‹ Essai sur la numismatique rémoiseChapitre 1 sur 7 · NOV · texte numérisé non relu

NOV

A M. E. SAUfilNËT AÎNÉ,

DE l^SiBlS.

Les livres et les médailles de votre riche cabinet « que vous avez mis si généreusement à ma disposition « m'ont permis de réunir en un petit travail tout ce qui avait été dit sur les monnaies de Reims.

y si pris partout, m'appropriant non-seulement les idées, mais parfois aussi les phrases. Citer la Revue numismatiqw^ YHistoire de France de Ed. Gharton, les ouvrages de Lelewel, de MM. de Longpérier, A. de Barthélémy, B. Fillon , c'est vous faire connaître les sources où j'ai puisé, et rendre à chacun ce qui lui appartient.

En vous offrant la dédicace de ce livre, j'obéis au vif sentiment de ma reconnaissance, et vous prie de me croire ,

Monsieui",

Votre bien dévoué serviteur,

LÉON MAXE WERLY.

ESSAI

SDR

L'histoire de Reims se trouve écrite sur les médailles depuis le jour où son existence est bien établie. Le nom des chefs qu'elle se donnait et les principaux symboles de sa croyance religieuse sont inscrits sur le métal.

Lorsque la Gaule , soumise par César, eut été réduite en province romaine et que, sujette du grand empire, elle en eut accepté les lois, la religion et la monnaie , Tabsence de tout monument numismatique nous fait assez comprendre ce qu'était devenue la capitale des Bèmes. Bien que déclarée alliée du peuple romain, elle avait peu à peu perdu sa liberté, et son atelier monétaire, muet pendant cinq siècles, ne devait se rouvrir qu'au jour où Théodobert, méprisant la faiblesse des derniers maîtres du monde, constatait sa puissance et faisait acte de souveraineté absolue en frappant ses sous d'or. Les monnaies de Théodobert nous font connaître qu'enfin Trêves, Arles et Lyon ont cessé d'être les seuls ateliers monétaires de la Gaule, et Reims, qui jadis avait frappé aux noms d'Atisius et de Vertîscus, ses magistrats, inscrit sur ses triens les noms de ses mohétaïres.

Que l'on suive avec soin la série des tiers de sous d'or que nous possédons, que Ton pèse avec exactitude chaque

A NCmSIlATIQUfi BÉMÔISE.

monnaie , que Ton étudie avec attention la beauté du coin* la forme des lettres, la pureté de la légende, et Ton sera convaincu que , brillante et glorieuse à sa naissance , h dynastie mérovingienne n'ayant pu se soutenir au degré oà Clovis l'avait élevée, s' affaiblissant à chaque nouveau roi et s'éteignant avec Cbilpéric, avait laissé sur les médailles les empreintes de sa décadence.

Vers le milieu du viii* siècle, l'or, métal presque seul employé, était arrivé à un dernier degré d'altération ; aus^ Pépin, en arrachant le pouvoir à des mains trop faibles pour soutenir le sceptre de Clovis, ne suivit-il pas l'exemple des rois ses prédécesseurs. L'argent, dont l'emploi avait été presque nul depuis les Romains, devient le métal pré* féré, le flan de la monnaie s'élargit, et le nom du roi, inscrit en deux lettres d'une manière simple et sévère sur la face des deniers , remplace la légende souvent indéchiffrable et le buste informe des derniers triens mérovingiens.

Pendant toute la durée des descendants de Cbtrlemagne, nous suivons sur la monnaie l'histoire de chaque règne. L'apparition du temple nous révèle, l'influence italienne; la croix qui le surmonte nous apprend combien était puissante à cette époque la religion du Christ, qui faisait renaître un type du paganisme abandonné depuis six siècles, qui se l'appropriait et le rendit chrétien , et dont les ûéfea-^ seurs, Pépin et Charlemagne, maîtres de l'Italie, se dépouillant de leurs conquêtes, fondaient, en 766 et en 800, la puissance temporelle des papes.

Depuis Charles le Chauve, le titre de la monnaie va tou« jours en s'affaiblissant, la forme des lettres n'a plus la même vigueur ni la même pureté , et la décadence de Fart monétaire suit en tout point celle des derniers rois carlovingiens.

NUMISMATIQUE BÊMOISE. 5

L'apparition au xi* siècle des deniers d'Eudes vient noué faire connaître ce qu'était l'état de la France à cette époque. Quelle était donc alors la puissance de ces rois dont les iMsauz s'arrogeaient une des prérogatives regardée dé tout temps comme souveraine? Charles le Chauve, en consacrant l'hérédité des fiefs, avait, il est vrai, créé la féodalité; mais aucun grand seigneur n'avût encore osé frap* per monnde à son effigie.

L'élévation de Hugues Capet, simple seigneur, fut un triomphe pour les siens ; pour quelques grands vassaux, ce ftit une usurpation qu'ils combattirent, soit ouvertement» soit en s'emparant des droits régaliens ; et à partir de cette époque , la puissance féodale empiéta sans cesse sur le* pouvoir royal , jusqu'au jour où , profitant habilement de leur droit universellement reconnu en principe de re- {«rendre les fiefs sans héritiers, d'intervenir dans les guerres entre les vassaux , de surveiller la justice à Tintérieur des fiefs, d'y protéger les communes et d'aider à leur affranchissement, les rois capétiens finirent par triompher de là féodalité.

Les monnaies assez nombreuses de nos archevêques sont un témoignage éclatant de leur puissance. En possession du droit de sacrer les rois, tenant le premier rang parmi les psûrs, ils usèrent du privilège de battre monnaie que Louis d'Outremer leur avait accordé en 9i0.

Que l'on étudie la série des monnaies qui nous sont parvenues , et chaque denier viendra non-seulement rendre compte de l'état de l'art pendant les xi*, xii*, xiir et XIV* siècles, mais aussi cet examen nous donnera une explication certaine de la position sociale à ces différentes époques. Les deniers de Guy de Chatillon et de Manasses !•% à la légende VITA GHRISTIANA, nous feront souve*

6 NUMiSIIATIQUfi R£|I0»E.

nir de Tétat de crainte superstitieuse qui s'empara des esprits en Tap 1000. En préseuee du cataclysme qui allait arriver, la foi religieuse s'exalta , et la tournure des idées influença le choix des légendes qui appsuaissent à cett& époque.

U légende SANGTA MÂBIA REHENSIS se trouve sur les monnaies de Renaud l^' et de Hanassès I*'. Cette légende toute religieuse, qui témoigne combien était fervent à cette époque le culte rendu à la mère de Dieu, sous l'invocation de laquelle on plaçait les temples qui s'élevaient de toute part, se rencontre sur quelques monnaies épisoopales et disparaît sous Raoul.

' A partir de cette époque le monogramme n'est plus eiftployé , le nom de l'archevêque inscrit en deux lignes le remplace, et l'on remarque que cet usage n'est en quelque sorte que la continuation de la légende bilinéaire carlovingienne. L'emploi de ce type, qui apparaît en llAO avec Samson et se soutient sans changements bien sensibles jusqu'à Robert de Courtenay, en i323, est une preuve évidente de la confiance qu'on avait pour les monnaies à ce type.

Pendant cette dernière période, l'art n'est point resté stationnaire; le coin, mieux gravé, accuse plus de finesse dans les lignes de la croix, le grènetis est régulier, les lettres sont plus pures, enfin tout annonce le progrès.

NUMISMATIQUE BÊMOISB.

ÉPOQUE OAULOISe.

Au retour de leur expédition en Grèce, les Gaulois rap«< portèrent un riche butin , composé prindpalement des statères de Philippe II de Macédoine. BoCre leurs mains , les imitations qu'ils firent de cette monnaie rendirent bientôt méconnaissable le beau type grec; les revers reçurent, smvant les localités, des figures, des symboles particuliers; la pureté du métal s'altéra sensiblemœit, et l'alliage chan* gea l'or en électrum.

Lorsque les Romains pénétrèrent dans la Gaule, le type grec se modifia peu à peu, la monnde s'empara des oarao-^ tères romains, et cette imitation alla toujours croissant jusqu'à l'entier asservissement de la Gaule. Le Midi adopta le type latin . mais les Belges et les Celtes continuèrent à inscrire sur leurs monnaies les noms de leurs cbdft et de leurs divinités.

Cependant, tout en copiant les monnaies grecques et romaines, les Gaulois avaient quelques types natimMux qui leur appartenaûent en pro{»re et qui avaient une valeur symbolique que nos connaissanGes et la crainte de nous égarer dans nos conjectures ne nous permettent pas d'expliquer. Outre les types empruntés à la Grèce , tels que la tète d^ Apollon, le char emporté par deux chevaux gàlo* pants, les monnaies gauloises nous ofirent des signes dont on ne peut détermmer la forme, des étoiles, des croix, de» globules, des fleurs, des animaux. Parmi ces demicaii on remarque le cheval, type le plus usité et que l'on ren-

8^ NUMISMATIQUE AÉMOIS£.

contre à toutes les époques, le taureau, le lion sur les monnaie de Marseilles, l'ugle sur celles des Lizoves (pays de Usieux), le lou^ sur celles des Sotiates (pays d'Auch), et le coq sur celles de la cité de Limes (près de Dieppe) .

Au sujet de ce dernier, je ferai remarquer que malgré la déclaratif formelle de M. G&rtier, qui prétend que le coq est si peu gaulois qu'il est inconnu sur les monnaies dont nous parlons, la découverte de Limes dpit faire ranger le coq parmi les symboles monétaires de la Gaule, et qu'il ne. faut pas attribuer scm existence à ce jeu de mots de la langue latine , dans laquelle Gallus signifie coq aussi bien que Gaulois.

Le sanglier, qui figurait à l'extrémité de la hampe des étendards gaulois et que nous retrouvons parmi les armes et les trophées sur la face septentrionale de l'arc de triomphe d'Orange, était le symbole de la naticmalité de nos pères et le type le plus répandu sur les monnaies gauloises.

Avant la cooquÊie romaine, la Gaule se trouvait divisée en trois parties : l'Aquitaine , la Celtique et la Belgique. Cette dernière province, limitée par le Rhin, la Seine et la Maone, était habitée au sud par les Rémi.

Lorsque César, vainqueur d'Arioviste, continuant ses projets de conquêtes, voulut soumettre le nord de la Gaule, il songea, avant de reprendre les armes, à se créer des. intelligences parmi, ses ennemis. Lassée et effrayée de la barbarie de ses voisins , la capitale des Rémi , cité riche et importante, qui aspirait à exercer autour d'elle une suprématie analogue à celle que l'alliance des Romains avait assurée aux Édues, se laissa gagner par les promesses du proconsul , et lorsque César, au printemps de l'an 57

NtmiftHATIQUE BtMOISE. 9

ayant JéBushGlirist, envahit le sud de la Belgique, les Rëmes se joignirent à hii et deTinrent ses plus fidèles alliés.

Dans tout le cours de la lutte gigantesque que César eut à soutenir contre tous les peuples de la Gaule, cette nation ne l'abandonna pas. Lorsque , après avdr levé le siège de Gergovie, César se vit abandonné et trahi par tous ses alliés, les Rèmes partagèrent sa mauvaise fortune et lui demeurèrent fidèlement attachés.

Lorsque Vercingétorix, assiégé dans Alésia fit un dernier appel aux nations gauloises, ils s'abstinrent de fournir leur contingent dans cette armée de deux cent cinquante mille combattants qui se levait pour défendre l'indépendance de la Gaule. Tant d'efforts devaient être nuls , la fortune de César remporta, et la Gaule vint augmenter le nombre des provinces romaines.

Les Bellovaques, qui n'avaient point pris part à cette guerre et qui prétendaient être assez forts pour défendre seuls leur indépendance, prirent les armes et envahirent le pays des Rémi, leurs voiâns. César accourut au secours de ses alliés, et dans cette guerre Yertiscus, magistrat des Rèmes, que son grand âge devait exempter du commandement militaire, se laissa surprendre par Corris, chef des Bellovaques, et périt dans une embuscade à la tète de la cavalerie rémoise.

Ici apparaît le premier nom qui fut inscrit sur les monnaies attribuées ftux Rémi.

Imitation du palmier des médailles des Morini.

^. YARTICE. Cheval tourné à droite , ayant un globule

au-dessus de lui et deux au-dessous ; près de la tète un petit globule entouré d'un cercle.

M. Hermaud, dans les Observations qu'il publia au sujet d'un travail de M. Duchalais, ne partage pas œtièrement l'avis de ce dernier ; le palmier qui figure sur cette pièce serait, selon lui, le gui, symbole mythologique.

La traduction de VARTICE par VERTISCVS me paraît un peu libre^ et quoique cette pièce et un grand, nombre de ses variétés se rencontrent fréquemment sur le territoire de la Champagne , je désirerais connaître quelques circonstances locales qui pussent venir e& éiàe à ceUe traduc* tion pour attribuer certainement cette monnaie à Reims.

Si cette attribution était acceptée, il y aurût lieu de faire remarquer que Vertiscus, premier magistrat de la cité, tout en continuant le type adopté , plaçait son nom en légende sur le revers ,- que l'emploi de la frappe substitué à celui du moulage et l'amélioration sensible dans le dessin du coin étaient les résultats de l'influence romaine.

Les légendes écrites sur les monnaies donnent ordinairement le nom du peuple et celui du chef ou magistrat. Vu grand nombre de médailles portent le nom des chefs dont César nous a transmis le souvenir, et quelques-unes nous font connaître des personnages dont l'existence nous était inconnue, entre autres celle d'Atisius, magistrat des Rémi.

(PL. i,N-2.)

Tète d'ApoUon-Bélénus. Buste à gauche ayant un torques au cou; dans le champs à droite, un quatrefeuilles. Légende : ATISIOS REMOS.

i^. Lionk gauche , la queue ramenée entre les jambes et se développant au-dessus du corps , foulant aux pieds un

IfllIflMjlATIQUE BtlIOlSS. H

serpent. Dans to champ m lis^lotus vu de profil , deux symboles de F S.

A l'occasion du lis-lotus (jui figure sur cette pièce , il ne serait pas inutile d'étudier ce symbole, que nous rencontrei^ona sur presque toutes les monnaies .

La fleur de lis appelée lis-lotus , que M. Hucber nomme trépétalos , se rencontre fréquemment sur les monnaies et les antiquités gauloises* et n'a pas le moindre rapport avec le signe héraldique qui apparaît au moyen âge. Chez les Gaulois, ce signe que l'on remarque presque toujours sous le porc ou sanglier, loin d'être le symbole de la virginité, doit être considéré comme l'emblème de la fécondité , de la puissance génératrice.

Ce symbole mystérieux , qui existait chez presque tous les peuples de l'antiquité et dont la forme est presque. toujours la même ou du moins avait la même origine, modifié par le christianisme, qui en avait fait la fleur de la Vierge, se perpétue d'âge en âge, se transforme au xm* siècle en signe héraldique , et perd dès lors sa signification chrétienne.

Au moyen âge la fleur de lis devient un enablème dont s'emparent l'architecture, la sphragistiqae, l'art monétsdre. Le lis héraldique qui composât l'écusson royal adopte, suivant les localités» des formes différentes ; en Bretagne, il se dénatyre et devient l'hQrmine renversée.

Variété d'un module plus petit. Mtoie face, seulement le buste ne porte pas de, torques au cou, et le quatrefeuilles a une forme différente. Au revers, sous le lion, on remsurque un cerclp perlé.*

12 NUMI^HATIQUE BtftOIM.

(PL. i; N» 4.)

Variété qui se trouve à la bibliothèque de Metz, portant en légende le nom de Reims, avec l'E à deux barres.

Cette pièce est citée par M. de Longpérier dan^ la Revue numismatique^ i860, page 188. J'en dois le dessin à l'obli-geance de M. Gb. Robçrt, de Metz.

Variété. La forme du serpent qui se trouve sous le lion est tout à fait diiférente et se rapproche de celle de l'hippocampe.

Nous relaterons au sujet de cette monnaie Tobservation que M. de Longpérier publia dans h Notice du catalogue de 31. Rousseau :

<f Le nom d'Âtisius était commun à Aoste (colonie romaine) où l'inscription suivante :

CATISiVS PRIMVS

PVBL XX LIBERIA!

AELIAE SATVRNINAE, etc., etc.

dédiée, comme on voit, par un i-eceveur de l'impAt des affranchis de la Gaule Narbonnaise, a été découverte; on a découvert aussi dans le même lieu des vases et autres ustensiles du temps portant la signature de Lucius Atisius secundus et de G. Atisius Sabinus. »

Joachim Lelewel en expliquant \me pièce ayant pour lé gende A&IDIAG et sur laquelle on voit un lion à droite ayant la queue passée entre les jambes, fait remarquer l'analogie qui existe entre ce mot et celui d'Atisios.

HOmUIATIQUE AfiMOlSË. IS

M. Hacher, dans une de ses lettres à H. de Longpérier, donne la même attribution à la pièce dont nous nous occupons ; il prétend qu'elle doit être considérée comme juste, qu'il faut y reconnaître le nom d'Atisios, et par conséquent classer cette monnaie à Reims.

Je ferai remarquer que cette attribution ne saurait être acceptée sur le seul fidt d'une ressemblance de type et de Gonsonnance de mot. Le territoire de Reims, qui chaque jour nous rend quelques médailles d* Atisius, n'a pas encore révélé par les trouvailles l'existence d'un type d' A09DIAC, et je crois qu'il faut éloigner des pièces de Reims cette monnaie jqsqu*à ce qu'il nous soit donné une raison meilleure et moins hypothétique.

Mionnet a décrit la pièce suivante :

I A@IIP1AC. Tète imberbe et féminine tourné à droite, longs cheveux, buste couvert d'un vêtement

^. ATHIRIM. Lion marchant à droite, la queue passée entre les jambes.

M. Hucher croit lire dans la légende du revers A.HIR. IMP. ( Aulus. Hirsius , imperator, gouverneur de la Gaule Belgique •) .

II reste à parler du petit bronze aux trois têtes accolées, ayant au revers un bige et le mot Remo sur chacune de ses faces. Son attribution à Reims ne peut être l'objet d'un doute, et cependant il n'est peut-être pas de médaille qui ait soulevé plus de discussions et au sujet de laquelle il se soit établi plus de systèmes. Les uns voyaient dans les trois profils les trois Gaules; les trois villes, Meaux, Reims et Troyes; trois généraux gaulois confédérés; les trois têtes accolées de Phébée, Diane et Hécate.

i Rê9Uê niéfRÛmatifiM, 1858, p. 443 et 444.

Toftttes ces attributiond qui ne reposûe&t que sur des hypothèses tombent, il me semble, devant l'explication qu'a publiée M. Huchen a Ces trois figures se ressemblent, leur Age est identique. Ge sont évidemnàent trois tètes sur un même corps ; malheureusement nous ne voyons pas celui-ci, et les questions que fait naître l'examen de ces médailles seraient restées sans doute longtemps incertaines si le hasard ne m'avait fait découvrir chez M. Duquenelle un objet de nature à £Biire disparaître tous les doutes. Il s'agit d'un autel votif que je crois de travail gaulois sur lequel est représenté un dieu tricéphale. C'est une divinité topique dont on a déjà rencontré trois fois le symbole sur des monuments de ce genre. Je crois que le rapprochement qu'il y a lieu de faire entre les médailles et l'elfigie représentée sur cet autel devra faire abandonner définitivement Fidée des trois Gaules ou celle plus Mzarre des trois généraux confédérés. »

Ce qui a pu faire voir dans les trois tètes accolées celles des trois Gaules serait, selon nous, la médaille de Galba, au vevers de TRES GALLIAE.

En 1853, M. Duquenelle, dans le travail qu*il commuquaità l'Académie de Reims sur quelque antiquités trouvées dans cette ville, classait ces monuments parmi ceux de V^

NmUWATlQOB aiMOlSB. 15

poque gallo-romaine, et croyait que le petit autel votif qu'il possède (pi. X, n* 2) , et ceux du cabinet de M. Lucas (pi XI) , avaient été élevés en Thonneur de la divinité protectrice du champ sur lequel ils avaient été trouvés.

Sans prétendre expliquer la réunion des trois têtes sur ces pièces, M. Duquenelle faisait remarquer l'analogie qui existe eotie ces autels et la médaille à la légende REMO et il proposait d^y reconnaître une représentation du Mercure tricéphale :

(( Malgré mon inexpérience et mon incapacité, je risquerai une attribution, ne fût- ce que dans le but d'en provoquer une meilleure. Je .base mon opinion sur l'examen des emblèmes qui accompagnent ces figures ; la tortue était un des attributs de Mercure* le bélier lui était également consacré. Or Mercure qui, à l'instar de quelques-unes des divinités du paganisme, cumulût les emplois, était aussi préposé à la garde des champs, et si les as rommns ont souvent repirésenté ce dieu sous le nom d'Hermès Bifrons, on pourrait avec quelque vraisemblance voir dans notre autel votif une représentaUon du Mercure tricéphale, surtout si l'on remarque l'identité qui caractérise cette sculpture. »

Tout en faisant ressortir l'analogie qui existe entre ces autels et la médaille, M. Duquenelle ne peut croire que les trois tètes que l'on remarque sur l'un et sur l'autre soient les emblèmes du même culte; sur l'un les figures sont barbues , sur l'autre elles sont imberbes.

Si l'exécution sur chacun de ces monuments est différente, ce n'est pas, selon moi, une raison qui puisse faire rejeter l'attribution proposée par IL Hucber, et je crois que la comparaison faite entre ces autels et le petit bronze doit convaincre que l'emblème qui se voit sur l'un et sur l'autre appartenait à une même divinité.

16 NtMlSMATIQUE RÉMOISE.

L'autel \ il est vrai, est d'un travail tout à fait barbare; le petit bronze, au contraire, atteste par la pureté de ses lignes et la vigueur de son coin l'influence de Tart romûn ; sur Tune les trois tètes sont accolées et font parde d'un même buste, sur Tautre elle sont séparées. Mus n*y a-t-il pas lieu d'expliquer ces différences si sensibles en réflé^ ehissant que si la reproduction de ces emblèmes n'est pas la même, la découverte de plusieurs autels au même sym* bole faite en un lieu où chaque jour on rencontre le pedt bronze à la légende REMO doit convaincre de l'existence en ce lieu même du culte très-répandu d'une divinité trèshonorée, et motive suffisamment sa représentation sur les monnaies. Déjà M. Lambert, dans ses Essais sur ta nnmis-^ matique gauloise^ avait proposé une semblable explication et voulait que les trois profils fussent ceux de la déesse Trimorpbos ou Triformis*

L'acquisition très-importante que M. Duquenelle a faite il y aquelquesmoisd'un nouvel autel trouvé à Reims, vient encore donner plus de poids à ma conviction (pi. X, n* 1).

Cet autel, d'un travail moins barbare, est d'une parfaite conservation et diffère de ceux découverts jusqu'à ce jour. La face représente également l'emblème aux trois têtes, seulement les faces latérales ont reçu, l'une une tète barbare , l'autre la représentation du couteau employé par le cultrarius pour les sacrifices ; sur la surface on voit une tête de bœuf et un corps d'oiseau. Sur lès monuments de ce genre on gravait ordinairement sur le côté principal les attributs du dieu ou le dieu lui-même en l'honneur duquel il était élevé, les autres faces étaient ornées de bas-reliefs dont

* Découvert près de Tuftine de madame Houzean-Muiroo ; dans ce même endroit, il y a quelques années, deux autels da même genre avaient été

trouvés : je ne sais ce qu'ils sont devenus.

MUMISaiATIQUE RÉMOISE. 17

le sujet était relatif aux sacrifices, on y représentait des patères, des vases divers, des instruments religieux.

Dans la description qu'il fit du prenâer autel votif en sa possession, H. Duquenelle avait cru voir sur la surface, avec une tète de bélier, Fimage d'une tortue; l'examen attentif de cette représentation et la comparaison que j'en ai faite avec les autres autels, m'ont convaincu que c'était bien un oiseau que l'on avp.it voulu y figurer.

Deux nouveaux autels trouvés il y a quelques mois près de l'arc de triomphe de la porte Mars, et qui depuis sont entrés dans le cabinet de M. Duquenelle, viennent à l'appui de mon attribution. L'un d'eux présente sur le côté principal l'emblème aux trois têtes et sur chacune des faces latérales le profil informe d'un buste dont la tête est ceinte d'une couronne de feuillage ; sur la partie supérieure on remarque les vestiges d'une tête de bélier et d'un corps d'oiseau ou de tortue.

L'autre (pi. IX, n' 2) , d'une forme cylindrique, diflière complètement des autels déjà décrits. Les trois têtes vues de face sont placées les unes à côté des autres, et la même couronne de feuillage les ceint toutes les trois. Ce petit monument, par la beauté de son travail, appartient à une époque plus avancée de la période gallo-romaine.

18 NUMISMATIQUE BÉMOISE.

ÉPOQUE MÉRaVINGIENNE

Dans la seconde moitié du i" siècle de notre ère le mon* noyage gaulois disparaît et se confond avec celui des Romains, les monnaies de l'empire sont en usage, les ateliers se ferment, et le droit de battre monnaie devient un privilège que se réservent les empereurs.

La Gaule, en devenant province romaine, se ressentit bientôt de rinflueuce du peuple conquérant.

Déclarée province de l'empire en Tan 28, une nouvelle distribution géographique vint bouleverser complètement les éléments de fédération, de clientèle et de voisinage qui unissaient toutes ces petites nations. Quelques-unes d'entre elles, les Édues, les Carnutes et les Rèmes, favorisées du titre d'alliés du peuple romain, furent gratifiées de différents privilèges qui leur assuraient un peu de liberté.

Heureuse et florissante sous le gouvernement des An-^ tonins, la Gaule dès le Commencement du iir siècle vit finir cette ère de tranquillité dont elle avait joui jusqu'au règne de Septîme Sévère. Le changement continuel des empereurs, la révolte des Bagaudes, les exigences d'un fisc impitoyable et les invasions sans cesse renouvelées des barbares qui assiégeaint les frontières, tout faisait présager le démembrement de cet empire romain impuissant à défendre son territoire ; tout annonçait que l'heure de la régénération de la Gaule ne tarderait point à sonner. Le christianisme qui depuis trois siècles luttait contre les vieille idées avait grandi et le nombre de ses prosélytes s'était

àcôru de celui qu'éâfàiitait Chaque jom* le -sang de ses martyrs. L'avènement dé Cûiiistaiitief mit nn tefrâie aux per*^ àécutions, et le christianisme fut admis^ et honoré daiifi^ tout retnpire.

Appelés par les fils de Constantin, lors du partage de la succession, les Franks avaient franchi le 9tttïh et- s'étaient établis dans les lies Bataves. Chassés par ItUien, vaincus sans cesse par Théodore, Jovien et Gràtieû, ils reparaissent en i06 et parviennent à s'établir au nord de h, Gaule. Devenus alliés des Bomains qui les employaient à défendre le territoire de l'empire contre les nouvelles invasions, peu à peu les Frànks avaient envahi les provinces qu'ils avaient été chargés de défendre, et lorsque le vieil empire romain, ideipuissant à se soutenir, croula sous les efbrtd des barbares, le nord de la Gaule forma le i^yaume des franks.

L'œuvfe de César n'existait plus, là Gaule était affranchie, et Glovid en lui rendant sèn existence nationale, en la faisant une et indépendante, allait la rendre plus belle et plus forte qu^avant les Romains.

Les ^ciennes divisi<ms qu'avait établies Auguste ne subsistaient plus. L'Aquitaine^ la Lyonnaise, la Narbonnàîse et la Belgique avaieôt été subdivisées en dix-sept provinces et cent quinze cités devenues plus tard autant d'évéchés.

" ïteînis, première ville de la seconde Belgique, ainsi que tes capitales des autres provinces, devint le âége d'un ar^ chevêche. Cette organisation adoptée par TËglise dura, sauf qtielqùe^ modifications, jij^squ'eft 1790.

Selon le sy^ème de M, B. FiHon, les Franks à leur invasîort* dâris^ Ist Gaulé trouvèrent le soPdivisé en quatre grandes espèceis tte propriétés : i^ le domine impéirîat ; 2" leSj pw)-

20 NUMISMATIQUI RÉMOISE.

priétés militaires ; &* les cités et leur territoire ; &* les terres que l'Église possédait à titre de particulier.

Rien ne fut chaogé dans cet état de choses, Tadministration civile de plusieurs cités demeura aux évèques ou à des magistrats élus sous la direction des évéques.

En renversant l'empire d'Occident, les barbares n'avaient pu détruire l'organisation romaine-, loin d'anéantir les institutions, ils se les étaient appropriées, et bien que les empereurs n'eussent plus à partir de cette époque aucune autorité dans la Gaule, le respect que l'on accordait au nom romain et la souveraineté morale qu'ils avaient sur les barbares ne pouvaient être détruit^ que par le temps.

Les types romains consacrés par un long usage furent conservés sur les monnaies par le peuple conquérant.

Tbéodobert, petit-fils de Glovis, succédait en bià à Théo^ doric sur le trône d'Austrasie. Ce royaume, qui comprenait alors les provinces transrhénanes, tout le pays situé entre le Rhin et la Meuse, une partie de la Champagne, l'Anjou, le Rouergue, le Gévaudan et l'Albigeois, vint encore, au démembrement du royaume de Bourgogne, s'agrandir de quelqties-unes de ses provinces. En 5iA, Tbéodobert reçut de Justinien le droit de mettre sur la monnaie d'or son effigie au lieu de celle de l'empereur ; faveur qui n'avait été accordée à aucun autre roi barbare.

Je ne veux pas discuter si l'apparition de l'effigie des Fois franks sur la monnaie d'or fut le résultat de l'usurpation d'un privilège que les empereurs d'Orirat s'étaient réservé, ou bien le fait d'une concession de la part de Justioien. Seulement on remarquera que Théodoric, roi toutpuissant en Occident, dont les monnaies de cuivre portent l'effigie et celles d'argent le monogramme occupant tout le ebunp, n'avait point asé sur les monnaies é'or remplacer

NUMISMATIQUE BÉMOI8B. 21

Teffigie d'Anastase par la sienne et s'était contenté d*y in-^ scrire son monogramme à peine visible.

La croyance la plus généralement répandue est que Jus tinien avait accordé un droit qu'il ne lui était plus possible de refuser, car dès 539, lors de sa première expédition en Italie, Tbéodebert avait commencé, à inscrire son nom sur la monnaie d'or.

Lyon, Arles et Trêves, qui sous les Romains avaient été les trois ateliers monétaires de la Gaule, plaçaient leurs initiales à Texergue ou dans le champ du revers. Lorsque les barbares se furent emparés de la Gaule, les cités qui avant la conquête romaine avaient frappé monnaie rouvrirent leurs ateliers , et à l'exemple de ces trois villes inscri virent leurs initiales sur les produits de leur émission.

(Pl.I,N*9.)

D.N. THEODOBERTVS VICTOR. Tbéodebert coiffé du bandeau impérial tenant de la main droite une haste qu'il appuie ssur son épaule.

^, VICTORIA AV6GGL Dans le champ, un ange ailé debout tenant dans sa main droite une croix dopt la hampe est perlée et de la gauche un globe surmonté d'une croix; ,à gauche dans le champ les initiales RE, premières lettres de Rémi, Reims, où ce sol a dû ètr^e frappé. Dans l'exergue CONOB (cabinet impérial) .

N. TBEODSlffiERTVS. Buste lauré tourné à droite.

^. VICTORIA AGGGM. Dans le champ, uï^e victoire pas-

sant teaant uoe couronae. A ^vicb^ une étp^la ; 2^ ^rdijte les lettres RE liées entre elles, initiales du mot Remù

Exergue CONOB *.

. Après la mort de Thépdobald, fils et successeur de Théodebert en 557, la monnaie ja^strasiepne reprit la légende et l'effigie de Justinien qui vivait encore :

(Pl.I,NM1.)

DN lYSÏlNIANI PPP. B^ste armé de face.

]^ yiCTOillA AVGGG. Ange ailé tenant laç^pi? et Je gjobe crucifère. Exergue CONOB. Dans Iç phamp à droite le mgnogramme Rj;.

Cette pièce, qui appartient à Clotaire I, grand-oncle de Tbéodobald, doit être considérée comme un témoignage irrécusable et fort remarquable de la prise de possession du royaume d'Austrasie, dont Reims était une des principales dtés. Le monogramme formé des lettres RE que Ton remarque dans le champ sont les initiales de Tatelier moné-' taire de Reims.

On ne peut expliquer pourquoi nous voyons reparaître sur les monnaies de Clotaire I le nom et l'effigie de l'empereur Justinien.

Héritier de Théodobald, ne devait-il pas considérer le: privilège accordé par Justinien comme une partie de l'héritage du royaume d' Austrasie ? 11 faut donc admettre que " la concession accordée à Théodebert fut révoquée ou que Clotaire avait négligé ce privilège dans la crainte que ses

^ La description et Texpllcation des pièces avec le mcnograme est due à TA^ yoillemkri et se trouve dans la Revue nvmismatiqve.

peuples n'auraient pas eu assez de confiance dans les monnaies qu'il aurait émises à son nom.

Sur la monnaie de Clotaire on remarque que les deux G placés au commencement et à la fin de la légende doivent être la marque chlodovéenne qui apparaît sous Glovis et qui, devenue un signe monétaire, figurera sur les monnaies impériales jusqu'au jour où les rois franks remplaceront le nom' des empereurs par le leur.

Plus on s'éloigne du règne de Théodebert, plus la décadence du système monétaire se fait sentir ; beauté de coin, pureté de métal, tout décroît et s'affaiblit. Le sol romain, qui 30US Constantin pesait Sa grains, n'a plus sous Théodebert que 81 grains et au commencement du vu* siècle que 70 grains 1/2. La subdivision en semis et en triens existait toujours ; l'or était le métal presque uniquement employé ; la seule monnaie d'argent ét2|.it le denier dont il fallait quarante pour un sol d'or; son poids était de 21 à 22 grains. Quant aux pièces de cuivre ou de billon, il faut admettre que la grande quantité de ces monnaies émises par les ateliers romains circulait encore et sufliçait pour les petites acquisitiop^.

Indépendamment de la monnaie purement royale et marquée au nom du roi et du lieu de l'émission, les Mérovingiens avaient que autre monnaie qui, $elon différentes circonstances , portait le nom du roi et celui du monétaire ou bien le nom du monétaire et celui de l'atelier : je veux parler ici des monnaies émises par les églises, les cités principales et iin grand nombre de localités secondaires. Presque toutes ces monnaies portent le nom de l'agent monétaire qui les a frappées, et les plus anciens triens sur lesquels on lit le nom du monétaire remontent au milieu du VI' siècle. Ne différant point entre elles, toutes ces monnaies

2 A numSMATIQOE RÉMOISE.

représentent ordinairement une tète en profit tournée i droite ceinte d'un diadème ou d'une bande perlée et au revers une croix, un calice et différentes figures.

Avec les Franks, l'autonomie monétaire reparut et ne produisit que des trions et des sols d'or. Les conquérants n'ayant point de système qui leur appartint en propre, imitèrent les monnaies de leurs prédécesseurs.

Sous les derniers rois de la première race, le monnayage mérovingien ne se ressent plus de son origine, le graveur n'a plus le moindre sentiment de l'art, les imitations deviennent de plus en plus grossières, et le nom des derniers rois n'apparaît plas que très^mparfaitement sur leurs monnaies. '

REMVS FIT. Buste à droite.

^. FILâMARIVS. Croix haussée sur un globe; dans le champ au pied de la croix, VU.

11 est à remarquer que la croix haussée qui figure au revers des triens monétaires devient plus rare vers la fin de l'époque mérovingienne , disparaît complètement avec elle, et te trouve remplacée par la croix à branches égales.

Les lettres VII qui accostent la croix sont les lettres numérales destinées à exprimer la valeur légale de la monnaie. Le sol d'or pesait 72 grains , et, sur quelques exemplaires qui nous sont parvenus , on trouve les lettres XXL Le triens , tiers du sol d'or, pessdt SA grains , ce qui explique la présence des lettres VII que l'on rencontre sur plusieurs d'entre eux.

Nous remarquerons en outre que , sur les monétaires de Reims , la croix est posée sur un globe et non sur des de-

^Ri^

HOMISMATIQUE RÉMOISE. 25

grés. A Favénement du christianisme , la croix apparut comme symbole sur les monnaies romaines, et devint, sous les Mérovingiens, le type le plus usité.

M* B. Fillon, dans ses lettres à H. Dugast-Halifeux sur quelques monnaies françaises inédites, donne la description du triens suivant :

RI.MYS FIT. Buste diadème tourné à droite.

B}. FILYMARIVS. Croix cbrismée accostée de l'A et de TA et de l'ro dans une couronne. Au-dessous trois globules.

Ces triens , suivant M. Fillion , appartiendraient à la première moitié du vii* siècle , et ce type serait un acheminement vers celui de la pièce du monétaire Betto, frappée à Reims.

Id apparaît la croix ancrée , dégénérescence de la croix chrismée ; les lettres A et (V), qui cantonnent la croix, symboles de rÉternel , étaient d'un usage assez fréquent sur les monnaies de Reims ; les Franks les avaient empruntées à la monnaie romaine , et nous rencontrerons encore ces lettres sur les triens d'autres monétaires.

RIHVS en légende rétrograde. Buste à droite , la tète ceinte d'un cordon perlé.

H. FILARI + en légende rétrograde^ Croix haussée sur un globe perlé.

( H. Saubinet. — Poids, ls%30.)

Devons*nous conndérer ce triens comme appartenant à

2C MUMiSMATIQUfi RÉMOISE.

un nouveau monétaire , ou Men doit*on rattribuer à Fila^ marus ou à Filamarius? Nous ne croyons pas devoir trancber cette question et il nous faut laisser à d'autres plus érudits que nous le soin de déterminer l'attribution de ce trions.

M. Saubinet , à qui appartient le triens que nous venoQs de décrire , possède également la variété suivante :

RIMVS FIT. Tête tournée à droite.

1^. FILOMAROS F. Croix chrismée cantonnée de trois globules.

(Poids, 1«%28. )

La croix chrismée , empruntée par les Franks à la monnaie romaine» est, sur quelques triens » représentée par la lettre R liée à la branche supérieure de la croix,

La Bibliothèque impériale possède le triens suivant :

REM. £VSO. Tète tournée à droite.

^. Légende barbare. Croix haussée sur un globe*

Cette pièce parait être une imitation grossière du beau triens déjà décrit de Filamarius, Son état de conservation est parfait ; seulement les légendes sont inexplicables , et ne permettent pas de les donner à un monétaire connu.

Il doit , suivant nous , appartenir à la fin de l'époque mérovingienne.

RIMDS FITVR. Buste à droite.

Sj. BETTO MONETAR, Croix chrismée aux branches de laqi^elle sont attachées les lettres AA.

1^UMISMATIQU£ RéllOlSË. 27

Nous ne saurions expliquer les lettres AÂ qui sont suspendues aux branches latérales de la croix ; nous croyons qu'elles sont le résultat de la dégénérescence de l'A et de l'o).

( PL. n, N« 4.

REMV + S CIVET. Buste casqué à droite.

ij. GARIBERTVS MYNEA. Croix dans un cercle perlé.

(PL. II, N"' 5 et 6.)

Même face.

]§. GARIBERTVE MDNEA. Croix haussée sur un globe, dans ju^ cercle.

( M. Saubinçt. — Ppids, 1«%26. )

Même face.

j^. GARIBERTVE MV, Croix dans un cercle aux branches lat^^'^es de laq^elle sont attachées les lettres A et oi.

Les difficultés qui existaient dans Texploitation des mipes d'argent expliquent assez l'emploi presque unique d^ l'or dont Te^i^tr^^tio^ est beaucoup plus sii^Ie.

^ l'apparition des premiers triens, l'or était à \\a titre élevé j mais la ^luItipUcité des Ateliers monétaires dont le nombre alla toujours oroissstnt fut une cause de l'affaiblissement du titre des monnaies.

Yers h, fin du yuv siècle, la légende se simplifie : témoin le Thierry IV dpnt le nom est éprit au reyers TR liés et F. !f%eodoricm , rex Franeorum ; la croix à branches ^^ales apparaît , les perles se rencontrent dans le champ, le nom des iqopéts^ires dispc^raît, le titre de l'or s'affaiblit, Jes Qïppétidre» d'argent sçi rencontrent plii^s fréquemment ^ et servent en quelque sorte de pièces de transition entre le système mérovingien et le monnayage carlovingien.

28 IfimiSMATlQDE RfiMOlSC.

ÉPOQUE GARLOVINGIENNË

Impuissante à défendre son autorité contre les empiétements des maires du palais qui n'avaient laissé que le titre de roi aux derniers descendants de Glovis, la dynastie mérovingienne s'était éteinte en la personne deChilpéric.

En 751 , Pépin , fils de Charles Martel , plus ambitieux que son père , avait fait déposer le dernier roi par le pape Zacharie, et, au printemps de Tannée suivante, il s'était fait sacrer roi par saint Boniface dans une assemblée d'évëques et de grands seigneurs. Entre les mains de ce prince , la royauté ne fut plus un vsdn titre : soutenu par les évêques qu'il avait su gagner à sa cause , Pépio fondait une nouvelle dynastie que devait aifermir et illustrer son fils Charlemagne.

A cette époque, la diminution de l'importation de For; les refontes successives qui avaient amené Taffisûblissement du titre des monnaies , nécessitaient une réforme ^ de là la facilité avec laquelle l'emploi de l'argent comme métal fut préféré.

Un fait qui peut expliquer cet abandon de l'or serait, suivant M. B. Fillion, le mauvsds aloi des monnaies royales et l'exploitation active des mines d'argent de Melle et de différents pays.

Nous ferons remarquer que généralement dans les monétaires mérovingiens la déformation du type , la diminution du poids et l'inbabileté dans la gravure du coin furent les conséquences de l'affaiblissement du titre.

NU1II3IIAT1QUE BÊMOISE. 29

Pépin. 762—768.

Dès les premières aimées du règne de Pépin, la forme de la monnaie change complètement , le flaon devient plus large et plus plat, le type se simplifie , le triens disparaît, et, avec lui l'imitation si longtemps usitée de la monnaie %0

romaine ; le monogramme et la croix s'emparent de la face et du revers, et sauf le temple tétrastyle qui apparaît sur quelques monnaies, ce type se continue jusqu'à la troisième race.

Les monnaies de Pépin étaient restées longtemps rares, lorsque la trouvaille d'Imphy vint révéler l'existence d'un grand nombre d'ateliers. Les pesées exactes des deniers provenant de cette découverte établissent la moyenne à 16',2A7.

Le Cabinet impérial possède un exemplaire trouvé aux environs de Sens, qui, si l'on en juge par le module et le poids, doit appartenir aux dernières années de Pépin.

Monogramme composé des lettres RP (rex Pipinus)^ avec la barre indiquant l'abréviation. Des perles semées dans le champ.

^. R accostée d'une croisette et de perles. ^

(Poids, 1«',27.)

La lettre R qui occupe Iç champ du revers pourrait faire classer cette pièce parmi les monnaies royales frappées à Bennes, Rouen ou tout autre atelier ayant une R pour initiale, si le style ne montrait évidemment qu'il a été émis dans un atelier situé au nord de la Loire. Au surplus ,

SO / NUMISMATIQUE RÉMOfSE.

comme le fait remarquer M. B. Fillon dans ses Études numismatiques , la forme des lettres et la présence de la petite croix du revers peuvent faire supposer que Reims est en droit de réclamer ce deiiier, car il Ressemble auï pièces fabriquées en deçà de lâ Seine, à céïles dé la ville dé Troyes , par exemple , qui est peu éloignée? de là.

L'attribution que je ferai à Reims de ce denier serait légitimée par l'^observatîon que toutes les pièces à la croîsette de la trouvailïe d'Imphy sont frappées à Verdun, Besançon, Neuss, Troyes, et que ce type étant inconnu dé l'autre côté de la Seine, il faut accorder cette pièce à Reims plutôt qu'à Rennes, Rouen, etc., etc.

Variété. R.P. , monogramme composé des lettres R.P.P.I.N. Barre, signe d'abréviation.

^. R entre deux croisettes , perles dans le champ sur la face et le revers.

( M. Saubinet. )

CHARlfiltrAGNB; 76S — Sih.

L'absence de deniers de Charlemagne frappés à fteîiris' pouvait donner quelque vraiéemblânce aux corij'eétures de M. Fougère, qui en 1858, dans la jRevtié numismatique y cîaséaît la pièce stiivaïiteî à notre ville.

CAROLVS' en deux lignes. '

^'. RlMEl ÈfîBÙ èti deux lignes séparées frar une bàrrè hcïteôhtàle.

NCMISMATIQUC RÉIlOISE. H

Cette attribution n'a pu être acceptée.- M. de Longpérier la combattit dans une Notice sur quelques monnaies de Reims qu'il publia en 18A0 et dans la Description du cabinet de M. Rousseau* Ce savant classa ce denier à Ramerupt. Cette attribution prive Reims d'une pièce fort curieuse et qui manque à la série de ses' monnaies carlovingiennes.

Dn capitulaire , qui ne nous est connu que par le quarante et unième canon du concile de Reims en 813, décrit la monnaie d'or qui depuis n'est plus employée.

. Loms LE Débonnaibe. 81 A — ShO.

Le type adopté par les premiers Carlovîngîens ne fut point conservé par le fils de Cbarlemagne ; le monogramme disparut, et , tout en conservant la croix , Louis le Débonnaire fit inscrire le nom de Fatelier en légende borizontale dans le champ du revers de ses monnaies.

(Pl. h, n*9.)

+ HLVDOVICVS IMP. Croix.

^. REMIS CIYIS en deux lignes, point au centJ'e.

(M. Saubinet. — Poids 1«%76.)

Variété. ^ Mteie face*

^; REIMS CIVIS en deux lignes.

(M. Saubinet. — Poids 1«',24).

(PL. n, N' 11.)

Variété. — Même face.

32 NUMISMATIQUE RÉMOiSS«

^. plIL SGIVI TAS en trois lignes.

(M. Saubinet. — Poids l^^.eO.)

Variété* — Même face.

Sj. REMI GIVI TAS en trois lignes.

(La Bibliothèque impériale.)

Charles le Chauve. 840— 1B75.

La légende horizontale disparaît et le nom de l'atelier s'inscrit en cercle autour de la croix ; le monogramme que Louis le Débonnaire avait rejeté est de nouveau employée il devient le type carlovingieh qui se conserve jusqu'à Hugues Capet, figure sur quelques monnaies seigneuriales*

L'édit de Pistes, rendu le 7 des kalendes de juillet 80&, fixe à dix le nombre des monnayeries royales parmi lesquelles figure Reims. Dans cet édit Charles le Chauve prescrivait sur les deniers la présence du monogramme autour duquel devait être inscrit en toutes lettres le nom du roi et au revers la croix ayant en légende le nom de la ville qui les aurait émis. Cette ordonnance ne fut pas respectée, les ateliers du nord seuls s'y conformlérent. Le nombre considérable des monnaies de ce règne nous fait connaître que CQt édit ne fut pas langtemps en vigueur et que plusieurs villes avaient obtenu des concessions particulières.

Au règne de ce prince on doit classer les deniers conformes à l'édit de Pistes, ceux qui ont la croix au centre du nom royal et le monogramme au milieu du nom de la cité, puis enfin ceux au monogramme avec GRATIA DE! REX et la croix avec le nom de la ville.

^f*^»"im»B»«BSF-l«»TP*-

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■' "^"ff

NUlUSlIATIQUtt aiMOll».

(PL. nvN»i3.)

+ 6RATIÂ D~ I REX. Monogramme de KAROLYS.

i$. REMIS CIVITAS. Croix.

(M. SaubineU — Poids, i«',60.)

Variété. GRATIAD"- IRE.

(Bibliothèque impériale. — Poids,. 1<%72.)

Variété. + REMIS CIAIT&2.

(Gombroose.)

Variété. + RHEMIS CIVITAS.

(Rousseau.)

(TPi. n, w 14»)

+ GRATU D"" I REX. Monogramme de KAROLVS.

^. REIIIS CIVITIS. Croix.

Oboh.

(PL. n, N* 15.)

6RATIA DI REX. Monogramme.

^. + RIMIS CIVITAS. Croix.

(M. Saubinet. — Obole. Poids, 0»',67.)

(PL. n, N* 16.)

Variété. GRACIA D"" 1 R<£)X. M<mogranuD8.

(M. Saubinet. — Poids, i^Jk.)

(PL. n, N* 17.)

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