II. — ETUDE CLINIQUE
Nous avons pratiqué l'examen systématique de 213 malades, c’est-à-dire que nous avons étudié l’observation et les radiographies pulmonaires de ces malades, et que nous avons examiné le larynx de ces derniers, même en l’absence de tout signe fonctionnel ; dans certains cas, il nous a été possible de contrôler la clinique par l’autopsie. Ces examens nous ont permis de conclure ainsi :
a) La grande fréquence des laryngites latentes est un argument en faveur de l'examen systématique du larynx chez tous les tuberculeux pulmonaires.
b) Il nous semble difficile de penser que la contamination de la muqueuse du larynx se fasse par l’expectoration, et cela pour les raisons suivantes
1° Au point de vue étiologique, il n’y a pas de rapport constant entre l’évolution de la laryngite et celle de la tuberculose pulmonaire, ainsi qu'entre l'abondance et la richesse en bacilles de l’expectoration, d’une part, et la production d’une laryngite tuberculeuse d'autre part. Au cours de nos examens cliniques, nous n'avons pas remarqué le rôle favorable des lésions chroniques.
2° Anatomiquement, la nature de l’épithélium ne nous semble pas être en cause, d’une part en raison de la rareté des lésions sur la face externe du larynx, d'autre part du fait que les cordes situées à un endroit rétréci, recouvertes d’un épithélium plus mince, ne sont pas toujours atteintes, et cela dès le début.
3° Au point de vue anatomo-pathologique, la théorie muqueuse semble infirmée par le début profond, sous-muqueux, des lésions tuberculeuses.
4° Cliniquement, l’évolution est irrégulière, par poussées, sans rapport avec l’évolution pulmonaire.
5° Il nous semble que l’expérimentation elle-même n’a jamais pu être réalisée dans des conditions voisines des conditions normales.
c) L’infection du larynx par voie hématogène, sans qu’elle prenne nécessairement l’aspect d’une granulie, nous paraît être la seule hypothèse qui permette d’expliquer la détermination des lésions dans la majorité des cas, et cela pour les raisons suivantes :
1° Etiologiquement, la phtisie laryngée survient le plus souvent à une période tardive de l’évolution pulmonaire, période qui est celle de nombreuses disséminations tuberculeuses.
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2° Anatomiquement, le siège et la disposition si particuliers des vaisseaux du larynx nous semblent expliquer la détermination habituelle des lésions. Rappelons que, dans la majorité de nos observations, le début des lésions s’est fait sur les cordes ou sur les bandes, dont la vascularisation est bien spéciale.
3° Au point de vue anatomo-pathologique, cette théorie n’est pas en désaccord avec le début sousmuqueux des lésions laryngées. De même, cette théorie nous semble expliquer seule certains aspects particuliers notés au cours de nos autopsies.
4° Cliniquement, les lésions une fois apparues nous semblent évoluer pour leur propre compte.
5° L’expérimentation, telle qu’elle a été pratiquée, ne nous paraît ni infirmer ni affirmer cette théorie.
d) En comparant l’étude anatomique des lymphatiques du larynx à l’étude clinique et anatomo-pathologique de la laryngite tuberculeuse, nous pouvons conclure que la théorie de la contamination du larynx par les voies lymphatiques semble peu probable dans la majorité des cas pour les raisons suivantes :
1° Etiologiquement, chez l’enfant, qui a des voies lymphatiques bien développées, chez qui les adénopathies tuberculeuses sont fréquentes, les laryngites tuberculeuses sont rares.
2° Anatomiquement, la disposition des chaînes lymphatiques, carotidiennes et récurrentielles, ainsi que celle de la voie des lymphatiques sous-muqueux, nous paraissent contraires à une détermination des lésions par ces voies, en raison de la longueur et de
la complexité du trajet ; l’intégrité habituelle des relais ganglionnaires ne cadre pas avec l’hypothèse d’une atteinte du larynx par voie lymphatique.
Une seule exception doit être faite en faveur de la voie amygdalienne ; il existe en effet dans quelques cas, un canal lymphatique court, sans ganglion interrupteur, unissant l'épiglotte au tissu sous-amygdalien.
3° La concordance du siège et de l’évolution des lésions laryngées par rapport au siège et à l’évolution de la tuberculose pulmonaire, n’est pas vérifiée par lanatomie et la clinique. Il n'existe aucune voie lymphatique particulière unissant l’hémi-larynx au poumon du même côté. Cliniquement, notre statistique, nous donnant 40 % de cas favorables pour 20 % de cas défavorables, semble nous permettre d'affirmer que, quand cette concordance paraît exister, il s’agit sans doute, d’une coïncidence.
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Le Doyen, | LE PRÉSIDENT DE LA THÈSE, ROUSSY. F, BEZANCÇON.
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