PATES
N'y at-il que les altérations des parties qui supportent l’épithélium et contribuent à sa nourriture, qui ont le pouvoir de changer la forme dé celui-ci? Je ne le crois pas ; l’épithélium, pour rester toujours semblable à lui-même, a besoin d’un concours de circonstances qu'il suffit de troubler pour le rendre dissemblable à ce qu'il était auparavant. Pas une de ces circonstances ne doit être négligée, et la suppression de l’une d’entre elles, quelque peu d'importance qu’elle paraisse avoir, suffit parfois à altérer la forme des cellules. Je crois, en un mot, que les diverses conditions qui entourent l'épithélium, que les habitudes au milieu desquelles il vit en quelque sorte sont indispensables au maintien constant de sa forme primitive. C'est là ce que j'ai essayé de démontrer au moyen des expériences suivantes faites au laboratoire de M. Robin.
Le 15 juin, à peine venais-je de mettre à mort un chien, que je pris une certaine portion de muqueuse trachéale. Je l'introduisis immédiatement sous la peau d'une jeune chienne.— La plaie ne suppura pas.
Trois jours après, l'animal à qui j'avais placé le lambeau de muqueuse fut mis à mort. — Je trouvai sur la muqueuse un épithélium ayant conservé le type prismatique, bien que les angles eussent disparu. — Mais pas une seule cellule ne me permit de constater à sa surface l'existence d’un seul cil vibratile.
Le 25 mai 1867, un chien est opéré de la façon suivante : à chaque angle de l'œil, je pratique uné incision oblique en bas et en avant intéressant la conjonctive, lé tissu sous-cutanné et la peau, de telle façon que la paupière inférieure peut très-facilement se renverser. — Le bord libre palpébral est avivé de même que le point de la
Tr EeeTe
face auquel il correspond, une fois la paupière renversée. Dés points de suture maintiennent cet ectropion accidentellement produit (1).
Le 29, j'examine la portion de muqueuse conjoncti- * vale que l’ectropion a mise ainsi au contact de l'air. La paupière est d'abord essuyée très-légèrement pour enlever les leucoëytes qui pourraient exister à sa surface, provenant des deux plaies latérales, et de fait, cette préliminaire opération n’enlève que des leucocytés; un deuxième raclage donne : 1° quelques leucocytes ; 2° de rares hématies ; 3° des noyaux libres assez volumineux ‘conténant pour la plupart un nucléole assez brillant ; ces noyaux peu volumineux mesurent environ la moitié ou le tiers du diamètre d'un globule rouge du sang; quelques-uns d’entre eux sont plus volumineux, sans être régulièrement ovoïdes ; 4° des cellules sphériques d'un petit volume, contenant un ou deux des noyaux que je viens de décrire, pressés l’un contre l’autre. La plupart n’en contiennent qu'un seul. Sont-ce des cellules en voie d’altération ou de jeunes éléments ?
30 mai. Les cellules, à la suite desquelles je mettais hier un point d'interrogation, sont bien évidemment dés cellules de nouvelle formation. Aujourd'hui, leurs contours sont plus nettement accusés, leur translucidité
(1) Cé chien, qui m'a été donné par M. Bouchut, lui a servi à faire des expériences sur la morphine. À la dernière expérience il en reçut une assez forte dose (60 cent.). Il est très-difficile à chloroformer et parait souffrir à chaque instant de l’opération Quand tout est fini il est dans un état remarquable de faiblesse ; au moindre mouvement qu’il veut faire, il tombe et roule assez loin. L'intelligence parait intacte. Le train postérieur est complétement paralysé. Ces effets, que je n'ai jamais observés, sont-ils dus à l’administration antérieure de la morphine ?
mr.
moindre, le nombre des noyaux libres beaucoup moins considérable ; cependant il existe encore des cellules en tout semblables à celles que j'observais hier, et qui sont des éléments récemment formés, tandis que celles qui existaient sont dans un élat plus parfait. Si au contraire J'avais eu affaire à des cellules altérées, l’altération serait aujourd'hui plus manifeste. Quelques-unes de ces cellules ont un contour qui rappelle celui des. corps fusiformes. |
Le 3 juin, lrès-peu de noyaux libres, larges cellules sphériques où oblongues avec deux où trois noyaux assez volumineux, fines granulations moléculaires sur chacune d'elles. Leur noyau contient toujours un nucléole volumineux et brillant.
Le 10, larges et belles cellules pavimenteuses, presque toutes sphériques ou à peu près, très-peu présentent un contour polygonal, et encore quand il existe, les angles sont-ils singulièrement arrondis. On trouve enfin des lamelles cornées en tout semblables aux lamelles de l’épiderme; elles sont même assez abondantes. (Fig. 2, pl. L.)
Pour moi, cette expérience est loin d'être capitale : l'épithélium conjonctival a bien présenté une forme différente de celle qu'il présentait de l’autre côté, attendu que, sur l’ectropion, l'immense majorité des cellules étaient sphériques ; mais ce n'est pas là un fait, je crois, très-significalif. Ce qui l'est plus, c'est la présence de lamelles cornées, analogues à celles de l'épiderme qui ne se lrouvent pas à la conjonctive, et que je crois être uniquement dues à l’action de l'air. Un fait qui est encore digne de remarque, c’est que la production de ces cellules a été précédée d’une chute de celles qui précé-
or demment existaient. J'ai encore constaté ce fait dans l'expérience suivante :
Le 16 mai 1867, je pratiquai sur un chien d'assez forte taille une incision assez étendue, et pénétrant Jusque dans la cavité abdominale ; une portion du gros intestn fut maintenue par plusieurs points de suture aux lèvres de la plaie faite au flanc gauche de l'animal. Je laissai l'intestin ainsi fermé sans l'ouvrir.
Les jours suivants, la plaie est le siége d’une inflammation très-vive, et d’une suppuration très-abondante qui empêchent l'examen.
Le 23, la plaie est parfaitement détergée, ses bords adhèrent à l'intestin de la façon la plus manifeste.
J'examine alors la surface de la séreuse, toute trace de cellule à complétement disparu, seulement on remarque encore un très-grand nombre de leucocytes provenant du pourtour, avec eux plusieurs hématies. Le 27, toute trace de suppuration a complétement disparu; Jouvre alors l'intestin, non par une simple incision, mais avec une perte réelle de substance, de telle sorte que j'enlève ainsi la portion d’intestin qui est restée au contact de l'air.
Cette portion de l'intestin est d’une épaisseur beaucoup plus considérable qu'elle ne l’est à l’état normal.
La face externe péritonéale, soumise à un raclage modéré, fournit des masses assez considérables constituées en très-grande partie par des lames irrégulièrement polygonales à cassures brusques, à bords très-nets et très-vivement frangés; ces corps, dont l'existence est rendue manifeste et dont les contours sont plus nettement dessinés par une solution de nitrate d'argent, ne sont autre chose que des lames cornées en tous points
Cabadé. 4
identiques à celles de l’épiderme, une préparation des lames cornées de l’épiderme ne me laisse pas le moindre doute à cet égard. Après qu'un frottement superficiel a fait disparaître les corps épidermoïdes, on trouve audessous une couche de cellules épithéliales complétement sphériques. Le noyau est aussi sphérique et vésiculeux et contient un nueléole brillant. Le plus fréquemment, le noyau est unique, et alors, dans un point de sa circonférence, il esten contact avec les parois de la cellule. Mais plusieurs cellules en présentent deux ou trois autres plus petits et aussi pourvus d’un nueléole, les cellules inégales en volume sont toutes finement granuleuses.
Plus profondément, on trouve en très-srande abondance des cellules analogues, mais d'un volume beaucoup moindre; elles sont environnées de petits corps sphériques pourvus d’un nucléole, et qui sont au-dessous des noyaux. À ce point, noyaux et cellules sont entourés d’une substance amorphe granuleuse. (Fig. 3, pl. L.) Mais j'avais pratiqué un anus contre nature à ce chien, dans le but de constater un autre ordre de phénomènes : je voulais voir ce que deviendrait l'épithélium de la partie du gros intestin dans laquelle les matières fécales ne passeraient plus, constater, en un mot, si le contact perpétuel des fèces était, pour les cellules épithéliales du gros intestin, une condition indispensable au maintien de leur forme, et plus généralement si l'épithélium d’un tube avait besoin, pour conserver son aspect habituel, du passage incessant des matières d'habitude contenues dans ce tube. C'est pour cela que je laissai vivre l'animal, m'assurant seulement que les excréments sortaient toujours par
a he l'ouverture que j'avais pratiquée. Ce chien vécut ainsi jouissant d’une santé parfaite, Jusqu'au 5 juillet, jour où il fut sacrifié. |
Je pus alors constater que l'anus artificiel avait été établi environ à 10 centimètres de la terminaison du gros intestin, et que rien ne passait plus dans cette portion. La muqueuse de cette partie était singulièrement hypertrophiée; dans un point voisin de la plaie intestinale, elle était si considérablement épaissie qu'elle fermait complétement la lumière du eanal. Sa coloration élait d'un blanc pâle. Les replis étaient très-nettement accusés et les sillons laissés entre eux très-profonds. Aux environs de l'ouverture et surtout sur la portion de muqueuse opposée à l'anus artificiel étaient des cellules épithéliales très-rosses, sphéroïdales, chargées de æranulations graisseuses, non toutefois assez abondantes pour masquer deux ou trois beaux noyaux contenus dans leur intérieur et pourvus d’un nucléole. (Fig. 3, pl. 1)
Cependant avec ces cellules on trouvait bon nombre d'épithélilums prismatiques. Les grosses cellules pavimenteuses n’existaient qu'aux environs de l’ouverture : à 5 ou 6 centimètres de celle-ci, on n’en rencontrait plus. Mais dans toute la portion intestinale, on voyait des cellules vésiculeuses translucides sans noyaux, à parois minces, depourvues de granulations graisseuses.
Les unes étaient parfaitement sphériques, d’autres plus où moins allongées, et, en examinant plusieurs préparations consécutives, j'ai pu me convaincre que c'étaient là des épithéliums prismatiques, ainsi devenus vésiculeux par le fait d'une desquamation nulle ou fort incomplète. [l était facile, en effet, de suivre en quelque sorte cette altération; d’abord la cellule prisma-
tique se boursouflait en quelque sorte, puis on arrivait, par des dégradations insensibles constatées sur d’autres éléments, à cette forme parfaitement sphérique et à cet aspect vésiculeux. On retrouvait des cellules ainsi altérées dans tous les points de la portion intestinale inactive; mais, dans tous les points, on retrouvait aussi en assez grand nombre des cellules prismatiques avec leur aspect normal. Du reste, plus on,se rapprochait de l'ouverture anale naturelle, et plus les altérations que je viens de signaler allaient diminuant. Quant à la portion située au-dessus de l'anus artificiel, elle présentait un épithélium prismatique tout à fait normal.
Telle est cette expérience qui, je crois, n'a pas duré assez longtemps pour être coneluante; il faudrait, je pense, garder un animal ainsi opéré non pas un moIs, mais au moins une année : alors seulement on pourrait être fixé sur la valeur de eette modification que présente la forme de l’épithélium; le cas que je viens de citer n'ayant fourni qu'un résultat incomplet d’où on ne peut tirer de conclusions positives. Quoi qu’il en soit, les expériences que je viens de rapporter présentent ce fait commun, savoir, que les épithéliums pavimenteux qui en quelque sorte se sont produits sous nos yeux n’ont Jamais présenté dans ces cas une forme polyédrique. À quoi doit être attribué ce résultat? Je crois que la raison en est telle : aucune de ces expériences n’a duré assez longtemps, de telle sorte qu'une quantité assez considérable d’épithélium n’a pu être produite, et par conséquent les cellules n’ont pu agir les unes sur les autres par pression réciproque et sont restées sphéroïdales. N'est-ce pas là, en effet, ce qui s’observe à l’épiderme, où les cellules les plus profondes sont sphériques
et deviennent d'autant plus polygonales et applaties qu’elles s'accumulent vers la périphérie, c’est-à-dire qu’elles subissent des pressions plus multiples.
Le 5 mai 1867, à l’aide de pinces et d'érignes, je parvins à attirer au dehors une portion assez considérable de la muqueuse du rectum sur une chienne adulte et fortement constituée. J’avivai le pourtour de cette muqueuse et aussi quelques points du périnée correspondant aux endroits que recouvrait la membrane interne de l'intestin, étalée au dehors ; cela fait, par des points de suture, je fixai la muqueuse en dehors de la cavité intestinale.
Le 6, l’épithélium prismatique est couvert de granulations.
Le 7, les granulations sont en très-grande abondance ; le noyau en est masqué, et les cellules rendues trèsopaques.
Le 9, l’épithélium a complétement disparu; le raelage de la muqueuse solidement maintenue au dehors ne donne que de la matière amorphe granuleuse.
Le 10, on voit une multitude de corps ovoïdes serrés les uns contre les autres, d’un diamètre très-peu considérable.
Le 13, des cellules sphériques en très-grande abondance, analogues à celles de la fig. 1, pl. 1; toutes ont un noyau central; il y a encore dans la préparation un assez grand nombre de noyaux libres. Les cellules ont un contour pâle. |
Le 17, un premier râclage me donne de magnifiques cellules épithéliales pavimenteuses (fig. 5, pl. 1), polyg'onales, pourvues de noyaux ; plusieurs de ces cellules sont isolées surla préparation, mais nombre d’entre elles sont
| | disposées en plaques, comme le montre la figure, ée qui permet de dire qu'à ce moment la portion de muqueuse est entièrement tapissée d'épithélium pavimenteux analogue. Le lendemain, mêmes cellules pavimenteuses, |
Ce même jour, le 18, je détachai la muqueuse de ses adhérehces avec le périnée, el je la fis rentrer complétement.
Le 28 du même mois, je tirai en dehors une notable portion de la muqueuse rectale; l'ayant raclée âvec un scalpel, je constatai que l’épithélium avait changé de forme ; il était redevenu prismatique, et céla de là façon la plus manifeste, Ge même jour, je fis ce que j'avais fait le 5 mai : j'avivai la muqueuse, et je la fixai au dehors sur le périnée aussi avivé:
Le 7 juin, un râclage de la muqueuse étalée sur le périnée me donna les plus belles cellules pavimenteuses polygonales, beau noyau central, quelques-unes libres, d’autres réunies en plaques d’une étendue plus ou moins considérable. (Fig. 5, pl. [.) Alors je rompis de nouveau les adhérences, ét fis rentrer la muquéusé.
Enfin, le 12 juin, voulant pratiquer une autre opération sur cette chienne, Je la soumis au chloroformeé, et, par suite d’une négligence, elle mourut, J'examinai sa muqueuse rectale : l'épithéliur qui tapissait la portion la plus inférieure était redevenu prismatique, à cellules bien nettes et en tout analogues à celles qui s’observent normalement sur le gros intestin ; cet épithélium n’était pas différent de celui qui plus haut tapissait cetle portion de muqueuse que je n'avais jamais éntraînée au dehors. 3
Cette expérience montré, selon moi, de la façon la
plus nette et la plus évidente, que les épithéliums sont en quelque sorte fatalement amenés à se plier aux nouvelles conditions qui leur sont faites, et que le revêtement épithélial de certaines parties ne doit pas être considéré comme un fait ne pouvant subir aucune modification, et devant persister tel qu'il est. J'ai pu mettre ainsi dans des conditions exceptionnelles certaines parties de l’épithélium intestinal; vainement j'ai essayé de placer dans une situation anormale un épithélium appartenant à une toute autre variété. C'est ainsi que j'ai établi sur des animaux des plaies comprenant des glandes; la cicatrisation apparaissait alors très-rapidement, et je n'aurais pu maintenir la plaie ouverte qu'en usant de moyens qui auraient pu et qui certainement auraient agi sur la production du phénomène que je désirais observer, et auraient modifié les résultats.
Des trois expériences que je viens de rapporter ilres+ sort cependant un fait très-mmportant sur lequel je veux insister. Ce fait, qui s'est reproduit maintes fois sous mes yeux, est le suivant. Quand üne surface épithéliale se trouve placée dans des conditions différentes de celles où elle a l'habitude de vivre, l'épithélium existant ne se modifie jamais, il tombe et disparait pour être bientôt remplacé par d’autres éléments qui présenteront, soil une forme différente, soit des propriétés qui né seront plus les mêmes. Une fois née, la cellule épithéliale présèntera constamment et la même forme et lés mêmes propriétés quelles que soiént les circonstances au milieu desquelles elle sera ultérieurement placée ; seulement si les circonstances sont telles qu’elle ne puisse pas subsister dans sa forme primordiale,elle ne se modifiera pas,
mais elle tombera, faisant ainsi place à une nouvelle cellule qui se montrera telle que l'exige la situation nouvelle faite à la partie qui la supporte. Tel est le fait démontré par l'observation et duquel on peut, je crois, tirer cette induction très-importante, mais aussi très-légitime, que le blastème épithélial n’est pas unique, mais qu’il diffère suivant les diverses espèces d’épithéliums auxquelles il doit donner naissance. Prenons par exemple la dernière expérience que je viens de rapporter. Un blastème existait à la superficie de la surface intestinale et s'organsait en cellules prismatiques ; je le place dans des circonstances telles que d'une part il sera en contact immédiat et perpétuel avec l'air atmosphérique, et d'autre part il sera à l’abri du contact des excréments : le blastème en sera-t-il modifié? très-probablement oui, puisque la nutrition de la partie mise en expérience a elle-même subi des modifications, et ceci est incontestable, puisque des éléments qui vivaient parfaitement à cet endroit n'y peuvent plus exister et sont forcés de se desquamer rapidement. Ils resteraient forcément en place si leurs conditions d’existence n'étaient pas changées. Dès lors ne doit-on pas affirmer que l'échange des divers principes n'étant plus le même, le plasma sanguin ne présente plus en cet endroit la même composition et par conséquent ne saurait donner lieu à un blastème identique.
L'induction que je viens de tirer de ces expériences trouve une éclatante confirmation dans ce qui se passe pour l'épithélium utérin pendant la grossesse. Sous l'influence del’état de gestation qui apporte certainement dans la nutrition des troubles plus ou moins accentués, les cellules épithéliales de l'utérus sont profondément
modifiés, depuis celles qui tapissent la surface extérieure de l'organe jusqu’à celles qui, enfouies dans son épais- .Seur, appartiennent aux follicules (1). Ces dernières ne changent pas leur forme typique, mais par suite des conditions nouvelles où elles sont placées, elles se trouvent modifiées d’une manière en quelque sorte accessoire. Il n’en est pas de même des cellules qui tapissent la muqueuse utérine : celles-cisubissent les changements suivants observés par M. Robin (2). « L'épithélium de la cavité du col utérin dit-il, conserve son état prismatique pendant toute la durée de la grossesse, en perdant toutefois les cils vibratiles, » et plus loin : «L'épithélium de la cavité passe de la forme cylindrique ou même prismatique à l’état pavimenteux. Aucun fait ne prouve que ce soient les cellules prismatiques qui directement prennent la forme pavimenteuse. Tout montre, au contraire, qu'un certain temps après la fécondation, l’épithélium de la cavité du corps de l'utérus s’exfolie cellule par cellule pour ainsi dire, ou par petits lambeaux ; puis celui qui le remplace est un épithélium pavimenteux à cellules larges de 0,012 à 0,018 de millimètres de diamètre régulièrement polyédriques et juxtaposées en pavés, ayant un noyau sphérique ou ovoïde à peu près du volume d’un globule rouge du sang » (3).
Dans le cas de grossesse l’altération profonde que la nutrition subit est suffisante pour modifier la composi-
(1) Ch. Robin. Mémoire sur les modifications de la muqueuse utérine; avant, pendant et après la grossesse. Voir Mémoires de l’Académie de médecine, t. XXV, 140 et passim.
(2) Ibid., p.138 et 139.
(3) Ces modifications sont aussi décrites par M. Robin dans le Journal de l'anatomie et de la physiologie, 1858, t. 1, p. 60 — Mémoire sur quelques points de l’anatomie et de la physiologie de la muqueuse utérine.
athées tion du blastème et, par contre, la forme descellules äux= quelles il donne naissance,
Dire qu'il n'existe qu'un seul blastème épithélial et que les cellules sont modifiées dans leur formé par des agents mécaniques mé paraît insoutenable, en examinant la distribution des épithéliums dans l'économie. On voiten effet des points présentant les mêmes conditions mécaniques d'humidité, de pressions, de contact de l'air, avoir un épithélium différent et vice versa. L'épithélium de la membrane interne des vaisseaux, est-il le même qué lépithélium de l'intestin? EL pourtant dans l'un et l’autre cas il y a pressions extérieures, humidité, et abri du contact de l'air; et n'y at-il pas des org'anes où on trouve à la fois deux variétés d'épithéliums? Les conditions mécaniques ne sont-elles pas les mêmes sur tout le parcours des bronches? el pourtant en un point l'épithélium change de nature.
Je veux, avant de terminer, indiquer ce fait, que, lorsqu'on arrive par l’expérimentation à pouvoir placer l'épithélium dans d'autres conditions que celles où il a l'habitude de vivre, les altérations se manifestent trèspromplement, On voit, en effet, l'épithélium existant changer rapidement d'aspect, ee qui indique un trouble de la nutrition très-prompt à s'effectuer. J'ai été, en effet, témoin du fait suivant en faisant des expériences, qui trouveront leur place dans la dernière partie de mon travail.
Le 25 avril 1867, je pratiquai à un cochon d'Inde l'occlusion de l'œil gauche en avivant le bord libre des paupières, les affrontant et les maintenant accolées par des points de suture ; en même temps je lui introduisis sous la peau un fragment de glande pancréatique
REA EE prise sur un chien que l’on venait de mettre à mort.
Le lendemain, vingt-quatre heures après que l’opération avait été faite, je retournai au laboratoire ; l’animal était très-malade ; il mourut deux heures environ après mon arrivée, c'est-à-dire vingt-six heures après l'opération. J'en fis immédiatement l’examen :
La mort a été causée par ma dernière expérience, qui a provoqué'une süuppuration considérable.
Les cellules épithéliales de la cornée et de la con- Jonctive sont chargées de granulations graisseuses très-fines et très-abondantes, mais elles ne sont pas sensiblement déformées ; plusieurs d’entre elles ont un noyau de plus; mais dans toutes lé noyau déjà existant est devenu manifestement vésiculeux.
Voilà une altération légère, mais incontestable quand où comparait l’épithélium du éôté opéré avec celui de l'œil indémne. Aussi je ne cite ce fait que pour montrer avec quelle rapidité apparaissent les toubles de la nutrition épithéliale, quand on place ces éléments anatomiques dans des conditions autres que celles dont normalement ils sont éntourés.