties se soutiennent uniquement par l'effet d'un simple tassement, n'étant nullement liées entre elles par un ciment. La nature du terrain , sa position et toutes les circonstances qui l'accompagnent ne permettent point de supposer un soulèvement ou autres changements survenus dans la situation de ces couches.
Quoique ce soit un phénomène très commun dans les Pyrénées que de voir des couches et des strates contournés , je citerai néanmoins quelques endroits qui , par la grande bizarrerie des inflexions et des courbures , méritent d'être vus.
M. Palassou a donné, dans son Essai sur la minéralogie des monts Pyrénées^ plusieurs gravures de ces strates et couches contournées qu'il a observées dans les différentes parties des Pyrénées. Nous citerons ses planches IX et XII. La première présente les couches tordues de calcaire et de schiste micacé que l'on observe auprès de Pragnères sur la rive gauche du Gave , dans la vallée de Baréges; la planche XII offre le dessin de la disposition du calcaire et du marbre rouge de transition de la montagne qui s'élève derrière le village de Cierp , à l'entrée de la vallée de Luchon.
ii4 II* PARTIE. CONSTITUTION GÉOGNOSTIQUE.
Ces deux plancM& représentent très bien cet accident remarquable de la stratification.
M. Bamond a dessiirë d'une manière fort exacte les couches contournées de schiste argileux et de calcaire de transition des montagnes situées entre le Port^4^Pinède et le Port-Fieux au fond de la vallée d'Est aube ^ et celles de schiste micacé et de calcaire primitif du pf0 du midi de Bigarre \
Les strates du calcaire de transition que Ton yoit dans l'escarpement d'une montagne située à peu de distance au: nord du hameau deSallau au fond de la vallée du Sallat, et sur la rive gauche de la rivière, t ne sont pas moins intéressants que les strates et couches contournées dont ces deux savants ont donné des descriptions et des dessins.
Le schiste argileux de transition des montagnes du port d'Orle et dn fie Ht Mail de Boulardy dans la vallée de Castillon , présente , surtout du côté de l'Espagne , des strates c0Btoumës de la manière la plus singulière ^tlaplns variéei
Ce phénomène i^t, surtout très commun dans toute la partie du terrain de transition qui forme le.f^ite de la chaîne orientale dont «es moniagnes font partie. (§-6.)
Le c^Q^r^.de transition de la Perma-Blanea^ sur la pente méridionale dxxfioride Benasque^ présente,
■ Voyages au Mont-Perdu, pi. III, ûg. a etfig. 5. Voyez encore les descriptions qu'a données ce savant naturaliste dans le même ourrage et les réflexions judicieuses et intéressantes qu'il fait sur ce sujet.
APERÇU GÉNÉRAL. ii5
dans un escarpement que. l'on aperçoit depuis la cabane du Plan des Étangs , au pied septentrional de la MaladeUa^ des strates extrêmement remarquables par les ondulations et> zigzags qu'ils décrl?ent. En remontant le ruisseau qui coule tout près de cette cabane, on observe le même acci*dent
Enfin, je citerai encore la montagne située entre MuseiUdi et Saint-Justy dans le pays de Soute, que Ton trayerse en allant de Maulion à Samt* J^an-Pied-de^Port. Cette montagne est formée d'un calcaire qui, s'il n'est pas du calcaire alpin , appartient tout au plus à la dernière période de la formation de terrain de transition. Les strates dans lesquels certte roche est divisée présentent presque partout oà' on peut- les obserfer^des ondulations^ des plis , des zigzags , etc.
§.52- L'examen de la structure des Pyrénées et Conjectures surtout les obserrations' que l'on peut faire sur les originai^^ rapports entre la disposition dés roches et la forme ** ^'*" ^" extérieure de la chaîne qu'elles composent four- Dissent au géologue une ample matière à établir des conjectures intéressantes sur la forme originaire de ces montagnes et sur les révolutions qui , en modifiant et dénaturant cette forme , ont donné succesiiTement naissance à celle sous laquelle elles 8e montrent aujourd'hui. • .
Nous allons essayer d'indiquer brièvement ces epnjectures; et pour cela nous rappellerons les
1 16 II* PARTIE. CONSTITUTION GEOGNOSTIQUE. princiipaux faits que TarraDgement et la disposition des roches nous ont présentés dans les Pyrénées.
Nous avons tu plus haut que les divers terrains sont disposés par bandes parallèles entre elles, et parallèles à la direction générale de la chaîne des Pyrénées ( §. 38. ) ; que le granité ne forme qu'une seule bande , ou pour mieux dire une chaîne ou suite de protubérances ( §. 39. ); que chacun des autres terrains constitue en général deux bandes, dont l'une est située au nord, et l'autre au sud de la chaîne granitique, en s'appuyant contre elle dans l'ordre de leur ancienneté relative ( §. 4o et suiv. ); que beaucoup de ces protubérances granitiques sont séparées l'une de l'autre par des vallées , que d'autres au contraire sont comme soudées ensemble par des roches plus modernes qui ont rempli les espaces ou les cols qui les séparaient auparavant ; que c'est enfin le plus souvent dans les espaces qui existent entre deux grandes protubérances que l'on observe que les bandes qui se trouvent au sud de la chaîne granitique se touchent et se confondent avec celles qui se trouvent au nord. ( §. 39.)
L'ensemble de ces faits permet de présumer que le terrain granitique , y compris celui de schiste micacé et de calcaire primitif (§. 4^0» formait originairement une chaîne ou plutôt une ligne allongée non interrompue, se dirigeant de Test sud-est à l'ouest nord-ouest, et ayant une hauteur, soit absolue, soit relative , beaucoup plus grande qu'aujour-
APEAÇU GÉNÉRAL. 117
dliui ; qu'à une époque antérieure à la formation des autres roches qui lui sont adossées , cette chaîne granitique a subi des dégradations causées par une puissance (peut-être des courants) qui, agissant horizontalement du sud au nord ou du nord au sud , a rompu son faîte en beaucoup d'endroits , Ta échancré jusqu'à de grandes profondeurs , et Ta changé en une suite ou file d'éminences plus ou moins isolées ; que les roches formées après cette révolution se sont appliquées de chaque côté contre cette chaîne granitique , ont rempli ses échancrures les phis profondes , et ont même recouvert ses protubérances les plus basses ; qu'enfin, immédiatement après cette révolution» le faîte du terrain primitif était sans doute en même temps celui de toute la chaîne des Pyrénées.'
Or, comme on observe aujourdliui que le faite des Pyrénées , à l'exception d'unrjpetit nombre d'endroits f n'est plus le faite de la chaîne granitique , lequel s'en trouve éloigné à quelque distance au nord y mais que ce faite géographique est composé de roches plus modernes , lesquelles généralement surpassent le terrain primitif en hauteur, on est naturellement conduit à présumer que les Pyrénéen ont encore subi postérieurement une seconde dé<^ gradation très considérable.
La disposition des robhes et la forme extérieure des montagnes paraît devoir fixer l'époque de cette iévolutioi>. Il est probable qu'elle a eu lieu après la formation du terrain de transition, et avant l'ex-
ii8 ir PARTIE. CONSTITLTION GÉOGNOSTIQUE.
cayatioD des yallées actuellement existantes , et par conséquent avant le dépôt du terrain trappéen, qui 5 comme nous Je yerroiis dans la suite , parait être;d'uiie;origine trte nouvelle. (§. 222.)
L'observation tend encore à faire croire que cette dégradation a attaqué principalement le faite alors existiuit et tout le versant septentrional de la chaîne.
Nous allons tâcher de faire sentir par une figure lés résultats qu'a dû 'produire cette hypothèse.
La figuré ci-^contre re}>résentela coupe verticale et transrersalè ca </ des P jréûéed dans le sens de leur largeur; telle que nous présumons qu'elle a été avant que ceamontagnes eussent subi la dégradatiob dont nous venons de faire meàtiôn. On voit dans cette coupe les deux versants ac et ad d'égalé longueur; le gracdte occupant le centre et formant le faite de la chaîne; le terrainJe transition et le terrain secondaire dis4xibués en quantité à peu près égale sur le versant méridional et sûr celui du nord , en s'ap- .pu7ant)0ontFeleLgnimte« -
SupjMfions actuellement que toute la partie de ces montagbes ^située entre a, b ete, ait été détruite par Feffiet d'uqe pmssance quelconque agis^ sant du nord au sud ^ de manière qu'il n'en soit resté que la partie située entrer, 6 et rfl
La suite nécessaire de cette dégradation sera un changement considérable dans la forme extérieure de tonte la chaîne de montagnes et surtout dans la disposition «t dans la - distribution des
roches par rapport à la forme extérieure de la chaîne ; enfin, cette rérolutioiii produira uoe foule deréfiultats et d'accidenté qud l'on obeerre en effet dans les Pyrénées > et dont nous allons rappder les principaux en citant los paragraphes où eeb faits ont été rapportés.
Il résultera de la destruction de toute la partie située entrer,* et c .• h\ que île faîte sera abcdssé, et de plusr, que sa position sera reculée plus an sud, et que par suite le visant septentrional b c deviendra plus long et plus, doux que le versant méridional b d. ( §• 10.)
2\ Que h granité , y compris les autres roches primitives, ne formera plus le faite de la chaîne centrale, au qord duquel il se trouvera à peu de^dis^tance. (S- 5g.)
5^ Que les bandes méridionales du terrain se* condaire et du terrain de transition atteindrOntùne hauteur qui surpassera en général celle du granité et celle de toutes les autres :roches situées au nord
du terrain primitif» (§. 4^ ^t'S^^O
4^ Que cé6 deux bandes méridionales form^ont en général le faîte de tout le système. (§. 4a-)
5*. Que le terrain de transition sera beaucoup plus répandu , ou du moins devra se montrer au jour sur une étendue beaucoup phis grande sur le versant s€9>tentrional que sur le versant méridio* naL (S. 42.)
6*. Enfin, que le terrain secondaire occupera tout le versant méridional , tandis que du càîé du nord
\20 !!• PARTIE. CONSTITUTION GÉOGNOSTIQUE. il ne formera plus que des montagnes basses au pied de la chaîne. (§. 43 et suiy.)
On voit combien les résultats nécessaires de la supposition que nous ayons admise sont d'accord ayec les faits.
Plusieurs autres observations conduiraient encore à présumer qu'indépendamment de la grande révolution dont nous venons de parler, la partie septentrionale des Pyrénées aurait subi, avant la formation des vallées actuelles, .une nouvelle dégradation considérable; telles sont par exemple les formes en général plus douces et plus arrondies dans les montagnes septentrionales que dans les montagnes méridionales ; le.nombre plu5 considérable des bassins dans les vaUées françaises que dans les vallées espagnoles ; les immenses dépôts de roches de transport dont le sol des plaines qui précèdent les Pyrénées au nord est formé , etc.
Rétnmé. §• ^3. Faisous en peu de mots le résumé des principaux faits relatifs à la structure des Pyrénées, dont nous avons donné un aperçu dans ce chapitre.
I*. Les roches qui composent les Pyrénées paraissent être toutes des roche» neptuniennet. (S*^^.)
2*. On observe dans cette chaîne tous les principaux terrains signalés par les géologues, et dans le même ordre de superposition qu'ailleurs. • (S- 33.)
3*. Le terrain primitif consiste partlculièreoient
en granité 2 schiste micacé et calcaire primitif. (§. 34.)
4^ Les roches qui constituent le terrain de transition sont principalement du schiste argileux, de la grauwacke commune, de la grauwacke schisteuse et du calcaire. (§. 35.)
5\ Le terrain secondaire est formé dç grès rouge , de calcaire alpin; de calcaire du Jura et de trap. (§. 36.)
6"*. Le terrain de transition repose sur le terrain primitif en stratification non parallèle , et le terrain secondaire recouvre l'un et l'autre. ( §. 37.)
7^ Les divers terrains sont disposés par bandes qui s'étendent de l'est sud-est à l'ouest nord-ouest, parallèlement à la direction principale de la chaîne des Pyrénées. (§. 38.)
8"*. Le terrain granitique forme une chaîne de grandes protubérances; il ne constitue le faite des Pjvénées que dans un petit nombre d'endroits ; mais il en est peu éloigné au nord. Ce terrain est plus régulier dans la partie orientale des Pyrénées que dans la partie occidentale. (§. 39.)
9. Le schiste micacé forme une bande peu régulière au noxd du granité , mais il paraît qu'il en a existé une autre située au sud de ce terrain.
lO^ Le terrain de calcaire primitif forme une seule bande placée au sud du granité , et qui s'étend avec beaucoup de régularité depuis la vallée de CArriège jusqu'à celle de la Garonne. ( S- 4«-)
laa IP PARTIE. CONSTITUTION GÉOGNOSTIQUE.
1 1^ Le terrain de transition est le terrain le plus étendu des Pyrénées ; il forme deux grandes bandes qui longent , au sàd et au nord > la chaîne priinitiVe. Les direTsee rocl^squi le composent ont une disposition «èmblable; {§• ^2.)
1 â^ Le grès rouge constitue aussi deux bandes ; celle qui se troûye au nord do terraihprimitif est située presque -au jiied des Pyrénées, et présente moins de régularité et surtout moins de continuité quet;ellé qui longe le terrain primitif au sud et qui se troiive en général très près du faite de la chaîne.
^ i5*..: Le cakaire alpin est' la roche la plus commune-dû terrain secondaire de ces montagnes, il forme également deux bandes. La bande méridionale occupe presque tout le Versant méridional desPyrénées v tandis que celle qui est axi nord eonfititne seuiemétit les basse» montagnes au pied de laichriine. (§.'44.)
1 4^- Le calcaire du iuàra esti très peu répandu , et parait .^è confondre avec le calcaire alpin. Il se trouve priad^alement au pied septentrional de la partie orientale'des Pyrénées. (§• 450
1 5f • , Le :trap sècéndaire ne formé pas de baadéb ocriQQM les autres rochers^ tnais des monticules^ et masses isolées , placées communément à l'entrée deavalléeâ. (§..4^.;) : /, :i ;;
\i&\ La direction dbsIalEates fie rbçbeest en g&néial de Test sudrèstà rouéstnord^-auëst parallèle à ceUe dt» la chAîi^. (§. 47* )
APERÇU GÉNÉRAL. laS
]7\ C'est la chaioe priiniti?e qui a déterminé la direction des roches, f §. 48- )
i8^ Leur inclinaison a été également déterminée par les pentes de la chaîne granitique. (§. 490
19*. L'inclinaison des strates est communément au-dessus de l^5\ (§. 5o.)
20% On observe fréquemment des strates et des couches singulièrement contournées. Elles se trou- YCDt dans tous les terrains , mais particulièrement dans celui de transition. Les divers accidents qui les accompagnent font présumer qu'elles ont présenté cette forme bizarre dès leur origine. (§• 5i.)
21% La disposition des roches semble indiquer deux grandes révolutions que cette chaîne de montagnes aurait subies avant la formation des vallées. La première paraîtrait avoir eu lieu avant la formation du terrain de transition , et aurait détruit une grande partie du terrain primitif, en sillonnant la chaîne qu'il formait et en la réduisant en une suite de protubérances. La seconde grande révolution aurait eu lieu après la formation du terrain secondaire, et une dégradation considérable du faîte et du versant septentrional en aurait été le résultat. (§, 52.)