DE L'ÉPITHÉLIUM INFILTRÉ DANS LES TISSUS
Traiter d'une manière complète l’infiltration épithéliale avec ses modifications ses diverses manières d'être, et les altérations qu'elle détermine -aussi bien sur les organes qui l’environnent que sur l'organisme en général, serait faire l’histoire anatomique du cancer et de l’épithélioma. Je n'ai pas, comme on le comprend, la prétention de présenter iei cette histoire, cette tâche serait bien au-dessus de mes forces. Du reste, cette histoire est faite et bien faite; et si rarement on la trouve exposée d’une manière didactique, et systématiquement présentée, du moins les matériaux divers qui peuvent servir à édifier cette anatomie sont-ils assez répandus pour qu'il soit possible d'en acquérir une idée exacte. Je me éontenterai donc dans ce paragraphe d’aborder quelques points relatifs à la cause de l’infiltration épithéliale, aux modifications que subissent ces éléments quand leur nutrition est gênée par cette anormale situation, et aux lésions qu'ils impriment aux tissus voisins. Enfin je parlerai de quelques expériences qui ont
(1) Ch. Robin, Mémoire sur les modifications de la muqueuse utérine,
avant, pendant et après la grossesse, in Mémoires de l’Académie de médecine t. XXV, 440 et passim.
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eu pour but d'éclairer la question du transfert épithélial, et par contre la généralisation des tumeurs qui reconnaissent l’épithélium pour base.
Les causes qui produisent l'infiltration épithéliale peuvent être groupées sous deux chefs principaux : en première ligne, l’ensemble des causes inconnues auxquelles on à donné le nom de diathèse et qui donne lieu à une production hétérologue d’épithélium. L’ensemble de ces causes est encore enveloppé de bien des voiles, et l'hétérotopie épithéliale, pas plus que tous les phénomènes de cet ordre, n’a reçu d'explication confirmée par les faits. En second lieu, l'infiltration épithéliale peut être produite par une surface épithéliale normale, qui par suite de modifications accidentelles, verse dans la profondeur des tissus les éléments qui d'habitude étaient isolés dans une gaïne spéciale. Plusieurs culs-de-sac glandulaires présentent parfois une hypergénèse de l’épithélium contenu dans leur intérieur; ces culs-de-sac sont alors bourrés en quelque sorte de ces cellules, qui par leur production exagérée, distendent la membrane anhyste constituant le réceptacle. Peu à peu cette enveloppe est tellement distendue qu’elle cède, éclate, et l’épithélium s’infiltre entre les éléments circonvoisins ; souvent nombre de culs-de-sac ont ainsi répandu leur contenu au dehors et continuent à répandre des éléments de cette nature, car, bien que déchirée, elle est encore le .:siége des phénomènes de naissance épithéliale, et ces éléments, une fois nés, vont grossir le nombre de ceux qui sont en dehors de la glande.
Telle est, d’une manière générale, la manière dont se constituent plusieurs tumeurs épithéliales. Je dois dire
cependant que souvent une infiltration épithéliale, peut
avoir lieu sans qu’il survienne jamais la moindre tumeur. C’est un fait dont j'ai été plusieurs fois témoin, et que l'observation suivante met hors de doute :
Le 16 mai, j'avais une chienne qui portait à la lèvre inférieure une tumeur du volume d’une noisette; je lui enlevai cette tumeur, et j'en détachai un petit fragment qui me permit de constater que cette produelion était de nature épithéliale. La tumeur fut un peu écrasée, puis placée sous la peau de la région dorsale d’un autre chien, les lèvres de la plaie maintenues par des points de suture fermant bien la solution de continuité. — L'incision cicatrisa très-promptement. Ce ne fut que le 12 juin que je fis l’autopsie de ce chien, et 1l me fut impossible de trouver trace de la tumeur que je lui avais insérée sous la peau; une cicatrice linéaire indiquait seulement la place qu'avait occupée le produit épithélial. Je ne pus rechercher dans d’autres organes les éléments constitutifs de la tumeur, cet animal m'ayant servi à une autre expérience, qui rendait cette investigation impossible.
Que les tumeurs épithéliales soient formées par un épanchement d'épithélium provenant d’un organe dans la texture duquel entrent ces éléments, ou qu'elles doivent leur origine à l'ensemble de conditions non déterminées, réunies sous la dénomination de diahtèse, elles peuvent acquérir un volume considérable, et par suite des conditions nouvelles où ils se trouvent placés , Les éléments peuvent subir diverses modifications. Un des changements les plus importants est l'hypertrophie et la déformation. Les cellules épithéliales ainsi englobées dans les tissus ne peuvent plus se desquamer, et par suite présentent ces déformations de contours et de
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structure que j'ai artificiellement reproduites en mettant un épithélium quelconque dans l'impossibilité de sortir de l'endroit où il se trouve. Ces déformations que que j'ai décrites dansle précédent paragraphe,onteomme on le sait, très-vivement préoccupé l'esprit des savants qui pendant un certain temps, ont fait des cellules ainsi altérées, l'élément caractérisque de l'affection cancéreuse.
Les éléments qui constituent ces tumeurs subissent des modifications d’une autre sorte’et dont la cause doit être recherchée dans une nutrition des cellules s’effectuant d’une manière incomplète; en effet un district de la nouvelle production peut se trouver assez éloigné des vaisseaux sanguins; et les principes du plasma ne pénétrer qu'avec difficulté jusqu'aux éléments qui le composent. Des granulations graisseuses envahissent alors cet épithélium dont la nutrition est en souffrance
et quelquefois se multiplient abondamment; c'est ce
phénomène qui a reçu le nom impropre de régression gœraisseuse, bien que cette épithèle exprime une idée en opposition complète avec la réalité des faits. Quant aux cellules épithéliales dont la nutrition est te:lement altérée que l'existence de ces éléments devient impossible, après avoir subi plusieurs modifications dans leur forme et dans leur constitution, elles se liquéfient, la matière qui la constitue. fournit alors ce fluide si abondant parfois dans les tumeurs épithéliales, et qu'on a désigné sous le nom desue cancéreux.
C'est aux faits que je viens d'exposer, en tenant compte toutefois aussi des éléments autres que l'épithélium entrant dans la constitution des tumeurs, qu'il faut demander l'explication des divers degrés de con-
sistance que présentent les tumeurs dites cancéreuses. Aux causes de cet ordre sont dus, les caractères de mollesse ou de dureté de cestumeurs ; etpar conséquent, au point de vue de l'anatomie, ‘on ne doit ajouter que peu d'importance aux dénominations de squirrhe, encéphaloïde, colloïde, ete. (1). Je me borne à ces considérations qui rentrent plus spécialement dans la physiologie des éléments épithéliaux. L’épithélium infiltré dans les tissus ne reste pas toujours dans les endroits où il est accumulé, fréquemment de là il est porté dans d’autres parties de l'organisme et il se dépose souvent en maints endroits, où il constitue des tumeurs analogues à celles d'où il provient. C'est ainsi que fréquemment on le voit transporté d’un point à un autre du corps sans qu'il soit possible de reconnaître par les traces qu'il laisse, les endroits où il a passé. L'étude de cette migration qui touche de si près au phénomène connu sous le nom de généralisation des, tumeurs cancéreuses ou des épithéliums, m'a conduit à faire quelques expé-riences dont je vais rendre compte.
Ces expériences ont été faites tantôt avec de l’'épithélum ordinaire, tantôt avec de l'épithélium pigmenté. Les résultats ne sauraient être modifiés par la présence de ce pigment, il joue purement et simplement le rôle de substance colorante et permet de voir avec plus de facilité les endroits où se rendent les cellules épithéliales, en même temps que la voie qu’elles ont suivie pour arriver à leur nouvelle position.
Le 10 mai 1866, on sectionna le bulbe à un chien de forte taille, j'ouvris immédiatement son abdomen et
(1) Notes inédites dés cours de M. Robin, 1864-1863.
Jenlevai son pancréas. La glande fut mise dans un pilon, après avoir été sectionnée en petits morceaux ; une très-pelite quantité d’eau fut ajoutée, et je broyai fortement ces fragments. Quand l'organe fut réduit en une sorte de bouillie assez fluide, il fut placé dans un linge fin et solide, et 1à fortement pressé de manière à en exprimer tout le liquide. J'obtins ainsi environ un peut verre d’une liqueur brune rougeâtre. Cette liqueur, que j'examinai au microscope, contenait en suspension une multitude considérable d’épithéliums nucléaires, d'un volume assez considérable, et ne présentant pas traces d’altérations. Je mis de côté un peu de ce liquide que je conservai dans un tube bien bouché, le reste fut injecté sous la peau de plusieurs animaux. Deux cochons d'Inde et une chienne en reçurent une quantité proportionnée à leur volume ; l'injection fut faite sous la peau qui recouvre la face interne de la patte.
Le lendemain, un de ces cochons d'Inde mourut, environ trente-six heures après l'injection.
Je fis l’autopsie immédiatement après la mort. L'injection faite sous la peau avait produit un décollement assez considérable s'étendant jusqu’à la moitié de la face interne de la cuisse. Les muscles sous-jacents, de même que les tendons étaient pâles et parfaitement disséqués; une certaine portion du liquide injecté se retrouvait encore sous la peau et dans les interstices que les muscles laissaient entre eux. Les ganglions lymphatiques du pli de l’aine étaient très-volumineux et se prolongeaient assez loin de leurs limites habituelles; ils ne présentaient pas de changements de coloration.
Examinées au microscope, je les trouvai remplis d’épithélium nucléaire considérablement plus volumineux que
d'autres éléments aussi nucléaires que j'y rencontrais. Le premier de ces épithéliums possédait un diamètre deux ou trois fois plus considérable que le second. Ces gros noyaux élaient accumulés en grande quantité dans toute l'étendue de la glande lymphatique et dans tous les points de sa masse. Examinés com paralivementavec ceux que tenait en suspension la portion du liquide qu’hier j'avais mise de côté, je les trouvais entièrement semblables, et n’eus plus de doutes sur l’origine de ces volumineux éléments; malgré leur similitude, 1ls présentaient cependant une différence insignifiante. Les épithéliums contenus dans les ganglions étaient moins foncés et moins granuleux que ceux du flacon. Quant au liquide contenu dans les interstices musculaires, e était bien évidemment du liquide injecté la veille. Sealément, comparé goutte à goutte avec la liquerr conservée, il montrait beaucoup moins d'épithéliums ea suspension que cette dernière. Les autres ganglions lymphatiques : de l’aisselle, bronchiques , et mésentériques, ne présentaient rien de particulier ; ils ne renfermaient que de l’épithélium nucléaire analogue aux éléments peu volumineux des ganglions inguinaux. Ces noyaux, qui sont les épithéliums nucléaires normaux des glandes lymphatiques du cochon d'Inde ne possèdent qu'un faible volume; leurs contours sont brillants et leur centre légèrement foncé.
Le deuxième cochon d'Inde ne succomba que dans la nuit du 12 au 13. Il présentait aussi un décollement assez considérable, mais pas de liquide sous la peau. Les ganglions inguinaux présentaient absolument les mêmes particularités que ceux que je viens de décrire. Seulement, chez celui-ci, on trouvait de l’épithélinm
pancréalique, non-seulement dans les ganglions i IngUinaux, mais encore dans les mésentériques, qui étaient devenus très-volumineux, el qui se montraient composés de la même facon. Les ganglions bronchiques ét axillaires n'avaient rien de particulier.
Quant à la chienne, le lendemain du jour où fut faite l'injection, une-tumeur du volume d’une noix existait encore au point où elle avait été pratiquée. Le lendemain tout le membre était gonffé et empâté. Quelques jours après, la tumeur était diminuée, mais l'animal ne posait pas sa patte à lerre. Les ganglions du pli de l’aine étaient fortement engorgés, et même douloureux, si bien que non-seulement la chienne tenait sa patte constamment relevée, mais encore elle la maintenait dans l’abducon. Malheureusement cette chienne disparut du laboratoire, et je n'ai pu savoir ce qu'elle était devenue.
Dans le courant du mois de février 1867, mon ami, le D" Goujon fit plusieurs expériences avec le pigment énaroïdien provenant des yeux très-frais de lapin ou de bœuf, d'où comme on le sait, on peut en extraire une assez grande quantité en râclant avec la pointe d’un scalpel. Du pigment ainsi recueilli, additionné d’une faible quantité d'eau, fut injecté dans une veine de la patte d’un jeune chien, qui fut sacrifié trois semaines après. Voici en quelques mots ce que son autopsie permit de constater : Les poumons avaient à l'intérieur l'aspect normal, mais en déchirant leur tissu, on observai£ contenues dans les vaisseaux, de petites masses noires, et éela surtout aux points de bifurcation. Ces masses étaient composées d'une grande quantité de granulations pigmentaires retenues dans du tissu lamineux provenant très-probablement de quelques débris de la choroïde, qui étaient
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venus faire de véritables embolies dans les vaisseaux de petit calibre. Les ganglions bronchiques étaient trèsvolumineux et complétement noirs, imprégnés par des granulations pigmentaires retenues dans leur intérieur. Cet animal était très-jeune, etses poumons qui ne contenaient de matière noire que dans les vaisseaux, n'avaient nullement l'aspect de ceux des personnes qui ontétéexposées aux poussières de charbon. La quantité de pigment qui se trouvait épars chez cet animal, était de beaucoup plus considérable que celle qui lui avait été injectée.
Le même jour, un lapin à qui on avait injecté sous la peau du dos, trois semaines auparavant, le pigment contenu dans un œil de bœuf, fut mis à mort. On trouva alors une grande quantité de pigment s'étendant sous forme de fausse membrane dont on pouvait enlever des lambeaux avec une pince à dissection. L'injection avait été faite au niveau du sacrum, et cette fausse membrane noire s’étendait depuis ce point jusqu’au cou. On ne trouvait pas de pigment ailleurs.
Des grenouilles à qui pareille injection avait été faite ont donné les mêmes résultats. Le pigment s'était étalé sous la peau, et les vaisseaux environnants étaient remplis de granulations pigmentaires ; plusieurs ganglions étaient aussi noirs et volumineux. La fig. 5 de la Planche II montre une de ces glandes lymphatiques ainsi remplie de matière noire. On sait qu'il est fréquent de trouver du pigment noir à l’état normal sur divers organes des batraciens, mais jamais il ne se montre en aussi grande quantité.
Le 28 mai 1867, M. Houel apporta au laboraloire d'hustologie de la Faculté une tumeur mélanique volumineuse, que le matin même il avait enle-
vée dans l'aisselle d'un malade à l'hôpital des Cliniques
Cette tumeur est, selon toute apparence, un ganglion lymphatique de la région, hypertrophié à la suite de son envahissement par les EE RuE pigmentaires. La tumeur est assez ramollie pour qu'en la comprimant après l'avoir incisée, on puisse en faire sortir une bouillie épaisse d’un brun foncé, qui est entiérement constituée par un liquide dans lequel entrent en très- grande quantité des granulations pigmentaires, puis des cellules d'épithélium distendues par ces mêmes granulations qui les ont pénétrées et leur ont fait prendre les formes les plus diverses en les forçant de se comprimer les unes contre les autres dans différents sens. On trouve encore le noyau au centre ou sur le bord de quelques cellules épithéliales; mais, dans d’autres, il est impossible de le voir, il a disparu ou se trouve complétement masqué par les granulations. J'ai fait représenter, fig. 5, pl. IT, les éléments histologiques qui à eux seuls constituaient . presque entièrement la tumeur.
La trame de la tumeur est très-peu abondante, elle se compose seulement de quelques cloisons fibreuses qui caractérisent des cavités dans lesquelles se trouve la bouillie épaisse dont il est question plus haut, ces.cloisons qui forment la charpente de la tumeur sont également noires, parce qu'une grande quantité de matière pigmentaire les imprègne. Mais les fibres lamineuses qui les constituent reprennent bien vite leur caractère si l’on a soin de les laver et de les soumettre aux réactifs. Elles se débarrassent complétément du pigment, qui n’est
(1) On trouvera l'observation de ce malade dans la Gazette des hôpitaux, juillet 4867, n° du mardi 93.
ne qu'interposé entre.elles, C'est avec cette.tumeur que mon ami Goujon et moi avons tenté plusieurs expé-. riences sur les animaux suivants : deux jeunes chiennes que je possédais, et qui me servaient à quelques-unes des expériences dont j'ai rendu compte dans ce travail, un lapin et un gros rat blanc. Voiei comment nous avons procédé. En exprimant au travers d’un linge quelques fragments de la tumeur, il était facile de recueillir plusieurs grammes de liquide tenant en suspension des granulations pigmentaires et des cellules qui en étaient remplies. C'est le liquide ainsi obtenu. que nous avons injecté sous la peau des divers animaux dont j'ai parlé. Le lapin et le rat blanc moururent deux Jours après l'injection qui leur fut faite sous la peau du dos. Leur autopsie ne présentait pas autre chose qu’une tuméfaction très-grande de toutes les parties voisines du point où nous avions introduit la matière étrangère, et un liquide séreux et rougeâtre dans lequel se trouvait une très-grande quantité de leucocytes volumineux, et quelques cellules épithéliales pleines de pigment, qui n'étaient autres, du reste, que celles qui avaient été introduites.
Des deux chiennes, l’une, dont l’histoire est rapportée plus baut, mourut par le chloroforme le 12 Juin, au moment où je voulais pratiquer une expérience sur elle. Elle succomba quinze jours après l'injection que nous lui avons faite, et les différentes productions pathologiques qu'on trouva à son autopsie furent présentées à la - Société de Biologie, le samedi suivant, 15 du même mois. L'injection avait été pratiquée à la partie interne de la cuisse gauche et dans le voisinage des ganglions inguinaux.
Voici ce-que son aulopsie nous-permet de constater :
Sur le lieu même où à été pratiquée l'injection, il s’est développé une tumeur noire, aplatie, dont l'étendue est égale à une pièce de 5 francs en argent: elle est un peu sallante sous la peau ; la matière noire qui la constitue a envahi la peau, le tissu cellulairé, et a pénétré les aponévroses et les espaces intermusculaires dans une assez grande étendue. Les ganglions lymphatiques voisins sont très-volumineux et de coloration noire très-foncée; en disséquant avec soin, on peut suivre les vaisseaux lymphatiques de la tumeur aux glandes inguinales, on rencontre sur eux de petits renflements analogues à des g'anglions, et cela dans des points où l'on n’en trouve pas ordinairement. Ces petites tumeurs sont également noires. Les ganglions lymphatiques des régions éloignées sont également très-volumineux, et leur forme est ou arrondie ou allongée, leur volume varie de la grosseur d’un pois à une noisette, mais tous présentent la coloration noire à des degrés divers. Un seul, à la région cervicale, était indemne conservant son volume et sa coloration normale. Deux autres, à la région axillaire du côté droit, n'étaient noirs que sur la moitié de leur étendue.
Les ganglions bronchiques sont volumineux et forment une couronne complète autour de la trachée: ils sont tous envahis par la matière noire, et cette coloration paraît bien déterminée par les même causes que pour ceux des autres régions, car les poumons ne contiennent pas de charbon.
La deuxième chienne fut sacrifiée le 12 juillet, quarante-cinq jours après l'injection que nous avions faite dans la cavité abdominale à l’aide d’un trocart fin. La santé de l'animal n’en à paru jamais altérée.
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En incisant la paroi abdominale dans lé point où a été faite l'injection, on trouve une grande quantité de matière, qui forme une couche d'un demi-céntimètre d'épaisseur, et qui va en s’amincissant à mesure qu’elle gagne en étendue. et cette étendue est de 8à 10 centimètres ; cette matière noire est surtout répandue à la surface des aponévroses et dans les gaînes qu'elles forment aux museles abdominaux. On n’en trouve cependant pas au milieu des muscles; l’orifice qu'a fait la canule en pénétrant dans l'abdomen est resté ouvert à l’intérieur, et l’on trouve dans cé point un petit mameélon noir, qui fait saillie dans le ventre par cette ouverture. Une trèsgrande quantité de matière noire dessine sur le mésentère des arborisations nombreuses. Dans l’une des cornes de l'utérus se sont développées à trois centimètres environ l’une de l’autre deux petites tumeurs noires qui distendent cette cavité. Plusieurs ganglions ont une coloration noire, mais qui n’est pas aussi prononeée que sur le précédent animal; un seul ganglion à la région lombaire est très-noir et très-volumineux.
Quant à la matière qui produit les colorations anormales sous-cutanées, je l'ai toujours vue, soit libre, soil contenue dans des cellules d’épithélium criblées ellesmêmes de pigment.
Il se trouve encore, au moment où j'écris, dans le laboratoire de M. Robin, plusieurs animaux qui vivent et auxquels il à été injecté du pigment; l’un d’eux, entre autres, porte à la partie interne de la cuisse une petite tumeur noire qui n'est apparente que depuis quelques jours, bien que l'injection lui ait été faite depuis plusieurs mois. Ce que l’autopsie de ces animaux présentera dé curieux sera ultérieurement publié,
Ainsi donc, voilà des faits qui peuvent se présenter chaque fois que l'épithélium sera infiltré dans les tissus, Répandu au sein des éléments anatomiques, il peut être transporté au loin, s’accumuler dans certains organes et envahir spécialement les ganglions. Mais une fois sorti des limites qui normalement le contiennent, non-seulement l’épithélium peut être transporté, mais il peut aussi se greffer sur place, et la masse épithéliale, placée à un certain endroit, acquérir un volume parfois considérable, et aussi, en même temps que se montre cet accroissement de volume, peuvent se passer des phénomènes de diffusion, à la suite desquels les divers ganglions, ou même divers points de l'organisme, se trouveront atteints et chargés de matière épithéliale. Ce fait est démontré de la façon la plus manifeste par une expérience que mon ami Goujon à faite au laboraloire.
Le 7 février 1867, sous la peau du dos d’un cabiai fut placé un fragment de tumeur épithéliale provenant du péritoine d'un animal de même espèce, dont la mort était causée par une généralisation de semblables productions. Le 22 février, le jeune cochon d'Inde succomba quinze jours après l’inoculation. Au point de la région dorsalé, où on avait inséré le fragment du produit pathologique, existait une tumeur de la grosseur d’une amande; tous les viscères étaient également envahis par des petites tumeurs d’un volume variable. Le foie surtout contenait une multitude d’excroissances analogues. La rate, les poumons, le cœur, les reins et le péritoine présentaient aussi de petites masses s’imp'antant directement sur leur face extérieure. Les ganglions lymphatiques étaient assez volumineux, et sur
= | plusieurs d'entre eux, le centre était smgulièrement ramolli et même contenaient du pus. Toutes ces: tumeurs étaient constituées par un élément anätomique fondamental, l’épithélium nucléaire qui seulement se présentait avec des dimensions variables ; ces noyaux libres, très-abondants, n'étaient pas les seuls éléments : des corps fusiformes, et dans les ganglions des leucocytes, se montraient çà et là, mais dans aucune des masses pathologiques, ils n'étaient aussi abondants que l’élément épithélial. u
Tels sont les faits que je tenais à exposer, car 1ls ont, je crois, une certaine importance au point de vue de la généralisation de laffection cancéreuse. Je tiens aussi à ne les faire suivre d’aucune théorie sur ce grand fait pathologique. Les expériences que je viens de rapporter sont, Je crois, indiseutables, et c’est sur des faits bien établis qu'il faut seulement établir des interprétations; toutefois il serait, je pense, prématuré de vouloir, dès aujourd'hui, fournir la solution du problème, des faits plus nombreux et plus variés sont nécessaires pour cela. Quand ils auront parlé, quand plusieurs expériences auront été faites, la théorie des phénomènes se montrera claire et indiscutable, corollaire obligé des résultats expérimentaux. Je serais trop heureux si les expériences que je viens de rapporter, contribuaient pour une partie, même (rès-minime, à l'explication de ce grand fait pathologique : la généralisation du cancer.
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À. PARENT, imprimeur de [a Facullé de Médecine, rue Mr-le-Fince,34,
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Jp, Houte, r. Mignon, 5. Partir.