PRÉFACE
Lorsqu'en 1838 parul la première édition de cet Essai, il n'y avait pas eu encore, comme nous le disions dans la préface, de traité sur la Statistique générale de la Belgique. Aucune des publications statistiques qui avaient été faites (pas plus les recueils de documents dus aux soins du Gouvernement, que les ouvrages raisonnés sortis de la plume d'écrivains nationaux parmi lesquels on rencontre les noms de plusieurs notabilités scientifiques) ne dépassait les limites d'une Statistique partielle notre état social n'avait pas encore été embrassé dans une vue d'ensemble; une Statistique générale restait à faire, et c'est cette lacune que nous avons entrepris de combler en publiant YEssai.
L'accueil flatteur dont cet ouvrage a été honoré dans le pays et à l etranger, nous fait un devoir de le continuer : la deuxième édition que nous en donnons aujourd'hui a subi , comme on le verra , une refonte presque complète ; tout en conservant dans ce nouveau travail l'idée et le plan du premier, nous y avons introduit d'importantes améliorations : toutes les parties en sont considérablement augmentées et offrent les détails les plus nouveaux et les mieux constatés. Un tableau historique du pays précède l'exposition de son état actuel. Enfin deux tables . t l'une systématique (sommaire des chapitres), l'autre alphabétique, faciliteront l'intelligence de l'ouvrage et abrégeront les recherches; la table alphabétique surtout est utile dans un livre qui comprend une si grande multiplicité de notions diverses, et c'est pour celle raison que nous l'avons faite aussi détaillée que possible.
Dans l'étude de l'état social des nations, l'observation des faits généraux occupe incontestablement la place la plus élevée : avec la Statistique générale , qui seule permet de saisir d'un coup d'oeil toutes les ressources matérielles, intellectuelles et morales d'un pays , il est impossible d'ignorer les faits importants qui le concernent; c'est d'elle que les hommes d'État et les hommes instruits véritablement dévoués à la chose publique , apprennent le mieux les vices qui peuvent exister dans les diverses fonctions sociales , et les remèdes qu'il convient d'y appliquer.
La Statistique générale est donc , on ne saurait le méconnaître , un moyen puissant de Gouvernement et d'éducation politique; nous dirons plus, la connaissance de cette branche importante de la science gouvernementale est une nécessité pour tout homme de progrès c'est-à-dire qui se propose le bonheur du pays. Néanmoins, malgré la haute utilité de la Statistique générale, malgré que la portée en soit appréciée par les hommes voués à l'étude des sciences sociales, elle n'est guère avancée chez nous : jusqu'àprésent il n'existe qu'un seul ouvrage qui ait pour but de présenter la Belgique sous le rapport de ses ressources , de ses institutions , de son organisation, en un mot de donner une idée complète de l'état actuel du pa^s, et cet ouvrage est le nôtre. Si celte situation n'est pas aussi satisfaisante qu'on pourrait le désirer , il faut convenir aussi qu'on avait peu fait encore pour favoriser ce genre de travaux dont les principaux éléments doivent se tirer des administrations publiques.
Deux mesures, que le Gouvernement vient de prendre (mars 1841), feront faire un grand pas à la Statistique dans notre pays : nous voulons parler de la nouvelle organisation du bureau de Statistique générale au Ministère de l'Intérieur , et de la création d'une Commission centrale , à l'aide de laquelle nous pourrons arriver à établir en Belgique une Statistique qui n'aura d'égale dans aucun pays de l'Europe (Paroles de M. le Ministre de l'Intérieur au Sénat — Moniteur Belge du 19 mars 1841 , page 5 , colonne 3).
Quoique nous soyons appelé à l'honneur de prendre part aux travaux qui devront amener ce grand résultat, nous ne négligerons cependant pas nos publications particulières ; nous poursuivrons avec persévérance ïa tâche que nous nous sommes imposée , de populariser la connaissance exacte des éléments qui composent le corps social belge : heureux si nous pouvons continuer à mériter l'accueil bienveillant que nous avons rencontré dès notre début dans la carrière.