CHAPITRE V
Des Villes..
Es Propriétaires qui n'ont que de petites portions de Tcrïc vivent ordinairement dans les Bourgs & Villages -, proche de leurs Terres & Fermiers. Le traniport des denrées qui leur en reviennent , dans les Villes.
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éloignées , les mettroit hors d'état de vivre commodément dans -ces Villes. Mais les Propriétaires qui ont plu fleurs grandes Terres ont le moïen d'aller réfider loin de leurs Terres , pour jouir d'une agréable fociété , avec d'autres Propriétaires 6c Seigneurs de même efpece.
Si un Prince ou Seigneur , qui a reçu de grandes concevions àz Terres lors de la conquête ou découverte d'un Pais , fixe fa demeure dans quelque lieu agréable , & fi pluiîeurs autres Seigneurs y viennent faire leur réfidence pour être à portée de fe voir fou vent , & jouir d'une fociété agréable , ce lieu deviendra une Ville : on y bârira de grandes Maifons pour la demeure des Seigneurs en queftion ; on y en bâtira une infinité d'autres pour les Marchands , les Arti-fans , & Gens de toutes fortes de profeffions , que la réfidence
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20 Ejjki fur la nature
de ces Seigneurs , attirera dans ce lieu. Il faudra pour le fervice de ces Seigneurs , des Boulangers ^ des Bouchers , des Braffeurs , des Marchands de vin , des Fabriquai! s de toutes efpeces : ces Entrepreneurs bâtiront des Maifons dans le lieu en queftion , ou loueront des Maifons bâties par d'autres Entrepreneurs. Il n'y a pas de grand Seigneur dont la dépenfe pour fa Maifon , Ton train & fes Domeftiques , n'en* tretienne des Marchands & Artifans de toutes efpeces , comme on peut le voir par les calculs particuliers que j'ai fait faire dans le Supplément de cet Effai.
Comme tous ces Artifans & Entrepreneurs fe fervent mutuellement , auffi - bien que les Seigneurs en droiture , on ne s'apperçoit pas que l'entretien des uns & des autres tombe finalement fur les Seigneurs & Propriétaires des Terres. On ne
àw Commet ce. I. Part. 2T s'apperçoit pas que toutes les petites Maifons dans une Ville , relie qu'on la décrit ici , dépendent:
& mbfîftent de la dépenfe des grandes Maifons. On fera cependant voir dans la fuite , que tous les Ordres & Habitans d'un, Etat fubfiftent aux dépens des Propriétaires des Terres. La Ville en queftion s'agrandira encore, fi le Roi ou le Gouvernement y établit des Cours de Justice, auxquelles les Habitans des Bourgs & Villages de la Province doivent avoir recours. Il faudra une augmentation d'Entrepreneurs & d'Artifans de toutes fortes , pour l'entretien des Gens de Ju (lice & des Plaideurs.
Si l'on établit dans cette même Ville des Ouvrages & Manufactures au-delà de la confommation intérieure , pour les tran£ porter & vendre chez l'Etranger 3 elle fera grande à proportion des:
Ouvriers & Artifans qui y fub~-
2* Ejjai fur la nature fiftenc aux dépens de l'Etranger.
Mais fi. nous écartons ces idées pour ne point embrouiller notre liijet , on peut dire que Paffemblage de piufieurs riches Propriétaires de Terres , qui réfident en-femble dans un même lieu , fuf- St pour former ce qu'on appelle une Ville , & que piufieurs Villes en Europe , dans l'intérieur des Terres , doivent le nombre de leurs Habitans à cet aile mblage : auquel cas , la grandeur d'une Ville cft naturellement proportionnée au nombre des Propriétaires des Terres , qui y réfident , ou plutôt au produit àcs Terres qui leur appartiennent , en rabattant les frais du tranfport à ceux dont les Terres en font les plus éloignées , & la part qu'ils font obligés de fournir au Roi ou à l'Etat ; qui doit ordinairement être confond niée, dans la Capitale..
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