‹ Essai sur la puberté chez la femmeChapitre 148 sur 173 · Voisin (J.). Loco cit., p · texte numérisé non relu

Voisin (J.). Loco cit., p

2. Parmentier (E.). Article Chlorose in Traité de Médecine et de Thérapeutique de Brouardel et Gilbert, t. VI, p. 862 et suivantes.

Landouzy donnant à la tuberculose un rôle tout à fait prépondérant dans la genèse de cette maladie, considère la chlorose comme une anémie souvent symptomatique de la tuberculose. M. Labbé ' soutient la même opinion, et n'admet pas que la chlorose soit une affection propre du sang. C'est un « syndrome hématoclinique, une anémie généralement bénigne et réparable, provoquée par des causes diverses, desquelles la tuberculose est la plus fréquente et la plus importante ». « La chlorose, dit Gilbert 2, présente donc avec la tuberculose d'étroites affinités. L'interprétation du fait est malaisée. Si l'on veut bien toutefois reconnaître que le tuberculose est héréditaire, que son hérédité gît, non pas dans la transmission de la. graine, mais dans celle du terrain, alors pourra-t-on concevoir, sans pénétrer dans l'intimité des phénomènes, que les enfants issus de souche tuberculeuse traduisent la décadence de leur race, entre autres façons, soit par l'aptitude à la tuberculisation, soit par Yhypoplasie hématique qui constitue le substratum anatomique de la chlorose ».

Les hypoplasies organiques ont été citées, en effet, chez les chlorotiques : l'étroitesse de l'aorte et l'aplasie du système artériel (Virchow, Beneke), l'atrophie des organes génitaux (Rokitansky), le rétrécissement mitral (Gilbert). Le sang peut donc être intéressé, prédisposé, au même degré que ces organes, à la maladie.

Enfin Meynert3 admet que la con striction de la partie inférieure du thorax, parle corset, amenant le tiraillement des filets nerveux du plexus solaire, peut déterminer l'apparition de la chlorose.

1. Labbé (Marcel). Bulletin de la Société médicale des Hôpitaux de Paris, n° 31, 3 novembre 1"904, p. 989.

2. Gilbert. Article Chlorose. In Traité de médecine Gharcot et Bouchard.

3. Meynert (E.). The Etiology of Chlorosis. (Modem Médecine und bactériological Review.) Battle Creek, Michigan, october 1894.

Quelle que soit la cause prédisposante de la chlorose, héréditaire ou acquise (à la suite de maladies de l'enfance), c'est dans la moitié des cas au moins, à la puberté, lors de l'établissement de la menstruation, que la maladie se déclare.

En effet, la jeune fille doit « réparer normalement et aisément le sang qu'elle est appelée à perdre périodiquement » (Hayem). Si son organisme est faible, mal préparé à traverser la crise pubérale, la menstruation est une nouvelle cause d'affaiblissement pour elle, et la chlorose se déclare.

L'affection est d'autant plus fréquente que les jeunes filles sont réglées plus tôt et plus abondamment (Parmentier).

D'après Murri1, l'entrée en activité fonctionnelle de l'appareil génital serait une des causes déterminantes de la maladie ; néanmoins, une fois qu'elle est déclarée, il est rare d'observer la persistance des règles et surtoutles hémorrhagies abondantes décrites par Trousseau dans la chlorose ménorrhagique . Par contre, on voit assez fréquemment l'affection survenir chez des jeunes filles mal réglées ; sur 62 cas observés, Hayem dit avoir vu 36 fois des femmes bien réglées au moment où débutait la maladie, 26 fois des malades dont la menstruation était irrégulière. Mais il tend à considérer ces irrégularités plutôt comme des causes que comme des effets de la chlorose. Stephenson - a également observé dans la moitié des cas le défaut d'activité fonctionnelle, la moindre abondance de l'écoulement cataménial et son manque de régularité.

L'influence du système nerveux dans l'apparition de la

1. Murri (A.). Clorosi da freddo. Actes du XIe Congrès International de Rome ; vol. III, Médecine Interne, p. 30.

2. Stephenson (William). On the Relation between Chlorosis and Menstruation, an Analysis of 282 Cases. Transactions of the Obstétrical Societey of London, vol. XXXI for the Year 1889, p. 104-126.

chlorose est bien connue. Sydenham considérait cette maladie comme une manifestation hystérique, comme une anémie d'aspect névropathique. Morton, Trousseau, Botkine ont reconnu le rôle du système nerveux dans la genèse de la chlorose, et cité des observations dans lesquelles la maladie a débuté brusquement, à la suite d'un ébranlement nerveux. Trousseau raconte l'histoire d'une jeune femme qu'il vit avec une chlorose confirmée, quatre jours après qu'elle avait éprouvé une forteémotion dans la nuit. Botkine parle d'une jeune fille devenue chlorotique, deux jours après avoir ressenti une vive frayeur. Pidoux cite l'observation d'une jeune fille qui, pendant ses règles, plongea ses bras nus dans un bassin d'eau de source ; elle avait couru, était en sueur et voulait se rafraîchir. Les règles s'arrêtèrent brusquement et huit jours après elle était chlorotique.

Le rôle du système nerveux se traduit parfois, d'une façon moins brusque, moins retentissante, mais non moins évidente. Le surmenage physique ou intellectuel, les 'préoccupations morales ou sentimentales, l'onanisme, les maladies infectieuses' aiguës ou chroniques, survenant chez des sujets prédisposés, peuvent suffire à provoquer l'apparition de la maladie.

L'ensemble des faits, que je viens d'étudier, confirme la définition que je donnais en commençant de la chlorose ; c'est une maladie d'évolution, l'affection la plus fréquente au moment de la puberté chez la jeune tille.

« Pendant les premières années, que la scrofule ait déjà ou non signalé la prédisposition, les ressources ne sont pas visiblement inférieures aux nécessités du développement. Mais au tournant de la puberté, au moment de la mise en demeure pour l'organisme, en prévision de la génération, d'un surcroît de vie plastique et d'une extension des activités fonctionnelles, l'insuffisance originelle surgit de toutes parts : comme une faillite, comme une

banqueroute, la chlorose apparaît. Et si, en réalité, la chloroseproprementdite ne se produit que chez la femme, c'est que chez elle l'échéance de la puberté, prélude de la maternité et de tout ce qu'elle impose, est beaucoup plus lourde que pour l'homme 1 » .

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