OBSERVATION XI
M. A.-J. V... est instituteur ; il est né en 1816. Doué d’un amour-propre excessif, V... se montre très fier des qualités qu’on se plaît à lui reconnaître. Vers 1851, il quitte l’Université, et entre comme commis dans les bureaux d’une Compagnie mercantile qui venait de s'établir. Il confie ses économies à cette Société, et celle-ci ayant fait faillite, V... se trouve ruiné à plat. Il ne s’en
inquiète pas outre mesure : «Il est un homme parfait », dit-il, et sous ce
if
prétexte, trouvant que ses vêtements le gênent, il se déshabille à tout propos, quel que soit l'endroit où il se trouve; il est séquestré à l’asile de Pau, le 30 septembre 1852. Un certificat médical du 15 octobre 1852 le déclare «atteint de délire général avec idées religieuses dominantes. Ce malade, d’un » caractère vaniteux, prétend que sa vertu le préserve de tout malheur; qu’en » mettant sur sa poitrine les commandements de Dieu, il se procure des » jouissances ineffables. L'Éternel lui apparaît dans les nuits pour lui indiquer » la voie qu’il doit suivre... Signé : Cazenave ». « Les moments d’extase prolongés, les idées désordonnées sur toutes choses..……., les fausses appréciations, les hallucinations, tous ces signes d’aliénation mentale disparurent vers 1857, et la raison sembla revenir. Ce n’était qu’une fausse guérison ; car, sè V... n’eut, dès lors, plus d’hallucinations, s’il renonça à ses pratiques religieuses, il n’en restait pas moins Le jouet d’une idée orgueilleuse, qui ne fit que croître. » Il était, prétendait-il, le « Directeur général de l’'Universel, comptoir d’escompte de commissions de toute nature », et cela depuis 1851. M. V... n’eut donc plus qu’une idée, celle de propager la connaissance de son Comptoir imaginaire. « Cette idée est aujourd’hui (1862) fout ce qui per-
siste de déraisonnable chez M. V...
Telles sont les variétés que peut présenter la seconde forme de mégalomanie dite par nous consécutive ou secondaire (1).
Une question se pose naturellement : Dans tous les £as où elle a été engendrée secondairement, pouvons-nous encore regarder la mégalomanie comme une espèce mentale définie?
Sans nul doute... — Elle s’est développée sur une autre affection, voilà tout. La néphrite scarlatineuse perd-elle ses caractères d’entité parce qu’elle est consécutive ?.…
. Nous voici arrivé à la fin de notre tâche ; nous nous sommes efforcé d’être toujours aussi clair et aussi précis que possible,
: (1) Voir page 39 notre tableau synoptique des divisions de la mégalomanie,
ET rie surtout dans l'exposé des considérations que nous pouvons regarder comme nôtres. Nous n’osons guère espérer d’avoir fait œuvre qui dure; mais si la conviction, la bonne foi, l’absence de parti pris pouvaient suffire à consacrer une œuvre, nous serions certain du succès.
En résumé, de l'examen des faits et des apparences qu’ils présentent, nous croyons pouvoir tirer les conclusions suivantes :