‹ Essai sur la crédibilité de l'histoire évangéliqueChapitre 7 sur 26 · CHAPITRE U · texte numérisé non relu

CHAPITRE U

Caractéristique de l'ouvrage de Strauss.

Cet ouvrage prend un titre trompeur, lorsqu'il s'annonce comme un exposé de la vie de Jésus ; c'est bien plutôt une critique des récits évangéliques; critique qui, à l'exception d'un léger fil historique , annulle complètement la vie de Jésus.

Pour voir sous son véritable jour ce procès de mort, il faut jeter les yeux sur le point de vue qui a dirigé sa marche. L'auteur dit, dans sa préface, qu'il a composé son ouvrage sans aucune présupposition religieuse et dogmatique , et il s'en fait gloire. La philosophie, dit-il, l'avait déUvré de cela depuis longtemps. Mais quelle est cette philosophie

qui a servi de point de départ à sa critique de la vie de Jésus ? C'est le Panthéisme sous la forme que lui a donnée une portion de l'Ecole Hégélienne. Notre auteur reconnaît appartenir à ce Panthéisme avec une franchise qui , sous un rapport, est digne d'éloges» et qui, sous l'autre, fait horreur. Le Rationalisme , tout en réfusant à la personne de Jésus ses attributs éclatants, avait au moins jusqu'ici laissé subsister le sujet de ces attributs; mais Strauss change le sujet, et transporte les attributs à l'espèce humaine. « Telle est la clef de toute la christologie, dit-il en terminant. Le sujet des attributs que l'église donna au Christ est, au lieu d'un individu, une idée, mais une idée réelle , et non une idée sans réalité à la façon de Kant Placées dans un individu , dans un Dieu-homme , les propriétés et les fonctions que l'Église attribue au Christ se contredisent; dans l'idée de Vespèce, elles concordent. L'humanité est la réunion des deux natures, le Dieu fait homme , l'infini descendu à la condition finie , et l'esprit fmi qui se souvient de son infinité. Elle est l'enfant de la mère visible et du père invisible, de l'esprit et de la nature; elle est le thaumaturge, car, dans le cours de l'histoire humaine , l'esprit maîtrise de plus en plus complètement la nature , au dedans comme au dehors de l'homme ; et celle-ci , en face de lui, descend au rôle de matière inerte sur laquelle s'exerce son activité. L'humanité est l'im-

pcccablc ; car la marche de son développeinen est iiréprochable; la souillure ne s'attache jamais qu'à l'individu, elle n'atteint pas l'espèce et son hbtoire. L'humanité est celui qui meurt, ressuscite et monte au ciel ; car pour elle , du rejet de sa naturalité, procède une vie spirituelle de plus en plus haute; et, du rejet du fini qui la borne comme esprit individuel , national et planétaire , procède son unité avec l'esprit infini du cieL Par la foi à ce Christ , spécialement à sa mort et à sa résurrection , l'homme se justifie devant Dieu; c'est-à-dire que l'individu lui-même , en vivifiant dans lui l'idée de l'humanité , participe à la vie divinement humaine de l'espèce ; surtout si l'on considère que la seule voie pour arriver à la véritable vie spirituelle est la négation de la naturalité et de la sensibilité , lesquelles sont déjà elles-mêmes la négation de l'esprit ; de sorte que c'est la négation de la négation. — Cela seul est le fond absolu de la christologie.

« La liaison apparente de ce fond à la personne et à l'histoire d'un individu, ne tient qu'aux raisons subjectives suivantes, savoir: !• cet individu , par sa personnalité et ses destinées , fut l'occasion d'élever ce fond jusqu'à la conscience universelle ; 2* l'inteDigence du monde ancien et du peuple dans tous les temps, n'est capable de concevoir l'idée de l'humanité que sous la forme concrète d'un individu. Dans un temps

c de déchirements profonds, de souffrances phy- « siques et morales portées au plus haut degré, un « individu pur , honoré comme un envoyé divin , « endure les souffrances et la mort , et la croyance « à sa résurrection s'établit au bout de peu de « temps... Les maux extérieurs qui pèsent surlTiu- « manité étant concentrés dans ses douleurs, et « les maux intérieurs y étant figurés , son retour à • la vie était la preuve consolante que par de telles « douleurs Tesprit ne se perd pas, mais prend pos- « session de lui-même , et que par la négation de « la naturalité , loin de se nier lui-même , il s'af- « firme d'une manière plus positive. Dieu ayant « abandonné son prophète, son fils bien-aimé à « de pareils maux à cause des péchés des hommes, « la souffrance , cette extrême limite du fini , se « trouvant dans la vie divine, Thomme abattu sous « le poids de la douleur et du péché prenait « conscience de son admission dans la liberté di- « vine. De même que le dieu de Platon forma le € monde en contemplant les idées, ainsi la société € chrétienne , en traçant Timage de son Christ à « l'occasion de la personne et des destinées de Jé- « sus, a eu en vue à son insu l'idée de l'humanité « dans son rapport avec la divinité. >

Dieu ne devenant pas homme dans l'individu et dans son histoire, mais seulement dans l'évolution infinie de l'humanité, chaque individu, qui est un point isolé de l'espèce , accomplit sa destinée pen-

dant le cours de son existence terrestre, et l'espèce seule est étemelle. Plus l'esprit reconnaît sa propre infinité , plus il domine la nature par la force de la raison , plus aussi il fait rentrer ce qui est au-delà du temps dans ce qui est en-deçà. L'idéal de cette domination de la raison sur la nature est le perfectionnement crobsant de la vie politique et de ses intérêts civils. Ce système» dans ses résultats » concorde donc avec le matérialisme des EncyclopédUtes , qui plaignaient beaucoup l'humanité d'avoir, depub tant de siècles , sacrifié le bonheur réel d'un temps passé dans les plaisirs à la féUcité imaginaire d'une éternité heureuse , et les joies de toute une vie au contentement momentané d'une mort tranquille; il s'accorde enfin, malgré son apparent spiritualisme, avec ce cât$^des intérêts matériels que professent la jeune Allemagne et les politiques plus ou moins célèbres de notre temps. Car lui aussi présente à l'homme les ra£Bnements de la vie sensible et le perfectionnement industriel conmie un but bien plus élevé que toutes les bénédictions promises par l'Église. Ce nouvel évangile grave sur les couronnes triomphales de l'humanité ces paroles enthousiastes: machines, bateaux à vapeur, chemins de fer! «Eh quoi! dit notre exé- « gète, nous prendrions à la guérison de quelques « malades en Galilée un plus haut intérêt qu'aux f miracles de la vie morale et de l'histoire du mon- « de , qu'à la domination toujours croissante de

« riiomme sur la nature, qu'à cette puissance irré- « sistible de l'idée qui remue et vivifie les masses « de substance inerte , quelque vastes qu'elles « soient? » A propos de la tempête apaisée, il répond à ceux qui voient dans les prodiges du Seigneur la domination immédiate de l'esprit sur la nature : « La boussole et le bateau à vapeur sont une « réalisation bien plus vraie de la domination de « l'homme sur la nature , que ne serait l'apaise- « ment des flots par une simple parole magique. » Ce langage est fier et pompeux; mais il rappelle les raisins verts de la fable. Le renard aussi parlait avec emphase, et néanmoins son indifférence affectée avait pour lui plus d'amertume que les raisins. Sous ces phrases dédaigneuses et hautaines , n'aperçoit-on pas un cynisme auquel Diogène eût applaudi du fond de son tonneau ?

Jusqu'ici le Rationalisme avait prétendu communément qu'il pouvait occuper les chaires , sans altérer la forme de l'Église. Il honorait toujours, disait-il, dans la personne de Jésus, le chef de l'ËgUse, le plus grand bienfaiteur de l'humanité, le meilleur des honunes , un sage dont la doctrine, après avoir été séparée d'éléments moins purs qui s'étaient introduits dans son sein , devait rester & jamais le palladium de la civilisation. Mais une autre période commence avec le nouvel évangile de la raison. Si les conclusions de Strauss étaient vraies, l'Église chrétienne n'aurait plus l'histoii-e de son chef. La

Googk

faible doctrine de Jésus, résultat, à sa naissance , d'un point de vue borné , serait devenue tout autre dans rËglise émanée de lui , et devrait encore une fois se transformer complètement sous l'influence de la nouvelle philosophie née au sein de cette Église. Tout ce que l'Église a jusqu'ici enseigné du Christ , sa naissance surnaturelle , ses deux natures divine et humaine, la résurrection, l'ascension et le jugement universel , tout cela devrait à l'avenir s'entendre symboliquement de l'humanité. Notre auteur ajoute, avec une franchise honorable, que , d'après les résultats de ces nouvelles découvertes, un homme d'honneur, qui ne veut point être flétri du nom de fourbe , ne peut plus rester au nombre des ministres de l'Église chrétienne. A ses yeux, la forme que doivent prendre à l'avenir le christianisme et l'Église n'est pas distincte ; il l'abandonne au destin. Voici la conclusion de l'ouvrage :

« Nous n'avons pas dissimulé la difficulté de la « position d'un membre du clergé vis-à-vis de la « communauté, lorsqu'il adopte les opinions de la < critique spéculative en théologie; nous avons fait f voir dans quelle alternative il se trouve, lorsqu'il « examine ce qui lui reste à faire , s'il adopte ces « opinions ; et nous avons montré en même temps « que notre siècle n'avait pas encore trouvé de rèt gle positive à cet égard. Mais cette alternative • n'est pas un eflet de la curiosité indiscrète d'un

c homme isolé ; elle est le résultat nécessaire de la « marche des choses et du développement de la t théologie chrétienne ; elle va chercher Findividu € et s*empare de lui sans qu'il puisse s'en garantir, c II est cependant un moyen bien facile de s'en

< préserver: c'est de s'abstenir de l'étude et de la « pensée , ou au moins de ne pas parler et écrire t librement. Il y a bien assez de gens à notre épo- « que qui prennent ce moyen ; et l'on ne devrait « pas se donner tant de peine pour en augmenter « le nombre en diffamant ceux qui adoptent l'es- • prit progressif de la science. Cependant il y a

< aussi des hommes qui, malgré toutes les attaques, « reconnaissent ouvertement ce qui ne peut plus « rester caché; et le temps montrera quels sont « ceux des uns ou des autres qui servent le mieux

< la cause de l'Église, de l'humanité et de la « vérité. »

Le contentement de soi-même et l'assurance orgueilleuse qui percent dans tout l'ouvrage de Strauss , font penser involontairement à la prédiction burlesque de Lichtemberg, commentée par Jacobi :

t On aura un jour tant d'esprit qu'il sera aussi « ridicule de croire à un Dieu, qu'aujourd'hui de « croire aux apparitions ; au bout de quelque temps, « le monde se civilisant de plus en plus atteindra « bien vite le plus haut degré de pénétration... I)o- « \enus alors semblables à Dieu, nous saurons cfue

« J'ètre et Tessence sont partout et ne peuvent être < que phénomènes^ En ce temps , la sueur pénible des « réflexions graves sera essuyée sur tous les fronts ; les t larmes du désir seront séchées dans tous les yeux ; il c ny aura plus que de la joie parmi les hommes, car la « raison aura accompli son aitvre ; l'humanité sera au « terme de ses développements; une mime couronne or- « nera la tête de chaque gloi'ifîé *. »

Les paroles de cette prédiction s'appliquent, il est vrai , spécialement à une autre philosophie athée qui a diTinisé l'homme plus complètement encore que notre auteur, c'est-à-dire à la philosophie du Moi de Fichte; cependant l'esprit qu'elles nous annoncent est semblable à celui qui domine dans la philosophie dont nous parlons. C'est la confiance absolue en soi-même; c'est une suffisance qui ne veut plus de l'avertissement que le vainqueur de Chéronée se faisait donner tous les jours : i^iiÀffia-o oti divifm'ïï^ fT. C'est un état de satbfaction intime, dans lequel cesse la première condition morale de la vie chrétienne, le désir de la Rédemption.

Si ce système est vrai , le Christianisme ne peut l'être. Ce système devait donc aussi entrer dans la lutte que le Rationalisme déiste avait engagée contre une partie de la Dogmatique chrétienne et contre le côté merveilleux de l'histoire sainte; il devait enti*eprendre de pousser jusqu'au bout l'œu-

* OBarres diverses de Licblemberg, part. 1. p. 166^

vre de destruction. Nous n'avons à nous occuper ici que des attaques dirigées contre Tkistoire évangélique. Les histoires miraculeuses de TAncien-Testament étaient restées une énigme inexplicable pour le Rationalisme; et les progrès de la science préparaient nécessairement un retour à la croyance parmi les esprits les plus élevés de Técole débte. Mais ce retour fut arrêté par une main hardie. Encore plus égaré que tous ses prédécesseurs par une tendance philosophique qui conduit à volatiliser riûstoire avec la plus grande facilité, notre auteur entreprit audacieusement d'enlever à tous les faits évangéliques le terrain sur lequel ils reposent , à Fexception de quelques données de peu d'importance. L'authenticité des Évangiles contrarie son projet, il la nie. Et voici ce qu'il essaie d'établir par des raisons internes : les trois premiers Évangiles sont un assemblage de traditions sans valeur historique, qui a reçu sa forme à la fin du premier siècle dans le cercle des Églises chrétiennes ; quant au quatrième Évangile, né au milieu des disciples de l'apôtre Jean, il contient seulement, dans ce qui lui est propre, les fictions d'un homme isolé. La matière de ces traditions a été fournie presque en entier par l'histoire de l'Ancien-Testamcnt et par la fausse interprétation de quelques-uns de ses passages. La communauté chrétienne , animée par l'esprit de son maître qui avait quitté la terre, lui appliqua involontairement tout ce que TAncien-Testament ra-

conte des grands hommes de l'antique alliance et ce qui, d'après l'opinion des fidèles, aurait dû arriver au Messie. C'est ainsi que s'est formée toute la masse des récits miraculeux , qui n'ont aucun fondement historique. Les choses même qui, n'ayant rien de merveilleux en elles, renferment seulement un sens et une intention profonds, ont souvent une pareille ori^e, et ont été placées autour de la simple histoire de Jésus comme une enveloppe signifia cathe.

Le doute qui , depuis dix-huit cents ans, n'avait fait entendre qu'à de rares intervalles une voix bientôt étouffée pour attaquer l'autiienticité d'un de nos Évangiles, se produit maintenant d'une manière si décidée , que Ton devrait s'attendre avec raison à la découverte de quelque nouvelle preuve, d'une de ces preuves irrésistibles auxquelles l'entêtement de la science peut seul refuser de se rendre. Dans le domaine des critères externes de l'authenticité, le D' Strauss aurait-il découvert que certains témoignages des anciens sont interpolés , conmie cela arrive surtout dans les ouvrages orientaux ? Le sens grammatical d'un passage a-t-il été évidemment mal comprb, comme Schleiermarcher a cru le prouver des Aoyi* xuf i«*«t de Papias ? Y a-t-il au moins quelque chose de ce genre ? Dans le domaine des critères internes, notre exégète a-t-il usé surtout d'un moyen souvent employé , et qui consiste à trouver dans les pièces originales des traces d'inau-

t}ienticité et d'altération , des anachronismes , par exemple, comme ceux dont la grossièreté ridicule nous frappe dans la vie d'AppolIonius de Tyane * ? A-t-îl prouvé, par des indices échappés jusqu'ici à l'observation , que les auteurs des Évangiles n'ont pas voulu eux-mêmes être pris pour ceux auxquels on les attribue ? A-t-il allégué un caractère de style et de langue tout-à-fait étranger aux auteurs supposés ? Aurait-il montré , par exemple , que l'Évangile de Jean est écrit dans un style tout différent de celui de ses Épitres, ou que le style de l'Évangile de Luc ne ressemble pas du tout à celui des Actes des Apôtres ? A-t-il fait jaillir quelques-unes de ces lueurs significatives qui , se retrouvant dans le cours de tout un ouvrage , font entrevoir des rapports avec des temps postérieurs? Enfin, aurait-il constaté l'existence d'un intérêt de secte pareil à celui auquel les évangiles apocryphes doivent leur origine?

Non. Les arguments employés par notre auteur ne sont pas de ce genre. Aux preuves externes de l'authenticité des Évangiles, il répond : qu'elles ont moins de force que ses présuppositions philosophiques. La preuve historique et ses préjugés ontologiques étant à ses yeux des choses d'une gran-

* Ou y peint Babylone sous les plus brillantes couleurs , quand ceUe ville était déserte, et queSélcucie avait déjà perdu son éclat depuis longtemps ; on y présente encore î>acédémonc comme un état, ainsi que dans les temps anciens, etc..

<l€ur incommensurable , il avoue ne pas placer volontiers le combat sur ce terrain; mais il se sent» dit-il , invincible sur le terrain des critères internes. Et quels sont donc ses arguments irrésistibles? 11 doit le premier et le plus fort de tous à la philosophie : « Les miracles sont impossibles , dit-il. D'ailleurs Us Evangiles ne racontent la plupart du temps que des miracles tout-à-fait grotesques. » — On ne peut pas dire que cet argument soit nouveau. Le second ne lest pas non plus ; il est tiré d'une multitude innombrable de discordances que Strauss a cru trouver dans le récit évangéUque. La découverte de ces apparentes discordances n'appartient pas à Tauteur. Dès le iv* siècle » les docteurs de TËgUse, non contents de les remarquer» les rassemblèrent avec soin , et tentèrent la solution de ces difficultés. Eusèbe composa un ouvrage Tsf) rSç rSv iittyyshj^v Xiit<|>tfiri«ti; on trouve parmi les écrits d'Ambroise une Concordia evangelii Matthai etLucœ. L'écrit d*Augustin de consensu evangelistarum est un ouvrage plein de pénétration, encore très remarquable et très utile aujourd'hui. Ces collections ne sont pas complètes; mais» dans les conmientaires des théologiens postérieurs» il est à peine une difficulté de ce genre sur laquelle l'attention ne se soit portée; en sorte que , dans le grand ouvrage de Strauss» on trouverait assez peu de discordances qu'il ait signalées le premier. Il n'y avait donc pas sur ce point de nouveaux mérites à acquérir. Mais peut-

être le D' Strauss a-t-il le premier montré Finsuffisance des solutions proposées , et entrepris de prouyer par là l'inadmissibilité de Thistoire évan* gélique ? Quant à Tinsuffisance , on pourrait aisément se donner beau jeu ; car des essais de solution sont > au bout du compte , des essais , et ils pement avoir leur côté faible ; mais , comme essais» ils soutiendraient avec tant d'honneur les épreuves d'un examen historique et d'une enquête juridique , que vouloir conclure de ce côté faible à l'inadmissibilité des Évangiles serait complètement déraisonnable. Le D' Strauss n'est cependant pas le premier qui se soit servi de ces discordances pour mettre nos Évangiles en accusation. Gela avait été fait, il y a longtemps, quinze siècles déjà avant l'habile critique , par un homme , à la vérité , de la part duquel cela doit moins surprendre que de la part d'un savant chrétien. Porphyre, philosophe payen , a , dès le m* siècle , écrit un livre KArk K^io-Tieufav hlyot , dans lequel il fait un usage très ingénieux de deux arguments employés par notre savant exégète , savoir : les contradictions semées dans l'Écriture , et la méthode d'interprétation allégorique, en partie suivie par quelques chrétiens. Avec bien plus d'habileté encore, les déistes anglais, en particulier Chubb et Morgan , ont pris ces contradictions apparentes pour base de leiu* polémique contre le Christianisme ; enfin , en Allemagne , l'auteur des Fragments de fVolfcnbiU-

tel *, a prétendu trouver dans Thistoire de la Résurrection dix antinomies qu'il déclare irréfutables. Ces antinomies n'agitèrent pas moins alors le monde théologique , qu'un peu plus tard les Antinomies philosophiques de Kant. Lessing les plaça devant tout le corps théologique, comme un nœud gordien sur lequel il devait essayer ses forces. Cependant (nous le verrons plus tard) , il plaçait encore tout un abime entre la prétendue insolubilité de ces contradictions et la fausseté du fait de la Résurrection.

On ne peut donc attribuer, en aucune manière, la grande sensation causée par l'ouvrage de Strauss à la production de quelque chose de nouveau , et à la communication de faits échappés jusque-là aux exégètes chrétiens. Ceux qui partagent les sentiments de l'auteur ne penseront peut-être pas lui faire assez d'honneur en comparant son œuvre au travail de Niebuhr sur l'Histoire romaine ; mais ,

* Lessing, étant Conservateur de la bibliolhèque de Wolfenbiittel , avait le privilège de publier les manuscrits de cette bibliothi^iie sans Avis de la Censure. Abusant de ce privilège, il fit imprimer , sous le titre de Fragmenté d'un Anonyme tirée de la bibUot/iéque de WolfenbiUtel , des dissertations où les faits racontés par nos livres saints sont attaqués de la manière la plus insidieuse. Jusqu'en 1827, l.essing avait passé pour être Tunique auteur de tous ces Fragments; maïs Gurlitz parait avoir démontré que plusieurs avaient été envoyés à l^essing par Relmarus , philologue de Hambourg.

[ISote de i' Éditeur.)

à coup sûr , il se croiront pleinement autorisés à lui appliquer les paroles suivantes par lesquelles Vachsmuth commence la préface de sa critique de Niebuhr : « Quand le flambeau du génie éclaire le « domaine de l'habitude » les esprits pleins de jeuc nesse et de pressentiments » qui doutent depuis

• longtemps des vieilles choses, accourent à la lu- « miére si désirée ; les partisans obstinés des vieil- « les croyances évitent une clarté qui montre dans « leur nudité des défauts invétérés» soutenus seu- « lement par la routine. Tel semble être l'état des « esprits au moment où parait l'ouvrage de Nie-

• buhr, qui ne se contente pas d'établir, avec Beau-

• fort et autres , l'incertitude de l'histoire romaic ne» et d'en considérer des portions isolées comme c des contes insoutenables, en laissant toutefois t subsister l'ancien fond, mais qui prétend subt stituer au vieil édifice une nouvelle construction « historique faite avec des matériaux tout diflé- « rents. » Nous lie pouvons cependant admettre en aucune façon ce parallèle avec l'ouvrage de Niebuhr. Car, non-seulement les narrateurs évangéliques eurent avec les faits qu'ils racontent des rapports tout autres que Tite-Live avec ceux dont il parle; mais en outre Niebuhr était placé vis-àvis de ses devanciers , et vis-à-vis de Beaufort en particulier, dans une position toute différente de celle de Strauss vis-à-vis des siens. Les points sur lesquels s'appuie la critique destructive de Nie-

buhr * appartiennent presque tous en propre a cet auteur, et sont le résultat d'études de détail si étendues et si diverses, qu'on rencontrerait difficilement autant d'érudition dans un savant venu après lui. De plus , toute la partie positive est sa propriété exclusive. Dans l'ouvrage de Strauss, au contraire**, on peut indiquer, pièce à pièce, le^ autorités auxquelles il est non-seulement redevable de ses doutes , mais encore de leurs résultats. Il a du reste nommé lui-môme partout ses sources avec la franchise qui le caractérise. Cette réflexion peut aussi s'appliquer au côté philosophique de son ouvrage, quoique d'une manière moins complète. Il n'est pas le premier disciple de Hegel qui se soit emparé de la méthode du maître , pour en former un misérable panthéisme. Il n'est pas non plus le premier qui ait exprimé ce système d'une manière populaire. Dans sa controverse philosophique contre Schleiermacher, il ne s'appuie pas moins sur ses devanciers. Quant à la nouveauté

* CeUe critique, du reste, n'est rien moins qu'inrailliblc ; car déjà la seconde édition renferme une critique qui détruit la première.

•* Cet audacieux critique peut avoir sur deux points des prétentions à rinvention originale; d'abord, relativement à la place qu'il assigne à l'Évangile de Jean vis-à-vis des autres ; ensuite, relativement à la tentative qu'il a faite de montrer comment on pouvait expliquer l'origine de l'histoire cvangéliquc sans aucun fondement hi&toriquc.

des vues historiques , je ne sais si Ton doit attribuer à l'auteur de la f^ie de Jésus la paît d'originalité qui appartient à l'auteur des Fragments de JVolfenbatttl; car le système de ce dernier sur la Vie de Jésus est en tout son ouvrage propre.

L'impression produite par le livre de Strauss serait inexplicable si » malgré le défaut de nouveauté dans la matière et dans les éléments qu'il renferme, ce livre n'était point remarquable. Certainement c'est une œuvre remarquable ; et son importance consiste en ce qu'elle a réuni en un tout, sur un seul point, avec assurance, force et habileté, tous les éléments de l'esprit contemporain qui sont contraires au Christianisme. On sait que Guskow basait sa défense sur ce qu'il avait réuni tout ce que l'esprit moderne avait dit par la bouche de Schleiermâcher, de Goethe et autres, touchant la question du mariage. Strauss, dans ses Exphcations au grand consistoire de Wurtemberg, adopte le même système de défense. Or c'est assurément un titre à notre attention d'avoir été, relativement à la reUgion, l'organe de l'esprit contemporain. Il y a sans doute quelque chose de plus grand dans un génie qui sort, conmie une énigme, du sein de son époque, incompris et incompréhensible, non le favori du présent, mais la prédiction de l'avenir. Toutefois, nous ne devons pas regarder avec indifférence celui qui , sans dépasser l'esprit inventif de son époque , a su en rassembler les membres vpars pour en com-

poser un ensemble dans lequel les enfants de celte époque peuvent voir leur image comme dans un miroir. Il a aussi fallu une certaine énergie de caractère , pour mettre au jour un ouvrage comme celui de Strauss; car Tauteur avait à prononcer hautement, au péril de son existence civile, un mot que beaucoup d'hommes en habit noir ont peut-être maintenant dans le cœur et qu'ils n'osent laisser venir jusqu'à leurs lèvres. Il Ta fait avec une franchise et une hardiesse que ses adversaires euxmêmes doivent pleinement reconnaître. Cependant aussi sous ce rapport il savait bien ce qu'il faisait; on voit combien il est sûr de ne point être an flot isoU, mais de coidei' au milieu d'un fleuve dont le lit étendu le protégera. La conscience de sa position lui donne une assurance qui aura sur beaucoup de gens une action plus grande que la force des arguments. Son audace est la moitié de sa victoire. Sûr d'être approuvé par l'opinion pubUque en général, il se présente avec la conviction que le Christianisme est Jugé par l'esprit du temps. Dans cette persuasion» il frappe à droite et à gauche , et il a toujours ces phrases à la bouche : Opinion uske et vieillie ; frippe-ries de l'ancienne orthodoxie; assertions destituées de caractère scientipÂfue : la Raison mûrie de notre époque^ etc. Il ne pense pas que toute erreur, pourvu qu'elle soit épidémique, reçoit toujours le nom honorable de Raison I

Pour ceux qui , découragés , croient devoir se

taille en face de ces voix audacieuses, qu*ils y pensent bien: nous avons déjà derrière nous une période semblable à la nôtre» elle s'intitulait le siècle de la philosophie; le style de ce temps-là marchait aussi sur des échasses; et pourtant la Raison y voguait à petites voiles. Courage donc ! Le nouveau siècle philosophique pourra bien être condamné à son tour au silence» comme le premier Ta été. Si l'audace est la moitié de la victoire chez notre auteur, la foi sera toute la nôtre I

Si l'on peut prouver que pas un des matériaux de cette imposante construction n'est nouveau, on aura certainement le droit de s'étonner que des théologiens même» qui doivent connaître tous ces matériaux, aient pu s'en laisser imposer. Mais ces paroles: l'histoire chrétienne est une fable, ces paroles que beaucoup de Ministres n'osaient laisser parvenir jusqu'à leurs lèvres, ont été prononcées par notre auteur, et prononcées dans un temps où, au grand chagrin du parti de la négation, la foi était redevenue une puissance. Comment n'aurait-t-il pas été accueilli avec joie par une race si hypocrite et si lâche ce champion qui s'expose à toutes les fatigues et à la poussière du combat, pendant qu'eux, se cachant derrière les buissons, se contentent de se frotter les mains et de se sourire les uns aux autres ? L'apparition de cet ouvrage coïncide avec une période où la foi reprenait de nouvelles forces; et cette circonstance doit être pesée:

car si la foi chrétienne ne fût pas devenue une pubsance , un ouvrage comme celui de Strauss n'eût pu être écrit avec Fanimosité que donne le sentiment des forces de Tennemi; on ne s*acliame point contre un adversaire impuissant. Chez Strauss on voit un homme qui a éprouvé peut-être dans sa propre vie» mais à coup sûr dans son entourage et dans ses contemporains, une puissante opposition de la part de la foi chrétienne. L'auteur des fragments de Wolfenbuttel, qui a écrit en 1767 et 1768, et qui a donné à son ouvrage le titre à'Apelogie des adorateurs raisonnables de Dieu, n'eût certainement pas non plus, en 1790, montré contre la religion du Crucifié cette haine exaltée, qui fermente au cœur d'un honmie quand il croit être esclave, lui seul éclairé , dans un pays où les aveugles régnent.

Une autre circonstance encore se joint à celle que je viens de signaler. Comme on ne se résoud pas facilement à écrire un traité dans le but spécial de recueillir toutes les fautes d'impression ou de copiste d'un grand ouvrage, nous n'avons encore aucun livre qui soit le catalogue des erreurs et des contradictions d'un historien quelconque. Il n'existe que des petits recueils de ce genre, comme les Animadverslones historica de Perizonius. Nos théologiens eux-mêmes n'avaient vu jusqu'ici qu'isolément les apparentes discordances de l'histoire évangélique. Il y en a peu d'entr'eux qui connaissent des

ouvrages comme celui d'Augustin , dont nous avons parlé plus haut; or dans Strauss ils trouvent un catalogue complet.

Le jésuite Hermann Tyrœus a prouvé que , dans la Confession d'Ausbourg, il y avait 6,000 dubia et 2,000 irregularitates; et le D' Schultess, de Zurich, m'a prouvé que j'avais fait quarante-sept fautes dans sept lignes de mon Commentaire sur l'Ëpltre aux Romains ! Quand l'œil s'arme d'un microscope, cela produit des métamorphoses merveilleuses. La main d'une amante se hérisse d'une forêt de pins , et le ventre d'un insecte devient une forte cuirasse. Malheur à la plus belle production de l'art ou du talent si l'œil du critique s'arme ainsi du microscope et n'est pas en même temps l'œil du bien-aimé ! C'est ainsi que l'ouvrage de Strauss a fait perdre à beaucoup de nos théologiens la vue naturelle et normale à l'égard de l'Evangile : les monstres qu'ils croient maintenant voir se dresser devant leurs yeux leur enlèvent tout repos.

Si l'impression produite par ce livre a été grande chez nos théologiens, elle l'a été bien plus encore chez les laïcs. Conmie ils ne lisent le Nouveau-Testament que pour leur édification , les discordances qu'ils ont pu y rencontrer leur ont échappé entièrement, ou ont tout au plus excité chez eux un étonnement passager. Toutes ces discordances se présentent à eux pour la première fois enregistrées dans ce livre. Et si c'était un simple catalogue, le mal ne

serait que peu de chose; mais celui qui tient ce registre a été en même temps maître des comptes!...

D'un autre côté, il ne vient point à l'esprit de» laies que ces difficultés sont connues depuis des siècles par des myriades de théologiens, que les uns ont résolu ces difficultés sans porter atteinte au texte sacré ou à la raison , que les autres n'ont pas été étonnés le moins du monde de trouver dans l'histoire comme dans les dogmes du Christianisme des choses embarrassantes, enfin que les uns comme les autres ont vécu et sont morts heureux dans cette doctrine. Ils ne voient donc que le ton affirmatif du critique, et son assurance les étou3rdit. Aussi la masse des données offertes par l'ouvrage de Strauss (données sur lesquelles un théologien instruit peut seul porter un juste jugement) , et les conclusions destructives proposées aux laïcs avec des données si nouvelles pour eux, rendent-elles très dangereuse la propagation générale de cet ouvrage.

La conmiunication aux laïcs de toute hypothèse théologique n'est point légitime à nos yeux. Nous ne demandons pas du reste qu'on mette à cet égard plus de réserve qu'il n'est possible. Une hypothèse théologique a-t-elle passé chez la généralité des théologiens eux-mêmes à l'état de conviction ? Elle ne peut plus alors rester cachée à la communauté ; mais il serait criminel à chaque idée arbitraire qui s'élève dans l'esprit d'un savant d'appeler la foi des fidèles à un combat pour lequel les armes leur man-

quent. Ce serait un attentat contre ce que le peuple a de plus intime et de plus saint, de venir toujours remettre en doute les principes de la Yie morale et religieuse et d'en miner ainsi les fondements. Nous rappelerons encore une fois les paroles d'un payen , de Tite-Lire : lorsqu'il raconte comment les troubles excités par le tribun Terentillus avaient été apaisés au moyen de la religion , il fait cette remarque : Nondum lu^c, quœ nanc tenet sceculum, negligentia deàm venerat, neqiie interpretando Ubiquisquejiujurandum et leges optas faciebat I On perd trop en ébranlant les fondements de la foi générale! Quand l'usage d'écrire en latin ne serait plus bon à autre chose, il devrait au moins servir â dérober aux masses des ouvrages, qui minent la foi des laies destitués des connaissances nécessaires pour leur juste appréciation. Sans doute, l'étude du latin faisant partie de toute éducation soignée , cette langue a perdu son caractère mystérieux et hiératique ; cependant , au moins en Allemagne , un livre écrit en latin trouvera bien moins de lecteurs , parmi les hommes séparés déjà par quelques années des études universitaires, qu'un livre écrit dans la langue maternelle; sans compter le grand nombre des esprits qu'on appelle ealtiDés, mais auxquels l'intelligence facile et prompte du latin manque tout-à-fait. D'ailleurs, ceux qui possèdent le désir et les moyens d'étudier un ouvrage écrit en latin, ne sont- ils pas précisément ceux

dont on peut attendre un jugement sérieux sur la question?

Pour en revenir au livre de Strauss , le sexe même» qui ne peut s'éloigner de la foi sans perdre de ses charmes , n*a pas manqué de saisir cette occasion de contenter la curiosité passionnée qui précipita autrefois la première femme dans le péché. La forme scientifique de cet ouvrage est , à la vérité , une espèce de latin pour ceux qui ne sont pas initiés ; mais ceux-là ne cherchent point à se rassasier complètement; ils se bornent à goûter les mets, et ils ne manquent pas de nourriture préparée à leur goût. Il serait aussi nécessaire de joindre à l'emploi de la langue savante , la défense de reproduire dans les journaux populaires la substance d'un pareil ouvrage , et d'y soulever à son occasion des discussions qui arrivent jusqu'aux tavernes de village , comme cela a eu heu pour le Uvre de Strauss *.

Pour caractériser complètement cet ouvrage , il faut aussi que nous déterminions d'une manièi^ plus précise jusqu'à quel point il est en contradic*

* Si insuffisantes que soient les mesures proposées par M. Tbolnck, il est clair qu'elles ne peuvent se concilier avec le principe fondamental du protestantisme. Car l'essence de ce principe , n'est-ce pas d'appeler sans cesse chaque raison individuelle à reviser par elle-même toutes les parties du symbole chrétien? V. notre introduction.

{Note de Œditêuf.)

lion aTec le Christianisme. Lesûng a dit qu'il atteii'^ dait encore un homme qui combattit la rehgion comme elle le méritait » et parmi les qualités d'un tel héros, il place la logique d$ son opinion. Cet honmie n'est certainement pas Strauss; car son livre n'atteint point la dernière conséquence nécessaire de ses principes. L'auteur s'est vanté dans son introduction de n'être sous l'empire d'aucune présupposition religieuse et dogmatique, c'est-à-dire, d'avoir étouffé en lui toute influence préalable du Christianisme. Il n'y a cependant pas complètement réussi. L'impression générale que l'ouvrage fait sur le lecteur,, est , à la vérité, celle d'une indifférence glaciale * ; on ne saurait même s'aper-

* M. Edg. Qainet avoac que le livre de Strauss a fait sur lai cette impression. « Pas une parole de douleur, dît-il , pas un regret pour ces Ggures dont il ne consene que Fauréole. Llminneflaion du vide immense que laisserait l'absence du Christ dans la mémoire du genre humain , ne lui coûte pas un soupir.... c'est une chose propre à l'Allemagne que ce genre (f impassibilité. Les savants y ont tellement peur de toute apparence de déclamation qui pourrait déranger l'assiette de leurs systèmes, qu'ils tombent à cet ^ard dans un défaut opposé. Ce que la rhétorique est pour nous en France , les formules le sont pour les Allemands, une prétention qui , changée en habitude, unit par devenir naturelle ; ils prennent volontiers dans leurs livres la figure inexorable de la fatalité sur son siège d'airain. » Edg». QoiNBT, Allemagne et Italie, t II, p. }52. Ces aveux sont d'autant plus remarquables que M. Quinet professe de l'estime et de la sympathie pour la personne du D' Strauss. V. ibid,

{SoU de CÈditeur,)

cevoir si l'impassible critique comprend qu'il renverse le sanctuaire' où reposent les espérances de tant de millions d'hommes ; il détruit l'histoire évangélique, comme si elle n'était qu'une buUe de savon ; il avoue même que ces millions d'hommes n'étant pas capables de s'élever à son point de vue , il ne fait t/ae leur bter sans leur rien donner en retour ; et cette pensée n'est pas capable de lui in^irer les sentiments de pitié et de modération qui n'étaient pas étrangers à un Lessing ! Or, malgré tout cela , il eûste encore un fil qui le lie à ce sanctuaire » qui autrefois était aussi le sien. On remarque de temps à autre, sur les traits de marbre de sa figure , le sourire sardonîque du mépris , ou l'expression chagrine de la mauvaise humeur, signe positif , à notre avb , qu'il sent la force de son adversaire. Sa haine contre les hbtoires miraculeuses le rend souvent infidèle aux assertions qu'il a émises sur le caractère général de ces histoires. II a distingué dans son introduction deux périodes de formation des mythes , et il a accordé à la première» qui serait » suivant lui » la source de nos évalues , le mérite • d'une noble timpliciti. i Ailleurs il parle des <t hmhnénts pleins de signification » par lesquels l'imagination des premiers chrétiens a embelli la vie prosaïque de Jésus. Mais lorsqu'il traite en particulier des récits miraculeux» il les nonmie habituellement des anec' dotes ou des fables. Ainsi , nos évangiles des diman^

ches, s'appellent chez lui des c anecdotes de tempête, de mer et de pêche. » A propos de la pièce de monnaie trouvée dans la gueule d'un poisson , il laisse échapper ces paroles ironiques : t Les anecdotes de mer et de pêche finissent par ce messager £ahulewL > Où est donc à présent la « noble simplicité » ? Nous ne nous arrêterons pas à montrer la manière dont il persiffle les idées qu'il attribue aux éTangélistes. Citons seulement quelques-unes de ses plaisanteries» comme spécimen: il appelle le 22* psaume • le programme » d'après lequel on avait décidé ce que Jésus devait soufhir sur la croix; Fânesse qui figure à l'entrée de Jésus dans Jérusalem c n'a existé, dit-il , que dans la tête de Changé" liste / » * Ces passages font voir avec quelles dispositions le critique lit le Nouveau-Testament. Ses

* M. Edg. Qninet lui-même «^indigne contre le cjnisme knpie avec lequel Strauss parle de toutes les circonstances de b Passion : • Je l'avoue , dit il , je ne puis ni tolérer, ni concevoir que Fauteur s'arrête au milieu de ces scènes pour dire « en parlant de la Passion selon saint Jean : • L'exposition de la scène fait honneur à la manière ingénieuse et animée du rapporteur. » A ce mot, ne vous semble-t-it pas voir se dresser et qiplaadir le spectre de Vokaire , on plutôt une telle cntauté ne Feût-elle pas étonné lui-même?... Il n'y a certes qu'un érudit allemand qui pàt rechercher avec cette impassibilité , où l'iro- .nie moderne et Fbyssope du Golgotha sont indissolublement mêlées, si Judas a été un honnête homme méconnu....» — Chemr. cité, p. 861.

(Note de rÈditeur.)

plaintes sur les longs discours d*adieu que le Gbmt adresse à ses disciples * nous apprennent l'ennui que lui causent les discours du Seigneur (Jean, xiiixvii) . Le style de cet évangile qu*Emesti appelait le Cœur du Christ , est pour lui surchargé et outré. Il est à remarquer que les discours de Jésus contre Torgueil ne lui plaisent pas davantage ; car il parle avec dégoût des incessantes « leçons d'humi-^ liti » de Jésus. On comprend à présent les sentiments de l'auteur, quand il donne pour titre à un de ses paragraphes : c Joie de Jésus sur la vocation des simples. » Il est même allé jusqu'à donner aux exclamations échappées à la profonde émotion du Sauveur (Jean, xii, 27), le nom de traditions populaires sur la lutte du Seigneur à la montagne des Oliviers, parvenues aux Apôtres sous une forme assez altérée !

Malgré tous ces indices de haine contre le Christianisme , notre exégète n'a pas encore perdu tout respect pour la rehgion de ses pères ; car il n'y a que ce sentiment qui puisse nous expliquer pourquoi il ne tire pas toutes les conséquences qui ressortent de ses prémisses. Dans son opinion , il doit considérer le Christ comme trompé lid-même,

* A la page 507, P. L, on troave établi comme règle, que lorsqu'il existe sur Jésus plusieurs récits dont les uns lui attribuent quelque chose de plus élevé , et les autres quelque chose de plus banal , il faut toujours regarder les derniers comme primitifb. {ISoie de C Auteur,)

les Apôti*es comme des imposteurs, et le Christianisme , au moins en partie , comme un objet digne de haine. Le Christianisme primitif a certainement pour lui aussi peu d'importance qu'il en avait pour Schelling à l'époque où ce philosophe écrivait sur la c MéUwde des études académiques. » Le Christianisme systématiquement formulé et dogmatique acquiert seul de l'importance à ses yeux, comme véhicule des idées philosophiques. Mais quoi ! ne devrait-il pas bien plutôt s'indigner de voir que ce véhicule du panthéisme humanitaire a traîné après lui une si longue suite d'erreurs ? Ne devrait-il pas déplorer en particulier que les grandes idées payennes de jouissance du monde et de progrès matériel aient été remplacées par les sombres idées monacales de renoncement au monde, idées qui ont renversé le juste rapport de l'homme avec la nature» et rapetissé à l'enceinte d'un cloître le cercle infini de sa vue ? Lorsqu'il fait mention de quelque contraste de ce genre , il y a bien alors un peu d'amertume dans sa parole. Quand la piété et la « conscience chrétienne » se posent comme une puissance en face de sa pensée, et réclament le droit de suffrage en matière de science théologique » cela ne peut manquer de l'irriter. Lorsqu'eUes se pressent autour de lui , il se contente de leur dire : Arrière ! en les renvoyant à la place qui leur convient dans la poussière des couvents.

De son point de vue, le Christianisme ne peut lui paraître que le produit et l* idéal d'esprits bornés. Quiconque adoptera tout son système » devra mépriser cette grande religion comme une doctrine étroite, et la détester à cause du pouvoir qu'elle a exercé pendant sa durée. Quand le soleil de cette science sera monté plus haut sur Thorizon , l'Europe entendra pour la seconde fois l'appel qui lui fut fait en 1770 dans V esprit du Judaïsme: « Euro- « pe » ne te lasseras-tu jamais des rêveries inven- « tées par des imposteurs pour tromper les escla- « ves abrutis des Egyptiens 1 Ose donc , ô Europe, « secouer le joug insupportable des préjugés qui « t'afQigent. Laisse à des Hébreux stupides , à des « Asiatiques lâches et dégradés , à des frénétiques c imbécilles , ces superstitions aussi avilissantes « qu'insensées. »

Notre auteur n'a cependant pas poussé jusqu'aux dernières conséquences ses vues positives sur le Christ historique et sur la naissance du Christianisme. D'après lui les choses se sont passées ainsi: « Jésus, Juif pieux, d'un esprit clair et droit, bien que sans idées grandes et élevées », est attiré par la réputation de Jean-Baptiste, et vient à lui, conmae tous les autres Juifs, disposé à faire pénitence. Il reçoit le baptême d'expiation , reconnaissant ainsi sa culpabilité et résolu à s'amender. D'abord il ne prêche rien autre chose que Jean*» Baptiste : a Faites pénitence , car le royaume des

cieux est arrivé. » Matth.» rv, 17. Mais les pensées des autres ayant éveillé son attention sur la question de savoir s'il ne serait pas lui-même le Messie , il manque de cette modestie avec laquelle Jean-Baptiste avait répondu à la même question , et il s'abandonne » d'abord timidement , puis de plus en plus fortement , à cette opinion sur luimême. Autant que l'on peut faire des conjectures sur le caractère de sa doctrine» on reconnaît qu'une partie des éléments moraux et religieux du Prophétisme a eu en lui un certain degré de réalisation. € Nous le voyons , il est vrai , combattant d'une « manière purement humaine avec les obstacles € et les préjugés de son temps , subissant leur « action dans mille petites choses accessoires , et c dégagé de leur influence d'un seul côté , celui € par lequel il était appelé comme tout autre hom- « me célèbre à faire avancer le monde. » C'est ainsi que Strauss s'exprime , sans donner aucune explication positive sur cet élément propre qu'aurait contenu la doctrine de Jésus. En ce qui touche l'idée du royaume messianique, Jésus aurait, suivant notre auteur, attendu l'avènement de ce royaume sous la forme imaginée par les rabbins , savoir : une délivrance miraculeuse du peuple par Dieu, au moyen de légions d'Anges que le Père céleste devait envoyer , un rétablissement du trône de David, et un jugement des morts que le Messie devait prononcer de concert avec ses apôtres. On ne peut,

dit Strauss, déterminer avec précision si, comme semblent l'indiquer des passages de Matthieu, Jésus attendait avec les rabbins grossiers un repas étemel après ce jugement *, ou si ces expressions doivent être prises plus ou moins au figuré. Toutefois , le passage xx, 35 de Luc , parait indiquer le sens figuré. Jésus, poursuit notre exégète, n'abolit pas encore les rites de l'ancienne loi. L'idée d'une éducation divine du genre humain , en vertu de laquelle Dieu a pu trouver nécessaire dans une période antérieure un ordre devenu plus tard superflu, cette pensée du vifJLOf irttii'ùLyvyof (Gai. ni, 24) , paraît avoir reçu pour la première fois sa perfection de l'apôtre Paul. Le Christ ne comprend pas non plus les payens dans le plan messianique ; il en exclut même les Samaritains ; les sentences relatives à l'admission des Gentils sont le reflet de faits postérieurs dans l'histoire de Jésus. En quelques endroits , Jésus parait avoir été encore moins exetnpt que ses disciples des préjugés nationaux. La dureté avec laquelle il repousse la femme Ghananéenne, dureté dans laquelle les interprètes n'ont vu qu'une épreuve pour la foi de cette femme , a sa source dans ces idées rétrécies des Juifs , qui leur faisaient mépriser si complètement les Gentils. « Jésus parait donc ici partager Vaversion de ses

* Us enseignent qne Dieu a salé Léviathan , afin que la table des pieux Israélites soit garnie pour toute l'éternité.

[Note de l'/iufenr.)

« compatriotes contre les Gentils; elle semble c même dans cette circonstance être plus forte < chez lui que chez ses disciples ; si toutefois leur « intercession» en faveur de cette femme » ne doit « point être regardée comme une addition due à t l'empressement ayec lequel la tradition cherche c les effets et les contrastes. » Le mot « aversion » est doux et bienveillant I

La polémique contre le pharisaisme, les discours et les actions de Jésus contre le précepte du Sabbat, le scandale excité par son entrée solennelle à Jérusalem » telles furent les causes de la haine que la hiérarchie conçut contre lui. Un de ses disciples » probablement par avarice » le Uvra à ses ennemis ; il fut crucifié, mourut sur la croix, et n est pas ressuscité ; mais tous ses disciples , et aussi plus tard saint Paul , ont eu des visions dans lesquelles il leur est apparu. Certainement, si les récits évangéliques et particulièrement les épreuves de Thomas par le toucher avaient un véritable caractère historique , on ne pourrait admettre de semblables christophanies; mais « les contradictions que Ton c trouve dans ces récits leur ôtent jusqu'aux moin- « dres droits à la croyance. » t II est très naturel

• de penser que ces christophanies , telles qu'elles « s'étaient présentées réellement aux fenmies et « aux Apôtres , avaient le cachet visionnaire de « celles qui apparurent à Paul sur le chemin de

• Damas. Une fois reçues dans la tradition , elles

« y prirent une consistance de phis en plus forte « par les efforts des apologistes pour écarter tous « les doutes sur leur réalité; et» ainsi, de muettes « elles devinrent parlantes » de spirituelles matè^ c rielles , et de visibles palpables. » On vit plus tard , dans le cercle des disciples ainsi fanatisés » se former involontairement les doctrines mythiques et les faits miraculeux qui servent aujourd'hui de base au système chrétien orthodoxe.

Tel est l'Evangile du D' Strauss. D'après ce critique , on ne doit pas regarder précisément les éléments mystiques et miraculeux , contenus dans notre histoire évangélique , conune des arabesques fantastiques ajoutées à dessein et sans goût à un monument simple, mais plutôt conmcie la rouille du temps qui vient s'y attacher innocemment II est cependant impossible que le critique en reste là. U faut qull en vienne à déclarer sans détour que Jésus et ses apôtres étaient des fanatiques inintelligents, et que les derniers étaient en même temps des imposteurs. L'accusation d'imposture doit aussi flétrir en quelque chose le caractère même de Jésus. Qui donc accuserait-on de fanatisme ou d'aveuglement orgueilleux, si ce n'est celui qui, après avoir reconnu ses péchés dans le baptême de Jean, s'imagine qu'il est le divin Messie devant lequel les morts ressuscites doivent paraître pour être jugés ? Car l'auteur regarde cela comme la doctrine propre de Jésus. Strauss n'a pas non plus reculé

derant cet aveu , et il dh ouvertement qu'on ne doit pas craindre d'appeler Jésus fanatique ; il faut seulement remarquer, ajoute-t-il, combien la notion du Messie, qui dominait depuis si longtemps dans le peuple, tamit conduit naturellement au fanatisme. Mais les Apôtres qui , au dire de notre critique , pouvaient, ensemble et séparément, s'imaginer avoir vu le ressuscité , et dans le 'cercle desquels les innombrables traditions miraculeuses avaient été recueillies, les Apôtres au moins devaient avoir porté ce fanatisme visionnaire jusqu'aux derniers excès ! On a quelquefois jugé le fanatisme avec indulgence *. On été jusqu'à parler d'un fanatisme aimable , tandis que l'imposture , même alliée à la piété, a toujours été odieuse. Cependant cette appréciation morale, considérée phis attentivement, repose elle-même sur une illusion; car un aveuglement orgueilleux, tel que le suppose le prétendu fanatisme de Jésus, doit au moins être une grave flétrissure. Et s'il est vrai qu'une faute, comme un malheur, ne marche jamais seule , s'il y a de la vérité dans les paroles sombres et équivoques du fameux distique de Gœthe :

Toat fanatique doit êlre crucifié à trente ans; Car le trompé , une fois qu*il a connu le monde , devient trompeur;

* Dans tout ce passage , le mot famati$me a le sens à*exali<ttion vaion»air€, {NoU du Traducteur.)

c'est par pur arbitraire que le critique de la Vie de Jésus a limité Taccusation d'imposture qu'il di-- ^ rige contre les Apôtres. D'après sa déclaration, ce serait « un grand obstacle au point de Tue mythi- « que, si les témoignages extérieurs qui affirment « l'origine apostolique des Evangiles étaient irrè* c cusables. » On doit donc croire qu'il regarde les Apôtres comme incapables de former des my«^ tbes ; la tradition de 4ea3Ûème, troiûëme et quar trième mam , a seule pu , & ce qu'il lui semble» créer des mydies; et ceux mêmes qui ont été for> mes alors, ne l'ont pas été i dessein, mais involontairement Il ne peut attribuer à l'apostolat » en tant que tel , aucune dignité particulière ; la prééminence qu'il lui accorde ici ne peut avoir d'autre base qu'un témoignage oculaire plus prolongé. Nous demanderons donc d'abord s'il veui comprendre aussi dans cette précieuse loi d'exception, tous les autres témoins oculaires qui ont eu un commerce fréquent avec le Quist? S'il y consent, le nombre des garanties va s'accroître considérablement, liais on ne comprend pas quelles raisons peuvent enlever à ces témoins oculaires immédiats la faculté de former des mytbes? Si ces hommes possédaient une puissance d'imagination , telle que quelques visions le matin du jour de Pâques , aient pu devenir pour eux une réalité à laquelle ils ont sacrifié leurs biens et leur vie ; d(Ht-on penser qu'ils se soient reposés

après ce chef-d'œuvre de fanatisme? et qui comprendra pourquoi ces mêmes hommes n'auraient pas pu aussi , dans l'exaltation de leur imagination, ^ figurer atoir tu la Transfiguration de Jésus

sur la montagne, sa marche sur la mer, etc ?

et cela , surtoirt au bout de quelques années. En oub^, ils paraissent comme thaumaturges dans les Actes des Apôtres; et dans leurs propres lettres, ils parlent de prodiges opérés par eux-mêmes : se seraient-ils entourés d'une auréole de gloire en la refttsant au maître? Ensuite, Luc est reconnu par notre critique, pour le téritahle auteur de l'évangile qu'on lui attribue *; et , comme nous le verrons ci-après , il a dû avoir des relations fréquentes avec les Apôtres ; on ne voit donc pas pourquoi il aurait toujours reçu les renseignements de deuxième ou de troisième main , et jamais de première. Ainsi , on doit considérer comme purement arbift^aire l'opinion qui absout les Apôtres de l'inventâon des mythes , tout en laissant peser cette accusation sur leurs compagnons. Enfin l'auteur , en parlant du quatrième Évangile , n'est pas resté fidèle à la définition qu'il a donnée du mythe (tradition qui invente sans le vouloir) ; car il ne craint pas d'accuser l'anonyme auquel il attribue le quatrième Évangile , d'avoir inventé arbitrairement , et

* Dans la dernière édition de la Vie de Jésus, Straoss ne fait plos cette concession.

(yot€ (te CÉditeur.)

sans être toujours guidé par des motifs louables » tous les faits ou les discours dont la tradition synoptique * ne fait pas mention. Lliistoire de Nicodême y par exemple, a été inventée, d'après lui, parce qu'il u para avantageux à l'auteur plus instruit de cet évangile , de montrer que tous les sauteurs de Jésus n'appartenaient pas au peuple; Thistoire de la Samaritaine fut inspirée par le désir de donner l'exemple de Jésus pour fondement à la conversion facile des Samaritains, dont parlent les Actes des Apôtres, etc. L'auteur est aussi infidèle, au sujet de Marc, à sa définition du mythe; car une exposition qui tantôt grossirait à l'excès , tantôt rapetisserait dans la même proportion , ne pourrait être le résultat d'une tradition non arbitraire ; mais elle devrait être produite par la tendance individuelle de l'anonyme qui, en empruntant à Matthieu et à Luc le récit des miracles, raconterait quelquefois (pour faciliter la croyance) , comme s'étant fait graduellement ce que ceux-ci présentent conune arrivé soudainement et d'autres fois (pour produire de l'eiTet) exagérerait avec une extravagance grotesque **. Il faudrait enfin diriger la même accusation contre Luc ; car il parait souvent , quand on le compare avec Matthieu et Marc

* c'est-à-dire la tradition résnmée dans saint Matthieu, saint Marc et saint Luc , que les exégètes allemands désignent sous le nom commun de Synopiiquu, (Note de C Éditeur,)

*• Voyex ci-après , ch. iv, p. 2, ce qui est dit sur Marc.

en se plaçant au point de vue de Strauss , que ce ne soit pas la tradition qui invente involontairement, mais bien l'évangéliste lui-même qui, avec connaissance de cause , met au comparatif les récits de Matthieu , que Marc porte ensuite au superlatif de la même manière. Il est donc clair que, d'après la forme présente de la critique , nos Evangiles seraient en partie Tœuvre de l'imposture , et qu'avec un peu plus de logique , cette accusation s'appliquerait également à tout ce qu'ils renferment. Ainsi» en dernière analyse, on en revient à l'opinion de l'auteur des Fragments de fVolfenbuttel, que cependant l'on a regardée de haut en bas.

Les esprits hardis qui adopteraient ce système , seront obligés de fraterniser avec la jeune Allemagne, et d'appeler l'Europe à s'affranchir ouvertement de l'influence inexplicable , que ces « Anec^ dotes de Palestine » ont acquise sur notre monde.

Page 1