‹ Essai sur la construction navale des peuples extra-européensChapitre 100 sur 126 · PIROGUE DE TIKOPIA · texte numérisé non relu

PIROGUE DE TIKOPIA

Quoique très-voisine de Vanikoro, cette ile peut être regardée comme n'appartenant pas à l'archipel Santa-Cruz, car elle est occupée par la race cuivrée du grand Océan, qui s'y montre, comme dans quelques autres points , douce et amicale : l'île Tikopia, moutueuse et peu étendue , paraît ne pouvoir nourrir que peu d'habitants, et nous fûmes étonné de la trouver très-peuplée. Quelques naturels se rendirent à bord de l'Astrolabe dans de petites pirogues (pi. 1 14, fig. 9 et to) dont le corps, d'une seule pièce, est exhaussé par une fargue unie au moyen d'attaches qui compriment une latte extérieure; les extrémités sont couvertes de plaques courbes qu'unissent d'autres petites attaches ; celle de l'avant se termine par une partie plate relevée et ornée de perles sculptées ; les fargues sont réunies par deux pièces placées sur les plaques ou faisant corps avec elles ; les leviers qui leur sont liés ont peu de longueur et tiennent au balancier par quatre piquets obliques, dont \afig- 10 donne la disposition. Nous ne les avons vues se servir que de la pagaie (fig. 1 1), mais la pièce a fait supposer qu'elles emploient aussi une voile, comme celle de Vauikoro, et il paraît même que leur navigation est assez étendue, car elles vont jusqu'à l'île de Santa-Cruz, éloignée de 6o lieues.

NOUVELLli-IRLANDE.

On ne sait rien sur les habitants de la Nouvelle-Bretagne, cette grande terre n'ayant été vue que de très-loin; mais on a quelques documents sur ceux de la Nouvelle-Irlande, qui paraissent faibles et paresseux, et se donnent un aspect singulier avec les couleurs dont ils se peignent le corps, et avec les plumes qu'ils se plantent dans les narines. Leurs pirogues, d'un travail très-soigné, sont ce qu'ils font de plus remarquable Le capitaine Carteret en vit à l'île Sandwich, près de la côte ouest de la Nouvelle-Irlande , qui étaient longues, très-étroites . et portaient un balancier : l'une d'elles, quoique taillée dans un seul arbre, avait 27 mètres de long; elle était bien faite, ornée de quelques sculptures sur les côtés, mais ne présentait aucune apparence de voile; trente-trois hommes noirs à cheveux crépus la faisaient marcher.

Il est probable qu'elle avait beaucoup d'analogie avec celles que nous avons mesurées au havre Carteret, dont la plus grande (pi. 116, fig. 1 et 2), formée d'une seule pièce étroite et creuse, travaillée avec soin, avait sur

m NOUVELLES- HÉBRIDES.

ses extrémités des parties creusées jointes par des amarrages recouverts de mastic, dont les deux côtés du même morceau se réunissent en se relevant eu arc. Tout le corps est soigneusement peint en blanc avec une sorte de chaux composée de coquilles brisées qu'on emploie beaucoup aussi pour le bétel, dont l'usage est très-répandu chez toute la race noire du grand Océan. Le balancier, léger et pointu à ses extrémités, est presque aussi long que la pirogue, à laquelle il est uni par neuf leviers très-minces qui lui sont eux-mêmes joints par des piquets verticaux, dont les uns, fourchus, ont chacun de leurs bouts lié sur le levier pour éviter un mouvement latéral; les deux extrêmes sont en petites branches dont le tronc, coupé pour être appliqué sur le balancier et fixé par des amarrages, s'oppose au mouvement longitudinal qu'il prendrait si les piquets avaient du jeu. Les leviers sont tenus sur le haut de la pirogue par d'autres amarrages qui en percent le bois, et il en est de même des petites tringles placées à côté en guise de bancs. Une autre pirogue (Jig. 3), mesurée dans le même port, est également blanche; mais son corps est exhaussé par une fargue jointe au moyen de quelques petites attaches et d'un mastic semblable à notre brai ; ses extrémités, ornées de bandes rouges, diffèrent un peu par leur courbure.

Les pagaies de la Nouvelle-Irlande (fîg- 4> 5 et G), longues, comme celles de la Nouvelle-Zélande, sont d'un bois brun, bien poli, couvert de couleurs jaunes et rouges, qui tiennent aussi bien que la peinture à l'huile : nous ne savons pas comment un peuple aussi ignorant peut produire d'aussi belles couleurs, car il est probable qu'elles ne viennent pas des Européens, qui depuis longtemps n'ont point paru dans ces iles.

La corvette la Coquille séjourna quelque temps au port Liquiliqui, où elle vit plusieurs pirogues sur lesquelles l'un des officiers, M. Bérard, donne les détails suivants : « L'une d'elles, fort belle, venue du port Praslin, était construite comme nos baleinières, mais à fonds plats, avec des bordages assemblés et des coutures recouvertes d'un mastic noir semblable à notre goudron. Les/zg'. 10, n, 12 et i3 (pi. 1 1 6) font suffisamment connaître la forme du bateau et la manière dont les bordages sont liés à la membrure; ses dimensions principales sont : longueur de tête en tête, 12"', 66; partie portant à terre, 8™, 77 ; creux, o",8i ; tirant d'eau, om,3a; hauteur de la partie la plus élevée de l'avant ou de l'arrière au-dessus de l'eau, 2°, 27 ; largeur de dehors en dehors, i»,62. En outre des roustures qui fixent les bordages à la membrure, dans cette pirogue sans balancier, on voit des amarrages de l'avant et de l'arrière qui tendent à rapprocher les deux flancs par des niveaux de bois placés en travers. Les Jig. 7, 8 et g représentent une petite pirogue du même port de 7™,3i de longueur totale et om,56 de large; d'autres, de 8", 12 de long sur o°',46 de large, étaient également construites avec soin et intelligence. »

NOUVELLES-HÉBK1DES.

Les archipels des îles Salomon et des Nouvelles-Hébrides sont très-peu connus , et les pirogues de l'île Erromango, appartenant à ce dernier groupe, sont les seules sur lesquelles Cook donne quelques détails : « Elles sont d'inégale grandeur; il y en a de 9",5o de long, o™,6i de large et o™,9i de creux; elles sont composées de plusieurs pièces de bois grossièrement cousues ensemble avec des tresses de fil de cocotier ; les jointures sont couvertes en dehors par une latte mince garnie de rainures sur lesquelles passent, les tresses. Ces embarcations vont à la rame et à la voile ; celle-ci, qui est latine, est tendue entre deux perches, dont l'une sert de vergue et l'autre de heaume; elle est hissée à un mat court; les plus grandes ont quelquefois deux voiles, et toutes sont à balancier. »

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