ACCORDS DISSONANTS NATURELS
771. Les harmonistes donnent généralement le nom d'accords dissonanis nniurels aux accords de septième des trois types suivants :
sol xi rr Jii si rc fa la si rc fa la ■}
parce qu'ils jouissent de la propriété de pouvoir être attaqués sans préparation.
On a beaucoup discuté sur la cause de ce privilège; on l'attribue le plus souvent à ce que les trois accords considérés contiennent la fausse quinte si fa, laquelle jouirait de certaines propriétés attractives ou appellatives toutes particulières.
772. Il semble qu'en réalité le privilège des accords des trois types précités résulte des deux circonstances, l'une physique, l'autre psychique, signalées plus haut {Dissonance, n° 154 ) : ces accords n'embrassent que Tètendue d'une septième mineure (ou même seulement d'une septième diminuée), et ne contiennent qu'une quinte juste au plus.
En raison de la nature de leur septième, ils sont donc, toutes choses égales d'ailleurs, moins durs que ceux dont la septième est majeure.
Mais, en outre, parmi les accords de septième mineure, ils forment la catégorie la moins dissonante, car ce qui caractérise la dissonance, c'est, comme on l'a vu, le concours ou, si l'on veut, le conflit de deux échelles; l'acuité du conflit atteint son maximum lorsque les deux échelles sont réunies au complet, ainsi que dans l'accord la do mi sol où le concours des échelles la do mi et do mi sol peut souvent nécessiter une explication préalable, c'est-à-dire une préparation : or, rien de semblable ne se produit avec les trois dissonants dits naturels, puisqu'ils ne contiennent jamais plus d'une échelle juste; l'un d'eux même (type si ré fa la}) n'en contient aucune.
i. — PRÉPARATION ET RÉSOLUTION DE LA DISSONANCE.
773. Nous avons vu que, d'après les anciennes règles de l'Ecole, on devait préparer la dissonance en faisant entendre préalablement la note dissonante dans un accord consonant, puis résoudre la dissonance en faisant descendre d'un degré la note dissonante.
Ces questions ayant déjà été étudiées plus haut (4° Partie, Dissonance, Chap. IV et VI), nous nous bornerons ici à rappeler sommairement dans quelle mesure et pour ([uelles raisons les règles précédentes s'accordent avec les faits.
774. Considérons, pour fixer les idées, une phrase musicale écrite en do majeur, et dans laquelle se succèdent les harmonies de la dominée A = fa la do, de la dominante D = sol si ré, et de la tonique T = <^o mi sol. Si les voix utilisent toujours simultanément des notes appartenant à une même échelle constitutive, ainsi que dans l'exemple suivant :
Fif;. .'|0o.
Dessus Basses
.J6o NEIVIÈME PARTIE. — APPLICATIONS MUSICALES.
l'ensemble ne cesse jamais d'être consonant; mais, si certaines parties avancent ou retardent sur les autres, le mélange des échelles crée la dissonance, et celle-ci peut notamment se manifester, soit par l'emploi simultané des échelles A et D, après lequel toutes les parties rallient l'échelle D (c'est-à-dire une échelle appartenant au mélange dissonant qui précède) :
Kig. W..
Dessus 1 A 1 D T 1
Basses\ A | D | T |
soit par l'emploi simultané des mêmes échelles D et A, après lequel toutes les parties rallient simultanément l'échelle T (c'est-à-dire une échelle étrangère au mélange dissonant qui précède) :
Fig. 4o3.
Dessus 1
■jy/ssonance ;
Basses 1
On voit que, dans le cas des figures 4oi et l^o2, la note dissonante, supposée faite par le dessus, se trouve préparée conformément à la règle, puisqu'elle vient d'être entendue dans un ensemble consonant.
775. Cette règle était nécessaire, à l'époque où fut inventée l'harmonie dissonante, car, l'auditeur n'étant pas familiarisé avec la dissonance, il fallait la lui expliquer (c'est-à-dire la préparer) avant de la faire entendre. Mais le compositeur, peu habitué lui-même à ce genre d'harmonie, la préparait tout naturellement et sans y prendre garde par la façon même dont il l'introduisait dans son œuvre.
Plus tard, les mélanges dissonants ayant été plus employés, on put arriver à faire entendre sans préparation ceux qui ont la constitution la plus facile à comprendre et la dissonance la moins prononcée. La règle de la préparation de la dissonance se trouva par suite en défaut; les théoriciens imaginèrent alors d'englober sous le nom de dissonants natui-els les accords faisant exception à la règle, et d'expliquer leur privilège ainsi qu'il a été dit dans le Paragraphe It qui précède (n° 771).
De nos jours, les cas où l'on peut ne pas se conformer à la règle de préparation deviennent de plus en plus nombreux. Il est évident, en effet, que, plus nous sommes accoutumés à la dissonance, même dure, et familiarisés avec les parentés existant entre les échelles associées, moins il est nécessaire que le compositeur nous explique celles-ci, c'est-à-dire prépare celle-là.
776. Quant à la règle relative à la résolution de la note dissonante, nous avons longuement montré (') que cette règle, et la règle complémentaire (également empirique) concernant la marche de la sensible, sont fausses, puisqu'on peut les violer dans d'iniiijmbrables cas.
.Mais, si l'on se borne à considèi-er une certaine catégorie de résolutions que nous avons nommées résolutions ioniques ('), et que les anciens harmonistes ont dû sans doute considérer comme les résolutions par excellence, les règles de l'Ecole relatives à la marche de la note dissonante et de la sensible deviennent fondées, et sont, pour ce cas spécial, susceptibles d'une démonstration tout à fait rigoureuse (n" 322).
(') Dissonance, renvoi du n' 19G, <'X liatlaclieirtcnts, n" 318 et suivants. (') Késolution sur l'accord parfait du Um.