Considérons à titre d'exemple l'air suivant {fig
Les premières mesures étant manifestement écrites en do majeur, il suffira, pour contremoder, de bémoliser les trois médiantes si, mi, la des échelles constitutives. Si l'on joue l'air comme s'il existait trois bémols à la clef, on ne remarquera d'abord rien de particulier, si ce n'est certaines duretés (').
Mais, au delà des huit premières mesures, la phrase contremodée semblera perdre sa signification et le minorisage de l'air donné fournira des résultats peu intelligibles; examinant pourquoi il en est ainsi, on constatera facilement qu!à partir de la mesure 9, l'air donné module dans le mode mineur, et que dès lors il n'y a plus lieu de le minoriser.
Mais, puisque les huit dernières mesures sont mineures et n'ont rien à la clef, ne pourrait-on pas les contremoder elles aussi, c'est-à-dire les majoriser en les jouant comme si elles avalent une armure de trois dièses?
Oui, pour la plupart d'entre elles ; oui ou non ( * ), pour le passage formé par les mesures II et ■ 3 ; ce passage est écrit en ré ( à l'exception de l'harmonie finale qui se fait sur mi dominante du ton de la). Si le lecteur considère ce passage comme écrit sur ré, dominée du ton établi, il pourra sans difficulté le contremoder comme le reste, et par suite jouer uniformément eu ta majeur les huit dernière» mesures. Mais, s'il interprète le passage dont il s'agit comme une oscillation en ré (ton mineur pseudique du champ de l'air donné), il jugera probablement que l'air contremode prend une signification très difTèrente de sa signification primitive si l'on n'a pas soin de rétablir les quatorze notes considérées dans une situation semblable à celles qu'elles avaient antérieurement; il est alors conduit aies
(') 11 ost nëcossairo de spécifier colle des deux parties à laquelle s'applique la prdsonla ramsrquc, car ces deux parties sont profondément dilTérentos, tant peur le rythme que pour la loaalité. La partie basse est à trois temps, ot utilise oxclusivcment les échelles Ionique et domiréo de do majeur. La partie haute, ailEmativemeut à trois et à quatre temps, présente bien aussi la tonalité de do majeur, niais elle effleure en outre les deux tonalités mineures
(') Les duretés des genres employant réchellc mineure de la dominnate résultent, ainsi qu'on l'a dit plus haut (voir 1" partie, Contonance, a" 50, et a- partie, Genèses, a' 8'î), do ce que le rap|>ort du Vil* degré miueur à In tonique possède une valeur assez complexe ~ ' On sait que, quand ces duretés sont d'un mauvais eRct, il est aisé de
les biro disparaître en usant momentanément du genre orné, c'est<i-âire on haussant le VII' degré à l'aide d'un Bccideul approprié.
C) Voir la renvoi précédent.
< ' ) Il n'est pas rare qu'un mémo &it musical suit susceptible de se présenter sous des aspects dilTérents; voir à ce sujet le rooïoi du d° 180 {Dissonance).
H. — THANSVORVATIONS.
Fig. flg.
^iUr^iJ
j^ijiii. ^'
^Mj-44-
TROISIEME PAKTIt. — CONTREPOINT.
baisser d'une tierce, de façon à les exposer, comme il est indiqué ci-dessous (fig- 90), dans le ton de 11 qui est le mineurpseudique dn champ « trois dièses »,
Dans cette version, la mesiuQ la finit, Ue nièine que dans l'air donné, par l'accord de dominante du mineur normal du champ; et, après celte mesure, on peut reprendre le majeur normal du champ, c'est-à-dirfr le ton de la majeur normal auqnel avait déjà conduit le contremodage des mesures 9 et 10. 11 va de soi que quand les mesures 9 à 16 (écrites dans le champ « néant » de même q»^ les huit premières) viennent à être transportées dans le champ t trois dièses », elles cessant de se f^ouder naturellement aux huit premières mesures ; au contraire, la liaison entre les. deux moitiés de l'air resterait facile si les mesures 9^16 étaient contremodâeâ sans changev d'armure, c'est-à-dire sans sortir du champ néant. On sait que, pour exécuter ce contremodç, il suffit de relever toutes les
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os mesures en DO » de 1. f.gu«89.
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notes de deux degrés, ce qui les amène dans le ton de do majeur déjà employé dans les huit premières mesuies. On remarquera (]ue, dans le cas actuel, l'opération présente les deux particularités suivantes :
1° En ce qui concerne la phrase contenue dans les mesures 11 et 13, si l'on veut lui conserver un caractère pseudique ainsi qu'il a été expliqué précédemment, il suffit de la laisser inchangée; en efTet, le champ restant le môme, ce passage peut subsister sans modification ;
a» En transportant chaque note de deux degrés, il n'y a pas lieu de tenir compte des dièses dont sont accompagnés les sol de l'air donné dans les mesures 9 à 16; ces dièses, en effet, avaient pour objet de substituer au mineur normal le mineur orné dont l'hai'monie est plus simple {voir le 3» renvoi du n" 135); il suffit donc de considérer les dièses comme inexistants (ce qui ramène au genre mineur normal) pour que le conlremode fournisse un résultat en majeur normal. On obtient ainsi la version ci-dessus (fig.<ji) qui se soude tout naturellement à la première moitié de l'air donné.
137. Le contremode est un procédé fréquemment usité pour varier l'hai-monie; après avoir présenté un air dans l'un des deux modes, le compositeur le présente de nouveau dans le mode contraire; c'est ce qui a Lieu, par exemple, dans la ligure 89 {n° 136) où l'air formé par les mesures i3 à 16 n'est guère autre chose que le contremode (à même armure) du motif initial.
188. Il arrive aussi parfois que le contremode, au lieu de faire suite au mode initial, se substitue momentanément à lui comme dans l'exemple suivant, tiré ( ' ) du chœur des soldats de Faust, de Gounod (acte IV, n° li) et transposé en do majeur.
Un enfant n'ayant entendu cet air qu'une ou deux fois commencera généralement par le retenir sous la forme inexacte qui suit :
<là, l^mioireas comme eux
Cette seconde version diffère de la première en ce qu'elle est conforme à un gabarit incontesiablement plus simple et plus usité. L'originalité et le charme de la version de Gounod résultent de ce que les mots :
a Sois-nous fidclo, 1
(') Avec BatorisalioD ir M.
I, dditour-propriâlain
96 TBOISIÈUE PARTIE.
sont dits sur le contremode de la version banale, c'est-à-dire sur des notes situées à deux degrés plus bas que celles de la version enfantine ; cette transformation laissant la phrase musicale dans le même champ éguianné, ne l'empêche pas de se souder tout naturellement à ce qui précède.