‹ Essai sur la nature du commerce en général. Traduit de l'angloisChapitre 29 sur 36 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Des variations de la proportion des valeurs , par rapport aux Métaux qui fervent de monnoie*

v3 1 les Métaux étoient auffi faciles à trouver , que l'eau l'eft communément , chacun en prendront pour fes befoins , & ces métaux n'auroient prefque peint de valeur. Les métaux qui fe trouvent les plus abondans & qui coûtent le moins de peine à produire , font auffi ceux qui font à meilleur marché. Le fer paroît le plus nécefîaire 5 mais comme on le trouve communément en Europe , avec moins de peine & de travail que le cuivre , il eft à bien meilleur marché.

Le cuivre , l'argent & l'or , font les trois métaux dont on fe fert communément pour monnoie. Les Mines de cuivre font

du'Commerce. III. Part. 557 les plus abondantes & coûtent le moins de terre & de travail à produire. Les plus abondantes Mines de cuivre font aujourd'hui en Suéde : il y faut plus de quatre-vingt onces de cuivre au Marché pour paier une once d'argent. Il eft aufti à remarquer que le cuivre qu'on tire de certaines Mines eh: plus parfait & plus beau que celui qu'on tire d'autres Mines. Celui du Japon & de Suéde eft plus beau que celui d'Angleterre. Celui d'Efpagne étoit du tems des Romains , plus beau que celui de Tlile de Chypre. Au lieu que l'or & i'argent , de quelque Mine qu'on le tire, font toujours de la même perfection , lorfqu'ori les a rafines.

La valeur du cuivre, comme de toutes autres choies , eft proportionnée à la terre & au travail qui entrent dans fa production. Outre les ufages ordinaires auxquels on remploie , coi»-

? 5 S Ejffaifar la nature me pour des pots , des vafes , de la batterie de cuifine , des ferrures , &c. , on s'en fert prefque dans tous les Etats pour monnoie , dans le troc du menu. En Suéde on s'en fert fouvent même dans les gros paiemens lorfque l'argent y ell rare. Pendant les cinq premiers fkcles de Rome , on ne fe fervoit pas d'autre monneie. On ne commença à fe ièrvir d'argent dans le troc , que duns l'année quatre cent quatrevingt quatre. La proportion du cuivre à l'argent fut alors réglée dans les monnoies, comme 72 à 1 ; dans la fabrication de cinq cent douze , comme 80 à 1 5 dans Tévaluation de cinq cent trente - fept , comme 64. à 1 5 dans la fabrication de cinq cent quatre-vingt-fix , comme 48 à 1 ; dans celle de fix cent foixanretrois de Drufus , & celle âc Sylla de fix cent foixante & douze , comme 5 3 '- à 1 ; dans celle de Marc-Antoine de fept cent dou-

du Commerce. III Part. 5 55* ze, & d'Augufte de fcpt cent vingt-quatre , comme 56 à 1 5 dans celle de Néron l'an de Jefiis - Chrift cinquante - quatre , comme 60 à 1 5 dans celle d'Antonin Tan de l'Ere préfente cent foixante , comme 64 à 1 ; dans le tems de Conftantin trois cent trente , ftile préfent , comme 120 Se 125 à 1 ; dans le fiecle de Juitinien environ cinq cent cinquante , comme 100 à 1 ; & cela a toujours varié depuis au-deflbus de la proportion de 100 dans les monnoies en Europe.

Aujourd'hui qu'on ne fè fert guère de cuivre pour monnoie , que dans le troc du menu , foit qu'on l'allie avec la calamine ,. pour faire du cuivre jaune , comme en Angleterre , foit qu'on l'allie avec une petite partie d'argent , comme en France & en Allemagne , on le fait valoir communément dans la proportion de 40 à 1 5 quoique:

k cuivre au Marché foit er.di*-

36o Effkifur la, nature nairement à l'argent comme 80 & 100 à i. La raifon eft , qu'on diminue ordinairement fur le poids du cuivre les frais de la fabrication ; & lorfqu'il n'y a pas trop de. cette petite monnoie pour la circulation du bas troc dans l'Etat , les monnoies de cuivre feul , ou de cuivre allié , pallefit fans difficulté malgré le - "tir de leur valeur intrinieque.

M. is lorfqu'on les veut faire paffer dans le troc dans un pais étranger, on ne les veut recevoir qu'au poids du cuivre & de l'argent qui eft allié avec le cuivre ; & même dans les Etats où.

par l'avarice ou l'ignorance de ceux qui gouvernent , on donne cours à une trop grande quantité de cette petite monnoie pour la circulation du bas troc , & où. l'on ordonne qu'on en reçoive une certaine partie dans les gros paiemens , on ne la reçoit pas volontiers , & la petite monnoie perd un agiot contre

l'argent

du Commerce. III. Part. 361

l'argent blanc, c'eft ce qui arrive a la monnoie de Billon & aux Ardites en Efpagne pour les gros paiemens 5 cependant la petite monnoie pane toujours fans difficulté dans le bas troc, la valeur dans ces paiemens étant ordinairement petite en elle • même , par conféquent la perte l'eft encore davantage : «ceft ce qui fait qu'on s'en accommode fans peine , & qu'on change le cuivre contre de petites pièces d'argent au -deiTus du poids & valeur intrinfeque du cuivre dans l'Etat même , mais non dans les autres Etats ; chaque Etat en aïant de fa propre fabrication de quoi conduire Ton troc du menu.

L'or & l'argent ont , comme le cuivre , une valeur proportionnée à la terre & au travail nécefiaires à leur production ; & fi le public fe charge des frais delà fabrication de ces métaux, leur valeur en lingots & en efpeces eft la même , leur valcm

$62 Ejjai fur la nature au Marché & à la iMonnoie eft la même chofe , leur valeur dans l'Etat & dans les pais étrangers eit conftamment la même, toujours réglée fur le poids & fur le titre 5 c'eft-à-dire , fur le poids feul , fi ces métaux font purs & fans alliage.

Les Mines d'argent fe font toujours trouvées plus abondantes que celles de l'or , mais non pas également dans tous les pais , ni dans tous les tems : il a toujours fallu plusieurs onces d'argent pour païer uue once d'or > mais tantôt plus tantôt moins , Clivant l'abondance de ces métaux & la demande. L'an de Pvome trois cent dix, il falloit en Grèce treize onces d'argent pour païer une once d'or , c'eft-à-dire , que l'or étoit à l'argent comme i à 1 3 ; l'an quatre cent ou environ, comme i à 12 \\ Tan quatre cent foixante , commç 1 à 10 , tant en Grèce qu'en Italie , & |W toute i'Iuropç,

du Commerce. III. Part. 36$ Cette proportion dJi à 10 pa* roît avoir continué conftamment pendant trois ficelés jufquà lamort d'Augufte, l'an de Rome fept cent tbixante - fept , ou l'an de grâce quatorze. Sous Tibère , l'or devint plus rare, ou l'argent plus abondant , la proportion a monté peu-à-peu à celle de 1 à iz7iz{Sc 13. Sous Conftantiri Tan de grâce trois cent trente , & fous Juftinien cinq cent cinquante , elle s'eft trouvée comme 1 à 14. ). L'hiftoire eft plus obfcure depuis ; quelques - uns croient avoir trouvé cette proportion comme 1 à 18 , fous quelques Rois de France. L'an de grâce huit cent quarante , fous le règne de Charles le Chauve , on fabriqua les mon* noies d'or «5c d'argent fur le fond , & la proportion fe trouva comme ià 12. Sous le règne de Saint Louis , qui mourut en mil deux cent foixante &' dix , lai proportion étoit comme 1 à 10 §

Hh ij

|64 Effki fur la nature en mil trois cent foixante - un , comme i à 125 en mil quatre cent vingt- un , au-deiïus de 1 à 1 1 5 en mil cinq cent au-deffous de 1 à 12 5 en mil fix cent environ , comme 1 à 12; en mil fix cent quarante - un , comme 1 à 145 en mil fept cent > comme 1 à j 5 ; en mil fept cent trente , comme 1 à 14 ~.

La quantité d'or & d'argent qu'on avoit apportée du Mexique & du Pérou dans le fiecle pafTé , a rendu non-feulement ces métaux plus abondans , mais même a hauffé la valeur de l'or contre l'argent qui s'eft trouvé plus abondant > de manière qu'on en fixe la proportion dans les monnoies d'Efpagne , fuivant les prix du Marché , comme 1 à 16 ; les autres Etats de l'Europe ont fuivi d'aiïèz près le prix de TEfpagne dans leurs monnoies , les uns les mirent comme 1 à 1 5 l , les autres comme X i 15 i , à 15 i, &c, fuivant le

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génie & les vues des Directeurs?

des Monnoies. Mais depuis que le Portugal tire des quantités confidérables d'or du Brefil , la proportion à commencé à baiffer de nouveau , linon dans les Monnoies , au moins dans les prix du Marché , qui donne une plus grande valeur à l'argent , que par le parTé ; outre qu'on apporte allez fouvent des Indes orientales beaucoup d'or, en échange de l'argent qu'on y apporte d'Europe , parce que Li proportion eft bien plus baflè dans les Indes.

Dans le Japon ou il y a des Mines d'argent aiTez abondantes , la proportion de l'or à l'argent cfl: aujourd'hui comme 1 à 'è ; à Chine , comme 1 à 10 > dans les autres pais des Indes en - deçà , comme 1 à 1 1 , comme 1 à 1 2 , comme 1 à 1 3 , ôc comme 1 à 14, à mefure qu'on approche de l'Occident & de l'Europe : mais fi les Mines du H h nj

%66 Ejjaifur ta nature Brefil continuent à fournir tant d'or , la proportion pourra bien bailler à la longue , comme i à 10 , même en Europe, qui me paroît la plus naturelle , fi on pouvait ciiie qu'il y eut autre choie que le hafard qui guide cette proportion : il eil bien certain que dans le tems que toutes les Mines d'or & d'argent en Europe , en Afie & en Afrique , étcient le plus cultivées pour le compte de la République Pvomaine , la proportion dixième a été la plus confiante.

Si toutes les Mines d'or rapportoient conftamment la dixième partie de ce que les Mines d'argent rapportent , on ne pourront pas encore pour cela déterminer que la proportion entre ces deux métaux feroit la dixième. Cette proportion dépendroit toujours de la demande & du prix du Marché : il fe pourroit faire , que des gerfonnes riches aimeroient mieux porter

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dans leurs poches de la monnoie d'or que celle d'argon--, ôc qu'ils fe mettroient dans le goût des dorures & ouvrages d'or oreférablement à ceux d'arge î: , pour hauffèr le prix de l'or au Marché.

On ne pourroit pas non plus déterminer la proportion de ces métaux, en confidérant la quantité qui s'en trouve dans un Etat. Supputons la proportion dixième en Angleterre , de que la quantité de l'or & de l'argent qui y circule fe trouve de vingt millions d'onces d'argent & de deux millions d'onces d'or > cela ieroit équivalent à quarante millions d'onces d'argent ; qu'on envoie hors d'Angleterre, un million d'onces d'or des deux millions d'onces qu'il y a , & qu'on apporte en échange dix millions d'onces d'argent , il y aura alors trente millions d'onces d'argent & feulement un million d'onces d'or, c'eft-à-dire ,' toujours l'équi- H h iiij

35$ EJJki fur la nature valent de quarante millions d'onces d'argent : fi l'on confidere la quantité d'onces, il y en a trente millions d'argent & un million d'onces d'or 5 & par conféquent fi la quantité de l'un & de l'autre métail en décidoit , la proportion de l'or à l'argent feroit trentième , c'eft-à-dire , comme 1 à 3-0 , mais cela cft impofîible. La proportion dans les pais voifins étrangers eft dixième, il ne coûtera donc que dix millions d'onces d'argent , avec quelques bagatelles pour les frais du transport , pour faire rapporter dans l'Etat un million d'onces d'or en échange de dix millions d'onces d'argent.

Pour juger donc de la proportion deVor à l'argent, il 11 y a que le prix du Marché qui puiiTe décider : le nombre de ceux qui ont beibin d'un métal en échange de l'autre , & de ceux qui veulent faire cet échange, en détermine le prix. La propor-

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tion dépend fouvent de la fantaifie des Hommes : les altercations fe font groffierement 5c non géométriquement. Cependant je ne crois pas qu'on puilfë imaginer aucune règle pour y parvenir , que celle-là : au moins nous favons dans la pratique , que c'eft celle-là qui déride , de même que dans le prix & la valeur de tonte autre chofe. Les Marchés étrangers influent fur le prix de l'or <5e de l'argent , plus que fur le prix d'aucune autre denrée ou marchandife , parce que rien ne fe tranfporte avec plus de facilité & moins de déchet. S'il y avoit un commerce ouvert & courant entre l'Angleterre & le Japon , fi on cmploïoit - con Raniment un nombre de VaiiTeaux pour faire ce commerce , & que la balance du commerce fiit en tous points égale, c'éft-à-dire , qu'on envolât conitamment d'Angleterre autant de marcliandiies au:

3'jo EJJxi fur la nature Japon , eu égard au prix & valeur, qu'on y tireroit des marchandifes du Japon , il arrive* roit qu'on tireroit à la longue tout l'or du Japon en échange d'argent , 6c qu'on rendroit la proportion au Japon pareille entre l'or & l'argent, à celle qui règne en Angleterre 5 à la feule différence près des rifques de la navigation : car les frais du voïage , dans notre fuppofition , feroknt fupportés par le commerce des marchandifes.

A compter la proportion quinzième en Angleterre , & huitième au Japon , il y auroit plus de 87 pour cent à gagner , en portant l'argent d'Angleterre au Japon , & en rapportant l'or : mais cette différence ne fijffit pas dans le train ordinaire , pour païer les frais d'un fi pénible & long voïage , il vaut mieux rapporter d^s marchandifes du Japon , contre l'argent que de rapporter For. Il.n y a que les frais & rif-

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qiies du tranfport de l'or & de l'argent qui paillent laifter une différence de proportion entre ces métaux dans des Etats différens ; dans l'Etat le plus prochain cette proportion ne différera guère , il y aura de différence d'un Etat à l'autre ,. un ? deux ou trois pour cent , & d'Angleterre au Japon la fomme de toutes ces différences de proportion fe montera au-delà de quatre-vin gt-fept pour cent.

C'eft le" prix du Marché qui décide la proportion de la valeur de l'or à celle de l'argent 1 le prix du Marché eft la b'afe de cette proportion dans la valeur qu'on donne aux cfpeces d'or 6c d'argent monnoïées. Si le prix du Marché varie confidérablement , il faut réformer celui des efpeces monnoïées pour fuivre la règle du Marché 5 fi on néglige de le faire , la confufion & le défordre fe mettent dans la circulation , on prendra les pie-

372 Ejffai fur la nature ces de l'un ou de l'autre métal à plus haut prix que celui qui eft fixé à la Monnoie. On en a une infinité d'exemples dans l'antiquité h on en a un tout récent en Angleterre par les loix faites à la Tour de Londres. L'once d'argent blanc , du titre d'onze deniers de fin ? y vaut cinq fchellings & deux deniers ou peniques fterling : depuis que laproportion de l'or à l'argent ( qu'on avoit fixée à l'imitation de FEfpagne comme i à 16 ) eft tombée comme i à 15 & 1 à 14 4, l'once d'argent fe vendoit à cinq fchellings &" fix deniers fterling , pendant que la guinée d'or conrinuoit d'avoir toujours cours à vingt-un fchellings & fix deniers fterling , cela fit qu'on emporta d'*\ngletcrre tous les écus d'un écu blanc , fchellings & demi-fchellings blancs qui n'étoient pas ufés dans !a circulation : l'argent blanc devint fi rare en mil fept cent vingt- huit

Au Commerce, III. Part. 375

( quoiqu'il n'en reftât que les pieces les plus ufées ) , qu'on étoit obligé de changer une guinée à près de cinq pour cent de perte.

L'embarras & la confufion que cela produifit dans le commerce & la circulation , obligèrent la Tréiorerie de prier le célèbre le Chevalier liàac Newton, Directeur des Monnoïes de la Tour , de faire un rapport des moiens qu'il croioit les plus convenables pour remédier à ce déibrdre.

^ l\ n'y avoit rien de fî aifé à faire 5 il n'y avoit qu'à fuivre dans la fabrication des efpeces d'argent à la Tour le prix de l'argent au Marché ; & au lieu que la proportion de l'or à l'argent étoit depuis long-tems par les loix & règles de la Monnoie de la Tour , comme 1 à 1 5 % > il n'y avoit qu'à fabriquer les efpeces d'argent plus foibles dans la proportion du Marché qui étoit tombée au-deflbus de celle de 1 à 15 , & pour aller au-de-

374 EJjfki fur la natitr e •vant de la variation que l'or du Brefil apporte annuellement dans la proportion de ces deux métaux , on auroit même pu l'établir fur le pié de i ài+T, comme on a fait en mil fept cent vingt cinq en France, & comme il faudra bien qu'on faiVe dans la fuite en Angleterre même.

Il eft vrai qu'on pouvait également ajuiter les efpeces monnoïées d'Angleterre , au prix 6c proportion du marché , en diminuant la valeur numéraire des efpeces dJor , c'eft le parti qui fut pris par le Chevalier Newton dans fon rapport , & par le Parlement en conféquence de ce rapport. Mais c'étoit le parti le moins naturel & le plus défavantageux , comme je vais le faire comprendre. Il étoit d'abord plus naturel de haufîer le prix des efpeces d'argent , puifque le public les avoit déjà haut fées au Marché , puifque Fonce d'argent $uj xie vaioit que foi-

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xante - deux deniers fterling au prix de la Tour , en valoit audelà de foixante-cinq au Marché , & qu'on portoit hors de l'Angleterre toutes les efpeces blanches que la circulation n'avoit pas considérablement diminuées de poids : d'un autre côté , il étoit moins défavantageux à la Nation Angloife de haufîèr les efpeces d'argent que de bailler celles d'or , par rapport aux fommes que l'Angleterre doit à l'Etranger.

Si Ton fuppofe que l'Angleterre doit à l'Etranger cinq millions fterlings de capital , qui y eft placé dans les fonds publics ?

on peut également fuppofer que l'Etranger a paie ce capital en or à raifon de vintg-un fchellings fix deniers la guinée , ou bien en argent blanc à raifon de foixante-cinq deniers fterlings l'once , fuivant le prix du Marché.

Ces cinq millions ont par conféquent coûté à l'Etranger à

$y6 EJfai fur la nature vingt - un fchellings fix deniers la guinée , quatre millions fix cents cinquante & un mille cent foixante- trois guinées 5 mais préfentement que la guinée eft réduite à vingt-un fchellings , il faudra paier pour ces capitaux , quatre millions fept cent foixante-un mille neuf cent quatre guinées , ce qui fera de perte pour Angleterre cent dix mille fept cent quarante - une guinées , fans compter ce qu'il y aura à perdre fur les intérêts annuels qu'on paie.

Monfieur Newton m'a dit pour réponfe à cette objedion , que fuivant les loix fondamentales du Roiaume, l'argent blanc étoit la vraie & feule mon noie * & que comme telle , il ne la falloit pas altérer. *

Il eft aifé de repondre que le

public aiant altéré cette loi par

Kifage & le prix du Marché,

die avoit cetTé d'être une loi ;

^■kiM.Newton faciifialc fond à la forme.

qu'il

du Commerce. IÎI. Part. 377

qu'il ne falloit pas dans ces circonflances s'y attacher fcrupuleufement , au désavantage de la Nation , & païer aux Etrangers plus qu'on ne leur devoit.

Si Ton n'avoit pas regardé les et peces d'or comme une monnoie véritable , Tor auroit fupporté la variation , comme cela arrive en Hollande & à la Chine , ou l'or efl: plutôt regardé comme marchandife que comme monnoie. Si Ton avoit augmenté les efpeces d'argent au prix du Marché , fans toucher à l'or , on n'auroit pas perdu avec l'Etranger r & on auroit eu abondamment des efpeces d'argent dans la circulation ; on en auroit fabriqué à la Tour , au lieu qu'on n'en fabriquera plus jufqu'à ce qu'on fàiTe un arrangement nouveau.

Par la diminution de la valeur de l'or , que le rapport de M.

Newton a produit, de vingt -un fchellings fix deniers à vingt-un.

fchellings , l'once d'argent qui fe>

37$ Efaifitr la nature vcndoit au Marché de Londres auparavant à 65 & 65 pcniques t, ne fc vendait plus à la vérité qu'à foixante-quatre deniers :

mais le moien qu'il s'en fabriquât à la Tour , l'once valoir au Marché foixante-quatre , & fi on le portoit à la Tour pour monnoier , elle ne devoit plus valoir que foixante-deux 5 auiîî n'en porte-t-on plus. On a véritablement fabriqué aux dépens de la Compagnie de la Mer du Sud , quelques fchellings , ou cinquièmes d'écu , en y perdant la différence du prix du Marché 5 mais on les a enlevés auffi- tôt qu'on lésa mis en circulation 5 on ne verroit aujourd'hui aucune efpcce d'argent dans la circulation fi elles étoient du poids légitime de la Tour , on ne voit dans le troc que desefpeces d'argent ufées , & qui n'excèdent point le prix du Marché dans kur poids.

Cependant la valeur de l'at-

du Commerce. III. Part. 3 79 gent blanc au Marché haufïe toujours infenfiblement ; Ponce qui ne valoit que foixante quatre après la réduction dont nous avons parlé , eft encore remontée au Marché à 65 f & 66 5 & pour qu'on puiiTe avoir des efpeces d'argent pour la circulation & en faire fabriquer à la Tour , il faudra bien encore réduire la valeur de la guinée d'or à vingt fchellingsau lieu de vingtun fchellings , & perdre avec l'Etranger le double de ce qu'on y a déjà perdu, (1 on n'aime mieux fuivre la voie naturelle , mettre les efpeces d'argent au prix du Marché. Il n'y a que le prix du Marché qui puiiTe trouver la proportion de la valeur de l'or à l'argent , de même que toutes les proportions des valeurs. La réduction de M. Newton de la guinée à vingt-un fchellings n'a été calculée que pour empêcher qu'on n'enlevât les efpeces d'argent foibles & ufées qui reftenfc

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3 Sq Effki fur U nature dans la circulation : elle n'étoit pas calculée pour fixer dans les monnoics d'or & d'argent la véritable proportion de leur prix, je veux dire par leur véritable proportion , celle qui eft fixée par les prix du Marché. Ce prix eft toujours la pierre de touche dans ces matières ; les variations en font aflez lentes , pour donner le tems de régler les monnoies & empêcher les defordres dans la circulation.

Dans certains ficelés la valeur de l'argent haufie lentement contre l'or , dans d'autres , la valeur de l'or haufie contre l'argent ; c'étoit le cas dans le fiecle de Conftanrin , qui rapporta toutes les valeurs à celle de l'or comme la plus permanente 5.

mais le plus fouvent la valeur de l'argent eit la plus permanente „ ôc For eft le plus fa jet à varia*non.

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