‹ Essai sur la statistique générale de la Belgique, composé sur des documents publics et particuliers (volume 2)Chapitre 57 sur 299 · INDUSTRIE MANUFACTURIÈRE ET COMMERCIALE · texte numérisé non relu

INDUSTRIE MANUFACTURIÈRE ET COMMERCIALE

Fabrication : Laine. — Draps. — Étoffes. — Tapis. — Lins et toiles. — Blanchiment. — Cotons. — Soieries. — Dentelles. — Tulles. — Rubanncric et passementerie. — Tissus en caout-chouc et en crin. — Bonneterie. — Chapellerie. — Cuirs et peaux; toiles cirées. — Papeterie. — Typographie, lithographie et reliure. — Ébénisterie. — Orfèvrerie et fabrique de bronze. — Horlogerie. — Instruments de physique et de mathématiques.

— Instruments de musique. — Métallurgie. — Fonderie de canons. — Construction de machines. — Armurerie. — Clouterie, aiguilles, épingles. — Coutellerie et instruments de chirurgie. — Quincaillerie et taillanderie. — Poélerie et chaudronnerie. — Instruments agricoles. — Carrosserie et sellerie. — Poterie , faïence et porcelaine. — Verres et cristaux. — Tabacs. — Produits chimiques. — Éclairage. — Savons. — Huiles. — Sucre. — Sel. — Bière. — Eau-de-vie. — Expositions de l’industrie. — Brevets d’invention. — Fabriques et usines. — Prix de la main-d’œuvre. — Machines à vapeur. — Commerce : Résumés généraux. — Mou ve~ menl* généraux et spéciaux du commerce d'échange entre la Belgique et les paye étrangers : marchandises entrées ; marchandises sorties ; importation — mise eu consommation ; exportation des marchandises belges; marchandises étrangères expédiées en transit par la Belgique; mouveraeuts des entrepôts. — Tableaux comjtaralifs du commerce : marchandises entrées, marchandises mises en consommation ; marchandises belges et étrangères exportées , marchandises belges exportées. — Système dédouane; contrebande.

— Consommation dans les villes Monnaies. — Banques et Société commerciales : Société générale. —

Banque de Belgique. — Mutualité. — Société du Commerce. — Société nationale. — Actions réunies.— Banque commerciale d’Anvers. — Banque liégeoise. — Banques hypothécaires. — Assurances générales sur la vie. — Assurance contre la mortalité des chevaux et bestiaux. — Assurances contre l’incendie. — Assurances maritimes. — Sociétés anonymes et en commandite. — Faillites. — Poids et mesures. — Routes et Chemins.

— Postes. — Chemins de fer. — Canaux. — Majune marchande. — Phares et Fanaux. — Suite des M o uv em e n t s généraux et sjtéciaux du commerce d’échange : mouvement delà navigation dans les ports de Belgique. — Chambres de Commerce. — R£süm£ de la situation industrielle et commerciale du pats. — Commissions d’enquête.

FABRICATION (i).

Laine. Clic est l'objet (Tune immense industrie en Belgique. Les manufactures de tout genre emploient chaque année des laines étrangères pour une somme de douze à quinze millions de francs; elles proviennent surtout d'Allemagne, d'Angleterre, de Hollande et d'Espagne. Ainsi

(l) Gachard, Rapport ilu jury aur le» produit» de Cinduatrie belge expoaét ù Bruxelles en 1855, vol. in-8®; Fini, Gressis-Dciiodux et Valerics, t.a Belgique industrielle (compte-rendu de la même exposition), vol. in-K"; Hhiavoixxs. Dr Cinduatrie en Belgique, enuaen de dsendenre el dé proapèrilê, an aUunlion nctueile, 2 vol. in-8", Brux. 1830; JoitAnn, Expoailion dr l'industrie frnnrnise, rnpport A II. le Miniatre de antérieur el de s affaire» étrangère» de Belgique (dans le Moniteur brlgr du 2* semestre 1830 el du î” et 2* semestre 1810).

que nous l'avons dit A la pag. 61 , la quantité de laine produite dans le pays n'est pas ce qu'elle pourrait être; le principal marché en esta Tirlemont , où elle est lavée puis expédiée en France et dans l'intérieur du pays; le marché de laine pour matelas se tient principalement ù Liège.

Draps. La draperie est une des branches les plus importantes de l'industrie belge : les Français eux-mémes lui reconnaissent une avance d'un demi-siècle sur la draperie française. Les draps du pays sont aussi beaux que ceux de Sedan el de Louviers, aussi solides que ceux d'Elbeuf , de Chateaumux et de Rnmnrantin ; les draps noirs, que nos fabriques produisent en si grande quantité, sont plus soyeux que ceux de Sedan et d'une teint*' plus solide et plus agréable que ceux fabriqués en Angleterre. La Belgique

FABRICATION

esi parvenue à soutenir la concurrente avec la France sur les casimirs comme sur les draps.

Parmi nos fabriques, on distingue celle de MM. Biollcy, Lieutenant et Pellaer, Sauvage, Simonis, Burdo-Stas, Tilman, Englcr et Bniginann, de Verviers, Liège, Dollinin-Limbourg : elles offrent sur une surface de territoire peu étendue, le spectacle d'une prospérité toujours croissante.

D’après un rapport de la ebambre de commerce de Verviers en 1833, les manufactures de draps de celte ville et des environs occupent seules une population de 40,000 ouvriers. Elles produisent environ 100,000 pièces de drap d'une valeur approximative de 23 millions de franes, et l'on peut évaluer à 75 millions les capitaux qui y sont employés tant en achat des matières premières, qu'en main-d’œuvre, intérêts de machines et de batiments, créances, etc. Aujourd’hui le nombre de métiers des fabricants de Verviers cl des environs est double de ce qu’il était en 1812, ce qui, eu égard aux perfectionnements introduits dans la fabrication, suppose une production triple de l'époque où elle fournissait à toute l'Europe (sous l'Empire). Dison, par exemple, village de prés de 4,000 habitants à une demi-lieue de Verviers, qui ne fabriquait en 1814 que 7 18 mille pièces de draps, en a produit jusqu’à 29,000 en 1838. Néanmoins l'industrie drapière a un peu souffert dans ces dermères années. A ce propos on lira avec plaisir l'extrait suivant d'un mémoire adressé à M. le Ministre des affaires étrangères et de l’intérieur par M. Auguste Moxbct, et inséré au Moniteur belge, N° 84 de 1838.

< 11 ne sera pas sans intérêt, M. le Ministre, de jeter un coup-tTccil sur les principaux pays de l'Europe et de voir ce qu'ils offrent actuellement de chances à l'écoulement de nos produits. En Allemagne, où nous exportions autrefois des quantités considérables de draps, l'association commerciale formée sous les auspices de la I’russc a réuni, dans un même cercle de douanes, des États où se trouvent de nombreuses fabriques de draps, où la main-d’œuvre est intelligente, laborieuse, à bon marché, et où il existe d'immenses troupeaux qui produisent les meilleurs laines du monde; il constc d’un relevé fait il y a deux ans sur les livres d’une maison de roulage de Verviers, par la commission uomméc par nos industriels pour solliciter du Gouvernement l’a-

grégation de la Belgique au système de douanes prussien, qu'il a été expédié par cette seule maison, en 1829, 15,491 pièces de draps, tandis qu'il n’y en a eu que 2,203 en 1835. Depuis 1835, M. le Ministre, toute exportation de nos draps vers l’Allemagne a cessé. L'Allemagne a sur nous trop d’avantages qui lui sont iuhércnls; et avec sa nouvelle organisation commerciale, loin qu’elle doive nous redouter, c’est elle que bientôt nous devrons craindre. En Autriche, en Bohême et en Hongrie, nos draps sont prohibés dans l'intérêt des manufactures indigènes; ils le sont aussi ou à peu près dans presque tous les États de la péninsule italienne, excepté dans le Royaume de Sardaigne. Dans plusieurs de ces États, il existe déjà quelques fabriques de draps et il u’y a pas longtemps qu’un industriel de notre district, emmenant avec lui des ouvriers du pays, est allé créer aux environs de Naples un établissement de ce genre; il n’est pas étonnant après cela que nous voyions chaque année diminuer les achats que des commercants italiens viennent faire sur la place depuis plus d'un siècle. Enfin, de quelque côté qu’on tourne scs regards, on ne voit en Europe que prohibition ou droits énormes ù l'aide desquels les gouvernements poussent au développement de l’industrie drapière dans leurs États respectifs. La France est entourée de barricades douanières infranchissables, et il ne faut pas songer à entrer en concurrence avec les Anglais sur leurs propres marchés, protégés qu’ils sont par uu droit de 15 p. c.; la Hollande, naguère notre principal débouché , nous est fermée ; c’est à grand’ peine que l’on parvient à y introduire en fraude quelques pièces de draps, et il n’y a rien à attendre d’elle [>our l’avenir, parce que scs intérêts mercantiles et ceux de sa politique la porteront immanquablement à lavoriser 'l’Allemagne, afin de conserver son commerce actuel de transit. — En Russie, la fabrication du drap est tellement en progrès, qu’il a été permis de lever la prohibition qui frappait certaines qualités et d'abaisser quelque peu le droit qui existait sur les autres; en Espagne et en Portugal, les Anglais mettent à profit les circonstances et les troubles politiques pour faire la contrebande en attendant des traités. C'est ainsi que de tons les côtés en Europe, par les progrès mêmes de l'industrie ou par des causes accidentelles, nos anciennes limites commerciales se resserrent. —

r.CBfUCATIUS.

Cependant, tandis que la fabrique de Vcrvicrs périclite et devient chaque jour plus isolée, tandis que maint fabricant abandonne un labeur qui ne le paie plus de scs peines et que d'autres transportent leur industrie dans les pays étrangers, la draperie a acquis un grand degré d'extension en Angleterre. A Bradford , dans le Vorkshire, la seule année de 1853 a vu s'élever 700 nouvelles maisons, et le nombre des manufactures s'y est accru proportionnellement. De 1831 à 1830, la moyenne annuelle d'exportation des draps et tissas de laine anglais s’est élevée A fr. 143,000,000 ; les Amériques comptent dans ce chiffre pour

75.000. 000; les États-Unis seuls pour 45,000,000, c'est-à-dire 15,000,000 de plus que toute notre production que je porte à une moyenne de

30.000. 000 d'après des calculs faits en janvier dernier et basés sur ma' connaissance des localités. Quant à notre exportation, elle a été, cbifTrc officie), d'une valeur de 3,840,064 en 1831, année normale et que l'on peut prendre pour terme de

comparaison (t) Il y a longtemps du reste,

M. le Ministre, que les fabricants du district de Verriers ont les yeux fixés sur le Nouveau-Monde, et le projet d’association mis en avant, il y a quelques mois, témoigne de leurs préoccupations

à cet égard Que le Gouvernement montre donc

aux diverses industries belges qui se trouvent écrasées de leurs produits, qu'il montre parliculièrcmentà nos fabricants le chemin de l’Amérique! Il n'y a de salut pour l’industrie drapière que dans le Nouveau-Monde, etc. »

Nous verrons plus loin, en parlant de la Marine, que le Gouvernement vient d’accomplir le voeu si juste des fabricants de Vcrvicrs, par la création d'un service de bateaux à vapeur entre la Belgique et les États-Unis.

Etoffes de lai me, telles que flanelle, couverture, coutil, serge, étamine, camelot. Il s’en fabrique dans toutes les provinces, mais c'est principalement à llodimont, Slavelot, Tirlcmonl, Tliuin, Vpres et Poperinghe, qu'on compte un assex grand nombre de fabriques de ces tissus. Les couvertures ont moins de solidité qne celles de France, mais plus que celles d'Angleterre; elles sont fabriquées à Bruxelles, Diége, Matines et Vcrvicrs. Depuis 1830, des progrès ont été

(i)Voy. plus loin le commerce dans les années postérieures à 1831.

constatés dans la fabrication des étoffes : on a réussi à faire des mousselines-laines, des mérinos, des napolitaines et d'autres étoffes de fantaisie; la mousseline-laine, celte redoutable rivale' du tissu de coton, a depuis plusieurs années une fabrique à Liège, et une autre, depuis peu, à Vcrviers.

Tapis. La manufacture de MM. Schumacher, Ovcrman cl comp*, successeurs de MM. I’iat Lefebvre et fils, à Tournai, est la plus considérable en Belgique, et l'une des plus importantes qui soient en Europe. Elle produit toutes les espèces de tapis de pied, depuis ceux du plus grand luxe qui ornent les demeures des rois, jusqu'aux tapis destinés aux habitations les plus modestes; 1,600 ouvriers y occupent régulièrement 80 à 100 métiers et fabriquent, année commune, 120,000 mètres de lapis dont les sept huitièmes se placent à l’étranger. Indépendamment de la manufacture de Tournai, on en compte plusieurs autres, mais d'un rang secondaire, dans la même ville, à Bruxelles, à Anvers, à Gand, à Bruges cl à Courtrai.

Lias et toiles. La Belgique produit considérablement de lin, dont l'industrie, y compris la culture de la plante, forme la principale occupation des familles rurales des Flandres qui en fournissent pour 50 à 40 millions par an. Les diverses manipulations que subit ce produit du sol forme l'une des plus anciennes comme l'une des plus importantes sources de la richesse manufacturière de la Belgique. Le mode de culture, l'ordre des assolements, la préparation des terres, les engrais, les soins donnés à la plante et le rouissage, sont tellement perfectionnés dans la Belgique, que ses lins sont toujours recherchés de toute l'Europe. Les Anglais et les Français achètent presque tous les lins qne produisent le Hainaut, le Brabant et la province de Namur; les Flandres en livrent une grande quantité au commerce anglais.

La réputation de nos toiles est depuis longtemps universelle. Elles sont recherchées pour leur bonne qualité et l'égalité de leur tissu. Les produits de Gand, S'-N’icolas, Tcrmotidc, Lokcren, Alost, sont les plus estimés, et Courtrai tient le premier rang parmi toutes les villes européennes qui sc sont livrées à la fabrication du linge de table damassé. On en fabrique aussi de toute beauté à Bruxelles, à Bruges, à Neuvu-

r Allait ATI0X.

Église. Enfin les Tilles de Ninove, Audenaerde, Renaix, Graminont, Thiell, Koulcrg, Tournai, Engliicn, Alh, Malines et Turnhout, sont renommées |>our la fabrication de la toile dont elles font un commerce considérable. Il n'y a eu Belgique, qu'une seule fabrique de batiste; elle est à Saintes, à une forte lieue de liai dans l'arrondissement de Bruxelles, et lie travaille qu'avec quatre métiers. Les coutils se font à Turnhout, et les toiles à carreaux A Zèle, Lokcrcn et Bruges.

Alost, Ninove et S'-Nicolas fabriquent d'excellent fil à coudre; à Tournai et à Courtrai se fait le fil façon de Lille, dont la perfection en Belgique est aujourd'hui telle que ce produit n'a plus rien à craindre à l’étranger de la concurrence française. Le fil de mulquincric se fabrique aussi, depuis un temps immémorial, à Braine-lo-Comte, Soignics et ses environs, où le lin brut, valant de 4 à 13 fr., acquiert, par le filage, une valeur qui roule depuis 38 fr. 50 c. jusqu'à 864 fr. ; la plus grande partie de ce fil est vendu à la F rance, d'où il nous revient converti en batiste, pour notre consommation.

Malgré la perfection des toiles belges, notre industrie, comme l'industrie française elle-même, se voit arrêtée dans ses développements par la concurrence des produits anglais fabriqués par des moyens mécaniques. Les Anglais, et même les Allemands, en fabriquant et en vendant au rabais, travaillent à s'emparer des marchés de France et d’Espagne que les tisserands de Flandre approvisionnent. Une crise, commencée en octobre 1837 et qui s'est prolongée jusqu'en février ou mars 1858, a amené la formation d’une société d’encouragement, composée des hommes les plus influents qui disposent annuellement de sommes très-fortes pour relever l'industrie linière par le perfectionnement de la fabrication, lui conserver les débouchés qu'elle possède, et lui en procurer île nouveaux (<). De grands établissements de filature et de tissage, d'après le sys-

(l) Voy. Vémorml de / négociation nationale pour te protjrè* de f ancimiu' iaduetrie linihr , publié par le Comité directeur de l’association ; recueil périodique paraissant à Bruxelles.

tente anglais, se fondent à Gand, à Liège, à Malines, à Bruxelles, et se placeront bientôt, pour les procédés de fabrication, sur le même rang que les premières manufactures de la Grande- Bretagne. L'établissement de Liège est activé par une machine à vapeur de la force de 90 chevaux. Quant aux tisserands des Flandres, empêchés par la situation précaire de leur industrie de se procurer les instruments perfoclionnésqui doivent les mettre à même de lutter contre la concurrence étrangère, le Gouvernement et l’Administration provinciale, venant à leur aide, ont tout récemment fait confectionner et distribuer gratis à ces tisserands trois cents temples du nouveau modèle; en outre, il a été commandé aussi, pour être bientôt distribués, des dévidoirs |ierfeclionnés qui économisent singulièrement la main-d’œuvre.

En 1836, il a été rendu, sur les 7 marchés de la Flandre orientale, 127,871 pièces de toile, quantité qui dépasse de 30 mille pièces les ventes de 1834 et 1835. Évaluées à une moyenne de 120 fr. par pièce, ces ventes ont donné lieu à un mouvement de plus de 15 millions de francs, sans y comprendre les quantités au moins égales vendues directement sans passer par les marchés publics ou consommées par le tisserand. Dans la même année, il a été vendu, sur le marché de Bruges, 21,962 pièces de toile, à Courtrai, 19,218; à Thiell, 87,660, et 24,078 à Roulcrs; ensemble 155,118 pièces, représentant une valeur de 15 à 20 millions de francs : il est à remarquer que les toiles vendues sur les marchés de Bruges et de Courtrai sont en général de qualités supérieures. En ajoutant à ces quantités celles fabriquées dans le Brabanlctdansles autres localités du Royaume, on aura, à peu près, 750 mille pièces de toiles fabriquées en une année, faisant un capital de 100 millions de francs, entièrement créé par le pays, fruit de son sol, produit du travail de ses habitants.

Voici encore d'autres renseignements sur l'industrie liuière dans Ire Flandres; ils nous sont fournis par les rapports sur la situation des provinces.

Flandre Orientale. État des pièces de toile vendues sur Ire marchés de cette province, pendant les cinq aimées de 1855 à 1839.

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