‹ Essai sur la Fièvre TyphoïdeChapitre 8 sur 35 · Le Journal officiel du 12 octobre · texte numérisé non relu

Le Journal officiel du 12 octobre

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Ainsi qu’il a été déjà dit, les troupes de cette colonne se concentrèrent à Souk-Ahrras, et à Roumel-Souk, ayant pour objectif le haut de la vallée de la Medjerda, sauf la brigade Logerot (troupes d'Afrique et 83° de ligne) qui fit, par Sidi Youssefet l’oued Mellegue, un détour pour s'emparer de Kef et de là se diriger sur Souk-el-Arba, près de Béja. Les autres régiments de la division de droite se déplacèrent peu pendant la durée de l'expédition. Ils occupèrent successivement Souk-Ahrras et Roum-el- Souk vers le 14 avril, Ghardimahou, le 2 mai, Soukel-Kemis le 17, Béja le 2 juin.

3° Début de l'épidémie sur les troupes de la brigade de Brême.

Si l’on compare le petit nombre de changements de campement avec les mouvements incessants des corps de troupes de la division de gauche, on se rend déjà aisément compte des différences profondes que cette partie des troupes de Tunisie a présentées dans l'état sanitaire par rapport au reste de l'expédition. Ge sont en effet les régiments que nous venons de citer qui furentsurtoutéprouvés par la fièvre typhoïde. Cette affection revêt même le caractère épidémique sur les hommes du 142° de ligne (Perpignan), 122° de ligne (Montpellier), 27° bataillon de chasseurs à pieds (Cette), chasseurs à cheval (Lunéville). Autrement dit, toutes les troupes de la brigade de Brême furent également et successivement éprouvées.

L’épidémie débute parmi les soldats! du 142 de ligne. Le 20 avril ce régiment envoie à l'hôpital de Souk-Ahrras son premier cas de fièvre typhoïde, suivi bientôt de 17 autres : il avait quitté Perpignan vers le 11, soit 9 jours avant que l’épidémie n’ait commencé. On assure même, mais je n'ai pu contrôler cette assertion, qu’en débarquant à Bône le 142° avait déjà laissé dans cette ville des hommes atteints d’embarras gastriques. |

Il est prouvé aujourdhui que, depuis l’arrivée des recrues, la fièvre typhoïde sévissait dans la garnison de Perpignan. On sait aussi que le 14 avril, jour du départ pour la Tunisie, il existait une recrudescence marquée de cette affection sur le 142, quiavait déjà fait entrer à lhôpital depuis le 1* du mois 14 cas de fièvre typhoïde dont 4 se terminèrent fatalement,.

Ayant marché en avant ce régiment est, le 2 mai à Ghardimahou.Il remplit Pambulance à peine formée de ce campement, de nombreux malades de la même catégorie.

Le 27 bataillon de chasseurs et le 122 de ligne qui occupent successivement ou conjointement le même camp que le 142° sont pris à leur tour par l'épidémie.

Pour le 27° chasseurs, le général Forgemol ne signale d'amélioration dans son état sanitaire qu’à la date du 11 juin, c’est-à-dire 5 jours avant la dis-

1. Voir les articles de M. LeneBouLer, Gazette hebdomadaire des 7-14 octobre et 19 novembre 1881.

location du corps expéditionnaire. Peu de temps après le 13° chasseurs à cheval”, faisant partie du même camp est touché également par la fièvre typhoïde et évacue journellement des hommes en puissance de cette affection. Lesambulances nouvellement établies dans les lieux occupés sont insuffisantes pour contenir les nombreux cas qui surgissent depuis le 15 mai jusqu’à la mi-juin, époque du départ pour la France des troupes de la brigade du général de Brême. Tous les malades qui peuvent supporter le transport sont évacués, ou sur la Goulette (arsenal tunisien transformé en ambulance), ou sur les hôpitaux de la province de Constantine (Souk-Ahrras, la Calle, Philippeville, Bône, Bougie, ete.).

Soit par l'exigence des plans stratégiques *, soit par le fait même du grand nombre des maiades, qui se déclare chaque jour dans le début des hostilités, on laisse la brigade du général Brême dans ses campements, et à peu près dans lPinaction, jusqu'à la fin de mai, pendant que les autres corps combattent et changent chaque jour de position.

Cependant, le 30 mai, le commandant en chef,

1. Ce régiment provenait, avons-nous dit, de Lunéville, garnison où la fièvre typhoïde n’a pu s’acclimater, à cause de la nature du sol, assure-t-on. Le 13° chasseurs à cheval a donc été contagionné par le 142° de ligne. ;

2. On peut supposer que la colonne de gauche avait pour but de combattre les Kroumirs, tandis que la colonne de droite avait surtout pour mission — par la brigade Logerot — de leur couper la retraite ou les renforts, et par la brigade de Brême, de surveiller le corps tunisien. envoyé en observation sur nos frontières.

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mieux éclairé sans doute, écrit au ministre que par mesure hygiénique, il donne l’rodre à cette brigade de coopérer, avec la brigade de cavalerie du général Gaume, à fouiller la partie sud de la région des Kroumirs. Le 2 juin elle se rend à Béja et le 11, le général Forgemol avertit le ministre que l’état sanitaire de cette brigade s’est considérablement amélioré. Toutefois le. 16 juin, bien que ces troupes aient été moins soumises aux fatisues proprement dites de la campagne, c’est par elles que l’on commence la dislocation. Tous les régiments qui constituaient cette brigade sont renvoyés immédiatement en France, sauf malheureusement un bataillon du 122 de ligne et un escadron du 13° chasseurs à cheval, que l’on désigne pour la garnison du Kef. Nous exposerons dans un instant le mauvais état sanitaire qu’ils ont présenté dans ce campement jusqu’à octobre. 4

4 Résumé de la marche de la fièvre typhoïde sur le corps expéditionnaire.

. En résumant la description qui vient d’être faite de l’état pathologique du corps expéditionnaire, les faits suivants restent démontrés.

Au début de la campagne, les régiments composés de jeunes soldats et venant des garnisons où la fièvre typhoïde est endémique, fournissent tous un certain nombre de cas de cette affection : les malades avaient contracté le germe de cette affection

dans la ville du départ. Mais la température et les

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pluies torrentielles ne sont pas favorables à la propagation du génie épidémique ; d’un autre côté, la majeure partie des régiments ne reste pas un jour dans le même campement, et une fois les premiers malades évacués sur les hôpitaux, deux ou trois jours après l’entrée en campagne, il ne se présente plus de nouveaux cas.

Il y eut une seuleexception à cette amélioration, et elle porte sur la brigade du général de Brême, qui garda longtemps les mêmes campements. De plus, nous savons qu'un des régiments qui la constituait était parti d’une garnison (Perpignan), au moment où la fièvre typhoïde faisait des victimes parmi ses hommes. Or, le 142 de ligne, si profondément typhoïdé, ne se déplace pas et vit dans un campement au milieu de conditions hygiéniques détestables, qui ont été énumérées avec tant d’éloquence par la plume indignée de M. Lereboullet. Nécessairement, 1l se forma sur place de nouveaux foyers qui déterminèrent de nouvelles infections, surtout quand les chaleurs devinrent tout à coup intenses, vers le milieu de mai. Aussi la fièvre typhoide ne cessa pas après les premiers cas contractés en France, comme cela eut lieu pour la division du général Delebecque. Bien plus, des régiments indemnes (13° chasseurs, par exemple), mais vivant dans des campements infectés, furent pris successivement et d’une facon continue jusqu’à ce qu’on eut ordonné leur dispersion ou leur entrée en action. Malgré toutes ses réticences officielles, M. Bau-

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doin’ est obligé de signaler cette contagion et de l'avouer pour le 27° chasseurs et le 122° de ligne. Ces faits, et ceux que nous exposerons d’après notre observation personnelle au Kef, jettent un grand jour sur les véritables causes de lallure bizarre de la fièvre typhoïde sur nos troupes dans la campagne de Tunisie. Ils nous serviront largement à la démonstration de l’étiologie que nous ferons dans la 2° partie de ce travail.

0° Morbidité et mortalité pendant la prenvière campagne tunisienne.

Le médecin en chef de l’expédition, M. Baudoin, n’a pu, dans son rapport, indiquer le chiffre des cas de fièvre typhoïde et celui des décès par cette maladie pour tout le corps d'armée ayant fait la campagne. On conçoit qu’il nous a été impossible d’arriver à plus de précision, malgré les démarches que nous avons faites pour obtenir des documents qui nous eussent permis, sans aucun doute, d'arriver à donner un résultat très intéressant à connaître.

Ne pouvant faire mieux, nous citons textuellement ce qui a trait à ce point spécial, inséré dans le rapport de M. Baudoin en date du 23 juillet, mais porté seulement à la connaissance du publicle 12 octobre à la suite du retentissement de l’article de M. Lereboullet dans la gazette hebdomadaire du 7 du même mois:

« I ne m'est pas possible, écrit M. Baudoin, de

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