‹ Essai sur la navigation aérienneChapitre 1 sur 5 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Le problème de la navigation aérienne est posé depuis des siècles. Depuis que l'honime existe, il a dû envier cette merveilleuse faculté du vol qui lui aurait permis d'atteindre l'oiseau qu'il voulait saisir ou de se soustraire facilement aux attaques des gros animaux contre lesquels il avait à se défendre. Ce désir s'est manifesté daps les ténèbres des temps préhistoriques et à travers tous les âges de l'histoire ; il est aujourd'hui aussi impérieux que jamais, et jamais on n'a fait autant d'efforts pour le satisfaire.

L'enthousiasme fut grand quand, en France, les Montgolfier eurent découvert les aérostats et l'on voulut tout de suite utiliser cette belle invention pour se transporter dans les airs avec une vitesse considérable. Une foule d'essais de direction et de locomotion furent faits à la fin du siècle der-

nier, mais toutes les tentatives demeurèrent sans résultats, et le public se désintéressa des ballons. Pendant plus de cinquante ans, les inventeurs eux-mêmes semblèrent renoncer à la poursuite de leur rêve. Le plus lourd que l'air, qui avait été complètement rejeté à l'apparition des aérostats, retrouva des défenseurs chaleureux, mais ceux-ci n'avaient pas encore abouti, quand les ballons allongés de Giffard et de Dupuy de Lomé semblèrent donner raison à la théorie de leurs adversaires. Mais le public, trop souvent trompé par de belles promesses, demandait mieux, et, s'il ne nia plus la possibilité d'arriver à un résultat, il en rabattit beaucoup des espérances qu'avait fait naître d'abord la belle découverte d'Annonay, et l'on sembla vouloir restreindre l'application des ballons à l'art militaire. C'est à ce point de vue que l'ascension exécutée à Chalais-Meudon, en 1884^, parut intéressante; mais le secret dont on s'entoure dans les ateliers militaires n est point fait pour rendre les faveurs de la foule aux ballons.

Cependant, les inventions- de Lilienthal et de Maxim firent tout récemment un certain bruit dans la presse. Le premier, avec un simple appa-

reil planeur, sans moteur, parvînt à se soutenir en l'air et à parcourir une distance de 300 mètres; les journaux d'outre-Manche parlèrent beaucoup de l'immense aéroplane de M. Hiram Maxim, dont on promettait merveille, et qui, essayé en septembre 1894^, ne put s'enlever. En France, en Autriche, en Amérique, on poursuit activement des recherches sur l'aviation ; mais, soit que les expériences demeurent secrètes, soit que l'on se tienne en garde contre les exagérations de publicistes mal informés, la question n'intéresse personne ou à peu près, surtout en France.

L'auteur a suivi avec un constant intérêt les recherches qui ont été faites, et il se propose ici, non pas de présenter au lecteur une invention, mais de l'entretenir d'une question trop ignorée, et d'exciter sa curiosité en lui faisant partager, s'il est possible, la conviction où il est, qu'avant peu l'homme volera.

Il n'a pas la prétention de faire un historique complet de la navigation aérienne; il n'a pas le loisir de rassembler tous le& matériaux nécessaires à une telle entreprise, ni le talent qu'il faudrait pour la mener à bien. Il voudrait seulement mettre le lecteur au courant des principes sur les-

quels on s'appuie pour la recherche d'un problème intéressant et lui permettre de pouvoir discuter lui-même les chances qu'on a d'en trouver bientôt la solution.

Pour cela, il étudiera les appareils de types différents qui ont été imaginés dans ce but, il recueillera les données expérimentales qui ont pu être établies jusqu'à présent, et, avec ce bagage, il espère pouvoir démontrer qu'il est possible, en l'état actuel des choses, de réaliser un appareil qui permettra à l'homme de se déplacer dans l'air avec une très grande vitesse et une parfaite sécurité.

Dans la partie historique, l'auteur a jugé qu'il ne devait retenir que les appareils ou expériences pouvant servir au but poursuivi, qui est de démontrer la possibilité de l'aviation.

Il s'est donc peu étendu sur l'aérostation, sauf en ce qui concerne la thermosphère encore peu connue; il n'a pas insisté sur les arguments qui doivent faire abandonner les ballons, même fusiformes, comme moyens de locomotion aérienne, une simple comparaison faisant voir qu'ils sont condamnés par les progrès certains de l'aviation.

En ce qui concerne l'équilibre des plans dans

l'air el le vol des oiseaux, l'auteur n'a point voulu donner une théorie complète qui eût risqué de se trouver fausse ; mais il a pensé qu'une explication mathématique très simple viendrait utilement à Tappuî des faits observés, qu'elle aiderait à admettre certaines assertions et qu'elle pourrait mettre en garde contre certaines erreurs de principe.

On trouvera que cet essai n'est pas exempt de critiques, mais l'auteur a cru faire œuvre utile en l'écrivant ; et c'est pour cela, et parce qu'il compte sur l'indulgence de ceux qui voudront bien le lire, qu'il le livre à la publicité.

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