RÈGNE DE TIBÈRE
douté que ce ne fût pour euk l’acte de leur appel à l’empire.
Aussi , l’idée de la succession de Tibère était si bien établie , qu’à la première nouvelle qu’ils reçurent de la mort d’Auguste , les consuls , les sénateurs , les chevaliers se rendirent aux comices et donnèrent au peu-
déjà enceinte d’un fils qui fut Drusus,père deGermanicus. Ce dernier mourut encore jeune dans une campagne contre les Germains.
Auguste, ayant perdu toute sa famille, chercha des appuis dans celle de Livie, et adopta Tibère, auquel il fit adopter Germanicus.
Tibère, pendant le règne d’Auguste, avait fait admirer ses talents militaires , et s’était surtout montré habile à semer la division parmi les peuples barbares -, mais , à d’autres égards , son caractère à la fois superbe et ombrageux avait inspiré aux Romains la crainte et l’aversion, et cette diversité de fortune, qui l’avait mis tour à tour bien au-dessous des membres de la famille d’Auguste, et élevé ensuite au faîte des honneurs par le crédit de sa mère Livie, avait ajouté encore à cet esprit de farouche défiance qu’il tenait de la nature.
pie assemblé l’exemple de prêter serment sur les actes de Tibère : c’était le serment d’obéissance absolue qui , dans les temps de la république , n’avait été exigé que des soldats, mais dont ils s’empressaient de faire une démonstration de flatterie pour le nouveau prince.
Tibère , de son côté , qui se trouvait en ce moment auprès d’Auguste , s’empressa d’adresser aux consuls un édit pour fixer le jour de la réunion du sénat, et délibérer sur les honneurs funèbres à rendre à son père; il parlait dans cet édit , non comme prince et successeur d’Auguste, mais seulement comme associé par lui à la puissance tribunitienne; toutefois, à d'autres égards, il avait donné l’ordre aux prétoriens, écrit comme empereur aux armées, en un mot exercé l’autorité suprême: il ne montrait d’hésitation qu’envers le sénat.
Le principal motif de cette hésitation fut la crainte que Germanicus , qui comman-
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dait en Gaule de nombreuses légions , et qui était adoré du peuple, n’aimât mieux, dit Tacite, garder le pouvoir que de l’attendre, il voulait d’ailleurs sonder les principaux sénateurs et pénétrer leurs secrètes dispositions ; l’hérédité de l’empire n’ayant pas été établie d’une manière positive , cette incertitude avait pu éveiller les ambitions , et Auguste lui-même, parlant dans ses dernières conversations de ceux qui pourraient avoir le désir ou la capacité de l’empire, en avait nommé quelques-uns dont Tibère se défiait.
Quoiqu’il en soit, les honneurs funèbres ayant été rendus à Auguste, le sénat de nouveau réuni s’empressa de déférer à Tibère tous les pouvoirs dont Auguste avait été revêtu; mais lui se répandit en discours vagues sur la grandeur de l’empire , sur son incapacité ; enfin , les sénateurs redoublant leurs prières et embrassant même ses genoux dans leurs supplications , il cessa de refuser et de se faire prier , et consentit à
accepter « ce fardeau de l’empire; mais seu- « lement, ajouta-t-il, jusqu’au moment où a l’on croirait devoir quelque repos à sa a vieillesse», marquant du reste par ce dernier mot qu’il n’entendait pas , comme Auguste, prendre le pouvoir d’une manière temporaire , mais pour un temps illimité.
Du reste, pour reconnaître les instances du se'nat et achever de le gagner, il transporta dans son sein les élections des préteurs qui s’étaient faites jusqu’alors dans les comices 1 ; quoique la désignation du prince
■ (Tac., Ann. i, i5.) Ce passage de Tacite est assez obscur, et il est difficile de savoir si Tibère transporta seulement au sénat l’élection des préteurs , ou bien l’élection des préteurs et des autres magistrats. Toutefois, comme Velleius Paterculus désigne ce changement sous le nom de nouvelle organisation des comices, et qu’un peu plus loin Tacite lui-même parle de Tibère comme ayant tenu les comices pour l’élection des consuls , le premier sens parait le plus vraisemblable.
Au reste , la question en elle-même n’a que peu
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décidât d’avance des choix les plus importants, il en restait encore assez aux tribus pour obliger les candidats à faire des prévenances aux citoyens et des largesses au peuple, et les sénateurs se virent avec joie débarrassés d’une obligation toujours pénible et quelquefois ruineuse; quant au peuple, bien que cette innovation le dépouillât de son droit, il n’osa en témoigner son mécontentement que par de vains murmures.
Sur ces entrefaites, on apprit à Rome la révolte des légions de Pannonie et de l’ar-
d’importance : le choix des consuls était toujours arrêté d’avance par le prince , et les autres choix , comme celui des édiles et des questeurs, étaient devenus sans intérêt depuis que toutes leurs attributions avaient passé aux agents impériaux ; il n’y avait plus que la préture qui, entraînant après elle le gouvernement des provinces sénatoriales, pût exciter encore l’ambition et les largesses des candidats.
Il est à remarquer que l’on continua de conduire dans le Forum les candidats nommés par le sénat, et de les faire proclamer par la voix du héraut.
mée des Gaules : jalouses des prétoriens , elles comptaient sur la facilité d’un nouveau règne pour obtenir une augmentation de paye et une diminution dans le temps du service, et d’ailleurs le butin et les confiscations des guerres civiles n’étaient pas encore oubliés. Celles des Gaules allèrent même jusqu’à offrir l’empire à Germanicus.
Mais Germanicus resta fidèle à son devoir; il refusa les offres des légions, et, déployant tour à tour la condescendance et la fermeté, parvint à les ramener à l’obéissance. Drusus en même temps, envoyé par Tibère dans la Pannonie, profitant avec adresse d’une circonstance favorable que la fortuue lui présenta (une éclipse de lune) , réussit de son côté à apaiser les séditions.
Affermi dans le pouvoir par ce double succès , Tibère s’occupa avec activité des soins du gouvernement , et les talents qu’il y déploya ne le montrèrent pas indigne de succéder à l’administration d’Auguste.
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Ainsi que sous ce prince, pour lequel Tibère professait un respect qui allait jusqu’à l’affectation, les affaires furent préparées dans un conseil privé composé de sénateurs, et portées ensuite devant le sénat, qui en décidait : les magistrats de Rome et les gouverneurs de province furent choisis avec discernement et surveillés avec vigilance ; et si le prince , éloigné par goût de toute espèce de jeux et de spectacles, prenait peu de soin des plaisirs du peuple, en récompense toutes les précautions étaient prises pour assurer sa subsistance ; et comme les dépenses étaient moindres, les impôts pouvaient aussi être plus modérés. Aussi , dans le tableau que Tacite nous a laissé des premières années du règne de Tibère, le portrait qu’il en a fait ne serait pas désavoué par les meilleurs princes.
Toutefois, tant de bienfaits étaient empoisonnés* par le moyen de gouvernement dont se servait Tibère, moyen qui lui était
suggéré par son caractère défiant et ombrageux, et qui a marqué son règne comme le début d’un des plus terribles fléaux qui aient affligé l’humanité.
Je veux parler de la loi de majesté : sous la république , il existait déjà une loi de ce nom , pour punir les séditions et les conspirations contre la sûreté de l’État ; mais cette loi solennelle était rarement appliquée. Auguste en fit usage une seule fois : cherchant un moyen d’atteindre les écrits de Cassius-Severus, dont la licence avait diffamé tout ce qu’il y avait dans Rome de plus illustre dans les deux sexes, il étendit par interprétation au cas de libelle les dispositions de la loi de majesté.
Tibère, sous prétexte de l’inviolabilité attachée à la puissance tribunitienne , l’appliqua à tout ce qui concernait sa personne; et commë, d’un autre côté , cette loi attachait une récompense au zèle patriotique du dénonciateur, il arma ainsi pour la
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surveillance de ce qui le concernait une foule d’ intéressés, qui lui formèrent bientôt comme une sorte de police et d’espionnage organisé.
Et, de même qu’il s’était créé pour les lois fiscales d’Auguste une classe d’avocats toujours prêts à recevoir les dénonciations et à s’en faire les organes, de même il s’en forma pour les lois de majesté de Tibère; et l’accusation de majesté pouvant d’ailleurs se joindre à toute autre, de concussion, de brigue, même de crimes privés, et l’accusateur ayant intérêt à suivre cette marche pour conclure à la confiscation des biens dont il avait le quart comme dénonciateur, toutes les accusations criminelles prirent bientôt cette tournure.
Tibère, il est vrai, n’usa d’abord de cette loi que comme moyen d’espionnage et d’intimidation; et, toutes les fois que l’accusation de lèse-majesté n’était que l’accessoire d’une autre accusation, il l’écartait lui-
même pour renvoyer l’affaire devant les
tribunaux compétents.
Mais cette accusation n’en était pas moins toujours suspendue sur la tête des citoyens, et l’homme le plus honorable et le plus honnête était réduit à trembler devant un orateur méprisable, qui pouvait au premier moment soulever contre lui une accusation criminelle et capitale.
Le sénat d’ailleurs, auquel , d’après la loi , les crimes de majesté devaient toujours être soumis, se montrait disposé à l’obéissance la plus absolue, et personne ne doutait qu’au moindre signe du prince il poussât la rigueur jusqu’au dernier degré de la cruauté.
Aussi, malgré tous les efforts de Tibère et son heureuse administration, l’aversion des Romains contre lui ne faisait qu’augmenter de plus en plus, et la mort de Germanicus, qu’on lui imputa, acheva de la porter à son comble.
Tibère n’avait jamais aimé Germanicus
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dont les manières nobles et ouvertes con- • trastaient avec son propre caractère et rappelaient celles d’Auguste; et, forcé par ce prince de l’adopter pour son fils, il n’avait jamais éprouvé à son égard d’autre sentiment que celui d’une profonde jalousie.
Lorsqu’après avoir apaisé la révolte des légions dans les Gaules, Germanicus, profitant de l’ardeur de ses soldats , eut , dans deux campagnes brillantes, réparé les désastres de Varus et rendu les derniers devoirs à ses légions , Tibère , par suite d’un vice de forme dans les cérémonies funèbres, trouva moyen de blâmer cette action, et, comme Germanicus demandait encore un an pour porter ses conquêtes j usqu’à l’Elbe, il le rappela à Rome , sous prétexte d’y recevoir les honneurs du triomphe.
Bientôt après , des troubles s’étant éleve's dans l’Orient , Germanicus y fut envoyé pour les apaiser, avec des pouvoirs extraordinaires (i 7 de J.-C.) ;Tibère,en même temps,
retira du gouvernement de Syrie Creticus Silanus, dont la fille devait épouser le fils de Germanicus, et mit à sa place Cneus Pison, homme d’un caractère orgueilleux, et incapable d’égards. Quoique subordonné à Germanicus, Pison ne cessa de le fatiguer de contradictions et de rivalités; enfin ,
au retour d’un voyage qu’il avait fait en
Egypte 1 , Germanicus fut attaqué à Antioche d’un mal inconnu, et succomba bientôt, persuadé qu’il mourait empoisonné (18 de J.-C.); de violents soupçons s’élevèrent en effet contre Pison et contre le prince luimême; les amis de Germanicus se firent un devoir d’accuser le premier , et portèrent la
1 Auguste avait fait les défenses les plus expresses à tout sénateur, et même aux chevaliers romains distingués dans leur ordre, de se rendre en Égypte sans le congé de l’empereur, à cause de la facilité qu’aurait donnée la révolte de cette province pour affamer la ville de Rome, et Tibère avait marqué un vif mécontentement du voyage de Germanicus dans cette province.
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eause devant Tibère; mais il se récusa, et renvoya l’affaire au sénat.
Là, les accusateurs prouvèrent aisément contre Pison des actes de violence et d’insubordination ; mais à l’égard de l’accusation d’empoisonnement, ils ne purent alléguer que des faits vagues et incertains; néanmoins Pison , voyant le sénat décidé à le condamner, et Tibère r qui d’abord avait paru bien disposé en sa faveur, l’abandonner de jour en jour, se donna lui-même la mort ; du moins on le trouva percé de son épée.
Beaucoup de personnes, dit Tacite , prétendirent que Tibère l’avait fait tuer pour empêcher les révélations.
Cependant s’augmentait chaque jour sur l’esprit de Tibère le crédit de son ministre Séjan : actif, vigilant, infatigable, Séjan avait su organiser au gré du prince ce système d’accusations permanentes qui lui paraissait nécessaire pour maintenir les Romains dans la crainte et dans la soumission.
C était aussi dans le même objet qu’il avait insinué à Tibère de réunir en un seul camp les cohortes prétoriennes jusque-là dispersées dans la ville; et comme il était luimême chef de ces cohortes, son propre pouvoir s’en était augmenté.
Ravi de ses soins et de ses services, Tibère ne cessait de le combler des marques de sa faveur : il lui prodiguait les éloges , l’appelant hautement le soutien de son pouvoir et le compagnon de ses travaux, et poussait même la condescendance jusqu’à souffrir que les images de son favori fussent révérées à côté des siennes au Théâtre, au Forum et à la tête des légions.
Drusus, fils de Tibère, supportait avec peine ce crédit excessif où Séjan était parvenu , et , naturellement violent , il s’était laissé emporter dans une querelle, jusqu’à lever la main sur lui. Soit ressentiment, soit que dans l’incertitude de l’hérédité de l’empire, Séjan, dont l’ambition était sans
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bornes, aspirât à succéder à Tibère, il résolut de se défaire de Drusus : dans ce dessein , il commença par séduire Livie, son épouse, et tous deux de concert firent empoisonner Drusus par son eunuque et son médecin.
Sa mort n’afïligea que médiocrement l’égoïste Tibère , et l’amour des Romains pour les fils de Germanicus leur fit voir presque avec joie une mort qui les rapprochait de l’empire ; mais cette faveur même du peuple et l’imprudence d’Agrippine et de ses partisans , qui surent mal cacher leurs espérances , ne tardèrent pas à leur devenir funestes ; Tibère en fut vivement blessé : il n’avait jamais aimé la famille de Germanicus, et Séjan l’animait encore , parlant sans cesse d’une scission , d’une guerre civile dans Rome , d’un parti qui se disait d’Agrippine et qui se fortifiait de jour en jour et conseillait, comme l’unique remède , d’abattre quelques-unes des têtes les plus séditieuses.
Tibère y consentit : aussitôt Séjan se hâta d’attaquer ceux des amis de Germanicus qui pouvaient faire dans l’avenir le plus d’obstacle à ses desseins; il lança contre eux des accusateurs, et le sénat, docile à ses vues, s’empressa de les condamner comme criminels de lèse-majesté.
Tibère commençait alors à sentir les atteintes delà vieillesse, et, indépendamment de ses infirmités, sa tête chauve et son visage couvert d’ulcères lui rendaient pénible l’habitation de la ville; sa santé d’ailleurs s’était bien trouvée de plusieurs séjours qu’il avait faits dans la Campanie, et il avait surtout remarqué, sur les côtes de cette province, l’île de Caprée, située au haut d’un rocher , entourée d’une plage inabordable aux plus légers bâtiments et qui joignait les avantages d’un climat toujours doux et égal à l’aspect magnifique d’une immense éten j due.
Ce fut là qu’il résolut d’aller sé fixer (26
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de J.-C.) , n emmenant avec lui que Séjan , Nerva sénateur consulaire et habile jurisconsulte } Atticus chevalier romain distingué, et quelques sophistes grecs dont l’entretien l’amusait; et autant, dit Tacite, il s’était jusqu’alors livré aux affaires avecune activité infatigable, autant il se livra dans sa retraite à une oisiveté dissolue; toujours il avait eu du penchant pour la débauche , et son goût pour le vin était si connu des soldats qu’au lieu de Tiberius ils l’appelaient souvent Biberius; désormais il s’y abandonna sans contrainte , et, grossis sans doute, il est vrai, par l’imagination à laquelle prêtait cette solitude où Tibère s’était renfermé , les récits de ses débauches nous sont parvenus sous une forme presque monstrueuse.
Séjan, dans l’espoir d’écarter toute rivalité , avait poussé le prince à cette retraite , et une circonstance nouvelle venait encore d’augmenter son crédit et la confiance abso-
lue que le prince avait en lui. Dans le trajet de Rome à Caprée , la voûte d’une salle où dînait Tibère s’étant tout à coup écroulée, tous les convives avaient pris la fuite à l’envi. Séjan seul était resté près du prince et l’avait couvert de son corps contre les débris qui tombaient de toutes parts.
Persuadé par là du dévouement sans bornes de son favori, Tibère s’abandonna sans réserve à ses projets : tous les amis de Germanicus furent l’un après l’autre condamnés par le sénat, et la proscription s’étendit jusque sur Agrippine et sur ses enfants : le prince, il est vrai, ne s’étant pas d’abord positivement expliqué et ayant parlé seulement de complots qui le menaçaient, le sénat crut pouvoir suspendre d’un jour l’arrêt contre la sœur et les neveux de l’empereur ; mais une seconde lettre du prince le gourmanda durement de ce retard et. fit aussitôt prononcer l’arrêt. Tibère toutefois ne le mit pas à exécution et se contenta d’enfermer
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Agrippine et ses enfants sous la garde de farouches prétoriens.
Cependant cette défiance de Tibère, sans cesse excitée par Séjan, finit par atteindre le favori lui-même, et, en s’en défiant, Tibère sentit avec effroi qu’il s’était livré entre ses mains : dans la retraite où il était renfermé rien ne se faisait que par le ministère des prétoriens dont son favori disposait , et d’ailleurs , devenu depuis si longtemps le canal des grâces et des faveurs , Séjan avait dû se faire une foule de partisans qui l’instruisaient de tous les projets du prince, tandis que personne n’oserait lui révéler les siens.
Dans cet embarras il résolut d’abord de l’éloigner sous un prétexte honorable en l’envoyant comme consul à Rome, et provisoirement, et en attendant son retour, le commandement de la garde prétorienne fut donné au tribun Macron, dont le prince connaissait le caractère entreprenant et audacieux ; bientôt des lettres ambiguës de
l’empereur au sénat, et un mélange de faveurs et de disgrâces, jettent le doute dans les esprits sur la pensée de Tibère à l’égard de son ministre; Séjan, de son côté, soupçonnant des embûches, dispose tout pour une conjuration ; mais déjà les mesures étaient prises , la garde prétorienne gagnée par les promesses de Macron, et Séjan, arrêté par eux, fut condamné aussitôt par le sénat et étranglé.
Cette conspiration donna lieu à de nombreuses poursuites; et comme il n’y avait presque personne qui n’eût sacrifié à la faveur de Séjan, la plus grande partie des citoyens de Rome se trouva exposée à des accusations; une chose consolait, il est vrai, dans ce malheur, c’était de voir poursuivre ces délateurs cruels qui s’étaient faits les instruments des desseins de Séjan ; le prince s’en était servi lui-même, mais il les abandonnait volontiers du jour où il n’avait plus besoin de leurs services.
Malheureusement ils n’étaient pas seuls
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poursuivis, et une foule de têtes illustres se trouvèrent enveloppées dans la même proscription; Tibère, dont leloignement augmentait la défiance , excitait le zèle et l’ardeur du sénat par des lettres pressantes :
plus que jamais inquiet des desseins qu’on pouvait former contre lui, il voulait maintenant se former un trésor, et l’avidité était une nouvelle cause d’accusation qui se joignait encore à toutes les autres; d’ailleurs la trahison de Séjan avait achevé de jeter dans son âme une haine profonde pour le genre humain , et les douleurs de la vieillesse de le rendre insensible aux maux d’autrui.
Bientôt, s’irritant par le sang même qu’il avait versé, il voulut interroger et torturer luimême les accusés, et, faisant formuler sous ses yeux les arrêts de proscription, les envoyait tout dressés au sénat pour les signer ; il se plaisait, d’un au tre côté, à voir les sénateurs se punir eux-mêmes de leur bassesse envers Séjan, en s’accusant les uns les autres ; et Agrippine ayant succombé, victime des mau-
vais traitements dont on l’accablait , il se fit rendre grâces par le sénat de ce qu’il n’avait pas ordonné de jeter son corps aux Gémonies.
Tel était en effet l’avilissement où était tombé cet antique sénat de Rome, qui jadis avait dicté ses volontés aux rois et résisté avec tant d'énergie au torrent des passions populaires : alors une merveilleuse organisation constitutionnelle ajoutait chez les Romains la plus extrême vigueur à cet esprit naturellement politique des peuples d’Italie; et de là ce prodigieux développement de puissance que nous avons admiré dans leur histoire; mais, cette organisation politique enlevée, il n’était plus resté que l’esprit de finesse joint à la flatterie et à la servilité 1 : l’habileté d’Auguste avait
1 On n’a pas remarqué assez cette vigueur en quelque sorte accidentelle qu’avait donnée aux Romains le mode de leur constitution ; elle est en effet complètement opposée à ce que l’histoire nous montre partout du caractère des Italiens; et on la retrouve seu-
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achevé à cet égard l’œuvre des guerres civiles , et Tibère n’avait plus trouvé dans le sénat romain qu’une fureur de servitude qui le fatiguait le premier.
Après avoir détruit toute la famille de Germanicus, Tibère prit cependant auprès de lui Caïus, le dernier de ses fils; Caïus se trouvait naturellement appelé à l’empire, et Macron, devenu après la mort de Séjan commandant des cohortes prétoriennes, ne songea plus qu’à le servir et à se l’attacher. Depuis longtemps les forces du prince s’affaiblissaient de jour en jour; enfin on le crut à sa dernière heure, et Caïus fut aussitôt proclamé; et comme Tibère paraissait vouloir se ranimer, Macron fit jeter sur lui des couvertures et l'étouffa (3y de J.-G. ). Il était alors âgé de soixante-dix-huit ans.
lement , et pour une cause analogue , dans plusieurs points de l’histoire de la république de Venise.