Essai sur la physionomie des serpens
Dans les méthodes , les Rouleaux se trouvent presque toujours placés clans le voisinage des sauriens: je n'ai pas dévié de cet ancien usage. On reconnaît ces Ophidiens à leur tête petite, ohtuse, d'une venue avec le cou et garnie de lames imparfaitertient développées; à leur tronc cylindrique, égal sur presque toute sa longueur et terminé par une queue le plus souvent très courte et conique ; à leur gueule peu fendue ; à leurs petits yeux; enfin à leurs écailles presque toujours lisses et partout de la même forme, excepté celles qui revêtent la tête et le dessous du tronc.
Les Rouleaux composent une petite famille , qui tient d'un coteaux ORVETS, auxAMPHiSBÈNEsetauxTY PHLOPS, tandis que de l'autre, une espèce fait le passage aux couleuvres. Ils présentent des anomalies marquées dans leur organisation ; c'est pourtant en vain que j'ai taché de découvrir des caractères tranchés que l'on pût assigner , avec précision , à toute la famille. Leur structure interne offre, suivant les espèces, des diversités
2 TORTRÏX.
très frappantes , qui s'opposent à leur division en sous-genres. J'ai jugé par conséquent plus convenable , de réunir les reptiles de cette famille sous une seule dénomination générique, et d'assigner à chaque espèce en particulier les propriétés que nous présente l'ensemble de son organisation.
Les Rouleaux se tiennent toujours àterre et se plaisent particulièrement dans les lieux découverts ou sablonneux. La nature leur a donné, pour exécuter avec facilité sur un pareil terrain les mouvemens progressifs, un corps cylindrique et d'égale grosseur, un ventre très étroit et une queue courte, quelquefois prenante , mais robuste : caractères qui annoncent leur manière de vivre et qu'ils partagent avec la plupart des reptiles apodes , qui participent à leurs mœurs.
La colonne vertébrale est composée de pièces, dont les apophyses sont peu développées. Les côtes sont minces , cylindriques , uniformément arquées et sans angles saillans: elles se dirigent peu en arrière. On trouve souvent de chaque coté de Vaniis un petit crochet , rudiment des extrémités postérieures. Les Rouleaux ont la bouche peu fendue et, vu la brièveté de leurs caisses , ils ne jouissent pas de la faculté de pouvoir dilater leur gueule dans un aussi haut degré que la plupart des Ophidiens. Les mastoidiens sont aussi très courts, et réunis le plus souvent si intimement avec le crâne, que les sutures deviennent insensibles ou se soudent même avec l'âge. Le crâne est en général alongé, étroit et composé d'os plus forts que ceux des autres serpens. C'est particulièrement le crâne des trois premières espèces qui se rapproche, quant à sa forme ^ de celui des a m p h i s b È n e s ; il se distingue en outre par le manque des frontaux postérieurs, ce qui fait que l'orbite est incomplète en arrière. Les mâchoires des Rouleaux sont armées de dents courtes mais fortes et coniques, peu nombreuses, peu arquées; on en trouve une rangée de semblables sur les palatins et les ptérygoidiens internes, et quelquefois même des vestiges sur l'intermaxillaire.
Les narines, soit orbiculaires soit elliptiques, sont le plus
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souvent verticales, position qui provient du rapprocliement des plaques nasales sur le sommet du museau; ces plaques sont plus larges qu'à l'ordinaire et tiennent chez la plupart en même temps lieu de frontales antérieures. Les autres lames qui revêtent la tête, et particulièrement les occipitales, ne se distinguent ordinairement, comme dans les Couleuvres, ni par leur étendue, ni par des formes diverses ^ elles imitent au contraire le plus souvent les écailles du reste du corps, auxquelles elles ressemblent même parleur disposition en rangées obliques. Les plaques mentales sont remarquables par leur exiguité. Les yeux sont très petits, un peu verticaux, et à prunelle orbiculaire, excepté dans les eryx et dans le tort ri x BOA, où elle est verticalement alongée. Les plaques voisines forment avec leur bord interne l'ouverture circulaire, dans laquelle l'œil se trouve renfermé. Une espèce cependant, Ictortrix s CYTALE, fait à cet égard, une exception d'autant plus remarquable, qu'elle est unique dans l'ordre entier des Ophidiens : l'œil dans cette espèce se trouve au centre d'une grande plaque, qui est expressément percée d'un trou orbiculaire , représentant le bord de l'orbite. Les écailles qui revêtent le tronc et la queue des Rouleaux sont ou carrées, ou tant soit peu en rhombe ou représentent même un hexagone à angles très émoussés; elles sont le plus souvent à surface unie, imbriquées , presque partout de même étendue , ou un peu plus grandes vers les parties inférieures; celles qui revêtent le dessous, sont rarement assez larges, pour qu'elles méritent plus particulièrement le nom de bandes. Toutes ces écailles sont disposées en rangées , dont les transversales sont moins obliques, qu'on l'observe généralement chez des Ophidiens. Les couleurs dominantes des Rouleaux sont le brun , le rouge et le jaunâtre; mais elles varient suivant les espèces. Les trois premières se ressemblent par la distribution des teintes ; la plupart se font reconnaître à leurs couleurs irisées et chatoyantes , qui annoncent déjà en quelque sorte leur manière de vivre. Les Rouleaux n'atteignent pas une forte
4 TORTRIX.
taille , ei il est très rai'e de trouver des individus qui mesureut 2 à 3 pieds.
Leur langue ne se distingue par sa structure en rien de celle des autres Ophidiens , mais elle le cède un peu en longueur. Le p o u m o n consiste, chez les trois premières espèces, en un seul sac , tandis que les avitres ont en outre un petit poumon accessoire quelquefois de moitié aussi long que le grand. La glande thyroidienne , située au dessus du cœur , est quelquefois très développée et toujours entourée de plusieurs autres glandes d'une structure diverse. L'intestin fait dans quelques espèces de nombreuses inflexions ; dans d'autres il est presque droit. Plusieurs ont un cœcum , qui est dans une espèce , le tortr. rufa, très gros et assez long.
Outre une différence dans la taille , les jeunes se distinguent encore des adultes, par des teintes plus vives, par une distribution des couleurs plus tranchante, et souvent par une queue plus longue. Le nombre moyen des plaques abdominales et en conséquence celui des côtes, est de 200 environ ; celles du dessous de la queue sont tantôt simples , tantôt divisées, suivant les espèces: leur nombre est peu constant, particulièrement dansl'ERYX. La longueur de la queue, la distribution des teintes , et la disposition des anneaux qui entourent le corps de quelques espèces, sont sujettes à de nombreuses anomalies accidentelles , qui ont souvent donné matière à de oraves erreurs.
Les Rouleaux sont des h a b i t a n s de plusieurs pays chauds des deux mondes. On les a particulièrement observés dans plusieurs îles de la Polynésie, à Java, à Geylon, au Bengale et à Surinam. Les espèces ne sont pas répandues ; une cependant , I'e- R Y x habite des contrées plus tempérées et se trouve en même temps dans une grande partie de l'Asie, en Egypte et sur plusieurs points du sud-est de l'Europe. Les Rouleaux fréquentent des terreins secs, découverts et exposés au soleil; ils paraissent préférer les déserts sablonneux. Vivant continuellement à terre , ils se creusent des trous , pour se mettre à l'abri de
TORTRIX SCYTALE. «H
leurs ennemis ; ils ne grimpent jamais sur les arbres et se tiennent également éloignés des eaux. Il paraît qu'ils sont peu embarrassés du choix de leur nourriture, et qu'ils avalent indistinctement de petits quadrupèdes et des reptiles , pourvu que le volume de leur proie ne s'y oppose point : aussi ai-je toujours trouvé dans leur estomac des débris d'animaux de forme svelte , tels que des Souris , des Céciles etc. Les Rouleaux ont les mœurs assez douces: ce sont des animaux paisibles , lents dans leurs mouvemens et dont la morsure est totalement sans effets, vu la petitesse de leur gueule. Ils éprouvent néanmoins le sort de la plupart des Ophidiens , d'être redoutés du vulgaire comme très dangereux. J'ai lieu de croire que les Rouleaux sont ovipares.
Les espèces de cette petite famille ont souvent été confondues, et les auteurs ont laissé leur histoire dans une grande confusion ; ils ont été répartis en plusieurs sous-genres , tels que les TORTRIX, ERYX, ctc. qu'on a même placés dans différentes familles. Nous avons réuni tous ces animaux, ainsi que le xe- NOPELTis, sous UHC sculc coupc géuériquc , à la quelle nous avons conservé l'ancienne dénomination de tortrix. L'espèce la plus connue et qui de tous les Ophidiens se rapproche le plus des AMPHisBÈiNEset des t y pu l or s, est le tortrix SCYTAI^E.
1 Esp. LE RUBAN. TORTRIX SCYTALE.
PI. I- f. 4 et 5.
Ce Rouleau, le seul du nouveau continent , est un des reptiles les plus communs dans les collections , et souvent apporté du Surinam en Europe par les marins. On le reconnaît à son corps entouré d'anneaux alternans de rouge et de noir, à ses formes effilées et à la disposition de ses yeux. Il s'éloigne des autres espèces du genre pour se rapprocher des deux suivantes, dont on le distingue par les formes allongées, par sa forte taille ,
6 TORTRIX SCYTALE.
par sa tête obtuse, par ses plaques nasales exiguës et par des frontales assez grandes. Le reste delà tête est couvert d'écailles, qui ne diffèrent presqu'en rien de celles du corps. Toutes les écailles sont lisses, de moyenne grandeur, et carrées, ayant leurs pointes un peu émoussées; on en compte 19 à 21 rangées: elles deviennent un peu plus larges vers les parties inférieures, mais si insensiblement, que la série qui occupe le ventre, se confond parmi les autres; celles du dessous du tronçon de la queue qui est courte, grosse, peu conique et mammelonée à son extrémité , sont simples et surpassent toutes les autres en dimension. Le corps du Ruban est cylindrique, partout de la même grosseur et très alongé. La tête est d'une venue avec le tronc, peu conique et le museau très arrondi. Les narines sont orbiculaires et très petites, ainsi que les yeux qui se font remarquer par leur position ver- ,ticale et en ce qu'ils sont situés au centre d'une plaque.
La cou leur dominante est, dans le vivant , un très beau rouge vermillon; de nombreux anneaux très serrés, d'un noir profond et luisant , souvent divisés en deux ou interrompus et alternes , entourent la circonférence du corps et de la queue sur toute leur longueur. Un anneau large, occupant la partie postérieure de la tête, et la pointe rouge de la queue, sont plus constans que le reste des caractères , tirés de la distribution des teintes. Les pointes des écailles sont souvent marquées de noir, ce qui forme un dessin rétlculaire très agréable : il est à remarquer que tous les Ophidiens , ornés de ces couleurs , se ressemblent à cet égard. Après la mort le rouge disparaît totalement, et les individus , conservés dans la liqueur forte, sont presque toujours d'un blanc pâle ou jaunâtre; le noir même des anneaux perd beaucoup de son éclat primitif. On trouve fréquemment des variétés dans la disposition et le nombre des anneaux noirs.
. Le crâne (i) du Tortrix Scytale est très effilé et étroit.
(1) MûLLEu dans Tiedemann, Zeitschrlft, IF. I. PI. lo.f. 16, 17 et i8.
ÏORTRIX SCYTALE. 7
Les mastoicliens sont le plus souvent compris clans le crâne; les caisses très petites ; les mâchoires vigoureuses et armées de dents aiguës , coniques et arquées; les frontaux exigus : le museau est alongé ; les dents palatines sont plus nombreuses, mnis moins grandes que celles des mandibules. Le squelette du Ruban se distingue par le grand nombre de pièces qui le composent et par ses vertèbres dépourvues d apophyses épineuses antérieures; les vertèbres de la queue offrent une double série d'apophyses transversales plus développées. Les rudimens d'extrémités postérieures de cette espèce ont été figurés par Mayer (i). Les glandes salivaires (2) ont un volume considérable: elles s'étendent le long des mâchoires ;les nasales sont très petites. Le cœur est situé au bout du premier quart de l'animal ; les glandes qui accompagnent la thyroidienne, sont médiocrement développées. Il n'y a qu'un seul poumon, mesurant un tiers de la longueur totale. La rate , qui offre peu d'étendue, se trouve près de l'extrémité inférieure du foie. Le pylore se fait remarquer par un profond étranglement et par le passage brusque dans les intestins. Ces derniers sont très grêles, font de nombreuses inflexions et donnent, à quelques pouces de distance de l'anus , dans le rectum qui est très spacieux, et dont le prolongement supérieur en forme de sac très large, forme un cœcum considérable.
Excepté les dimensions, il n'est aucune différence entre les jeunes et les adultes ; les individus des deux sexes se ressemblent parfaitement. Des variétés accidentelles ne sont pas rares. Ce Rovdeau atteint une taille considérable; Tindividu le plus grand, que j'ai vu, est de 0,84 de longueur totale. Les tégumens qui forment la capsule extérieure de l'œil , s'endurcissent quelquefois avec l'âge et deviennent opaques: une cécité plus ou moins grande doit être le résultat de ce change-
(i) No^'a Jeta , vol. Xll. P. JL PL 67 fg. 6 et 7. — (2) Consulter les figures de ces glandes , fournies par Meckel , Archw , / . PL 1. J\ 6. et par Duvernoy. J/in. se. n. xxvi. PI. 5/! 1 et 'i. —
8 TORïRIX SCYTALE.
ment produit par la caducité, cécité que l'on observe à l'état normal chez les amphisbèneSjIcst^phlops etc. Le maximum des plaques abdominales s'élève à 234 ^t celui ^^^ caudales jusqu'à i4; le minimum est de 220+ 11. La queue comprend communément le vingtième de la longueur totale.
Ce Rouleau est très commun dans les Guy an es, mais il paraît , qu'il ne se trouve que dans une petite partie de l'Amérique méridionale (i). Aucun des nombreux et savans voyageurs, qui ont récemment exploré le Brésil, n'en parle; et il nous manque des renseignemens constatant son existence dans des pays , situés au nord de Surinam. On l'appelé dans cette, colonie serpent a deux têtes et serpent corail, dénominations, que les colons ont coutume d'appliquer à plusieurs Ophidiens très différens : la première pour désigner tous les reptiles de forme grêle, dont lesdeuxbouts se ressemblent par leur forme arrondie ou émoussée, tels que les
TORTRIX, les AMPHISBÈNES, IcS T Y P H L O P S CtC ; la SC-
conde pour comprendre les serpens , dont le corps est annelé de noir et de rouge, tels que certaines coronelles, le lyco- DON FORMOsus, plusicurs E L A p s ctc. Lc Rubau vit continuellement à terre. Nous possédons un individu qui a été tué au moment, qu'il étoit occupé à dévorer une cécile, de la même taille que lui. Nous devons cet individu , ainsi qu'une série complète de cette espèce et le dessin fait sur le vivant , aux soins désintéressés de M. Dieperink à Paramaribo.
On ignore les habitudes du Ruban , que Linné (2) a classé dans son genre a n g u i s , avec l'épithète de s c y t a l e. Cet auteur a donné la figure (3) de l'adulte ; une autre se trouve dans l'ouvrage de Mlle. Mérian (4) ; une troisième chez Scheïichzer (5) , qui a aussi figuré un individu dans 1 âge moyen : /. c. PL 678 Jig. 2. Deux autres , faites également
(1) M. d'Orbigny vient de rapporter ce Tortrix de Sta. Criiz de la Sierra. — (2) Syst. naL 1. pag. 392. — (3) Mus. Ad. Fried. PL 6. fg. 2. — (4) PI, 69. ~ (5) Biblia sacra. PI. G78. ^g. 2.
ÏORTRIX UUFA. 9
d'après de très vieux sujets , et celle d'un jeune ont été publiées par Seba (i); elles ont fourni les types de trois espèces nominales: AN G. CORALLINA, ATRA Ct COLRUL EA, introduites dans le système par Laurentids (2) , qui y a encore ajouté deux autres: AN G. A N N UL AT A et A. fasciata. Les descriptions et les figures , qu'en ont données LACÉrÈDE Ç6) et Daudin (4) sont très incomplètes. Ces auteurs ont reçu leurs individus de Cayenne et de Surinam. Oppel (5) a le premier séparé du genre an guis ce Rouleau avec plusieurs autres espèces , créant pour ces Ophidiens une coupe générique nouvelle , qu'il appelé t o r t r i x. Cette dénomination anciennement en usage , pour désigner certains insectes de l'ordre des Lépidoptères , a été plus tard changée en celle d'iLYSiA (6), d'ANiLius (7) et de torquatrix (8). On doit encore ajouter à cette synonymie I'anguis rostra- Tus de Weigel (9). Wagler (10) a donné tout récemment une bonne figure de ce Tortrix.
Nos figures 4 et 5 représentent la tête d'un Ruban presqu'adulte.
2 Esp. LE TORTRIX ROUX. TORTRIX RUFA.
Pi. I. f. 1—3.
Des formes moins alongées que celles du ruban; une
(1) T/ies. 17. PL ']'6Jig. 1 et ?> ; PL Zo/lg. 2. comparez aussi Seba 1. 84. I : le colorit de ces planches est tout-à-fait arbitraire. — (2) Syn. p. 70 suû'. — (3) QumL ov. II. PL i^.fig.i. le rouleau et le rouge. — (4) Hist. n. (L Rept. voL VU, PL ^l^fig. i- — (5) RcptlL p, 54. — [6] Hemprich. Haudbuch et Lichtenst. CataL p. 104. (7) Oken Tfat. p. 873. — (8) Gr\y. Syn. of llcpt.p. i3. (9) Schriften d. BeiL Gesellsch. lU.p. 190. — (10) Icon. PL^ f. 2.
10 TORTRIX RUFA.
queue plus courte, comprimée et conique ; des teintes d'un brun terne interrompues particulièrement sur les parties inférieures par des bandes alternes d'un beau blanc , et un collier rouge : voilà les traits caractéristiques de cette espèce. Elle atteint une taille presqu' aussi forte que la précédente, mais elle est en comparaison moins longue et plus grosse. Le corps est également cylindrique; les écailles, disposées sur l'j rangées , sont un peu plus larges et plus obtuses que chez le Ruban ; mais la série , qui occupe la ligne médiane du ventre , ne se distingue presque pas des autres. La queue est de moitié plus courte que celle de l'espèce précédente , conique et pointue. La tête se distingue de celle des autres espèces par sa forme conique; le museau est obtus; les plaques nasales sont plus grandes , les frontales moins larges que chez le Kuban; le reste des écailles qui revêtent la tête, se ressemblent dans les deux espèces, mais dans celle qui nous occupe, elles sont moins oblongues et plus larges; aussi les occipitales offrent- elles quelquefois plus d'étendue. Les yeux sont un peu plus grands que chez le Ptuban ; le bord des orbites est formé par les plaques labiales , superciliaires et temporales ; on trouve quelquefois une petite plaque oculaire postérieure.
La couleur dominante est un beau brun noir très luisant, fortement irisé et réfléchissant particulièrement le bleu d'acier. Des bandes transversales nombreuses , d'un blanc pur et disposées alternativement , se touchent sur la ligne médiane du dessous du corps: elles se perdent le plus souventsurles flancs, d'où quelques unes cependant se prolongent sur le dos, formant ainsi des anneaux plus ou moins complets. Le dessous de la queue, une bande séparant la tête du cou, et deux taches sur les plaques frontales sont d'un beau rouge vermillon. Cette dernière teinte s'efface totalement après la mort et les individus , conservés dans la liqueur forte, perdent beaucoup de l'éclat primitif de leurs couleurs.
Le crâne du Tortrix roux ressemble, quant aux os qui le composent , parfaitement à celui du ru b a n ; mais il a les for-
TORTRIX RIJFA. 1 1
mes moins alongees, il est plus large et les sutures des mastoidiens sont plus visibles. Les os du squelette sont plus robustes, et les vertèbres cervicales plus développées que dans l'espèce précédente. On trouve à chaque coté de l'anus des vestiges d'extrémités postérieures (i), parfaitement semblables à ceux du ruban. Le Tortrix roux convient , à l'éofard de la conformation des parties molles, sous plusieurs rapports avec l'espèce précédente. Il s'en distingue cependant par des intestins plus gros et plus courts , par un poumon beaucoup plus court, et par le manque total de cœcum. La glande salivaire de la mâchoire inférieure est très développée , celle de la supérieure au contraire très petite ; il y a une petite lacrymale à l'angle postérieur de l'œil.
Le nombre des plaques sur la rangée médiane du ventre varie depuis i8o à 23o; celui des souscaudales de 5 à 9. Je n'ai pu observer des différences provenant de l'âge et du sexe^ les variétés accidentelles au contraire, sont très fréquentes: quelques individus ont les parties supérieures tout-à-fait noires; les bandes blanches sont souvent fondues en laroes taches carrées; les deux points rouges sur les plaques nasales et même la bande occipitale manquent quelquefois totalement , etc.
Le Tortrix roux se trouve en abondance à l'ile de J a va , d'où le Musée des Pays-Bas en a reçu en grand nombre. Le Professeur Reïnwardt , M. M. Quoy et Gaimard et le docteur Strauss ont rapporté de Manado à Célèbe, des individus de ce Tortrix, qui se distinguent de ceux de Java , en ce qu'ils ont toutes les parties supérieures d'un noir uniforme. Cette variété de Climat répond au ï o r t r i x m e l a n o t a de BoiE. RussEL (2) a fait mention de deux individus, provenant de Tranquebar, où on nomme l'espèce schil a y-p aivib 00; le Musée de Paris en possède d'originaires du Bengale. A en juger d'après l'individu adulte, que Sera (3) a figuré, le Tortrix roux
(1) Mayer No^a Jeta , vol. XI] PL II. PL ^"j f. 5. — (2) Serjj. IL pag. 32. — (3) The.s. II. PL i^jfg, 1.
12 TORTRIX MACULAT A.
fait sa nourriture de scolopendres. Cet iconographe en a publié deux autres (i) portraits assez mauvais. Ceux de ScHEUCHZER (2) sont rcconnaissables. Les meilleurs se trouvent dans RussEL (3). Cette espèce a été introduite dans les catalogues méthodiques par Laurentius sous le nom d'ANGiiis rufa (4). Merrem (5) a fait une espèce nominale: scytale s CHEUCHZERi, fondée sur la Pl.G^'j.fig. i de Scheuchzer. C'est aussi I'eryx roux de Daudin (6). Wagler (y) a créé pour cette espèce et pour la suivante son genre cylindrop H is. M. Reinwardt en a fait faire un dessin sur le vivant , dont la copie se trouve chez Wagler (8). On ne sait rien sur la manière de vivre de ce Tortrix. Le plus grand individu du Musée des Pays-Bas mesure o,535 -f o,oo8 : on en voit le portrait dans notre atlas, PL Lfig' i —3.
3 Esp. LE TORTRIX MACULE, TORTRIX M ACULATA.
Pl.L fig. 6 et 7.
Cette espèce est très voisine de la précédente : elle atteint cependant une taille moins forte 5 son corps est moins gros et sa tête plus alongée : les plaques du sommet de la tête se rapprochent davantage, par leur forme, de celles des Couleuvres ; enfin elle présente des différences très marquées dans la distribution des couleurs. Un beau brun jaunâtre ou hépatique occupe les parties supérieures ; le dessous est teint de blanc jaunâtre. La ligne médiane dorsale et de nombreuses bandes
{.1) Thés. II. PI. qf. 3 et PL 10 fig. 3.— (2) Bibl. sacr. PI. Ç>l\nfig- i; jk^Jig. 6 et PI, 629..: — (3) Serp. II. PI. 27: iiulividii, adulte orig. de Java ; ib. PI. i^- fg. i ; ind. jeune de Tranquebar. — (4) Syn. p. 71. — (5) Tent.p. 8/|. — (6) Rcpt. vu p. '263. — (7) Syst.p. igS. — (8) Icon.
Pi. 5 fig. i:CYLlNl)ROrHIS resplenuens.
TORTRIX MACULATA. 1,1
transversales sont d'un noir hrunatre: ces l)an(les composent, en se joignant, un dessin réticulaire très agréable, qui fait entrevoir la couleur du fond sous forme de grandes taches , carrées sur les flancs, elliptiques ou arrondies sur les dos. Les écailles , la forme du tronc et de la queue , les vestiges des extrémités postérieures , sont parfaitement semblables à ces parties chez le TORTRixROux; mais on compte 19 rangées d'écaillés. Je n'ai trouvé aucune particularité dans la structure interne, excepté que l'intestin gros est pourvu d'un petit cœcum. Avant la mue, les couleurs sont très pâles ; mais l'épiderme ne perd rien de son luisant pendant ce changement. La disposition des teintes varie plus ou moins suivant les individus, mais je n'ai pu découvrir aucune différence de sexe ou d'âge. Nos plus grands individus sont de o,3i5 ± 0,006. Un très vieux sujet , que j'ai vu chez M. Klinkenberg, était de 2 pieds environ. Les plaques abdominales et souscaudales varient depuis 180 -f 5 jusqu'à 200 -j- 6.
Le Tortrix maculé est originaire deCeylon, d'où le Musée des Pays-Bas en possède plusieurs individus, dûs aux soins de M.S311TH Directeur du South-african Muséum ; mais il paraît , que cette espèce se trouve aussi aux grandes Indes. Elle a été fîguréed'une manière reconnaissable par ScHEucHZER^/Z>/. sacra Pl.66o/ig.3 et PL 606 Bj par Sera // P/. 100. /.' 2. el [ PI; 53 fi g 7. Ces deux dernières figures, dont la première est faite d'après un très vieux individu , sont les types des anguis tesselatacIdecuss A T A de Laurentius. Linné a représenté son anguis maculât a sur la P/. 2iy^ 3 du Muséum Adolphi Frledericl ; enfin il y a une bonne figure de ce Tortrix chez Russel // N^ 29 , et chez Guérin Jcon, Rept. PL 19/.' i. Cette espèce porte dans plusieurs ouvrages français le nom de m i g u e l.
14 TORTRIX ERYX.
4 Esp. HERYX. TORTRIX ERYX.
PI. I. fîg. II. 12. l3.
L'Eryx est très caractérisé par sa queue courte et obtuse; par le bout de son museau , muni d'une grande plaque obliquement tronquée, tandis que toutes les autres parties sont revêtues d'écaillés très petites; par sa pupille verticale; enfin par la rangée souscaudale et abdominale de bandes étroites. Il est impossible de le confondre avec quelque autre Opliidien. La petitesse des écailles , la présence d'un crochet près de l'anus et plusieurs autres caractères ont fait, qu'on a rapproché cette espèce des boas, dont elle s'éloigne évidemment par l'ensemble de son organisation et par ses mœurs. C'est un vrai t ortri x, quoiqu'il diffère des autres espèces sous plusieurs points de son organisation et cela d'une manière assez remarquable. Il a beaucoup du port des es|)èces précédentes : son corps est , comme dans celles-ci, d'égale grosseur, cylindrique ou peu comprimé ; la tête d'une venue avec le tronc ; la q u e u e peu distincte du corps et vigoureuse. Ce membre, un peu plus long que celui du tortrixscytale, lui ressemble par la forme et par la pointe émoussée. Quant à la forme du tronc, le T. Eryx convient davantage avec les tortrix rufa et M/VCULATA. Les éc ail les sont petites , un peu convexes et disposées plus obliquement que chez les trois espèces précédentes; on en compte 35 à 45 rangées: elles augmentent un peu en étendue vers les parties inférieures et vers la tète , où elles sont de forme irrégulière et variant d'un individu à l'autre sous le double rapport de l'étendue et de la configuration. Le museau mobile descend en pente et est muni à sa pointe d'ime grande plaque pentagone, déprimée et coupée obliquement en dessous. Les narines, situées entre deux plaques, se touchant parleur bord interne, sont presque linéaires et peu ouvertes. Les y eux sont un peu verticaux et plus éloignés
TORTRIX ERYX. 15
de la pointe du museau qu'à l'ordinaire; ils offrent une pupille perpendiculairement oblongue. Les plaques labiales sont très nombreuses.
La co ul eur du fond de cette espèce est un beau rouge; une teinte uniforme jaune occupe le dessous. De nombreuses taches d'un brun noir, tantôt en forme de bandes transversales, tantôt confluentes et formant une espèce de réseau , parcourent les parties supérieures en tous sens : ce dessin «s 'efface presque totalement avec l'âge; la couleur du fond pâlit également, de sorte que les très vieux individus n'offrent qu'une teinte uniforme d'un rouge de brique sale et très pâle.
Les vertèbres sont munies d'apophyses plus saillantes que dans les autres Rouleaux; les inférieures des cervicales sont très prononcées; les côtes sont plus longues et plus arquées que chez les espèces précédentes. Les premières vertèbres de la queue ressemblent aux dorsales, et sont pourvues d'apophyses transversales, imitant en quelque sorte les côtes; mais le reste de ces vertèbres se fait remarquer par le volume de leur corps : elles forment ensemble un gros cylindre, muni dans toute sa circonférence de nombreuses rangées d'apophyses grosses et souvent bifides. Cette construction particulière doit prêter une force considérable à l'organe dont ces os forment la base , et qui sert sans doute pour s'appuyer ou pour fouiller la terre.
Le crâne de l'Eryx s'éloigne sous plusieurs rapports de la forme type du genre : il est plus ramassé et plus large que celui des espèces précédentes ; les os qui le composent , sont moi.is lourds et plus mobiles ; les dents sont moins nombreuses ; les mastoidiens moins intimement joints au crâne et ainsi que les caisses , plus longs ; l'orbite enfin est postérieurement complète. Les nasaux sont très alongés et réunis à Tintermaxillaire, qui imite par sa forme la plaque qui le recouvre: il est dépourvu de dents. La mandibule supérieure est très courte et , ce qui est bien curieux , dépourvue de glande salivaire ; j'ai cependant observé une très petite glande à la comis-
16 TORTRIX ERYX.
sure des lèvres ; celle de la mâchoire inférieure est peu développée ; les lacrymales sont très petites. Le cœur de l'Eryx est placé plus en avant que chez les autres tortrix; Testomac est plus court, et les intestins en conséquence beaucoup plus longs. Le duodénum qui est très ample , fait plusieurs inflexions ; le rectum au contraire est étroit et muni d'un vestige de cœcum. La structure de la tunique interne du canal intestinal de l'Eryx est très remarquable , en ce qu elle offre des papilles plates en forme de feuilles assez développées, qui se perdent vers le gros intestin ou le rectum : ce dernier est divisé par des valvules conniventes en trois compartimens. Le poumon présente deux lobes, dont le gauche est peu développé , quoique d'un tiers au moins plus long que celui du coté droit. Les crochets de l'anus sont supportés par plusieurs os assez forts, semblables à ceux du tort, scy- TALE, et dont les bouts intérieurs libres se prolongent dans la cavité abdominale : cet appareil a ses muscles particuliers et très développés.
On reconnaît, comme nous avons dit plus haut, les jeunes à leurs couleurs , mais il est difficile de découvrir des différences sexuelles. Cette espèce est très sujette à des variétés accidentelles: la distribution des teintes est peu constante ; la queue est tantôt plus longue tantôt pins courte, ce qvii est souvent le résultat d'une mutilation : il est naturel que le nombre des bandes souscaudales qui sont souvent divisées, varie aussi suivant ces circonstances. L'Eryx atteint une forte taille, comme on peut juger par l'individu adulte figuré par Russel. IL PL i6. Dans une série complète d'individus, que possède le Musée des Pays-Bas , j'ai trouvé que les plaques varient depuis 167 + 17 jusqu'à +211 23. Ce même établissement a reçu un individu, mesurant o , 47 + ^5 ^4^, et qui est, proportions gardées, beaucoup moins gros que celui figuré par
RuSSEL.
Le Musée de Paris et celui des Pays-Bas ont reçu de Pondichéry plusieurs variétés de cet Eryx, dont l'une pourra peut-
TORTRIX ERYX. 17
être former une variété constante de climat: c'est I'eryx ben- GALE N SIS du Musée de Paris; il se distingue des autres individus par des écailles assez développées et surmontées d'une carène beaucoup plus forte qu'à l'ordinaire. Ses teintes très prononcées sur le dessous sont nuancées de taches foncées ; elles forment sur le dos un large ruban en zigzag, se divisant sur le devant en trois raies qui se perdent sur l'occiput et derrière l'oeil. Une autre variété, rapportée également de Pondichéry par Bélanger, a toutes les teintes uniformes et claires: les écailles du dessous du museau offrent plus d'étendue, des formes plus symétriques et ont l'apparence de petites plaques : on a fait de cet Eryx une espèce sous le nom d'ERYx indicus.
L'eryx est l'espèce la plus répandue du genre. Il abonde en Eo"ypte, et h a 1) i t e des contrées assez éloignées les unes des autres. Presque tous les voyageurs naturalistes qui ont exploré cette terre classique , l'ont rapporté et décrit , souvent sous plusieurs noms. Hasselquist (i) par exemple, en a fait ses anguis j A eu LUS et coLUBRiNA, qu OU a placés plus tard dans le genre t o r t r i x. Les charlatans de ce pays se servent de Y Eryx , pour fixer dans la tête de ce serpent les incisives d'un petit rongeur quelconque , ce qui lui donne Fair d être cornu : il est vraisemblable , qu' une idée si singulière ait été suggérée par les soidisant cornes du Céraste ; nous avons reçu de l'Egypte plusieurs sujets d'Eryx, ainsi transformés en monstres; Hassel- QuiST, induit en erreur par cette tromperie, en a fait une espèce sous le nom d'ANCuis cérastes (2), que Daudin (3) a placé avec les autres espèces , créées par Hasselquist , dans son genre eryx. On voit dans la Description de C E gypte (^^^ deux belles figures de l'Eryx, piïbliées sous les dénominations
d'ERYX DE LA THÉB AIDE et d'ER YX DU DELTA. BROVVNa
observé VEryx au Darfour; mais cette espèce se trouve aussi dans une partie de l'Europe, comme l'a prouvé Olivier, qui
(i) royage App. n." G4 e/G5. -— (2) ib, Xi^ G7. - (3) Rept. vol. VI p,%hl\ sulv, *— (4) Jtlas liept. PI. GJig. i et 2; vol XXIF pag. 54. —
18 TORTRIX EïlYX.
a figuré (i) un individu , rapporté de Polino , une des îles de la Grèce : elle porte chez ce voyageur le nom de b o a tur c et a été placée par Daudin (2) dans son genre eryx. M. Lichten- STEï^^nous a fait parvenir an individu de son boa tartaric\ (3} , trouvé par EvERSMAN dans les plaines sablonneuses à l'Est de la mer Caspienne, individu qui ne diffère en rien de ceux , que M. RuppELL nous a envoyés de l'Egypte , ni de ceux que RussEL (4) a observés au Bengale et décrits sous le nom d'E- RYx JOHNii. Schneider (5) a décrit et figuré un adulte sous le nom de boa an guifor mis : cet^e espèce nominale a ensuite été placée par Merrem dans legenre er yx; DAUDiN(6)a expressément créé pour elle son genre clothonia, mais la description qu'il en donne , est faite en partie d après une Vipère. Guérin (^7) a tout récemment publié la figure de la variété de Pondichéry sous le nom d'ERYx bengalensis; on voit sur la même planche le profil de l'adulte, portant la dénomination descYTALE coRONATA. R USSEL (8) rapporte que l'Eryx se trouve aussi à Tranquebar et qu'il atteint jusqu'à trois pieds de longueur , que ses mouvemens sont très lents , qu'apprivoisé, il ne montre aucune disposition de mordre, et qu'il peut supporter de longues abstinences. On l'appelé dans ces
pays ERUT ALE Y-NAG AM Ctlc jCUnC M A N Ê D U LLI-P A M B OO.
M. Meckel (9) décrit, dans son anatomie comparée, un appareil musculaire, particulier aux am ph isbènes et à I'eryx, par l'action duquel ces animaux doivent avoir la marche rétrograde. Je ne connais aucun auteur , qui ait fait mention de cette faculté chez I'e r y x.
(i) Foy. PI. 16 , /o- 2. J. B. — (1) Fxept. vol. VU, p. 267. PL S^fff. 2 et PL Gif. 34 et 35. — (3) Eversm. 7?me Jpp. p. 146 et CataL p. 104 , n.** 68. — (/,) Scrp. TL PL 16 : individu adulte, à queue mutilée; PI. 17 , le jeune. — ("i) Ilist. amphih. Il , p. iG^-, Denhschr. Munich, voL Fil p. 119 PL 8. (6) Rept. voL Fil p. 285. — (7) Iconog. Fxept. PL 20 fig. 1 eti. — (8) Serp. II. pag. 19. — (9) . Fer. An. Il p. i43.
TORTRIX PSEDDOERYX. 19
5 Esp. LE PSEUDO-ERYX. T. PSKUDO-ERYX.
Le nom que porte cette espèce , indique très I)ien l'affinité qui existe entre elle et la précédente , à laquelle elle resseuihlc par rapport aux formes et aux teintes 5 elle offre cependant dans son organisation de nombreux traits, qui en font une espèce des mieux caractérisées. Elle a le corps plus gros et plus comprimé que l'Eryx ; sa queue est plus longue et fortement prenante; les bandes du dessous occupent presque toute la largeur de l'abdomen; la tête est plus petite que chez l'Eryx et offre un museau assez conique , qui est revêtu de p l a q u es comme chez les Couleuvres, mais dont la disposition et les formes sont disparates sous plusieurs rapports. La rostrale ressemble à celle de l'Eryx ; il existe deux paires de frontales dont les antérieures sont petites , étroites et divisées seulement par une suture incomplète en arrière; il en est de même avec la verticale qui se réunit par sa pointe ta une occipitale transversalement linéaire et d'une conformation assez anomale ; le reste des plaques de l'occiput ne diffère des écailles du tronc que par leur forme irrégulière. Les narines sont latérales et beaucoup plus ouvertes que chez l'Eryx : elles occupent une petite plaque enchâssée entre les frênaies et la labiale antérieure. On voit 1 plaques oculaires antérieures et 4 postérieures ; les surciliaires sont assez développées, mais la frênaie manque , vu que les frontales postérieures descendent sur les flancs du museau pour se réuniraux labiales qui sont au nombre de 9. On ne distingue qu' une paire de plaques mentales; les gulaires sont remplacées par de petites écailles. Les écailles du tronc, toutes surmontées d'une carène , sont exiguës , en rhombe , à pointe tronquée , et disposées sur 4i rangées environ : chacune des bandes abdominales est bordée de deux écailles lisses et plus grandes que le reste.
L'œi 1 du Pseudo-Eryx est à peine plus grand que chez l'Eryx et offre comme celui de cette espèce une prunelle verticalement
20 TORTRIX XENOPELTIS.
alorjoée. La bouche est garnie de petites dents aiguës et de
même grosseur
Un brun de terre jaunâtre et varié d\ine teinte foncée qui forme un dessin réticuJairesjir la queue, en occupe les parties supérieures. On observe sur le cou , sui- la tête et derrière Tceil , plusieurs raies noirâtres , séparées par des taches d un jaune d'ocre. Le dessous est d'un jaune pâle, marbré et tacheté de brun, de sorte que la teinte claire forme une bordure pour chaque bande.
On compte environ 200 + 60 bandes simples. La taille de l'espèce est de 0,52 ] o,i25.
Découverte par feu Peron aux environs de Port-Jackson , elle n'a été retrouvée par aucun autre voyageur et n'est connue que d'après l'individu unique dont je publie la description, et qui est conservé auxMusée de Paris.
6 Esp. LE XENOPELTIS. TOUTRÏX XEKOPELTÏS.
PI. T. fig. 8 — 10.
LeXenopeltis s'éloigne des r o u l e aux pour se rapprocher des COULEUVRES. L'ensemblc de ses formes rappelé certains serpens , que nous avons réunis dans le genre l\ codon ; mais les téi^umens de la tète, les plaques abdominales étroites et plusieurs autres caractères annoncent son affinité avec les Tortrix. Les organes de la respiration sont aussi développés que chez les BOAS, niais on ne lui trouve pas de vestiges d'extrémités postérieures. Les narines, les plaques frontales , la forme du corps et de la queue diffèrent peu des mêmes organes chez les autres couleuvres; niais l'éclat de sa peau irisée et luisante, la conformation des écailles , et la brièveté des caisses sont autant de particularités, que le Xenopeltis a en commun avec les vrais îlouleaux.
Le Xenopeltis est un des serpens les plus rares de l'île de
TOllTUlX XEXOPELTIS. 21
Java , où \e, professeur RErr^wARDT l'a découvert le premier; il a été depuis retrouvé par nos voyageurs à Sumatra et a été égiilenient envoyé de Célèbe au. Musée de Pnris, connue on peut voir par la ligure rju'en a publié Guérin: Icon. Re/)t. PI. 21. fii^'. 3. Les portraits, faits sur le vivant , que nous possédons , démontrent que cet Ophidien est orné de couleurs très vives el très belies. Les parties supérieures sont d'un noir très foncé d'un éclat incomparable, et ([ui paraît être mélangé debleu d'acier , depourjjre et de vert doré. Le dessous est teint d'un blanc uniforme qui s'étend sur les flancs , en bordant les écailles dont le centre est occupé par une tacbe foncée: ces tacbes diminuent en grandeur vers les parties inférieures. Ces belles teintes s'effacent graduellement, quand l'animal veut changer de peau et il est , immédiatement avant cette opération , dun brun gris uniforme : voilà les caractères , sur lesquels sont fondés les xenopeltis unicolor et conco- LOR. Les jeunes ont la tête toute blanche; mais cette partie prend insensiblement et avec i'càge la couleur des parties supérieures : cette diversité dans les teintes des jeunes a donné lieu à la création de l'espèce nominale , appelée : xen. leugo-