IH
Sciences du troisième ordre relatives aux perturbations de l'ordre normal des phénomènes xi taux .
Après avoir étudié l’influence, soit des agens extérieurs , soit des circonstances internes sur les phénomènes de la vie, nous devons maintenant nous occuper des perturbations mêmes de l'ordre normal de ces phénomènes, auxquels on a donné le nom de maladies.
a. Énumération et définitions.
i. Nosographie. A partir de l invasion dune maladie , il s’établit une sùrie de phénomènes vitaux , plus ou moins différons de ceux qui ont lieu dans l’état de santé. C’est à décrire ces phénomènes que se sont appliqués les auteurs de tous les recueils d’observations , qui tiennent une si grande place dans la bibliothèque des médecins. La description d une maladie doit signaler les circonstances où elle a commencé, tous les symptôtnes quelle a présentés à ses diverses périodes, ses crises, sa durée, son issue , etc. Si l’homme , en étudiant les maladies , n’avait pour but que de satisfaire sa curiosité, et qu’il les laissât suivre leur cours naturel , elles fourniraient à l’observation des phénomènes qui se reproduiraient à peu près les mêmes dans
chaque maladie, et la science dont nous nous occupons ici serait bien moins étendue quelle ne doit réellement l’être. Il ne s’agit pas seulement de la description de ce que serait chaque maladie, si elle était ainsi abandonnée à elle-même; ce qu’observent les médecins , ce qui se trouve consigné dans les recueils dont nous venons de parler, c’est tout ce qui est arrivé au malade, non-seulement atteint d’une maladie déterminée , mais soumis à la médication qui lui a été prescrite. Le régime qu’il a suivi, les remèdes qu’il a pris, les doses de ces remèdes , les époques auxquelles ils ont été administrés , doivent faire partie de la description de chaque maladie individuelle. C’est le seul moyen de rendre ces descriptions utiles , et propres à servir de bases aux autres sciences , relatives au même objet, dont il nous reste à parler. Mais comme les mêmes maladies ne produisent pas les mêmes ravages , comme les remèdes ne sont pas toujours suivis des mêmes effets chez les individus d’àse , de sexe, de tempérament diflférens, les descriptions qu’on en fait doivent tenir compte de toutes ces circonstances, et les observateurs ont soin, avec raison, de ne pas les omettre.
Il y a des maladies qu’on n’observe que dans certains climats ; celles qui attaquent les hommes et les animaux domestiques , dans les régions les plus chaudes de notre globe, ne sont pas toujours les mêmes que celles auxquelles ils sont, exposés
dans les pays du nord; 11 y en a d’autres qui sont propres à certaines localités , comme celles qui ne sévissent que dans les lieux marécageux, comme le crétinisme est borné à certaines chaînes de montagnes, etc. ; il y a enfin des maladies qui appartiennent presque exclusivement à certaines saisons de l’année. Relativement à ces diverses circonstances, il faut , dans la classification des faits nosologiques , suivre la même marche que dans la botanique et la zoologie, pour les faits analogues que présentent les végétaux et les animaux. Nous avons vu que c’est dans la phytographie et la zoographie qu’on doit indiquer, en décrivant chaque espèce, les climats où elles se trouvent, les lieux qu’elles habitent, les époques où elles se reproduisent; mais que c’est dans la phytonomie et la zoonomie qu’on doit exposer les lois générales de la distribution sur la surface de la terre des végétaux et des animaux ; il doit en être de même à l’égard des maladies. C’est dans la nosographie , en décrivant chaque espèce de maladie , qu’on doit faire connaître quels sont les climats, et les lieux où elles régnent, quand on ne les observe que dans certaines régions ou certaines localités ; l’époque de l’année où elles se développent plus fréquemment, quand elles sont ordinairement bornées , à certaines saisons: mais c’est dans la thérapeutique générale, dont nous parlerons tout à l’heure, qu’en classant les maladies, on doit s’occuper des lois générales relatives à leur
distribution, suivant les climats, les lieux et les temps.
C’est d'une collection aussi complète que possible de descriptions ainsi conçues, que se compose la science du troisième ordre, à laquelle je donne le nom de Nosographie , et c’est ce qu’il doit signifier d’après son étymologie. Une maladie dans laquelle on n aurait prescrit aucun remède, où il n’y aurait eu aucun changement dans le régime du malade , ne doit être considérée que comme un cas particulier parmi ceux où la même maladie s’est développée sous l’influence des divers médicamens , des divers régimes , employés par différens médecins; bien loin que des descriptions, bornées à ce cas , pussent suffire pour constituer une science , on peut dire qu elles ne seraient relatives qu’à des cas exceptionnels et d’autant plus rares , à prendre les choses à la rigueur, qu’ordinairement la maladie oblige le malade à changer sa manière de vivre habituelle , et que c’est déjà là un changement de régime, un commencement de médication.
Je sais que le mot de Nosographie a été employé dans un sens assez différent de celui que je lui donne ici. L’ouvrage du docteur Pinel ne se borne pas à des descriptions générales de maladies, il les définit et les classe ; mais cette partie de son travail appartient à une autre science du troisième ordre, dont je parlerai tout à l’heure. J’ai dû, d’une part, restreindre le sens du mot Nosogra-
phie, conformément à son étymologie, en le bornant à ce qui peut être l’objet d’une observation immédiate, et l’étendre de l’autre, en comprenant dans les descriptions des maladies qui sont 1 objet de cette science, comme on le fait généralement , non-seulement le traitement qui a été suivi , mais encore toutes les circonstances dâge, de sexe, de tempérament, définies et étudiées dans la crasio logie. C’est pour cette raison que j’ai dû placer la nosographie après la physique médicale et l’hygicne.
2. Anatomie pathologique. La nosographie décrit dans les maladies tout ce qui est susceptible d’observation immédiate; mais pour avoir une con naissance complète de chacune d’elles, il faut connaître en outre les altérations intérieures des organes , liées comme causes ou comme effets avec la
maladie, ce qu'on appelle son siège. Cette connaissance est l’objet de 1 ' anatomie pathologique , qui est à l’égard des maladies décrites dans la nosographie, ce que l’anatomie végétale et l’anatomie animale, sont à l’égard des végétaux et des animaux décrits dans la phytographie et la zoographie. De même qu’après que le phytographe et le zoographe ont observé tout ce qui peut l’être immédiatement dans les êtres organisés , l’anatomiste va chercher dans leur intérieur les organes qu’il doit examiner et décrire ; de même , après que le nosographe a décrit tous les phénomènes extérieurs qu’a offerts une maladie dont l’issue a été fatale , on doit cher-
cher, par la dissection, quels étaient les organes ou les tissus affectés, et en décrire les altérations.
Tl en est de l’anatomie pathologique comme de la nosographie ; si , conformément à la signification que j’ai donnée à ce mot , cette dernière science n’est que l’ensemble de tous les recueils d’observations où l’on a consigné non-seulement les phénomènes qu’ont présentés les diverses maladies , mais encore le traitement qui leur a été appliqué , etl issue de ces maladies , l’anatomie pathologique n’est de même que l'ensemble des recherches anatomiques qui ont fait connaître ce qu’on appelle le siège des maladies , et les désordres intérieurs observés à la suite de celles dont la terminaison a été funeste. C’est ainsi que la zoographie , par exemple , est l’ensemble de toutes les descriptions , soit des caractères extérieurs des animaux, soit de leurs mœurs, des alimens dont ils se nourrissent, et des lieux qu’ils habitent, tandis que l’anatomie animale se compose de toutes les recherches relatives à l’organisation interne des diverses espèces; et de même qu’un recueil d’observations, où ces espèces seraient étudiées à la fois sous ces deux points de vue, n’appartiendrait plus ni à la zoographie , ni à l’anatomie animale considérées séparément, mais à la science du second ordre qui les réunit, et à laquelle j'ai donné le nom de Zoologie élémentaire ; de même tout recueil d’observations nosographiques , où l’histoire de chaque maladie qui aurait eu une ter-
minaison funeste, serait suivie de l’examen des organes internes, n’appartiendrait ni à la nosographie, ni à l’anatomie pathologique , mais bien à la science du second ordre où elles sont comprises , et que j’ai nommée nosologie proprement dite.
3. Thérapeutique générale. Les lois qui déterminent en général , parmi les divers agens décrits dans la physique médicale, ceux qu’il convient d’employer pour la guérison des différentes maladies , forment une des parties les plus essentielles de la science du médecin. Elles établissent entre chaque maladie et le traitement qui lui convient des rapports qu’on pourrait comparer à ceux que les lois de la dynamique établissent entre les mouvemens et les forces. Elles sont l’objet d’une science que je désignerai sous le nom de Thérapeutique générale , pour la distinguer de la thérapeutique spéciale dont je parlerai bientôt. Le mot de Thérapeutique a toujours été usité en médecine , mais sa signification n’a pas été définie avec précision , et la thérapcuûcjuo a été quelquefois confondue avec ce qu on nomme matière médicale , c’est-àdire , avec la partie de la pharmaceutique où l’on s’occupe seulement de l’action des substances dont le médecin fait usage. Celle-ci décrit, à la vérité, des moyens de guérison que la thérapeutique doit employer; mais on ne peut, sans jeter la plus grande confusion dans les sciences dont il est ici question, comprendre, dans la matière médicale , à
— iCG —
l’article «le chaque médicament, non-seulement l'indication de toutes les maladies où il peut être employé, mais encore tout ce qui doit guider le médecin dans le choix et l’application de ce médicament. C’est , au contraire , seulement après qu’on a décrit les diverses maladies , et qu’on en a reconnu le siège, qu’on doit s’occuper du traitement qui leur convient, et dès lors la thérapeutique générale ne peut être placée qu’après la nosographie et l’anatomie pathologique, tandis que la pharmaceutique doit précéder la nosographie , par les raisons que je viens d’indiquer. D’ailleurs la thérapeutique générale ne se borne pas seulement à indiquer pour chaque maladie les alimens ou les remèdes décrits dans la matière médicale, elle doit embrasser l’application au traitement des maladies de tous les moyens dont on a étudié les effets dans la physique médicale. Pour pouvoir établir les lois générales qui doivent guider le médecin dans celte application, il faut d’abord classer les maladies , en rapprochant celles qui ont le plus d’nnalogie et dont les traitemens doivent, par conséquent, être plus semblables. C’est pourquoi je comprends dans la thérapeutique générale la classification des maladies et l’ordre quelles suivent, en général, dans leur distribution sur la surface du globe, qui sont une dépendance des lois dont cette science s’oécupe, comme la classification des végétaux et des animaux et leur répartition générale dans les divers pays
sont une dépendance des lois générales de leur organisation, objet de la pliytonomie et de la zoonomie.
4 . Physiologie médicale. La recherche des causes des maladies , l'explication des phénomènes qui les accompagnent , celle de la manière dont les médicamens et le régime influent pour modifier ces phénomènes et la maladie elle-même ; tels sont les divers objets de la science du troisième ordre à laquelle j'ai donné le nom de Physiologie médicale . J ai. dû encore réunir ici ce qui est relatif à l’action des remèdes avec ce qui se rapporte aux maladies elles-mêmes , comme , dans la nosographie , j’a considéré les symptômes morbides dans toutes les modifications que leur fait éprouver l’emploi des divers moyens auxquels le médecin peut avoir recours, comme , dans la thérapeutique générale , j’ai joint à la classification des maladies la détermination de tous les moyens qu’il convient d’employer dans le traitement de chaque maladie et de chaque groupe de maladies.
Sans cette réunion , il m’aurait fallu multiplier les subdivisions dans les sciences médicales ; diviser , par exemple , la science dont nous nous occupons actuellement en deux autres , dont l’une aurait eu pour objet d’expliquer les phénomènes morbides, et l’autre l’action des diverses espèces de médications sur ces phénomènes et sur l’issue de la maladie. Mais plus j’y ai réfléchi , plus je me suis
convaincu qu’outre que cette subdivision est une de celles dont je ne dois pas m’occuper , elle tendrait à séparer des considérations qui se trouvent naturellement réunies lorsqu’on s’occupe successivement des diverses maladies.
C’est pourquoi j ai préféré le nom de Physiologie médicale à celui de Physiologie pathologique , dont on se sert ordinairement pour désigner l’étudo des causes des phénomènes morbides. J’aurais pu à la vérité proposer d’en étendre le sens , de manière à y comprendre tout ce qui doit faire partie de la science du troisième ordre dont il est ici question ; mais l’ancien usage de le restreindre à cette étude aurait toujours mis dans l’esprit une confusion facile à prévenir , en préférant la dénomination plus convenable de Physiologie médi^ cale.
Quoique les définitions données jusqu’ici des diverses sciences dont j’ai parlé , me paraissent suffisantes pour en déterminer complètement les limites respectives, je crois devoir donner un exemple propre à prévenir toutes les difficultés qui pourraient rester à ce sujjetdans l’esprit du lecteur. Supposons qu'il s’agisse du vomissement.
Considéré comme une fonction organique, il appartient à la zoologie : les dispositions de l’organe digestif qui peuvent le rendre impossible dans certaines espèces d’animaux, doivent être étudiées dans l’anatomie de ces espèces; la détermination
des muscles qui le produisent , des nerfs qui les mettent en mouvement , les expériences qui prouvent que la membrane même de l’estomac u est que passive dans ce phénomène, tout cela appartient à la physiologie animale qui doit expliquer cette lonction comme toutes les autres; mais la propriété qu’a l’émétique de le provoquer, soit que l’homme soit sain ou malade , est du ressort de la pharmaceutique , ainsi que la diversité des effets produits à différentes doses et les expériences qui prouvent qu’introduite dans le tissu cellulaire elle détermine le vomissement, comme quand elle est mise en contact avec la membrane muqueuse du canal intestinal ; s’il est question de savoir dans quelle maladie il convient de la prescrire , c’est la thérapeutique générale qui doit répondre à cette question ; l’explication de l’influence de ce remède sur la série des phénomènes morbides résultant de cette maladie, fait partie de la physiologie médicale , c’est elle qui rend raison , autant que cela est possible, des bons effets qu il peut produire ; mais la prescription de l’émétique à un individu , d’après les circonstances où il se trouve et les symptômes qu il présente , appartient à la prophylactique, s’il s’agit de prévenir une maladie, et s’il est question de la guérir, à une des sciences dont nous traiterons dans le chapitre suivant, la thérapeutique spéciale.
Un des savans que j’ai consultés sur ma classifi-
cation des sciences médicales , avant de la publier, m’a fait, sur l ordre dans lequel j’ai rangé la thérapeutique générale et la physiologie médicale , une difficulté que je crois devoir éclaircir ; il pensait que la thérapeutique générale ne devait venir qu’après la science où l’on étudie les causes des maladies , c’est-à-dire, après cette partie de la physiologie médicale qui a reçu le nom de physiologie pathologique. Or , il est évident qu’ici, comme dans toutes les sciences traitées précédemment , on ne doit s’occuper de la recherche des causes des phénomènes, qu’a près qu’on a déterminé, par la comparaison des faits, les lois auxquelles ces phénomènes sont soumis. Cet ordre, dont Bacon a démontré la nécessité dans toutes les branches de nos connaissances , n’est nulle part plus indispensable que quand il s’agit des maladies , précisément parce que les causes qui les produisent , et celles des modifications qu’y apporte l’emploi des médicamens, sont incontestablement ce qui présente le plus de difficulté aux savaus qui s’en occupent. D’un côté , les lois mêmes résultant de la comparaison de tous les faits relatifs à l’action des diverses médications, dans le traitement des différentes maladies , nous offrent un des principaux moyens de nous faire des idées justes sur la nature et les causes de celles-ci; de l’autre, si ces lois ne nous avaient appvis quelles médications sont généralement utiles dans telles ou telles maladies , quels traitemens en
aggravent les symptômes et en augmentent le danger, comment pourrions-nous soupçonner à priori , lors même que nous connaîtrions la nature et les causes dune maladie , que tel moyen , dont on n’aurait jamais fait usage, et dont, par conséquent, le mode d’action sur des individus malades serait complètement ignoré, peut être utile ou nuisible dans cette maladie? De là l’impossibilité de séparer les recherches relatives aux causes des phénomènes morbides, de celles où il est question de la manière dont agissent les médicamens , en produisant dans l’organisation des modifications qu’on pourrait considérer comme de courtes maladies produites à volonté par le médecin , pour les opposer à des maladies bien plus graves dont il se propose de délivrer celui qui en est atteint. De là la nécessité de placer la physiologie médicale , qui s'occupe également de ces deux genres de recherches, après la thérapeutique générale qui rassemble, classe , compare et réduit en lois, tous les faits qui deviennent, sous cette dernière forme , le point de départ du médecin physiologiste (1).
( i) La seule analogie des quatre sciences dusecond ordre comprises dans la nosologie avec celles dont se compose la zoologie , aurait pu suffire pour déterminer entre elles le même ordre dont le* réflexions précédentes viennent de démontrer la nécessité. En effet , la nosologie tient , dans les sciences médicales , la même place que la zoologie dans les sciences naturelles, et si rou compare leurs suhdivisi ons correspondantes , on remarque entre elles l’analogie la plus complète. La zoographie et la nosographie
b. Classification.
Les quatre sciences dont nous venons de parler se rapportent à un même objet spécial , la connais-
décrivent toutes deuxles caractères extérieurs, l’une des animaux, l’aulrc des maladies auxquelles ils soot exposés. Aux mœurs, à la manière de vivre des premiers répondent les divers phénomènes que présentent les secondes sous l’influence des modes de tracement auxquels elles ont été soumises. L'anatomie animale et l’anatomie pathologique vont chercher, à l’égard des uns et des autres , dans l’intérieur de l’organisation , des caractères plus cachés. La thérapeutique générale fait pour les maladies ce que fait la zoonomie pour les animaux ; elle en compare tous les caractères , toutes les circonstances; elle les dispose en classification naturelle , expression des lois qui établissent entre ces caractères des dépendances mutuelles, et de même que la zoonomie dit d'après quelles lois telle nourriture , telle habitation , etc., conviennent en général aux divers ordres de subdivisions de la classification naturelle des animaux, la thérapeutique générale établit les lois d’après lesquelles les divers groupes de maladies exigent des exercices , des régimes, des médicamens déterminés. Enfin , comme la physiologie animale a également pour objet d’expliquer les phénomènes vitaux et les fonctions des organes , indépendamment des altérations morbides qu'ils peuvent éprouver , les modifications qui transforment en divers matériaux organiques les alimens et l’air introduits dans l’économie animale , enfin la formation même des organes depuis l’instant où l’animal commence à exister; ainsi la physiologie médicale s’occupe également des phénomènes et des fondions , lorsque la vie est altérée , de l’action des régimes et des médicamens sur les individus malades , et enfin, de tout ce qui peut donner naissance à une maladie. Il y a sans doute une différence totale , quant à la chose même , entre, la formation ou le développement d’un organe , et la génération ou les progrès d’une maladie; mais comme celle différence vient de la nature des objets dont nous nous occupons , l’analogie u’en subsiste pas moins dans la manière dont nous les étudions, en remontant des phénomènes observés à leurs causes; et cette analogie place nécessairement,
sance des perturbations de l’état normal des phénomènes vitaux , auxquelles on a donné le nom de
dans toute méthode naturelle , ces deux genres de recherches , l’un dans la zoologie , l’autre dans la nosologie , à des lieux correspon— dans des deux séries de vérités dont ces sciences se composent.
C’est évidemment dans la physiologie médicale que l’on doit s’occuper de toutes les questions relatives à l’origine et aux causes des maladies , signaler celles qui se transmettent des pères aux enfans , examiner si l’altération des parties solides est la seule cause à laquelle on doive les attribuer , comme l’a soutenu long-temps une école peut-être trop exclusive. Plusieurs maladies ne sont-elles pas au contraire dues à la présence , dans les liquides animaux , de substances qui n’y existent pas dans l’état de santé , ou ne s’y trouvent qu’en bien plus petite quantité , soit qu elles y soient produites par des combinaisons entre les élémens de ces liquides, différentes de celles qu’ils doivent former pour l’entretien de la vie, comme, dans le sang des enfans attaqués du carreau, se produit la substance particulière qu’y a trouvée M. Chevreul , soit qu’elles y soient introduites , comme le virus variolique dans l’inoculation , et y déterminent la formation de nouvelles particules semblables aux premières ; d’où résulte la production d’une grande quantité de ce virus dans l’individu qui, par cette opération , n’en a reçu que quelques molécules ? N’est-ce pas là un phénomène organique tout semblable à celui qui a lieu lorsque, àcause de l’instabilité de l’équilibre chimique des elémens du sang, ces élémens se combinent dans les rapports nécessaires pour former sous l’influence delà substance cérébrale, de la fibrine, de la graisse, etc., de nouvelles particules des mêmes substances, qui vont ensuite se déposer là où il s’en trouve déjà, pour nourrir les organes dans la composition desquels elles doivent entrer, taudis que d’autres substances , comme l’urée , produites de la même manière dans le sang , en sont séparées et rejetées aux dehors par les organes sécrétoires destinés à opérer cette séparation ? Comme il n’v a point d’organes sécrétoires pour la matière du carreau , pour le virus variolique, la première se dépose sur les viscères, le second , apres avoir produit des symptômes fébriles plus ou moins intenses , «e porte sur le» tégumens, s’y réunit en vésicules, qui , après s’être desséchées, fournissent cette poussière qui va produire la même
maladies. On a vu , à l’article de la nosographie, pourquoi je ne pouvais me dispenser de comprcndi e dans l’élude de ces perturbations, non-seulement les phénomènes quelles présenteraient si la maladie était abandonnée à elle-même , mais encore ceux qu’elles offrent sous l’influence de toutes les circonstances où se trouve le malade, parmi lesquelles je
maladie chez d’autres individus. N’est-il pas évident qu’alors l’irritation des organes , manifestée par la fièvre , n’est pas la cause de la maladie , mais un premier effet de la véritable cause, la production d’une substance nuisible dans le sang par une combinaison insolite de -ses élémens , soit qu’elle ait lieu par une cause interne, comme dans le cas du carreau , soit qu’elle résulte de l’introduction de quelques molécules d’une substance semblable , venues du dehors, comme dans la variole. Cette loi , en vertu de laquelle les élémens du sang se combinent sous l’inQuence des diverses substances organiques , de manière à former de nouvelles molécules , semblables à celles dont ces substances sont composées , peut être considérée comme présidant également aux phénomènes de la nutrition, de la transmission des maladies héréditaires , de la propagation des maladies contagieuses d’un homme ou d’un animal à un autre, et de celle qui a lieu de proche en proche chez nn même individu, comme il arrive dans les cas de carie, de cancer, de gangrène; elle se retrouve même dans les matières organiques privées de vie ; soit, par exemple, quand la carie sèche, que la nature a destinée à débarrasser les arbres des branches mortes sur pied , s’établit , comme il arrive trop souvent , dans quelque point des bois transportés dans un chantier , et s’étend ensuite de proche en proche ; soit lorsque la fermentation déterminée par la présence de la substance 11 laquelle on a donné le nom de ferment , produit , dans le liquide tenant en dissolution des matières susceptibles de fermenter où elle a été introduite , de nouvelles molécules de ferment, précisément comme la présence dans le sang d’une très-petite quantité de virus variolique, suffit pour y produire un grand nombre de nouvelles molécules de ce virus.
comprends les divers traitemens qui peuvent lui être prescrits. C est cette considération qui m’a déterminé à donner à la science du premier ordre , formé de la réunion de ces quatre sciences du troisième , le nom de NOSOLOGIE , de préférence à celui de pathologie, dont l’étymologie est à peu près la même , mais auquel l usage a imposé une signification trop restreinte, en ce qu’en en exclut tout ce qui est relatif au traitement de la maladie, restriction qui rend celui de nosologie plus convenable pour désigner l’ensemble de la science du premier ordre qui comprend tout ce que nous savons sur les maladies , et sur les traitemens qui conviennent à chacune d’elles, lorsque l’on considère ces deux objets d’étude d’une manière générale.
La nosologie se divisera en deux sciences du second ordre, la NOSOLOGIE proprement DITE qui comprendra la nosographie et 1 anatomie pathologique; et l’iATROLOGlE , où je réunirai la thérapeutique générale et la physiologie médicale. On ne trouve pas dans les écrits des auteurs grecs que le temps a épargnés le mot iarpoAo>i'a , mais on y trouve le verbe la.rpo\oyi<D, je disserte , ou j'écris un traité sur la médecine , la guérison des maladies , dont il se déduit précisément comme les Grecs eux-mêmes ont tiré Tej^ycÀo yla. de Ttx/oÀo}*®. Je crois que, dans la vue de former un nom pour la science du second ordre dont il s’agit ici, il est bien plus dans le génie de la langue grecque de faire le mot lalrologœ , comme
on y a fail le verbe larpoAuyta , que Je le former directement avec le mot iarptix, guérison , action de guérir , ou d’un de ses synonimes dont les Grecs n’ont déduit aucun mot composé, et cela avec d’autant plus de raison que ce mot iarpu'a. n’est ainsi terminé que parce que les premiers auteurs grès qui ont écrit sur la médecine l’ont fait dans le dialecte ionien , où il répond au mot inusité iarp*, dont se formerait régulièrement <aTpoAo>ea > et iarpoAoyia.
Science du ordre. ! Sciences du 2e ordre .
Sciences du 3e ordre.