‹ Essai sur la philosophie des sciences, ou, Exposition analytique d'une classification naturelle de toutes les connaissances humaines (volume 2)Chapitre 17 sur 39 · TECHNOLOGIE · texte numérisé non relu

TECHNOLOGIE

/ TicasoLoats feiaumiii. 1^

Observations. Il est aisé de voir qu'on retrouve encore ici les quatre points de vue dont nous avons parlé , appliqués à l'objet spécial deces sciences. Remarquons seulement dans ce tableau un nouvel exemple des modifications que ces points de vue éprouvent quelquefois* selon la nature de l'objet auquel ils se rapportent. Dans la physique , par exemple , le point de vue autoptique contemplait les propriétés des corps; ici il observe des procédés qui tombent également sous les sens. Le point de vue cryptoristique , dans la physique , cherchait les élémens constitutifs des corps; dans la technologie il se propose de découvrir le profit résultant d'une entreprise industrielle. Pour le point de vue troponomique , ce sont aussi des changemens qu'il compare dans l'un et l'autre cas ; mais ici ce sont despro-

cédés divers , comme là c'étaient des changemens produits dans les propriétés des corps , suivant les circonstances où Us se trouvaient. Enfin , le point de vue cryptologique étudie tonjours des causes : mais, en physique, c'est pour les connaître ; en technologie , pour appliquer la connaissance de ces causes an chois: des moyens les plus propres à atteindre le but qu'on se propose.

§ ni.

Sciences du troisième ordre relatives h la composition du globe terrestre , a la nature et à l'arrangement des diverses substances dont il est formé.

C'est le globe que nous habitons qui va maintenant nous occuper. Les sciences que nous avons parcourues jusqu'ici nous ont fourni les mesures, les procédés d'expérience et d'analyse , les instrumens , les moyens de transport , et , en général , tout ce qui est nécessaire pour qu'on puisse se livrer, avec succès , à cette nouvelle étude.

a. Énaraeration et définitions.

i . Géographie physique. La première chose que doit faire celui qui se propose de connaître le globe, c'est d'étudier non-seulement les accidens de sa surface , les mers , les fleuves , les plaines , les montagnes, les directions et les hauteurs respectives de leurs chaînes ; mais encore tout ce qui est relatif à l'aspect général qu'offrent dans chaque pays les végétaux et les animaux qui l'habitent , aux variations que présentent, en divers lieux et en divers

temps , les phénomènes dont la physique expérimentale ne traite que d'une manière générale , tels que sont l'inclinaison et la déclinaison de l'aiguille aimantée , la pression atmosphérique , la température moyenne et les températures extrêmes , celle des mers à différentes profondeurs , celle des eaux thermales» la nature et la quantité des substances que les unes et les autres tiennent en dissolution , la quantité plus ou moins grande des pluies , la direction ordinaire des vents suivant les diverses saisons, etc. , etc. , et surtout la nature des différens terrains qui , par leur superposition , forment le sol des plaines , et qui s'offrent à découvert sur les flancs des montagnes. En décrivant ces différens terrains , on doit les caractériser par les phénomènes physiques et chimiques qu'ils présentent , et les débris organiques de différente nature qu'ils renferment , sans toutefois s occuper en détail des diverses substances minérales dont ils sont composés , ce qui est l'objet d'une autre science du troisième ordre , dont nous allons parler, sous le nom de minéralogie. Quant à celle dont il est ici question , je lui conserve le nom qu'on lui a donné depuis long-temps de géograpliie physique , et j'y comprends l'hydrographie , qui n'est évidemment qu'une de ses subdivisions.

a. Minéralogie. Les divers terrains , qui recouvrent le globe terrestre jusqu'à la profondeur où il est donné à l'homme de pénétrer > ne sont étudiés

tkns la géographie physique que sous le rapport des propriétés qu'ils offrent à l'observation immédiate : nous avons maintenant à examiner les matériaux dont ils sont composés. Ces matériaux ont reçu le nom de minéraux 4 çt 1» science qui en traite celui de minéralogie.

Ce ne sont pas seulement les substances minëVt raies homogènes, soit simples, comme le soufre» un métal à l'état natif; *oit composées, telles qu'un oxide , un sulfure, un sel , etc. , qu on doit étudier en minéralogie ; mais encore les substances hétérogènes , telles que Je granité et les autres roches composées , qui différent des précédentes en ce qu'elles sont formées par la réunion de plusieurs minéraux homogènes qu'on peut séparer mécaniquement; ces deux sortes de substances entrent l'une et l'autredans la composition des terrains dont le minéralogiste doit, sans distinction» déterminer tous les matériaux, tandis. que c est au chimiste qu'appartient la décomposition ultérieure, en leurs principes constituans , 4e ceux de ces matériaux qui sont homogènes* 11 est , d'ailleurs, évident que la minéralogie ne peut venir, dans la classification naturelle de toutes nos connaissances, qu'après la géographie physique, puisqu'il faut bien, quand on parle d'un minéral, pouvoir dire dans quelles parties du globe , dans quelles chaînes de montagnes , dans quelles sortes de terrains , ce minéral se trouve.

On s'e tonnera peut-être ici de deux choses, i°. de

ce que je ne réunis pas la minéralogie à la botanique et à la zoologie , comme on a coutume de le faire sous la dénomination commune d'histoire naturelle; a°. de ce que j'en fais une science du troisième ordre, tandis que j'élève au premier ordre la botanique et la zoologie , ainsi qu'on le verra dans le chapitre suivant. Je dois donner ici quelques explications à cet égard.

I # . La réunion qu'on fait ordinairement de la minéralogie et des deux sciences dont je viens de parler, ne saurait être admise dans une classification naturelle des- sciences. Nous avons vu que, dans une telle classification , on a d'abord à considérer un premier règne qui comprend toutes les vérités ^relatives au monde matériel , et qui doit être divisé en deux sous-règnes , dont le premier se compose de celles qui se rapportent aux propriétés inorganiques des corps , et le second , des vérités que nous fait connaître Fétude des êtres y i vans. Dès lors, la minéralogie ne peut être placée que dans le premier sous-règne , et se trouve ainsi entièrement séparée de la botanique et de la zoologie qui appartiennent au second.

a 0 . La minéralogie en elle-même , ' séparée des sciences qu'on y a jointes mal. à propos , n'est réellement qu'une science du troisième ordre. En effet, lorsque la simple observation d'un minéral a fait connaître ses propriétés géométriques , c'est-à-dire, ses formes cristallines quand il en présenté; ses

propriétés physiques , telles que sa pesanteur spécifique, sa dureté, sa transparence ou son opacité, sa conducibilité pour le calorique ou l'électricité , et que la chimie nous a appris de quels élémens il est composé , la connaissance qu'on a de ce minéral est complète. D'ailleurs , pour les minéraux, 1 n'y a point d'autre classification à faire que celle qui est fondée sur leur composition* Ajoutons qu'il n'y a point chez eux ces changement continuels oui constituent la vie des végétaux et des animaux, qu'il n'y a point de fonctions à expliquer,

que , par conséquent, dans leur étude, il n'y arien >qu'on puisse comparer à ces divisions de la botanique et de la zoologie , queje nommerai physiologie végétale et physiologie animale. La minéralogie se trouve ainsi bornée à décrire, dénommer, ranger, d'après la nature de leurs élémens , toutes les substances inorganiques qu'offre le globe , soit dans son sein , soit à sa surface ; elle y parvient à l'aide des em^ prunts qu'elle fait aux sciences précédentes : la géométrie moléculaire , la physique , la chimie, etc. , et n'est, dès lors, qu'une des sciences du troisième ordre comprises dans celle du premier, qui a pour objet spécial l'étude complète de notre planète.

3. Gêonomie, Quand on a étudié, dans la géographie physique , la configuration et la nature des différens terrains , les propriétés physiques et chimiques qui les caractérisent; que la minéralogie nous a appris de quelles substances minérales , de quels agrégats de ces substances chaque terrain est

composé , il est temps de déterminer les lois de leur situation respective , et celles de la dépendance mutuelle par laquelle certains minéraux ne se trouvent que là où se rencontrent aussi certains autres minéraux. Tel est l'objet d'une science du troisième ordre que j'appelle gèonomie , de ou ?a/n, terre , et '•V of > loi,

4. Théorie de la terre. Remonter aux causes des lois dont nous venons de parler, découvrir quels changcmens successifs ou quelles révolutions soudaines ont mis le globe dans l'état ou nous le voyons, les causes qui ont amené ces formations successive* dont nous reconnaissons aujourd'hui l'existence qui ont incliné ou brisé çâ et là les couches composant l'écorce du globe ; tout cela est l'objet d'une science du troisième ordre, qui complète l'ensemble de nos connaissances relatives au gtobe terrestre , et que je nommerai théorie de la terre. Sous ce nom on a désigné autrefois des hypothèses qui-n étaient que de vains romane • ™ a iV aujourd'hui , grâce aux travaux des géologues modernes , et surtout à ceux de M. Elie de Beaumont , la théorie de

la terre s'est élevée au rang d'Une véritable science.

O. CU^iUcatioB.

La réunion de ces quatre sciences , qui ont pour objet spécial de nous faire connaître le globe que nous habitons , conâtitue une science du premier ordre , embrassant tontes les connaissances qui y sont relatives. Je donnerai à cette science le nom

de GÉOLOGIE. Les deux premières forment une scienee du second ordre , que j'appellerai GÉOLOGIE élémentaire. Quant à la science du même ordre , qui comprend les deux dernières , comme celles-ci reposent uniquement sur la comparaison des faits géologiques , je pense que le nom le plus convenable pour en désigner la réunion, est celui de géologie comparée , d'autant que le mot géognosîe , que j'avais cru d'abord devoir assigner à cette réunion , est employé par ceux qui en font usage , dans une acception toute différente , comme un synonime du mot géologie , à cela près qu'ils en écartent précisément les recherches dont se compose la théorie de la terre.

Ces divisions de la géologie nous donnent le tableau suivant

Scietctda t*r ordre. I Science» du %• ordre. I Science* du *• ordre.

GEOLOGIE .

(Géographie phy tique.

(.GiOLOAU ceuPAtii |

Observations. Le point de vu© autoptique de l'étude du globe te reconnaît évidemment dans la géographie physique; comme son point de vue vrrptorlstlquc daus la minéralogie, qui va chercher dans les divers terrains les matériaux dont ils sont composés. La géonomie , qui classe ces terrains , et compare leurs situations respectives dans tons les lieux où Ton a pu jus* qu'à présent les observer , pour en déduire des lois , est essentiellement tropouomique ; de môme que la théorie de la terre , qui remonte aux causes si long-temps cachées de son état actuel, est le point de vue cryptologique de l'ensemble de nos connaissances sur le globe que nous habitons.

§ IV

Sciences du troisième ordre relatives aux procédés par lesquels nous nous procurons les substances qui se trouvent à la surface ou dans le sein de la terre , destinées à être ensuite transformées de la manière qui nous est la plus avantageuse.

De même que la connaissance des propriétés inorganiques des corps , acquise dans la physique, a été appliquée à l'utilité de l'homme dans les diverses branches de la technologie ; de même , quand la géologie nous a fait connaître la nature des diverses substances qui entrentdans la composition du globe terrestre, et leur disposition, soit dans son sein , soit à sa surface , nous sommes naturellement conduits à étudier tout ce qui est relatif aux moyens par lesquels l'homme se procure celles de ces substances qui peuvent lui être utiles.

a. Érmmcration et définitions.

I . Exploitation des mines . La première science qui se présente ici, a pour objet de décrire tous les procédés par lesquels on se procure les substances minérales , soit qu'il faille les aller chercher dans le sein de la terre, soit qu'on les trouve à sa surface, comme le sable aurifère sur le bord de certains fleuves , soit que la mer les recèle. Elle doit comprendre en outre l'indication des lieux et des terrains où se rencontrent les diverses substances minérales que peuvent réclamer les besoins de la société. Je donnerai à cette science le nom d'Exploitation des

mines , qu'on emploie généralement pour la désigner. Seulement , il faut en étendre la signification de manière à y comprendre , non-seulement les procédés employés dans le premier cas , mais encore ceux qui le sont dans les deux autres : par exemple, toutes. les opérations par lesquelles on retire le sel marin des eaux de la mer ou des sources salées. Car, comme je l'ai déjà dit, il vaut mieux étendre la signification d'un mot, lors même que l'étymologie semblerait s'y refuser, que de tomber dan* l'inconvénient infinimentplns grave de séparer d'une science des objets d'étude qui doivent en faire partie , d'après la nature même des choses.

2. Docimasie. Pour diriger une exploitation de mines, pour en tenter une nouvelle, il importe surtout de déterminer le bénéfice ou La perte qui peut résulter d'une entreprise de ce genre. Four cela, la première chose à faire c'est de découvrir la richesse du minerai qu'on veut exploiter. L'art de faire les essais nécessaires , ou d'évaluer par les procédés du travail en petit les produits et les avantages du travail en grand , s'appelle docimasie , de fuu/UÇ*, j'éprouve, j'essaie. Il faut de plus calculer tous les frais de main d'œuvre , de combustible, de transport, d'administration, e,tc., pour pouvoir les comparer au profit qu'on espère, et aux chances Àe ventes. Je comprendrai toutes ces recherches sous le nom de dçcimasie, aimant mieux étendre ainsi la signification ordinaire de ce mot, que d'en faire un nouveau.

3. Oryxionomie. Il n'est pas moins de l'intérêt de celui qui a une mine à exploiter de comparer les divers procédés qui peuvent être employés, pour choisir les plus avantageux. Cette comparaison peut se faire de deux manières : d'abord , en partant des résultats obtenus pardes procédés usités en diffère ns temps et en différons lieux , ce qui suffit souvent ponr déduire de cette comparaison des lois ou des règles sûres d après lesquelles il puisse juger quels sont ceux qu'il doit préférer. Pour désigner cette science, j'ai formé le mot d 1 'oryxionomie, du grec action de fouiller le sein delà terre, et '«V«'> loi. J'avais d'abord cru pouvoir lui donner le nom de métallurgie ; j'y trouvais l'avantage d'employer un mot connu, mais il fallait en altérer le sens; car ce qu'on entend ordinairement par métallurgie , c'est cette partie de l'exploitation des mines qui enseigne les procédés qu'on emploie pour sépàrèr les métaux des minerais qui les contiennent. Ce sens m'a paru depuis trop éloigné de l'idée que j'avais a rendre, et c'est ce qui m'a déterminé à créer un nom nouveau.

4. Physique minérale. Mais cette comparaison de résultats que souvent on ne pourrait obtenir qu'avec beaucoup de temps et de dépenses , peut se faire bien plus facilement quand on remonte aux causes des phénomènes physiques et chimiques qui se passent dans les divers traitemens qu'on fait subir aux minerais, ce qui d'ailleurs peut seul con-

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duîre à découvrir de nouveaux agens ou de nouveaux procédés , et en faire prévoir les résultats. C'est la science que j'appellerai physique minérale , parce que , comme je l'ai dit plus haut , je comprends la chimie dans la physique générale.

b. Classification.

Ces. quatre sciences du troisième ordre nous font connaître tout ce que nous pouvons savoir relativement à leur objet spécial, 1 étude des moyens par lesquels, nous nous procurons les substances minérales destinées à nos usages. Leur réunion former» une science du premier ordre, que j'appellerai ORYCTOTECHNIE , d'o>v«r«, minéraux, et de T *X"* 9 art. Cette science du premier ordre peut se diviser en deux du second , dont l'une, l'ORYCTOTECH- NIE ÉLÉMENTAIRE , comprendra l'exploitation des mines et la docimasie ; tandis que l'autre renfermera l'oryxionomie et la physique minérale, sous le nom d'OR TCTOTECHH IB, COMPARÉE; j'ai été conduit à choisir cette expression par les motifs que j'ai exposés plus haut, en parlant de la technologie comparée.

Voici le tableau de cette division :

Scimctdu ordre. |. Science» du a* ordre, | Science» du 3* ordre»

{Exploitation dei mine*.

( Docisuuc*

.O»ic?0Tkca*iB cou nuit.

Obseiivatiojis. Il est impossible de méconnaître , dans ces quatre sciences do troisième ordre» une nouvelle application de nos quatre points de Tue , autoptique , cryptoristique , etc. , précisément comme dans les quatre sciences du troisième ordre qu'embrasse la technologie. Voyez pages 84 et 85.

Définitions et classification des sciences du premier ordré qui ont pour objet les propriétés inorganiques des corps et leur arrangement dans le globe de la terre.

Après avoir parcouru toutes les sciences du premier ordre qui se rapportent à cet objet général , et qui doivent, par conséquent , être réunies en un même embranchement, il nous reste à les déGnir indépendamment des sciences du troisième ordre renfermées dans chacune d'elles , à en déterminer

Tordre et les limites respectives , et à les classer.

a. Énnmération et définitions.

1. Physique générale. Dans toutes les sciences qui ont précédé la physique générale , le monde était considéré dans son ensemble ; celle-ci examine en détail les propriétés des corps inorganiques dont se compose ce vaste, ensemble; et quelle que soit l 1 analogie qui existe entre elle et l'uranologie , ce caractère suffit pour tracer entre deux sciences, (Tailleurs si voisines , la ligne de démarcation qui les sépare , et distingue en même temps l'embranchement des sciences mathématiques de celui des

sciences physiques. L'homme se propose ici un nouvel objet de recherches » et acquiert en même temps un nouveau moyen d'investigation : jusquelà borné à la simple observation , U pourra désormais y joindre l'expérience.

a. Technologie. La technologie est distinguée de la physique générale, en ce que, dans cette dernière , nous n'étudions les corps que pour connaître leurs propriétés et les phénomènes qu'ils nous offrent , tandis que » dans la première , c'est pour découvrir l'utilité qu'ils peuvent nous procurer, et les moyens par lesquels nous les approprions à nos besoins.

3. Géologie* La distinction de la physique générale et de la géologie es t suffisamment déterminée, par eela seul que la première considère les corps en général , et que la seconde les étudie seulement comme faisant partie du globe terrestre. Cette distinction , quand on en vient au détail , est cependant sujette à quelques difficultés , et c'est ce qui m'a engagé à la préciser, en disant que l'étude des propriétés et des phénomènes que présentent les corps partout et en tout temps , est l'objet de la physique générale ; tandis que l'étude comparative des modifications dont ces propriétés et ces phénomènes sont susceptibles en divers lieux ex en divers temps, est celui de la géologie.

En effet, il appartient à la physique générale de dire que l'aiguille aimantée se dirige vers le nord ,

en déclinant pins on moins , soit à Test , soit à l'ouest ; que la pression atmosphérique fait équilibre à une colonne de mercure sujette à varier par un grand nombre de circonstances ; que l'eau s'évapore , se condense en nuages , et retombe en pluie ; que les diverses substances dont se compose le sol sur lequel nous marchons sont ordinairement disposées en couches sensiblement parallèles, etplusou moins inclinées , etc. Mais c'est à la géographie physique de dire quelle est la déclinaison de l'aiguille aimantée , la hauteur moyenne du baromètre , la quantité plus ou moins grande de pluie qui tombe dans les différens lieux et les différons temps; et c'est à la géonomie à nous apprendre quelle est , dans ces divers lieux , la nature et l'inclinaison des couches dont le sol est formé. De même la météorologie, tant qu'elle considère d'une manière générale des phénomènes atmosphériques , n'est qu'une division de la physique générale; mais quand elle s'occupe des différences que ces phénomènes présentent en divers lieux, elle appartient à la géographie physique.

f.Oryctotechnie. L'oryctotechnie est séparée de la géologie par le même caractère qui distingue la technologie delà physique générale. La géologie étudie les matériaux du globe terrestre, seulement dans le but de les connaître ; et l'oryctotechnie dans celui de nous procurer ceux que réclament nos besoins.

Quant à la distinction de la technologie et de IV

ryctolechnie , elle est lujette à une difficulté relativement au point précis où Tune cesse et l'autre commence. La technologie a pour objet de transformer les corps de la manière la plus avantageuse , pour les approprier à nos besoins 5 celui de l'oryctotechnie est de nous procurer les substances minérales sur lesquelles s'exercent les arts. Pour les substances qui, comme les pierres, la houille , l'ardoise , le peroxide de manganèse et plusieurs autres , sont livrées à l'industrie dans l'état même où elles sortent de la carrière ou de la mine * cette difficulté n'existe pas ; les travaux d'extraction appartiennent à l'oryctotechnte ; l'emploi qu'on fait de ces substances , à la technologie. Mais lorsqu'il s'agit des métaux , par exemple , il faut les retirer des minerais qui les recèlent , par des travaux plus ou moins compliqués, et qu'on peut regarder comme des transformations qu'on fait subir aux matières tirées de la terre , pour commencer à les approprier aux usages auxquels nous les destinons. On, serait donc porté à ranger ces travaux dans la technologie; mais comme, d'un autre côté , ils font aussi partie de ceux qu'il est nécessaire d'exécuter pour se procurer le métal 9 l'oryctotechnie les réclame à son tour. Une considération doit décider en sa faveur : c'est qu'on doit, comme nous l'avons remarqué plus haut, placer en général, dans un même groupe, les vérités dont les mêmes hommes s'occupent, et qu'il convient dès lors de réunir dans les ouvrages où ils doi-

vent les apprendre. Noua filerons donc la limite entre les deux sciences du premier ordre dont il est ici question, à l'époque où les substances minérales sortent des mains de celui qui exploite la mine , pour être livrées au commerce et à l'industrie.

J'ai aussi hésité d'abord sur la priorité à donner dans Tordre naturel à la technologie , ou àl'oryctotechnie. 11 me semblait, au premier coup-d'œil, qu'on devait s'occuper des moyens de se procurer les substances minérales nécessaires aux arts, avant d'étudier ceux de les mettre en œuvre ; et alors nonseulement l'oryetotechnie , mais les sciences relatives à l'utilité que nous retirons des végétaux et des animaux , et dont nous parlerons tout à l'heure, auraient dû être placées , dans l'ordre naturel , avant la technologie ; mais je vis bientôt , en y réfléchissant, qu'il n'en était pas ainsi. En effet, on peut comprendre tous les procédés relatifs aux arts qui transforment les substances qu'on trouve dans le commerce, sans s inquiéter des moyens par lesquels on se les procure; au lieu que c'est la technologie qui fournit à celui qui a des mines à exploiter, tous les instrumens, machines et appareils qui lui sont nécessaires , et dont on ne peut bien comprendre l'usage que quand on a acquis une connaissance suffisante des procédés des arts. Celui qui cultive les végétaux , qui nourrit les animaux, n'a pas moins besoin de cette connaissance ; et , d'après ce qui a été dit au commencement de cet ou-

vrage , celte seule raison suffit pour placer la technologie avant les sciences où Ton étudie les moyens de se procurer les substances de tout genre qu'elle emploie. Or, suivant que ces substances sont minérales , végétales ou animales , les procédés pour les obtenir sont différens , et doivent, par consé-i quent, être l'objet de sciences différentes; tandis que la même division ne saurait avoir lieu dans la technologie , parce que les procédés qu'elle emploie n'offrent aucune différence essentielle, quelle que soit l'origine des substances qu'elle transforme, et parce qu'elle en réunit souvent dans un même ouvrage , qui proviennent de ces différentes origines , comme lorsque le layetier emploie fer , bois et peaux pour la fabrication d'une malle.

b. Clarification.

Ces quatre sciences du premier ordre embrassent l'ensemble des connaissances que nous pouvons avoir relativement à leur objet général indiqué plus haut. J en formerai donc un embranchement auquel je donnerai le nom de SCIENCES PHYSIQUES, et qui se divisera en deux sous-embranchemens comprenant , le premier, la physique générale et la technologie, sous le nomeommun de sciences physiques proprement dites; et le second, la géologie et l'oryetotechnie , sous celui de sciences géologiques. Les motifs de cette subdivision des sciences physiques sont trop évidens pour avoir besoin d'être expliqués.

Le tableau suivant rendra sensible cette classification.

Embranchement. I Sout-embra richement. I 8cienct$ du f ordre.

Obsbrvatioks. Ici se présente la même remarque que nous

comprises dans l'embranchement des sciences mathématiques. Toutes les recherches du physicien étant fondées sur l'obser- * ation immédiate des faits , et celle-ci étant constamment I a pierre de touche de la Térité des formules qu'il déduit , soit de l'expérience » soit des hypothèses qu'il fait sur h nature des forces des atomes , il est facile de reconnaître dans cette science le point de rue auloptique de l'embranchement auquel elle appartient La technologie a pour but de découvrir l'utilité que nous pouvons retirer des corps, et les moyens que nous devons employer pour les approprier à nos besoins t ce sont là autant de problème* qui constituent le point de rue cryptoristique des sciences physiques. La géologie détermine et compare les changemens qu'éprouvent , en dive» lieux et en divers temps , soit les propriétés et les phénomènes que présentent les corps , soit leur disposition à la surface et dans le sein de la terre; c'est bien là le point de vue troponomique. Enfin , c'est à loryctotechnie qu'il appartient d'aller chercher dans le sein de la terre les substances qui y sont cachées t de découvrir les moyens aux^ quels nous devons recourir pour les en retirer, et de surmonter tous les obstacles que la nature oppose à leur extraction ; point de vue cryptologique relativement à l'objet général des sciences, dont se compose l'embranchement dont il est ici question^

SGti PHYSIQUES..

avons faite au sujet des quatre

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