‹ Essai sur la nature du commerce en général. Traduit de l'angloisChapitre 31 sur 36 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Des Battques , & de leur crédit.

i3 I cent Seigneurs ou Propriétaires de terre , œconomes , qui amaflènt annuellement de l'argent par leurs épargnes pour en acheter des terres dans les occafions , dépofent chacun dix mille onces d'argent entre les mains d'un Orfèvre ou Banquier de Londres , pour n'avoir pas l'embarras de garder cet argent chez eux > & pour prévenir les vols qu'on leur en peurroit faire , ils en tireront des billets païablés à volonté , lbuvent ils le lailferont là long-tems , <5c lors

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même qu'ils auront fait quelque achat , ils avertiront beaucoup de tems d'avance le Banquier de leur tenir leur argent prêt dans l'intervalle des délais des confultations & écritures de Juftice.

Dans ces circonftanccs le Banquier poura prêter fouvent quatre vingt - dix mille onces d'argent ( des cent mille qu'il doit ) pendant toute l'année , & n'aura pas befoin de garder en caille plus de dix mille onces pour faire face à tout ce qu'on pourra lui redemander : il a affaire à des perfonnes opulentes & œconomes , à mefure qu'on lui demande mille onces d'un côté , on lui apporte ordinairement mille onces d'un autre côté:

il lui fuffit pour l'ordinaire de garder en caille la dixième partie de ce qu'on lui a confié. On en a eu quelques exemples Ôc expériences dans Londres , & cela fait qu'au lieu que les particuliers, en queftion garderoient

g 9 8 Ejpiifur la nature en caifle pendant toute l'année la plus grande partie des cent mille onces , l'ufage de le dépofer entre les mains d'un Banquier fait que quatre vingt - dix mille onces des cent mille font d'abord mifes en circulation. Voilà premièrement Tidée qu'on peut former de l'utilité de ces fortes de banques ; les Banquiers ou Orfèvres contribuent à accélérer la circulation de l'argent , ils le mettent à intérêt à leurs rifques & périls ; & cependant ils font ou doivent être toujours prêts à païer leurs billets à volonté ôz à la préfentation.

Si un particulier a mille onces à païer à un autre , il lui donnera en paiement le billet du Banquier pour cette femme : cet autre n'ira pas peut-être demander l'argent au Banquier ; il gardera le billet & le donnera dans l'occafion à un troifieme en paiement, & ce billet pourra paner dans pluûeurs mains dans les gros

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paiemcns , fans qu'on en aille de long - tems demander l'argent au Banquier : il n'y aura que quelqu'un qui n'y a pas une par- Êite confiance , ou quelqu'un qui a plufienrs petites fommes à païer qui en demandera le montant. Dans ce premier exemple la caiffe d'un Banquier ne fait que la dixième partie de fon commerce.

Sijccnt Particuliers, ou Propriétaires de terres , dépotent chez un Banquier leur revenu tous les fix mois , à médire qu'ils en font paies , ôc endure redemandent leur argent à mefure qu'ils ont befoin de le dépenfer , le Banquier fera en état de prêter beaucoup plus de l'argent qu'il doit & reçoit au commencement des femeures , pour un court terme de quelques mois , qu'il ne le fera vers la fin de ces femeftres : & fon expérience de la conduite de Ces Chalans lui apprendra qu'il ne peut guerç

400 EJJaifur U nature prêter pendant toute Tannée , fur les fommes qu'il doit , qu'environ la moitié. Ces fortes de Banquiers feront ruinés de crédit, s'ils manquent d'un inftant à païcr leurs billets à la première préfentation ; & lorfqu'il leur manque des fonds en caille , ils donneroient toutes chofes pour avoir promptement de l'argent , c'eft à-dire , beaucoup plus d'intérêt qu'ils ne tirent des fommes qu'ils ont prêtées. Cela fait qu'ils fe règlent fur leur expérience pour garder en caiffe de quoi faire toujours face , & plutôt plus que moins ; ainfî plufieurs Banquiers de cette efpece , ( & c'eft le plus grand nombre ) gardent toujours en caiffe la moitié des fommes qu'on dépofe chez eux , ôc prêtent l'autre moitié à intérêt & le mettent en circulation. Dans ce fécond exemple , le Banquier fait circuler fes billets de cent mille onces ou écus avec cinquante mille écus.

S'il

du Commerce. III. Part. 401 S'il a un grand courant de dépôts & un grand crédit , cela augmente la confiance qu'on a en fes billets , & fait qu'on s'empreffe moins à en demander le paiement; mais cela ne retarde fes paie mens que de quelques jours ou Termines, lorfqu'iis tombent entre les mains de perfonnes qui n'ont pas coutume de fe fervir de lui , & il doit toujours fe régler fur ceux qui font dans l'habitude de lui confier leur argent : fî fes billets tombent entre les mains de ceux de fon métier , ils n'auront rien de plus preifé que d'en retirer l'argent.

Si les perfonnes qui dépotent de l'argent chez le Banquier font des Entrepreneurs & Négociant qui y mettent journellement de groiïès fommes , 5c bientôt après les redemandent > il arrivera fouvent que il le Banquier détourne plus du tiers de fa caille il fc trouvera embarraffé à faire face.

Il eit aile de comprendre par

402 Effet fur Is nature ces inductions , que les fommes d'argent qu'un Orfèvre ou Banquier peut prêter à intérêt , ou détourner de fa caiffe , font naturellement proportionnées à la pratique & conduite de fes Chalans : que pendant qu'il s'eft vu des Banquiers qui faifoient face avec une caiffe de la dixième partie , d'autres ne peuvent guère moins garder que la moitié ou les deux tiers , encore que leur crédit foit aufîi eftimé que celui du premier.

Les uns fe fient à un Banquier , les autres à un autre , le plus heureux eft le Banquier qui a pour Chalans des Seigneurs riches qui cherchent toujours des emplois folides pour leur argent fans vouloir , en attendant, le mettre à intérêt.

Une banque générale 6c nationale a cet avantage fur la banque d\m Orfêvre particulier, qu'on y a toujours plus de confiance 5 qu'on y porte plus volon-

du Comme rce. III. Part. 405 tiers les plus gros dépôts , même des quartiers de la ville les plus éloignés , & qu'elle ne lailTe d'ordinaire aux petits Banquiers que les dépôts de petites fommes , dans leurs quartiers : on y porte même les revenus de l'Etat , dans les pais où le Prince n'efi: pas abiblu ; & cela bien loin d'en altérer le crédit & la confiance , ne fert qu'à l'augmenter.

Si les paiemens dans une banque nationale fe font en écritures ou virements de Parties, il y aura cet avantage , qu'on n'y fera pas fujet aux fabrications , au lieu que il la Banque donne des billets on en pourra faire de faux & cauier du défordre : il y aura auffi ce défavantage , que ceux qui font dans les quartiers de la ville, éloignés de la Banque , aimeront mieux païer & recevoir en argent que d'y- aller , & furtout ceux de la campagne 5 au1 lieu que fi Pon répand des billet?

de Banque , on s'en pourra fervi&'

Ll ij;

404 EJfai fur la nature de près & de loin. On paie dans les Banques nationales de Venife & cf Amiterdam en écritures feulement ? mais à celle de Londres on paie en écritures , en billets 6c en argent , au choix des particuliers :

aulîî c'eft aujourd'hui la Banque la plus forte.

On comprendra donc que tout l'avantage des Banques publiques ou particulières dans une ville, c'eit d'accélérer la circulation de l'argent , & d'empêcher qu'il n'y en ait autant de relTerre qu'il y en auroit naturellement dans plufîeurs intervalles de tems.

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