‹ Essai sur la philosophie des sciences; ou, Exposition analytique d'une classification naturelle de toutes les connaissances humainesChapitre 22 sur 34 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

SCIENCES ROOLOSIQUBS BBLATIYEI AUX MOYENS PAR LISQUILS LIS HATIONS POURVOIT A LEURS BESOINS, A LRDR DÉPENSE BT A TOUT CB QUI PKUT CONTRIBUER A LBUR CONSERTATIOR BT A LEUR PRO0PBRITB.

A l'étude de l'état des sociétés humaines, des changemens ou révolu lions qu'elles ont éprouvés , des croyances religieuses qui les dirigent, doit succéder , dans Tordre naturel , celle des moyens par lesquels elles se conservent et s'améliorent. C'est là l'objet des sciences dont il sera question dans ce chapitre.

Nous verrons dans les observations placées à la fin du chapitre suivant, pourquoi les sciences comprises dans celui-ci présentent, comme les sciences médi*

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cales, cette circonstance que les objets dont elles s'occupent ont tous un caractère de causalité qui ne permet pas de considérer une partie de ces sciences comme plus élémentaire que l'autre. C'est pourquoi j'emploierai ici , relativement aux sciences du second ordre, le même mode de nomenclature dont je me suis servi pour les sciences médicales. Dans le présent chapitre, il y aura des sciences du second ordre, dont le nom se formera de celui de la science du premier ordre à laquelle il appartient, joint à l'épîthèle : proprement dite. Il n'y en aura point où l'on fasse usage de 1 epithète : élémentaire.

Sciences du troisième ordre relatives aux richesses et aux sources de la prospérité des nations , ainsi quà leur influence sur le bonheur des individus dont elles se composent.

C'est par ces sciences qu'il faut commencer l'énuméraiion de toutes celles dont nous avons à traiter dans ce chapitre; car, avant d'organiser des armées, de faire des lois , d'établir des gouvernemehs , il faut d'abord que les hommes subviennent» leurs besoins, assurent leur subsistance et tout ce qui est indispensable à leur existence physique.

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a. Énumératton et définition*.

1 . Statistique. La première chose à étudier ici , c'est l'état de ce qui fait la richesse et la force d'une nation ou d'une contrée , comme sa population comparée à l'étendue de son territoire et répartie suivant les différons âges et les diverses professions , ses productions, son industrie, son commerce, ses charges,; ses revenus dans leurs rapports avec la consommation , les différentes manières dont les richesses se trouvent distribuées entre ses habitons, etc. De tout cela se compose la science à laquelle on a donné le nom de Statistique.

Cette science , à la prendre dans toute l'étendue dont elle est susceptible, doit embrasser tons les lieux et tous les temps; mais on n'a pas même essayé encore de faire une statistique complète; et les ouvrages publiés sur ce sujet sont bornés à certains lieux, à certaines époques. On doit les considérer comme des espèces de monographies, des matériau* de la science, plutôt que la science elle-même.

2. Chrémalologie. Après que la statistique a constaté létal d'un pays sous le rapport de la population, des richesses de tout genre, etc. , il s'agit de chercher comment se produisent ces richesses, comment elles se consomment. De là, une seconde science du troisième ordre à laquelle j'ai cru devoir donner

le nom de Chrématologie, de xpiîf**> chose utile , richesse (i).

3. C&nolbologie comparée. Après que la statistique et la chrématologie ont fait connaître l'état plus ou moins prospère où se trouvent les différais pays » et les sources si variées de leurs prospérités, il reste à comparer les résultats que ces deux sciences nous fournissent, pour établir des lois générales sur les rapports mutuels qui existent entre les différais degrés de bien-être, etc., ou de malaise des diverses populations, et toutes les circonstances dont ils dépendent, telles que les habitudes et les mœurs de ceux qui travaillent, leur plus ou moins d'instruction , leur plus ou moins de prévoyance de leurs besoins futurs et de ceux de leurs familles, le sentiment du devoir qui se développe dans les hommes à

(t) Nota. Dans le tableau que j'ai publié avec la première partie de mon ouvrage , cette science portait le nom de ckrématogênie, qui ne désignait qu'une partie des recherches dont elle se

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en faisant connaître comment elles sont produites , mais encore comment elles se consomment , et en général elle étudie toutes les térités relatives à ces deux objets ; vérités liées d'une manière si intime qu'elles font nécessairement partie d'une même science. C'est pourquoi j'ai cru devoir remplacer le nom chrématogénie par celui de chrématologie, que j'avais employé pour la science du second ordre où elle est comprise avec la statistique. Nous verrons tout à l'heure comment je désigne maintenant cette science do second ordre.

mesure que leur intelligence se perfectionne, les divers degrés de liberté dont ils jouissent, depuis Tes* clave jusqu'au paysan norwégien , ou l'ouvrier de New-Yorck ou de Philadelphie, surtout les différentes manières dont les richesses sont distribuées , suivant qu'elles sont concentrés dans un petit nom- Lie de mains , ou réparties en petites propriétés , en petits capitaux. Les lois dont nous parlons, fondées uniquement sur l'observation ou la comparaison des faits, sont l'objet de la science que j'ai nommée Copnolbologie comparée (i).

Pour former ce nom de cœnolbologie , j'ai fait

(i) Cette science a pour objet de déduire de la comparai*» des degrés si divers de prospérité qu'on observe chez différentes nations ou chez une même nation à des époques différentes, les conditions qui font fleurir les unes et laissent les autres dans un état de malaise au dedans et de faiblesse au dehors; celle de ces conditions, qui m'avait d'abord frappé, consiste dans les diverses Manières dont les richesses sont distribuées ; et bornant alors la science dont il est ici question aux effets qui en résultent , j'avais fait pour la désigner le nom de dianémétique , du verbe distribuer, et j'avais cru devoir renvoyer à la science suivante l'étude des autres circonstances qui peuvent influer en bien et en mal sur la prospérité des nations» J'ai reconnu depuis que tant que l'on détermine, par la comparaison des faits , les conditions de l'état plus ou moins prospère des divers peuples , cette détermiuation fait partie de la science dont nous nous occupons. C'est ce qui m'a décidé à remplacer le mot de dianéméti/ue, dont la signification était évidemment trop restreinte, par celui de cœnoU Mogie comparée,

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d'abord, des deux mots grecs xotvèc, commun, el ï\6ç>> , bonheur, richesse, prospérité, le mot composé xoivoX&a, richesse et félicité publique, et je n'ai plus eu ensuite qu'à y joindre la terminaison ordinaire logi e.

4. Cœnoîbogénie. La comparaison que la science précédente fait de l'état social des diverses nations , nous conduit à reconnaitre parmi les circonstances où elles peuvent se trouver, celles qui contribuent à la prospérité de chacune et celles qui lui nuisent. Alors on peut rechercher les causes qui ont amené ces circonstances , qui ont fait , par exemple , que les habitans de tel ou tel pays sont portés à l'activité ou à la paresse, qu'ils sont généralement instruits ou ignorans , qu'ils songent à leur avenir et à celui de leurs enfans , ou qu'ils cessent de travailler dès qu'ils ont de quoi vivre pour quelques jours, et qu'ils ne reprennent le travail qu'à mesure que les besoins du moment les y rappellent, qu'ils savent qu'ils ont des devoirs à remplir ou qu'ils n'agissent que pour satisfaire à leurs appétits ; que là s'est établi l'esclavage ou un état qui en dilTère peu; là un degré de liberté plus conforme à la dignité de l'homme et plus favorable à son bonheur; enfin, quelles sont les causes qui ont amené les immenses fortunes de quelques familles , et la misère du plus ^rand nombre. Tels sont les objets qu'étudie la science à laquelle j'ai donné le nom de Cœnoîbogénie (1), et qui non seu- (1) C'est à cette science que j'avais d'abord assigné le nom de

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lement rend raison de ce qui a été observé dans la statistique , expliqué dans la chrématologie , étudié comparativement et réduit en lois dans la cœnolbologie comparée, mais encore fait connaître par quels moyens on peut améliorer graduellement l'état social et faire disparaître peu à peu toulcs les causes qui entretiennent les nations dans un état de faiblesse et de misère.

b. Classification.

Les quatre sciences du troisième ordre dont je viens de parler comprenant toutes les vérités relatives à l'objet spécial défini dans le titre de ce paragraphe, leur réunion forme une science du premier ordre, que Ton désigne tantôt sous le nom d'économie politique et tantôt sous la dénomination qui me paraîlbien préférable, d'ÉCONOMIE SOCIALE. Cette

cœnolbohgîe, parce que j'y comprenais alors une partie des conditions de prospérité'qui , d'après ce que j'ai dit tout à l'heure, doivent être comprises dans la science précédente. Maintenait qu'elle ne contient plus rien de relatif aux conditions d'après les* quelles tel peuple est heureux ou puissant , tel autre est nulheureux au dedans et faible au dehors, et qu'elle se borne à la recherche des causes qui ont amené ces conditions , afin d'en déduire les moyens les plus propres à améliorer le sort des peuples, le nom de cœnolbogénie est étidemment le seul qui lui con-

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dernière expression est en effet à la fois plus générale et mieux appropriée au but que se propose la science.

L'économie sociale, comme toutes les autres sciences du premier ordre, se divise en deux sciences du second. La première se compose de la statistique et de la chrématologie; c'est à elle qu'on a long-temps borné toute l'économie sociale, c'est pourquoi je l'appellerai économie sociale proprement dite. La seconde, formée par la réunion de la cœnolbologîe comparée et de la ccenolbogénie, prendra simplement le nom de cœnolbologîe , dont j'ai donné tout à l'heure l'étymologie. C'est ce qu'on voit dans le tableau suivant :

Science du i" ordre. I Sciences du 2* ordre. I Sciences du 3* ordre.

| Sciences du 2* ordre, |

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