TRAITEMENT
Il n'existe pas, à proprement parler, de traitement spécial de la mégalomanie : le meilleur, applicable également à bien des vésanies, est l'isolement, le changement fréquent de lieu, quand la condition sociale du malade lui permet cette dépense — peutêtre les douches froides associées au raisonnement (système
LORD Leuret) pourraient-elles, dans quelques cas, amener une heureuse modification.
Quant à la médication interne, nous n'avons pas besoin de dire qu’elle ne donne que peu de résultats. On a essayé à peu près tous les calmants connus : bromure de potassium, chloral, opium, digitale, etc., sans qu’on puisse dire avoir obtenu avec
aucun d’eux des succès bien francs.
De la marche de la mégalomanie et de ses variétés.
L'orgueil est un des plus mauvais sentiments humains, en ce sens qu’il tend toujours vers l'excès. « Quand il est sans bornes, il constitue, dit Trélat, des aliénés très malfaisants et’ très dangereux. Rien ne les arrête; rien ne les intimide; rien ne les modifie... Il faut être médecin pour se faire une idée de ces sortes de malades, dont quelques-uns pourtant savent affecter parfois une grande réserve. » (Folie lucide, orgueilleux.)
Que sont ces aliénés dont parle Trélat, et dans quelle catégorie les rangerons-nous? Sont-ils des mégalomaniaques ? Nous n’hésitons pas à répondre par l’affirmative. Leur affection n’est qu’à son début peut-être, mais elle n’en existe pas moins et tendra à se compléter. Elle peut cependant rester stationnaire, et constituer ainsi une variété de mégalomanie que nous nommerons essentielle ou primitive, et dans laquelle nous rangerons également ces faiseurs d’utopies, « ces inventeurs de mouvement perpétuel, de la quadrature du cercle, ces individus qui ont toujours un système prêt, ceux qui s’imaginent qu'avant eux la science n’était qu'un amas d'erreurs,
MPa 2e qu’elle date de leur entrée dans le monde, les grands hommes incompris, les orateurs déclassés.…. » « Du reste, ajoute M. Foville, à qui nous empruntons cette citation, tirée du Compendium de Médecine, ces cas ne peuvent guère prêter à l'incertitude.….. » Ce sont évidemment des mégalomanes, et cependant, ils ne présentent pas, pour la plupart, la trinité symptomatique exigée par l’auteur pour constituer la mégalomanie, à savoir : hallucination de l’ouie, délire des persécutions, idées de grandeur. Beaucoup de ces braves gens sont d’un commerce agréable, et ne déraisonnent précisément qu’au sujet de leur idée fixe, dont ils exagèrent les conséquences ou la portée.
M. Foville reconnaît d’ailleurs que dans sa phase initiale, la mégalomanie primitive peut très bien exister sans délire des persécutions, ni hallucinations : seulement, elle doit tôt ou tard se compléter ; c’est à propos de son Observation n°1, dont nous donnons ici les principaux traits, qu'il fait cette réflexion :