Essai sur la théogonie mexicaine
Il n'est pas étonnant que le peu de renseignemjents que nous avons sur la religion de l'ancien Mexique soient si vagues et si contradictoires ; car nous ne pouvons les puiser que dans les récits des conquérants et des missionnaires espagnols. Le peu de manuscrits originaux qui ont échappé aux flammes sont inintelligibles pour nous ; les chants religieux et historiques sont oubliés depuis longtemps, et les conquérants méprisaient trop les vaincus pour avoir pris la peine de chercher à les connaître. Les missionnaires seuls , dans l'intérêt de la conversion des Indiens , cherchèrent à étudier leurs idées reli-
gieuses ; mais ceux-ci ne les communiquaient qu'avec la plus grande défiance. Les prêtres et les nobles de Mexico avaient péri presque tous lors de la prise de cette ville, et ceux qui avaient échappé au massacre s^étaient réfugiés dans des lieux inaccessibles. Ce furent donc presque toujours des gens du peuple sans éducation et livrés aux plus grossières superstitions qui leur firent les récits qu'ils nous ont transmis. Les missionnaires , d'ailleurs , avaient plus d'intérêt à connaître les usages qu'ils voulaient déraciner de la masse du peuple qu^à comprendre le sens plus élevé que la partie éclairée de la nation pouvait y attacher. Ce ne fut donc que longtemps après l'arrivée des Espagnols au Mexique que l'on commença à étudier les antiquités de cette contrée ; mais une préoccupation funeste conduisit d'erreur en erreur les premiers auteurs qui s'en occupèrent. Les uns voulurent retrouver dans le Nouveau-Monde toutes les divinités de l'antiquité grecque et romaine, et les autres, frappés de quelques ressemblances et dominés par des préjugés religieux , se persuadèrent qu'ils retrouvaient un christianisme corrompu par la suite des siècles , et que cette religion avait été prêchée autrefois en Amérique par l'apôtre saint Thomas. Ils recherchèrent avec avidité tout ce qui pouvait confirmer cette idée , et l'on sait combien il est facile à un homme prévenu de faire dire tout ce ce qu'il veut aux gens ignorants qu'il questionne. Tous ceux qui ont écrit sur cette matière ne connaissaient que très-imparfaitement la langue fort
difficile du Mexique , et confondent souvent une date ou le nom d'un prêtre avec celui d'une divinité : il est donc naturel de supposer qu'ils ne saisissaient pas toujours le sens exact des réponses que leur faisaient les Indiens. Ce qui ajoutait encore à la difficulté, c'est que, comme dans l'antiquité chaque nation avait son dieu particulier qu'elle regardait comme le principal , quoiqu'elle admît l'existence de ceux des autres, il n'y avait pas moins de différence dans les rites et les cérémonies. C'est ainsi que les sacrifices humains, si communs à Mexico, paraissent avoir été fort rares à Tezcuco et dans d'autres villes. Les renseignements, même les plus exacts , ne Tétaient que pour la ville ou la province où ils avaient été recueillis. Chacune des nations qui vinrent successivement s'établir au Mexique paraît avoir apporté un nouveau culte qui se confondit par la suite avec celui des nations qui l'avaient précédée , jusqu'à ce qu'enfin les Mexicains, vainqueurs et souverains de presque la totalité de l'Analiuac , fondassent , sur des monceaux de victimes humaines , le culte sanglant de Huitzilipuchtli.
Je vais donc essayer de déterminer les diverses phases de cette théogonie , et de séparer les notions apportées par les Astèques de celles qui appartiennent aux nations qui les avaient précédés : tentative hardie , sans doute, mais qui me paraît le seul moyen d'apporter un peu de lumière dans cet obscur chaos !
Selon Veitia et Clavigero (1), plusieurs nations de l'Anahuac , et particulièrement les Toltèques , ses premiers habitants, connaissaient un Être suprême qu'ils nommaient Tpalnemoaiii (celui par qui nous vivons) et T loque- N ahuaque ^ (créateur de toutes ehoses) ; mais ils n'en avaient qu'une idée obscure et qui $e perdait dans la foule des idoles qu'ils adorèi-ent par la suite. Ils croyaient aussi à l'existence db mauvais esprit, qu'ils nommaient Tlatecolotl ^ ou le hibou doué de raison. Cette religion était-elle réellement celle de la lutte du bon iet du mauvais principe? C'est ce que je n'oserais affirmer; mais elle ne périt jamais dans les classes supérieures, et hous voyons, par les récits de plusieurs historiens , que peu de temps avant la conqiiête , Netzahualcojotl, roi à Tezcuco, et les principaux seigneurs de sa cour n'adoraient que Tloque-N ahuaqiie , le dieu suprême et invisible et le créateur de toutes choses.
A ce culte succéda celui de Tezcatlipuca et des quatre éléments , divinisés sous les noms de Xiuhieiictli, Quetzalcoatl^ Tlaloc et Centeotl : peut-être aussi peut-on regarder Tezcatlipuca et Mictlanteuctli^ dont je parlerai plus bas, comme une continuation du système du bon et du mauvais principe personnifiés sous d'autres noms.
Tezcatlipuca (2) (miroir brillant) était regardé
( 1} /^W//a,Historia antigua de Mexico (iT/e i/ro, i836, 3 vol. iii-8;, p. I, ch. I. — Clrwigero, Stoi'ia antica de Messico , liv. vu. \-2) TvrqucHiad I , M» aiarquia indiana , liv. vi, cliap. ^t- —
comme le dieu suprême , Tâme du monde , le créateur du ciel et de la terre. On le représentait toujours jeune, pour faire voir que le nombre des années ne diminuait pas son pouvoir : on croyait qu'il récompensait les bons par des bienfaits, et punissait les méchants par des maladies. C'était lui qui donnait la prospérité et la richesse , et les retirait à sa volonté. On le nommait encore Moyocojotzin (celui qui fait ce qu'il veut); Titlacahuan (celui dont nous sommes les esclaves). On le èohsidérait aussi comme le dieu de la guerre, et, comme tel , on le désignait par le nom de Necociautl ( celui qui sème la discorde ) , et de Yaotzin ( de yaoyotl, guerre).
La principale idole de cette divinité était faite de téotetl , ou pierre divine , qui ressemble à du marbre noir poli : elle avait des pendants d'oreille en or, et à la lèvre inférieure, un tube de cristal à l'extrémité duquel se trouvait une plume verte ou une turquoise. Ses cheveux étaient attachés avec un cordon d'or au bout duquel était suspendue une oreille du même métal sur laquelle on avait peint de la fumée qui représentait les prières des malheureux. Toute sa poitrine était couverte de plaques d'or : elle avait des bracelets du même métal , et une émeraude pour nombril. Elle tenait dans la main
hagun, Historia de Mexico, liv. m , ch. 2. — Clavigero, Storia di Messico, liv. vi. — Boturini, Idea de una historia de la America septentrional , p 2.
gauche un éventail d'or garni de plumes magnifiques, et poli comme un miroir : on croyait qu'elle y voyait répété tout ce qui se passe dans le monde. Quand on représentait Tezcatlipuca comme dieu de la guerre, il était assis sur une banquette couverte d'une étoffe rouge, sur laquelle on avait peint des crânes et des cfssements ; il portait au bras gauche lin bouclier et quatre flèches, et sa droite redoutable brandissait un javelot.
Les Indiens croyaient qu'il leur apparaissait souvent sous la forme d'un jeune homme. A chaque coin de rue on plaçait pour lui un siège en pierre , et personne autre n'aurait osé s'y asseoir. Torquemada raconte (1) que les Indiens les plus braves allaient quelquefois à sa recherche; quand celui qui voulait tenter l'aventure entendait au milieu de la nuit dans la foret un bruit semblable à celui que fait un homme qui abat des arbres , il se dirigeait de ce côté après s'être frotté la poitrine avec de la terre , et ne tardait pas à apercevoir la figure d'un effroyable géant qui tenait sa tête à la main , et dont la poitrine fendue de haut en bas s'ouvrait et se fermait quand il respirait , ce qui produisait ce grand bruit. Si l'aventurier perdait courage , il tombait sans connaissance et ne tardait pas à mourir. Si au contraire il était assez hardi pour achever l'entreprise , il devait saisir le fantôme par le milieu du corps et lui déclarer qu'il ne le lâcherait pas avant le lever du
(i) Torquemadn . Monarquia Indiana , Hv. xiv, ch, -22.
soleil. Le fantôme essayait tantôt par la force , tantôt par des prières ou des menaces , de recouvrer la liberté ; mais voyant que rien ne lui réussissait , il finissait par dire : « Il faut que je parte avant le lever du soleil ; demande-moi ce que tu voudras et je te l'accorderai.» Le guerrier demandait alors la valeur, la richesse , du bonheur à la guerre , ou toute autre chose qu'il désirait. Le fantôme le lui promettait et lui offrait d'abord une épine de maguei en gage de sa fidélité à remplir sa promesse , puis deux , puis trois ; mais il fallait les refuser jusqu'à ce qu'il en offrît quatre. Après avoir reçu ce gage , on pouvait compter sur sa parole et le remettre en liberté. Si l'on voulait connaître l'avenir, il fallait se jeter sur le fantôme sans prononcer une parole , et lui arracher le cœur au moment où la poitrine s'ouvrait. On l'enveloppait dans un linge et on l'emportait chez soi sans le regarder. En arrivant on le déployait, et si , au lieu du cœur, on y trouvait des plumes blanches ou une épine de maguei , c'était un signe favorable. Dans le cas contraire on y trouvait du charbon et des ordures Quand je traiterai du second Quetzalcoatl , j'aurai l'occasion de parler d'une autre transformation de ce dieu.
La fête de Tezcatlipuca (1) se célébrait dans le mois de Toxcatl , le cinquième de l'année. C'était une des plus solennelles.
Dix jours avant la fête , les prêtres habillaient
(i) Torquemada , liv. x, ch. 14. — Snhagun, liv. 11, ch. 5.
leur chef avec des vêtements que l'idole devait porter le jour de la fête. Il prenait un bouquet dans une main et dans l'autre une petite flûte d'un son très-aigu ; il sortait du temple et en jouait d'abord en se tournant vers l'orient , et ensuite vers les trois autres points cardinaux, comme pour avertir legenre humain que la fête allait commencer : il prenait ensuite un peu de terre et se la mettait dans la bouche. Tous les prêtres se prosternaient alors , invoquant le dieu et le priant de ne pas les abandonner , mais de les débarrasser promptement de la vie et de les conduire dans le lieu du repos. Aussitôt que ceux qui avaient commis quelque crime entendaient le son de cette flûte qui leur rappelait l'existence du dieu vengeur, ils étaient saisis de repentir et imploraient leur pardon avec des pleurs et des sanglots. Les guerriers au contraire lui demandaient à grands cris d'augmenter leur valeur et de leur accorder la victoire sur leurs ennemis. Cette cérémonie se renouvelait pendant les dix jours qui précédaient la fête.
La veille, les seigneurs se rendaient au temple et offraient un vêtement neuf dont on devait revêtir l'idole que l'on ornait ensuite de plumes , de bracelets et de divers bijoux. Le lendemain , toute la population se rassemblait dans la cour du temple. Les prêtres, dont la figure était barbouillée de noir et dont les longues tresses de cheveux pendaient sur les épaules , arrivaient vêtus du même costume que l'idole et la plaçaient sur une espèce de brancard. Les
jeunes garçons et les jeûnes filles attachés au service du temple apportaient une grosse corde d'alocs (1) , entourée d'une espèce de chapelet de maïs grillé qui indiquait la sécheresse ; car le principal but de la féte était d'obtenir de l'eau. Tous ces jeunes gens étaient revêtus de leurs plus beaux habits , et portaient des guirlandes sur la tête et des colliers de maïs grillé au cou. La plupart des Indiens les imitaient et tenaient à la main des épines de maguei , avec lesquelles ils se tiraient du sang pour honorer l'idole.
L'on faisait ensuite en procession le tour de la cour du temple que l'on avait ornée de fleurs et de rameaux. L'idole portée sur un brancard était prébédée de deux prêtres qui l'encensaient avec du copal. Tout le temps que durait la procession , les spectateurs se frappaient le corps avec des cordes d'aloès en expiation de leurs péchés. Quand la procession était terminée , on remettait l'idole à sa place et on lui offrait un si grand nombre de bouquets, composés des fleurs les plus rares, que toute la cour en était couverte , et qu'on pouvait en élever une espèce de petit monument. L'on offrait aussi à l'idole tous les colliers de maïs grillé que l'on avait portés pendant la cérémonie.
Sans doute qu'autrefois elle se terminait ainsi , avant que les Mexicains eussent introduit l'usage
(i) C'est (le cette corde appelée loxcalt que le mois a pris soii nom
d'ensanglanter les autels. Mais ceux-ci y avaient ajouté un sacrifice humain , comme ils le firent à presque toutes les autres fêtes. On choisissait tous les ans , parmi les captifs , celui qui paraissait le plus beau et le plus dispos. Pendant toute l'année on laissait croître ses cheveux et l'on cherchait à l'instruire dans les arts : il n'allait par la ville que couvert des vêtements les plus riches et accompagné des principaux seigneurs. Tout le peuple se prosternait devant lui ; car on le regardait comme l'image vivante de Tezcatlipuca. Vingt jours avant la fête , on lui donnait pour épouses quatre belles jeunes filles élevées exprès pour cela. Il passait tout le temps au milieu des plaisirs qu'il goûtait dans leurs bras , et des festins que s'empressaient de lui offrir les principaux chefs.
Quand le jour du sacrifice était arrivé , on séparait la victime de ses femmes et on la conduisait à l'endroit où elle devait mourir. Elle montait seule les degrés du temple , et à chaque gradin elle brisait une des flûtes en terre cuite dont elle s'était servie pendant son année de prospérité. On lui faisait prendre place ensuite dans la procession dont j'ai parlé plus haut devant le brancard qui portait l'idole ; quand la procession était terminée , chacun rentrait dans sa maison pour prendre son repas , et pendant ce temps on servait un grand festin à Tezcatlipuca. On l'emportait ensuite chez les prêtres auxquels seuls il était permis d'y toucher.
Quand le peuple avait terminé son repas , et s'était
de nouveau réuni au temple , on amenait le jeune homme qui représentait Tezcatlipuca , et chacun l'adorait comme le dieu. On l'étendait ensuite sur la pierre des sacrifices , et on l'immolait selon l'usage ordinaire , c'est-à-dire que quatre prêtres le saisissaient par les quatre membres , et que le grand-sacrificateur lui ouvrait la poitrine et en arrachait le cœur qu'il offrait tout sanglant à son dieu. Mais au lieu de précipiter le cadavre du haut des gradins , le prêtre et ses acolytes le descendaient avec les plus grandes marques de respect. En arrivant à la dernière marche , on lui coupait la tête que l'on plaçait au haut d'une perche, et l'on distribuait sa chair aux seigneurs qui la regardaient comme un mets céleste. La fête se terminait par une danse solennelle qu'exécutaient les jeunes gens attachés au service du temple. Ce jour-là , on renvoyait chez eux tous ceux qui voulaient quitter le temple pour se marier. Tous les enfants des écoles attendaient les jeunes filles à la porte et les assaillaient de pelotes d'herbe et de plaisanteries , leur reprochant de préférer un mari au service du dieu.
Dans le douzième mois (1) nommé Teutleco (ou l'arrivée des dieux), on célébrait une autre fête où figurait encore Tezcatlipuca. Les Mexicains cr(>'P lient que les dieux arrivaient le dix -huitième jour de ce mois , et que Tezcatlipuca , le plus vigoureux , parce qu'il ne vieillissait jamais , arrivait tou
(l) Torquemnda , liv. 10, ch. 1^. — Snhngun , liv. Il, ch.
jours le premier. Le grand-prêtre semait de la farine de maïs sur une natte , et se mettait en prières. Quand on apercevait sur la farine la trace d'un pied , le grand-prêtre s'écriait : «Notre dieu est arrivé l » L'on rassemblait le peuple au son de la trompette , l'on célébrait cet événement par des danses , et l'on passait le reste de la nuit à s'enivrer de pulque , disant que c'était pour laver les pieds des dieux ; j'ignore du reste d'où l'on croyait que venaient les dieux , et il y a certainement là un mythe que les Espagnols ne nous ont pas conservé. Les Mexicains avaient perfectionné cette fête à leur manière , en brûlant vifs en cette occasion un grand nombre de captifs.
Xiiihteuctli (1) ( dieu du feu ) a été quelquefois confondu avec le soleil. Il présidait à l'année et faisait croître les plantes : c'est pourquoi on lui avait donné ce nom (dieu de l'herbe ou de l'année , car les Mexicains comptaient les années par herbes); on le nommait aussi Ixcozauqui (figure jaune) , Cuecaltzin (flamme de feu), ei Huehueteiitl (l'ancien dieu) ; son idole était nue. Dans sa longue barbe teinte en noir avec la résine qu'on nomme ulli était enchâssée une pierre rouge. On l'habillait toujours avec un costume semblable à celui du souverain régnant, et Ton plaçait sur sa tête une couronne de papier à'agavé peinte de diverses couleurs et ornée de bouquets de plumes vertes, qui représentaient des
(!) ( Ifts'i^'ero, Uv. vi. — TorquemaJa. Sahagun .
flammes et d'où pendaient de chaque côté des boules de la même couleur. Elle était surmontée d'un panache de plumes jaunes qui représentait une tête de dragon, et était ornée de coquillages de mer. Il avait aux oreilles des pendants en mosaïque de turquoises et des grelots aux pieds. Il portait au bras gauche un bouclier couvert de plaques d'or et orné de cinq émeraudes disposées en croix, et tenait à la main une espèce de sceptre fendu dans toute sa longueur et dont l'extrémité supérieure supportait deux globes : celui qui le terminait était le plus gros et s'appuyait sur la pointe du plus petit. Ce sceptre, que le Dieu tenait devant sa figure et à travers lequel il paraissait regarder, se nommait tlachicloni (celui par lequel on regarde).
Dans le courant de l'année (1), les Mexicains célébraient deux fêtes en l'honneur de ce dieu. La première avait Heu dans le dixième mois qui se nommait Xocotlhuetzi. Les prêtres allaient dans la forêt et y abattaient un grand arbre qui devait avoir vingt- cinq brasses de haut. Après l'avoir dépouillé de toutes ses branches, on l'ornait de fleurs et de guirlandes et on le dressait dans la cour du temple, au centre d'un immense bûcher. Après avoir exécuté autour une danse solennelle , on y mettait le feu , et on y précipitait les victimes humaines qui devaient être immolées dans cette circonstance. Mais, à peine les flammes avaient-elles commencé à le^
(l) T'orquemada, liv. vi, ch. — Sahaguit .
saisir qu'on les en retirait à moitié brûlées et respirant encore , pour leur ouvrir la poitrine et leur arracher le cœur que l'on offrait tout sanglant à l'idole.
La seconde féte t^l), qui se célébrait dans le dixhuitième mois, nommé /rca//i, n'avait pas un caractère aussi sanglant. Dix jours avant la fête, qui avait lieu le dernier jour de Tannée, tous les jeunes gens se rendaient à la chasse et apportaient au temple tout le gibier qu'ils avaient pu se procurer. On en faisait un festin solennel pour les prêtres et les nobles , et on donnait en échange aux chasseurs des boules de maïs. Ordinairement, la fête se terminait ainsi; mais, tous les quatre ans, elle se célébrait avec beaucoup plus d'éclat et l'on immolait un grand nombre de victimes.
C'était ce jour-là que l'on choisissait pour percer les lèvres et les oreilles des enfants. Outre ces sacrifices on en offrait journellement à Xiuhteuctli^ en jetant au feu les prémices du repas et en déposant auprès du foyer des fleurs et des bouquets.
Le principal siège du culte de ce dieu paraît avoir été à Quaiihtitlan, 3L quatre lieues de Mexico. Sa fête s'y célébrait avec la plus grande splendeur, et Torquemada dit que l'on y venait de 10 ou 12 lieues à la ronde. Les prêtres y exécutaient des danses, couverts de la peau sanglante des victimes qu'ils venaient d'immoler , et l'on dressait devant le tem-
(l) Torquemndn , x, 3o.
pie six mâts très-élevés , auxquels on attachait autant de captifs, que les jeunes gens et les enfants s'amusaient à tuer à coups flèches.
Quetzalcoatl , le dieu de l'air, est peut-être de toutes les divinités mexicaines celle dont les auteurs espagnols se sont le plus occupés. Ils ont sans cesse confondu le dieu avec le héros divinisé du même nom, grand-prêtre de Tula , et qui fut, à ce qu'il paraît, le restaurateur de l'ancienne religion. Je traiterai plus tard de celui-ci.
Quetzalcoatl 'dont le nom signifie serpent couvert de plumes) était représenté coiffé d'une mitre tachetée comme une peau de tigre et ornée d'un panache de quetzalli. Tout son corps était peint en noir. Il était vêtu d'une tunique brodée, qui ne lui descendait que jusqu'à la ceinture. Il avait des pendants d'oreille en mosaïque de turquoises, et au cou un colUer d'or , d'où pendaient de précieux coquillages de mer. Son symbole était un paquet de plumes qui ressemblaient à des flammes de feu . Il avait une espèce de caleçon tigré, des sandales, et portait au bras gauche un bouclier, sur lequel était peinte une figure pentagone , qu'on appelait le Joël du vent. Il portait à la main droite un bâton très court, recourbé comme la crosse d'un évêque , enrichi de pierreries, et dont la poignée- était semblable à celle d'une épée. On 1-e nommait quelquefois le précurseur de Tlaloc, le dieu des eaux, parce que , ordinairement , c'est le grand vent qui amène la pluie. Il avait à Cholula un temple magnifique et respecté dans tout le Mexique.
Mais comme il est très-difEcile de distinguer le culte qu'on lui rendait de celui dont son prophète était l'objet , je traiterai de toutes ces cérémonies à l'article de ce dernier.
Tlaloc (1) était le dieu des eaux. C'était lui qui fertilisait la terre par la pluie et dirigeait le cours des fleuves. Il habitait près de Tezcuco , sur une haute montagne qui porte le même nom , et où l'on croyait qu'il rassemblait les nuages. Les Mexicains croyaient que les eaux de la mer , qu'ils nommaient Ilhuicatl ( c'est-à-dire l'eau qui touche le ciel ) , pénétraient par des canaux souterrains jusque sous cette montagne, et s'adoucissaient en filtrant à travers les sables. On croyait que ce dieu habitait au haut de la montagne un endroit nommé Tlalocan, qui était une espèce de paradis terrestre. Son idole était peinte en bleu ou en vert , pour représenter la couleur des eaux , et tenait à la main une baguette d'or ondulée qui devait figurer la foudre.
Torquemada raconte que, quand les Acolhuas arrivèrent dans^ le pays , sous le commandement de Xolotl , premier roi des Ghichimèques, ils franchirent la montagne du Tlaloc , et trouvèrent au sommet une figure de ce dieu, faite d'une pierre blanche et très-légère. Elle représentait un homme assis sur une pierre carrée , et tenant devant lui un vase rempli de la résine nommée ulli et de toutes les espè-
(i) Clavigero,\\w . vi. — Boturini. — Torquemada ,\iv . vi, ch. — Sahagun.
ces (le semences que l'on cultive dans le pays. C'était l'oiFrande annuelle qu'on lui faisait après la moisson. Le roi Netzahiialpilli , voulant plaire à son peuple , fit enlever cette statue pour la placer dans le temple. On en mit une autre à la place , faite d'une pierre noire très-dure. Mais celle-ci ayant été peu de temps après frappée de la foudre , on crut y voir une marque de la colère du dieu , et alors on rétablit l'ancienne à sa place, où elle resta jusqu'à l'arrivée des Espagnols.
Ce Tlaloc avait un grand nombre de compagnons des deux sexes qui présidaient aux pluies , aux rivières et aux montagnes. Matlalcuaje (1) (celle qui porte une tunique bleue) , sa sœur , était considérée comme la déesse des tempêtes ; on la nommait aussi Chalchihuitlique ( l'émeraude ). Torquemada la nomme Xochiqiietzal (fleurs et plumes) , et Boturini Macuilxochiqiietzalli (celle qui porte un éventail de fleurs garni de cinq plumes ). On la représentait la figure peinte en jaune , avec une médaille d'or suspendue au cou par un collier de pierres précieuses. Elle avait sur la tête une couronne de papier de maguei , peinte en bleu , ornée de panaches de plumes vertes, de laquelle pendaient par devant et par derrière des boules d'un bleu clair ; elle avait des pendants d'oreilles en mosaïque de turquoises, et sa tunique était bleue, avec une frange de coquil-
(i) Torquemada., liv- vi, 23. — Sihagun, liv. i, cli. li — //uturiiii, p. 14.
ïages de mer ; elle portait au bras gauche, en guise de bouclier , une feuille à'atlaciiecona , ou nénuphar.
On célébrait (1) quatre fois par an des fêtes en Fhonneur des dieux Tlalocs. La première avait lieu au mois à' Atlacuecona ou Quahuitlehua , le premier de Tannée. On se rendait en procession au sommet des montagnes, et on y sacrifiait en leur honneur des enfants nouveau-nés. Plus ces malheureuses victimes versaient de larmes pendant le trajet , plus on croyait que l'année serait abondante en pluies. La seconde féte (2) avait lieu dans le troisième mois de Tannée , nommé Toconzontli. On offrait aux Tlalocs les prémices des fleurs , auxquelles présidait particulièrement une déesse nommée Coatlicue ou Coatlantona. Il paraît qu'anciennement on se contentait à cette époque d'ofïrandes de fleurs et de bouquets ; mais les Mexicains , selon leur cruelle habitude , y ajoutèrent plus tard des sacrifices humains.
Dans le sixième mois (5) , nommé Etzalqualiztli , on sacrifiait spécialement à ceux des Tlalocs qui présidaient à la pluie , parce que les sécheresses y étaient fréquentes. Ce jour-là, on ornait le temple de joncs que Ton allait couper à Citlalepec , et les prêtres jouissaient sur toute la route , en allant et en
(l) Torquemada , liv. x, cliap. lo.
{i) Torquemada^ liv. x, chap, i ' (3) Torqueninda, \iv . x, chap
— Sahnguri, liv. Il, cl) . '^.O.
— Sohaguii, liv. Il, ch. 2().
revenant, du droit de dépouiller tous ceux qu'ils rencontraient , sans que personne osât leur opposer la moindre résistance , quand même il eût porté le tribut du roi. Ils se rendaient ensuite sur les bords du lac, et s'y précipitaient, imitant en nageant le cri de tous les oiseaux aquatiques. Quand Tusage de sacrifier des victimes humaines eut été introduit , on en immolait aussi quelques-unes à cette occasion. La quatrième féte (1) avait lieu dans le seizième mois, nommé Atemuztli, parce que, dit Torquemada, c'est à cette époque que les orages sont le plus fréquents. On offrait à Tlaloc de petites figures en pâte , dont les yeux étaient faits avec des fèves noires et les dents avec des pépins de concombre. Sahagun dit au contraire que ces masses de pâte offraient l'image des principales montagnes habitées par les Tlalocs Chacun plantait aussi dans la cour de sa maison des mâts , auxquels on attachait de longues bandes de papier teintes de diverses couleurs.
Centeotl (2) (dieu du maïs) était le dieu de la terre et des moissons. Plusieurs auteurs l'ont considéré comme une déesse ; mais Veitia (3) assure que c'était un dieu : ce qui me paraît plus conforme à l'esprit de la mythologie mexicaine, où les femmes ne jouent qu'un rôle secondaire. On le nommait aussi Tonacojohua (celui qui soutient notre chair). Il était la
(1) Sahngun, liv. ij, ch. "28.
(2) Torquemada, liv. viii, ch. 4, et liv. vi, ch. xxv. — Suhngun, liv. I, ch. 6.
(3) f^eilia , liv i, ch. 4,
principale divinité des Tolonaques, qui en faisaient une déesse et la croyaient Fépouse du Soleil. Torquemada lui donne aussi le nom de Chicomecohuatl (sept serpents). D'autres donnent ce nom à la première femme qui sut faire du pain et préparer les aliments. On l'invoquait aussi sous le nom de Xionen. Selon qu'elle présidait aux diverses productions de la terre , Sahagun dit qu'on la représentait avec une couronne sur la tête, un vase dans la main droite^ et au bras gauche un bouclier sur lequel était peinte une fleur. Il ajoute qu'on la nommait aussi 7onantzin ( notre mère ) et Cihuacohuatl ( la femmeserpent). Clavigero dit au contraire que Cihuacohuatl fut ta première femme qui mit des enfants au monde, et qu'elle avait toujours des jumeaux. Mais il y a probablement là un contre-sens ; car il faut observer que coati (1), en mexicain, signifie également serpent et jumeaux. On disait que cette déesse se montrait souvent au Tianguez , ou marché, portant un enfant sur son dos , comme le font les femmes indiennes ; que tout à coup elle disparaissait, en abandonnant son paquet , et qu'en l'ouvrant, on y trouvait, au lieu d'enfants , un caillou en forme de fer de lance, qui servait à immoler les victimes. C'est dans le quatrième mois (2), nommé Hueytozotli ^ que l'on célébrait la fête du dieu Centeotl. Après avoir présenté à Tidole les prémices du maïs , on célébrait de-
(i) Voyez le Dictionnaire de Moliua, au mot coaf/.
{■2) Sahagiiii , liv. H, ch. i3. — Torque m ad a, liv. x, ch. i3.
vant elle une espèce de combat simulé. Dans le huitième mois, nommé Huejtecuhilhuitl, on le fêtait de nouveau sous le nom de Xilonen. A cette époque, le roi et les nobles offraient des festins au peuple pendant l'espace de huit jours , au bout desquels on sacrifiait une femme qui portait son costume et à qui l'on donnait son nom.
Quelques auteurs ont prétendu que les quatre signes qui formaient la base du calendrier mexicain, et se reproduisaient sans cesse, étaient les symboles de ces quatre divinités. Ces signes sont Acatl (roseau), Calli (maison), T'ecpaf/ (cailloux) , Tochtli (lapin). Le premier désigne clairement l'élément de l'eau. La maison et le caillou qui recèle l'étincelle peuvent très-bien indiquer la terre et le feu. Mais quant au lapin , Boturini prétend qu'on l'avait choisi pour symbole de l'air , à cause de sa légèreté à la course ; mais j'avoue que cette explication ne me paraît pas satisfaisante.
J'ai dit plus haut qu'il était possible que Tezcatlipuca fut la personnification du bon principe, et Mictlanteuctli celle du mauvais. Celui - ci et MictAancihuatl^ sa sœur et sa compagne ( car il ne paraît pas que les Mexicains aient jamais regardé leurs dieux comme mariés ), étaient des divinités infernales. On croyait qu'ils habitaient un lieu obscur et froid , situé vers le nord ou dans les entrailles de la terre : on nommait aussi ce dieu Tzantemac , ce qui , d'après Torquemada , signifie celui qui baisse la téte , mais qu'on me paraît pou-
voir faire dériver plus naturellement du mot tzantetl , qui signifie rebelle.
Le temple de ce dieu (1) , sur lequel les Espagnols nous ont donné, d'ailleurs, fort peu de détails, se nommait Tlaxica^ ou le nombril de la terre. Le prêtre qui le desservait était entièrement peint en noir , et , contre l'usage universel , les sacrifices ne s'y faisaient que la nuit. Je parlerai plus loin du rôle qu'on lui faisait jouer , quand je traiterai de l'opinion des Mexicains sur l'état de l'homme après la mort.
Outre les divinités dont je viens de faire mention, il y en avait un grand nombre d'autres d'un rang secondaire. Mais les connaissances que nous en avons sont très- vagues et très-contradictoires. Une partie de ceux dont parlent les auteurs espagnols n'étaient adorés que par quelques tribus sauvages, et d'autres me paraissent être des surnoms donnés aux grandes divinités dont je viens de parler, et que, par ignorance de la langue, on a pris pour des dieux particuliers , tels que Xilonen , Tonanzin , etc.
Je pense qu'il ne sera pas hors de propos d'en donner une liste abrégée avant de parler des idées des Mexicains sur la création et l'organisation de l'univers , et sur les héros divinisés.
A^uav (2), selon Cabeça de Vaca, était la divinité
(1) Torquemnda, 1. vili, ch. 12.
(2) Cabeça de f^aca, Hist de la Florida. — cil. 27.
1 orqueniada, 1. vt,
principale de la province de Xalisco. Ils croyaient qu'il avait créé toutes choses et demeurait dans le ciel ; mais ils n'en avaient pas de représentation , et le regardaient comme un pur esprit.
Amimitl{i), adoré particulièrement à Cuitlahuac, était considéré comme le dieu de la pèche. On le redoutait beaucoup, parce qu'on croyait que c'était lui qui envoyait les dyssenteries , les maladies de poitrine et en général toutes celles qui sont causées par l'humidité.
Centzontotochli (2) ou les cent lapins étaient regardés comme les compagnons de Tezcatzoncatl , dieu des liqueurs fermentées. Quelques villes leur offraient des esclaves en sacrifice. Torquemada prétend que c'étaient celles où l'on s'adonnait le plus à l'ivrognerie ; mais je pense plutôt que c'étaient celles où l'on cultivait l'aloès pour la fabrication du pulque.
Chicunahuizcuintli (3), que Torquemada nous cite comme dieu des lapidaires, nous offre un exemple des nombreuses méprises commises par les missionnaires. Gemot,qui signifie neuf chiens, bien loin d'être un nom propre, n'est que la date du jour où les lapidaires célébraient la féte de leur dieu Nahualpilli. Macuilcalli^ ou cinq maisons, qu'il désigne commesa compagne, est simplement la date del'année.
(1) Torquemadd , liv. vi, ch. 19.
(2) Torquemada , liv. vi, ch. ; liv viii, ch l4
(3) Torquemada , liv. vi, ch. 3o.
Cihuapipilli (1 ). On désignait par ce nom les femmes qui mouraient en couches. On croyait qu'elles allaient par bandes dans l'air et donnaient des paralysies et d'autres maladies aux enfants , en entrant dans leur corps. C'était particulièrement dans les carrefours qu'elles exerçaient leurs maléfices. Pour les éviter il y avait des jours de l'année où les parents ne laissaient pas sortir leurs enfants. Pour les apaiser, on leur offrait, dans leurs temples et dans les carrefours , des pains qui avaient la forme de divers animaux. On les représentait pâles et vêtues de blanc rayé de noir ; leurs cheveux étaient relevés sur leur front , de manière à former des cornes qui se croisaient.
HuextocihuatL (2) était la déesse du sel. On la regardait comme la divinité de la partie du lac de Mexico qui était salée.
Ilamateuctli (3) (la vieille déesse). Je n'ai pu trouver aucun renseignement sur cette divinité , si ce n'est qu'on lui sacrifiait une femme dans le dixseptième mois, nommé Tititl. Mais je pense que c'était simplement une autre désignation de Centeotl (ou la terre). Quelques auteurs, induits en erreur par son nom , l'ont prise pour la déesse de la vieillesse.
lacateiictli [k) (le seigneur qui nous guide) était le dieu du commerce. On le représentait sous la forme
(\) Sahagun , liv. i, ch. 10.
('2) Torquemada , liv. vi, ch. l8.
(3) Torquemada, liv. x , ch. ''9.
(4) Ctas'ige.ro, liv. vi. — Torquemada . — Sahagun , liv. i. ch. If)^
d'un Indien en costume de voyage , el un bâton à la main. Sa figure était tachetée de blanc et de noir, ses oreilles étaient en or, et il portait sur la tête deux panaches de plumes vertes. Il était vêtu d'un man-^ teau bleu, couvert d'un filet noir et brodé de quelques fleurs. Il avait aux pieds des sandales trèsbien travaillées , attachées par des courroies de cuir jaune ornées de coquillages. D'après Sahagun , il avait cinq frères, nommés Chiconquiahuitl ^ Xomoquil , Nacxitl, Cochimetl elYacopitzaoatl. Mais je suis porté à croire que ce sont plutôt des surnoms de la même divinité.
La fête de Yacateuctii (1) se célébrait dans le neuvième mois , nommé Tlaxuchimaco . On y sacrifiait un grand nombre de victimes , et cette fête était d'autant plus brillante que les marchands étaient très-riches et très-considérés au Mexique Ils regardaient aussi leurs bâtons de voyage comme des espèces de dieux pénates , et , à la fin de chaque journée , ils les réunissaient en un faisceau , et leur sacrifiaient en se tirant du sang de diverses parties du corps avec des épines d'aloès.
loalteuctli (2) était , selon les uns , une personnification de la lune , selon les autres , une divinité distincte II protégeait particulièrement les prêtres qui étaient chargés de veiller la nuit dans les temples^ et l'on croyait que c'était lui qui envoyait les songes.
(l) Torquemnda, liv. x, ch. '2 1.
{'z) Torqueniada , liv. IX , ch. 24 5 ^^v* ^"'5 '^^
loalticitl (1) , dont le nom signifie le médecin ■
nocturne , était le dieu des enfants au berceau. ■
Ixtilton (2) (ou la figure noire) était le dieu de la
médecine : on le nommait aussi Tlaltecuin ; mais \
je n'ai pu découvrir aucun détail sur cette divinité. \
M acidlxochitl (3) (ou cinq fleurs) était , selon les ■ uns , un des surnoms de la déesse Chalchuiliciieje , compagne de Tlaloc , et, selon d'autres, une divinité particulière qui présidait aux fleurs. On le représen- i tait sous la figure d'un homme écorché ou peint en ; rouge ; sa bouche et sa barbe étaient peintes de noir, de blanc ou de bleu clair. Il portait une couronne d'un vert clair avec un panache de la même ! couleur. Il avait autour du corps une pièce d'étoffe i rouge qui lui pendait jusqu'au milieu des cuisses. Ce dieu portait au bras gauche un bouclier blanc , sur lequel étaient quatre pierres placées deux par deux; i il tenait dans la main droite un cœur, surmonté i d'un panache vert d'où pendaient des houppes de j plumes vertes et jaunes. j
Mixcoatl (4) (serpent des nuages) était la princi- '
pale divinité des Otomites. Les Mexicains le regar- j
daient comme le dieu de la chasse , et célébraient |
sa féte dans le quatorzième mois, nommé Quetcholli, ;
par une chasse générale dont on lui offrait les pré- ;
mices. On lui immolait aussi des enfants, et l'on i
(1) Torquentadn , liv. Xlll, ch. 20. !
(2) Clavigero, 1. vi — Sahagun , liv". i, ch. 16. |
(3) Snhnguii, liv. i, ch. l4 j
(4) Tortj'icmnda, liv. Mil, ch. i3; liv. x , ch. ).(>.
croyait que les âmes de ceux qui avaient été ainsi sacrifiés venaient tous les ans conduites par un ser pent nommé Xiuhcoatl , pour assister à sa fête.
Nappatecuhtli (1) (ou quatre fois seigneur) était le dieu des fabricants de nattes. Son image était toute noire avec des taches blanches sur la figure. Sa tête était ornée d'une couronne blanche et noire , surmontée de trois panaches de plumes vertes ; elle avait autour des reins une étoffe blanche et noire qui pendait jusqu'aux genoux ; ses sandales étaient blanches : il portait dans la main gauche une feuille de nénuphar, et dans la droite une écharpe blanche peinte de fleurs noires.
Opochtli (2) (celui qui est à gauche) était le dieu de la chasse et de la pêche : on croyait que c'était lui qui avait inventé les instruments nécessaires à cet exercice , ainsi que l'usage des rames. Son idole était noire et vêtue d'une étole verte. Quelques auteurs l'ont confondu avec u^mimitl , divinité des Otomites dont j'ai parlé plus haut.
Omacatl (3) , que Sahagun nomme Omeacatl (deux roseaux) , est appelé par lui le dieu de la joie; mais ce nom me fait l'effet d'être une date. La description qu'il fait de son idole est presque entièrement semblable à celle de Xuchteiictli , le dieu du
(1) Clavigero, liv. VI. — Torquemada , liv. vi, ch. 3o. — Sahagun.
(2) Torquentada , liv. vi, ch. 3o.
(3) Torquemada-Vetaiicourt, Teatro mcxicaiio , liv. ii , Traité ni , ch. 1. — SnhTguii , liv. I, ch. -Ji-i.
feu dont j'ai parlé plus haut. Tezcatzojicatl (1) était le dieu des liqueurs fermentées et des noces. Boturini lui donne une foule de frères dont il cite les noms ; mais quelques-uns me paraissent simplement des surnoms de ce dieu , et d'autres le nom des villes où il était particulièrement adoré. J'ai parlé de ses compagnons à l'article de Centzontotochli .
Tlacalteutli (2) avait trois sœurs , qui comme elle étaient les déesses de l'amour charnel. Elles se nommaient Teicu (la cadette), Tlaco (de Tlacotla, aimer) et XiicoLzin. On la nommait aussi Ixquina (la dernière ) et Tlaquani (qui mange des choses sales) , parce que, quand on se confessait à ses prêtres des turpitudes que l'on avait commises , ils avaient le pouvoir d'en accorder l'absolution.
Tepitotoîi (ou les petits dieux) ; c'est ainsi que les Mexicains nommaient les pénates, ou les dieux domestiques. Les rois avaient le droit d'en avoir six, les nobles quatre , et les gens du peuple n'en avaient que deux. Il paraît qu'ils représentaient les compagnons de Tlaloc.
Tzapotzaltenan (3) était la déesse de la médecine, qu'elle passait pour avoir inventée. On lui avait donné ce nom , parce qu'elle était la principale divinité de Tuapulci.
Yocipa , que l'on nommait aussi Otonteuctli , n'était adoré que chez les Otomites. Xipe ou Xipe-
{l) Sahagun , liv. ii, ch. r2. — f^etancourl , xvi, ibid.
(•2) f^etrnicourt , Teatro mexicano , partie ii, Traité m, ch. i.
(3) Sdhaguu , liv. 1, ch. l8. — Torquetnada, liv. lo, ch.
totec (de Xipeua^ écorcher) était considéré par les Mexicains comme le dieu des orfèvres ; mais il était la principale divinité des nations qui habitaient les bords de la mer; il tirait son origine de Zapotlan dans la province de Xalisco. On lui immolait tous les ans un grand nombre de victimes humaines : les prêtres, après les avoir écorchées , se revêtaient de leur peau et célébraient devant l'idole une espèce de tournoi ou de jeu de cannes. Il était représenté moitié jaune et moitié fauve , et vêtu d'une peau humaine , et tenait à deux mains un sceptre qui se terminait par une tête de pavot d'où sortait un carquois rempli de flèches.
Les Mexicains divisaient l'histoire du monde en quatre grandes époques, dont deux s'étaient déjà écoulées : ils nommaient la première Atonatiuh , ou soleil de l'eau , et croyaient que le monde, alors habité par des géants , avait été détruit par une inon^ dation générale. Un seul homme, nommé Coxcox ou Teocipactli , avait échappé dans une petite barque , avec sa femme, nommée XochiquetzaL Ils abordèrent dans les montagnes de Colhuacan , où ils eurent un grand nombre d'enfants, qui furent tous muets, jusqu'à ce qu'une colombe leur eut appris à parler. Mais leurs langues étaient si différentes, qu'ils ne pouvaient se comprendre entre eux. Les Tlaxcaltègues, au contraire, croyaient que les hommes qui avaient échappé au déluge avaient été changés ^n singes ; mais qu'ils avaient recouvré peu à peu la raison et la parole.
La seconde période se nommait Ehcatonatiuh ^ ou soleil de Tair, et avait fini par des ouragans épouvantables : le genre humain entier avait péri; mais il fut créé de nouveau , de la manière suivante :
Ometeuctli (1) et Omecihuatl, deux divinités mâle et femelle, habitaient une ville superbe, située dans le douzième ciel. La déesse, après avoir eu un grand nombre d'enfants , accoucha d'un caillou , que ses autres enfants jetèrent sur la terre, où il se brisa en morceaux. Il en sortit seize mille héros. Ceux-ci , connaissant leur noble origine, et voyant qu'ils n'avaient personne pour les servir , parce que le genre humain avait été détruit par les ouragans , envoyèrent une ambassade à leur dieu Omecihuatl , ipour la prier de leur accorder le pouvoir de créer des hommes pour les servir. Celle-ci leur répondit que , s'ils avaient eu des sentiments plus élevés, ils auraient cherché à mériter d être reçus dans le ciel ; mais que, puisqu'ils consentaient à habiter la terre , il fallait aller trouver Mictlanteuctli, le dieu de l'enfer, et en obtenir un os des hommes qui avaient péri dans la destruction universelle, et que, quand ils l'auraient arrosé de leur sang , il en sortirait un homme et une femme qui en produiraient d'autres. Elle les avertit en même temps de se défier de Mictlanteuctli , qui, après avoir accordé l'objet de leur demande, pourrait bien s'en repentir. Xolotl, un de ces héros, se mit en route pour exécuter ces ordres, et pénétra
(l) Sahagun , li\ . Vli, ch. 2. — Chn'igero, liv. vi.
dans les abîmes. MictLanteuctli lui accorda sa demande ; mais à peine Xolotl se fut-il mis en route avec Fos qu'il en avait obtenu , que le dieu de Fenfer, se repentant de sa condescendance , comme Omecihuatl l'avait prévu , se mit à sa poursuite pour le lui reprendre. Xolotl tomba en hâtant sa course et brisa l'os en plusieurs morceaux : il eut cependant le temps de les ramasser et échappa à Mictlanteuctli qui le poursuivit jusqu'à la surface de la terre. Il se rendit en toute hâte à l'endroit où ses frères l'attendaient. Ils réunirent dans un vase tous les morceaux d'os qu'il avait apportés et les arrosèrent du sang qu'ils se tirèrent des différentes parties du corps. Le quatrième jour, il en sortit un garçon , et trois jours plus tard une fille qui furent les premiers parents de la race humaine actuelle. C'est parce que l'os fut brisé en plusieurs morceaux que les hommes n'ont plus la haute stature qu'ils avaient autrefois, et qu'ils sont d'une taille inégale. C'est aussi en souvenir de cet événement que les hommes sacrifient aux dieux en se tirant du sang des différentes parties du corps.
Les noms d'Ometeuctli et à'Omecihuatl ne se trouvent nulle part ailleurs dans la mythologie mexicaine ; mais on pourrait les expliquer par l'étjmologie. Orne signifie deux en mexicain , et tous les auteurs sont d'accord pour traduire littéralement leur nom par deux seigneurs et deux dames : il me paraît plus vraisemblable , quoique je ne sois pas assez habile dans la langue mexicaine pour pouvoir
l'assurer, que cela doit se traduire par seigneur cîivisé en deux. Nous retrouverions alors une idée reçue chez les Hindous et chez divers autres peuples de l'antiquité qui ne comprenaient la création qu'au moyen de la génération ; savoir, que la divinité se divisa en deux personnes de sexe différent, et produisit ainsi les héros en lançant sur la terre une étincelle du feu divin figuré par le caillou , symbole du feu.
Les héros ayant obtenu , comme je viens de le raconter, des hommes pour les servir, s'occupèrent aussitôt des moyens d'éclairer le monde ; car le soleil avait péri dans le désastre universel. Ils se rassemblèrent dans un endroit nommé Teutihuacan ( l'habitation des dieux) et se demandèrent : comment ferons-nous pour éclairer le monde ? Ils allumèrent alors un grand feu et décidèrent que celui qui oserait s'y jeter volontairement serait entièrement purifié et prendrait la place du soleiL Jaloux de mériter une aussi brillante destinée, une violente querelle s'éleva entre eux pour savoir qui aurait la préférence. Au moment où la querelle était le plus animée , l'un d'eux qui se nommait Nanacatzin (lépreux) auquel personne ne faisait attention , et que tout le monde méprisait parce qu'il était infirme et lépreux , s'approcha du bûcher et s'y précipita : un autre dieu nommé Tezcatecatl suivit son exemple , et c'est lui qui est la lune.
Sahagun raconte la même histoire avec des détails différents. 11 dit que Tezcaztecatl et Nanacat-
zin furent choisis par les autres dieux , mais que , le premier ayant trois fois reculé de crainte avant de se jeter dans les flammes, Nanacatzin s'y précipit-i avant lui.
Quoi qu'il en soit , leur corps devint lumineux et brillant , et finit par disparaître entièrement.
Les dieux discutèrent entre eux pour savoir de quel côté le soleil paraîtrait , mais ils ne pouvaient le deviner, car le ciel était éclairé de tous les côtés par les flammes du bûcher. Ils se prosternèrent donc les uns vers le midi , les autres vers le nord ou l'occident ; mais il n'y en eut que très-peu qui se tournèrent du côté de Torient ; parmi eux étaient Quetzalcoatl , Totec et Tezcatlipuca .
Quand le soleil parut à l'Orient , il était si brilhmt que personne ne pouvait en supporter l'éclat. La lune parut bientôt à côté de lui, mais elle était alors aussi brillante que le soled. Les dieux ne croyant pas qu'il fût convenable qu'il y eût deux soleils égaux , Fun d'eux alla chercher un lapin , et le lança à la face de la lune , ce qui ternit son éclat. D'autres ont dit que Tezcatzoncatl s'étant jeté le dernier dans le bûcher, il subit moins longtemps l'eflet des flammes , et que c'est à cause de cela qu'il ne devint pas aussi brillant.
Bientôt le soleil s'arrêta dans sa course , et déclara aux dieux que tous ceux qui ne l'avaient pas adoré en se tournant vers l'orient devaient mourir. L'un deux nommé Citli voulut essayer de se défendre , il saisit son arc et lança successivement au soleil trois
flèches que celui-ci évita en baissant la téte. Le soleil irrité lui renvoya sa dernière flèche, et le frappa au front avec tant de force , qu'il Tétendit mort.
Les autres dieux eflrayés de la chute de leur frère, et voyant qu'ils ne pouvaient échapper à la vengeance du soleil , prièrent Xolotl de leur donner la mort, ce qu'il fit, et il mit ensuite lui-même un terme à ses jours.
Sahagun dit au contraire que ce fut Quetzalcoatl qui fut chargé de les exterminer, et que Xolotl ne voulant pas mourir prit successivement la forme d'un épi de maïs et d'un aloës , et que , découvert par Quetzalcoatl, il finit par se précipiter dans l'eau sous la forme d'un poisson nommé Axolotl , et que , sous cette forme , il fut pris et tué par le dieu de l'air. Malgré ce massacre , le soleil n'avançait pas ; mais Quetzalcoatl se mit à souffler avec tant de force qu'il le poussa en avant.
Les Mexicains prétendaient qu'avant de mourir, les dieux avaient donné leurs manteaux aux hommes qui les servaient , et frère André de Olmos , cité par Torquemada , dit qu'il trouva en effet quelques-uns de ces manteaux à moitié pourris pour avoir été longtemps cachés dans la terre et qu'il les livra aux flammes.
Tezcatlipuca , un des dieux qui avaient échappé , voyant que les hommes étaient très-tristes de la mort de leur maître , ordonna à l'un d'eux de se rendre à la maison du soleil et d'en ramener des joueurs d'instruments pour célébrer sa féte. Comme
il devait y aller par mer, le dieu ordonna aux pois- ;
sons et aux tortues de se réunir pour lui former un j
pont , et lui enseigna une chanson qu'il devait chan- j
ter tout le long du chemin pour les empêcher de se j
séparer. Les Mexicains prétendaient que c'était de- ■ puis cette époque qu'ils célébraient la féte de leurs
dieux par des chants et des danses , et que les sa- !
crifices humains venaient du massacre que Xolotl |
avait fait de ses frères. !
Cette relation prouve bien que les Mexicains ad- ,
mettaient un dieu suprême ; puisque Tezcatlipuca |
et Quetzalcoatl, y sont positivement désignés comme 1
des divinités subalternes , et qui avaient vécu sur |
la terre après avoir été créées par le dieu tout puis- \ sant divisé en deux personnes.
La troisième époque n'était pas encore terminée : elle se nommait Tlachitonatiuh , ou soled de terre ,
et devait finir par un épouvantable tremblement de |
terre. Les Mexicains étaient persuadés que cet événe- ; ment était prochain , et qu'il devait arriver à la fin d'un de leurs cycles de cinquante-deux ans. Au renouvellement du cycle , tous les prêtres revêtus du
costume de leur dieu se rendaient en procession et !
suivis d'une foule innombrable sur une montagne |
près de Mexico. On immolait un esclave en lui ar- j
rachant le cœur, et l'on allumait du feu en frottant j deux morceaux de bois sec dans la blessure même. Aussitôt qu'ils étaient enflammés, on s'en servait pour allumer un grand bûcher dans lequel on jetait
le corps de la victime. Aussitôt tous les environs re - j
lentissaient de cris cVallégresse , car on croyait le inoode assuré contre la destruction pour une autre période de cinquante-deux ans (1). Cette féte fut célébrée pour la dernière fois en l'an 1517, le 7^ du règne de Montézuma. A cette période devait succéder la quatrième et dernière Tletonaliuh , ou le soleil de feu qui devait se terminer par l'embrasement général de Funivers.
A Texcepliondes Otomites , les diverses nations (1 ) du Mexique croyaient à la métem psychose et à l'immortalité de l'âme. Celles des hommes morts en combattant, et des femmes mortes en couche allaient à la maison du soleil où elles menaient une vie de délices. Chaque matin elles le saluaient à son lever par des chants , des danses et des cris d'allégresse. Celles des hommes qui habitaient l'Orient l'accompagnaient jusqu'au point culminant de sa course, où il était reçu par celles des femmes qui venaient au devant de lui de l'Occident qu'elles habitaient, et l'accompagnaient jusqu'à son coucher. Au bout de quatre ans, ces âmes entraient dans le corps des plus beaux oiseaux , et pouvaient à leur volonté remonter vers le ciel ou descendre vers la terre pour puiser leur subsistance dans le calice des fleurs.
Les âmes de ceux qui mouraient noyés, frappés
(i) Torqiiemada , \\y. x ,ch. 23. — Acosta^ liv. v, ch 28. (I) Clavigero , liv. 6. — Sahagun , app. au liv. m, ch. 2 et 3, Jiv, vu, ch. 7. — Torqncnrui r , liv, vi, ch 4/5 4^
de la foudre , cl'hydropisie , de tuineurs , de blessures et d'autres maladies , ainsi que celles des enfants qui étaient sacrifiés à Tlaloc , dieu des eaux , allaient dans un endroit frais et ^igréable nommé Tlalocan ^ où ce dieu résidait et où ils trouvaient des festins et toutes sortes de plaisirs : ils passaient ensuite dans le corps d'animaux moins nobles, tandis que ceux qui étaient envoyés en enfer animaient ensuite des insectes et des reptiles. Les Indiens croyaient que cet enfer nommé Mictlan était un lieu obscur dans le centre de la terr^ , et gouverné par un dieu nommé Mictlanteuctli. Pour y aller, il fallait d'abord passer entre deux montagnes qui frappaient sans cesse l'une contre l'autre , traverser deux endroits dont l'un était ^ardé par un serpent , et l'autre par un lézard vert , franchir huit collines et parcourir une vallée où le vent était si fort qu'il lançait à la figure des morceaux de cailloux tranchants. On arrivait ensuite en présence de Mictlanteuctli , auquel les morts offraient les objets qui avaient été enterrés avec eux à cet effet. Pour sortir de ce lieu , il fallait traverser une rivière nommée Chiciinappa (neuf fois), qui faisait neuf fois le tour du Mictlan. On n'en venait à bout qu'avec l'aide d'un chien roux , que Ton tuait chaque fois que l'on enterrait un mort, et qui allait attendre l'âme dans cet endroit pour la passer sur l'autre rive.
Ce n'est pas ici le lieu de nous livrer à des recherches sur l'origine primitive des nations du Mexi-
que ; mais je ne puis m'empécher de faire remarquer les similitudes qui existent entre cette théogonie et celle des Indous. «Quand on jette les yeux sur les monuments de l'Inde et de la Perse , dit M. Guignant (1) , on est frappé du rôle important que jouent les couleurs dans des compositions toutes religieuses, mais par cela même toutes significatives.» 11 ajoute : « Les Indous peignaient en bleu l'image de Bamarana, dieu des eaux » ; il en était absolument de même chez les Mexicains.
Lorsque la divine intelligence eût créé l'univers , les temps commencèrent leur révolution. Quatre périodes ou âges ont été destinés à la durée des choses actuelles : c'est ce que les Indiens nomment les quatre Yougas (2). Ayant divisé sa propre substance , le pouvoir suprême devint moitié homme et moitié femme, et de celle-ci fut fait Viradji (3). Les amis de ceux qui ont fait le bien pour le bien retournent après la mort dans le sein du grand être , et se réunissent à lui pour toujours : les âmes des méchants ou de ceux qui n'ont eu sur la terre d'autre but que l'intérêt et le plaisir ne sont point aff ranchies de tous les liens ; mais ils souffrent pendant quelque temps dans les enfers le châtiment de leurs fautes , puis vont animer des corps nouveaux {k). Tous ces
(i) Guignant, Religions de l'antiquité , t. i, p. i49- (2-) Ibid. , p. i8o.
(3) Ibid., p. 6o6.
(4) Ibid.
dogmes, quoique présentés d'une manière plus grossière, appartiennent à la religion du Mexique. L'idée du déluge s'y retrouve aussi, ainsi que celle de la destruction finale du monde par le feu : on trouve la même ressemblance dans des mythes d'une moindre importance.
Les Thihétains (1), d'après le livre Manigombo traduit de l'indou , se disent issus d'un grand singe. Ils font de cette origine un titre de gloire , et en prennent occasion de se croire plus anciens que les autres races humaines- Nous avons vu plus haut que les Tlaxcaltèques avaient la même prétention.
Quelqu'un plus versé que moi dans les antiquités orientales trouverait sans aucun doute d'autres points de comparaison : ceux-ci , qu'ils soient l'effet du hasard ou d'anciennes relations entre les deux peuples , m'ont paru trop remarquables pour être passées sous silence, ainsi que la ressemblance de l'histoire de Boudha ou Sommonocodom avec le Quetzalcoatl dont je vais parler.
Celui-ci (2) a été souvent confondu avec le dieu de l'air dont il porte le nom , et dont il était probablement le grand-prêtre.
Les Toltèques qui furent les premiers habitants du Mexique , et dont la capitale était la ville de Tollan , se croyaient originaires du pays de Huehuetla-
(1) Klaproth , Asia polyglotta , p. 243.
(2) Sahngun , Boturini , V etancourt , Teatro mexicano , p 2 , traité 111, ch. i. Torqucmadn , Herrera, décade 3, liv. n, ch. i5. rCodex Faticanus, jfig. ii-xvi.
pallan. A une époque assez reculée , ils étaient gouvernés par un homme nommé Quetzalcoatl , qui jouissait de l'autorité sacerdotale , et par un roi nommé Huemac. Quetzalcoatl était si riche qu'il avait des palais d'or et d'argent : de son temps , le maïs devenait si gros qu'un seul épi suffisait pour faire une charge. Les calebasses étaient de la taille d'un homme , et il était inutile de teindre le coton, parce qu'il croissait naturellement de toutes les couleurs : et tout le monde vivait dans l'abondance. Quetzalcoatl était aussi très-habile , et passait pour avoir inventé l'art de fondre les métaux et de tailler les pierres précieuses. Il possédait une grande sagesse qu'il avait montrée par sa conduite et par les lois qu'il avait données aux hommes. On raconte que , c[uand il voulait proclamer une loi , il ordonnait à un homme de monter sur la montagne à Tzatzitepec (montagne des cris) , et que de là on entendait sa voix à la distance de trois cents lieues.
Le dieu Tezcatlipuca ^ jaloux de la prospérité du pays, résolut de la détruire ; et il crut que le meilleur moyen était de commencer par en chasser Quetzalcoatl : ayant appris qu'il était malade , il prit la forme d'un vieillard , et annonça à ceux qui le servaient qu'il lui apportait un moyen de guérison. Quand il eût été admis en sa présence , il lui offrit un breuvage qui devait le rajeunir, et lui annonça que c'était la volonté des dieux qu'il visitât le royaume de Huehue-Tlapallan , d'où la nation toltèque tirait son origine. A peine Quetzalcoatl l'eût-il goûté >
qu'il se sentit une nouvelle vigueur, et éprouva un violent désir de se rendre à Hiiehue-Tlapallan ; niais avant de se mettre en route , il détruisit tous ses palais , changea les arbres à fruits en arbres sauvages, et ordonna à tous les oiseaux chanteurs de raccompagner pour le divertir pendant la route.
Quetzalcoatl se dirigea vers Cholula. S'étant trouvé fatigué pendant la route , il s'appuya contre un rocher, et Ton montrait encore du temps des Espagnols la marque de sa main qui y était restée imprimée. Quand il fut arrivé à Cholula , les habitants l'engagèrent à y rester et le mirent à la tête du gouvernement ; il s'y fît aimer par sa douceur et son amour pour la paix, leur enseigna l'art de fondre les métaux, les rites et les cérémonies de la religion, et même , dit-on , le calendrier et l'arrangement des saisons.
Après avoir passé vingt ans à Cholula , Quetzalcoatl se remit en route , emmenant avec lui quatre de ses principaux disciples. Mais, quand il fut arrivé dans la province de Coatzocalco (où se cache le serpent) , il leur donna l'ordre de retourner à Cholula et d'annoncer aux habitants qu'il reviendrait bientôt les gouverner. Par respect pour sa mémoire , ils les choisirent pour chefs de leur république , et ce furent eux qui devinrent les chefs des quatre familles qui restèrent à la tête des affaires jusqu'à l'arrivée des Espagnols.
On n'est pas d'accord sur le reste de son histoire. Les uns disent qu'il mourut sur les bords de la mer,
d'autres qu'il se rendit au Yucathan où il est connu sous le nom de Cuculcan , d'autres enfin que des serpents enlacés lui formèrent un radeau , et le transportèrent dans le royaume de Tlapallan.
Cette histoire de Quetzalcoatl a beaucoup occupé les auteurs qui ont écrit sur l'ancien Mexique. Les uns le confondant avec le dieu de l'air dont il portait le nom , ont relégué le tout au rang des fables , d'autres ont voulu voir en lui l'apôtre saint Thomas qui , après avoir converti les Indes , vint par la Chine et le Japon prêcher l'Evangile au Mexique , parut ensuite à la Nouvelle-Grenade , sous le nom de Bochica^ et au Pérou , sous le nom de Manco-Capac ou de Viracocha. Quant à moi, je pense simplement qu'un grand-prêtre de la ville de Tollan , située vers le N.-O., vint s'établir dans la ville de Cholula , et la civilisa ainsi que les régions environnantes. Il est tout naturel que l'imagination des prêtres ait environné de circonstances miraculeuses la vie du fondateur de leur religion. La cause de ce voyage dut être la destruction de l'empire des Toitèques qui eut lieu à la même époque, et que les Mexicains attribuent aux ruses de Tezcatlipuca , qui , sous différentes formes et à l'aide de la magie , en détruisit successivement tous les habitants. Après être descendu du ciel à l'aide d'une corde de toile d'araignée (1) , ce dieu prit la forme d'un Indien et
(i) Torquemada ^ liv. vi,~ch. 45- — ~ Sahagun , liv. m , ch. 3-6. Selon Feiiia (p. i, ch. 22), Hucmac avait réuni toutes les ancien-
se présenta au marché sous prétexte de vendre du poivre long , il parvint par sa beauté à séduire la fille du roi Huemac , et entraîna les habitants dans une guerre où il en périt un grand nombre. Après avoir remporté la victoire , il les invita à une féte solemnelle et leur apprit pour s'accompagner en dansant un chant magique dont l'effet était tel que, sans que rien put les arrêter , ils se précipitaient du haut des rochers dans les précipices. Sahagun raconte encore plusieurs autres aventures du même genre qui ne sont que des traditions informes ; mais il résulte de son récit et du témoignage unanime de tous les auteurs que , vers Fépoque du voyage de Qiietzalcoatl , les Toltèques furent presque entièrement détruits par divers accidents et par des maladies contagieuses , et que le petit nombre de ceux qui échappèrent se confondirent avec les nations voisines , de sorte qu'il n'en est plus fait mention depuis cette époque.
La ville de Cholula resta depuis cette époque jusqu'à l'établissement de la monarchie Aztèque, le principal siège de la religion du Mexique, et même , depuis lors , elle conserva encore en grande partie son ancienne prépondérance ; elle continua à se gouverner en république , espérant toujours que Quel-
nés peintures , et en avait composé un corps d'ouvrage nommé Texamoxtli ou le livre divin. Il fut conservé religieusement par les rois de Tezcuco , et livré aux flammes avec leurs archives par l'évêque Zumnrraga.
zalcoatl viendrait un jour reprendre les rênes du gouvernement , comme il l'avait promis. Cette croyance était partagée par tout l'empire , aussi dès que la nouvelle de l'arrivée des Espagnols se fut répandue , on crut que c'était le dieu Quetzalcoatl qui venait prendre possession de ses états , et cette opinion facilita beaucoup leurs premières entreprises. Les ambassadeurs que Montézuma envoyait à Cortèz , se prosternèrent devant lui et lui offrirent un costume complet de ce dieu.
Le système religieux qu'il avait établi subsista , comme je viens de le dire , jusqu'à l'arrivée des Aztèques; mais ceux-ci lui firent subir une nouvelle révolution en introduisant le culte de HuitzilopocJitli et les sacrifices humains.
On sait que le Mexique fut peuplé par diverses nations sorties , d'après la tradition , d'un endroit nommé Chicomoztoc , ou les sept cavernes. Ce furent les Mexicains qui se mirent en route les derniers , et qui vinrent, après avoir erré longtemps de côté et d'autre, s'établir dans une petite île dans le lac de Mexico. Ils s'étaient mis en route sous le commafidement d'un vaillant chef nommé Huitziton^ qui remporta de grandes victoires contre les nations qui s'opposaient à leur passage et mourut enfin chargé de gloire et d'années. Les prêtres racontèrent qu'après sa mort il leur était apparu assis à la gauche du dieu Tezcatlipuca (d'où lui vient le nom de Huitzilopochtli , de son nom Huitziton et Opoc/if/i à gauche) . Ils ajoutèrent qu'il avait promis de continuer à les
protéger et à les guider, et qu'après «ivoir renfermé ses ossements dans une urne précieuse , ils les consultaient dans toutes les occasions importantes. Cette origine racontée par Veitia (1) me paraît bien plus sensée que les légendes racontées par Torquemada et Sahagun , et qui sans doute n'étaient admises que par les classes inférieures. Je crois cependant nécessaire de les rapporter ici.
Ces derniers racontent (1) qu'il y avait à Coatepec une femme nommée Coatlicue , qui était très-dévouée au culte des dieux. Un jour qu'elle était dans le temple selon son habitude , elle vit une balle faite de diverses espèces de plumes qui descendait du ciel. Elle la ramassa et la plaça dans son sein dans l'intention d'employer plus tard les plumes à la décoration du temple. Elle fut très-surprise en rentrant chez elle de ne plus la retrouver, et bien plus surprise encore en se voyant enceinte. Ses enfants , l'ayant découvert , résolurent de la mettre à mort. Coatlicue ayant découvert leur dessein était plongée dans la plus sombre tristesse , quand elle entendit une voix qui sortait de son ventre et qui lui disait de ne rien craindre, et que tout tournerait à sa gloire.
Cependant ses fils, poussés par leur méchante sœur Cojolxauqui , persistaient dans leurs mauvais desseins. L'un d'eux cependant nommé Quavitlicac
(1) Historia de Mexico, liv. ii, ch. 12.
(2) Clavigero, liv. vi. — Torquemada-Snhagun , liv. i, ch. %.
éprouva des remords , et avertit Huizilopochtli de ce qui se passait. Coatlicue s'était réfugiée sur une montagne où ses enfants étaient sur le point de la surprendre quand Huitzilopochtli vint au monde un bouclier au bras gauche et un javelot dans la main droite, la tête couverte d'une couronne de plumes vertes et le corps rayé de bleu. Il saisit un serpent de résine enflammée , et le lança autour du corps de sa méchante sœur qui fut consumée en un instant. Il attaqua ensuite ses frères, et malgré leur opiniâtre résistance , il les tua tous et présenta leurs dépouilles à sa mère. Il se mit ensuite à la tête des Mexicains , et ce fut lui qui les guida pendant leurs loniîues marches et les conduisit dans l'endroit où ils fondèrent plus tard leur capitale.
Son idole était gigantesque , et représentait un homme assis sur une pierre bleue des quatre coins de laquelle sortaient quatre serpents. Son front était aussi peint en bleu ; mais sa figure et le derrière de sa tête étaient couverts d'un masque d'or. Elle était surmontée d'une crête qui ressemblait au bec d'un oiseau. Le dieu avait au cou un collier composé de dix plaques d'or en forme de cœurs humains. Il tenait dans la main droite une grosse massue bleue , et portait au bras gauche un bouclier sur lequel on voyait cinq balles de plumes disposées en forme de croix. Au-dessus du bouclier, on voyait un étendart d'or, et quatre flèches que les Mexicains prétendaient leur avoir été envoyées du ciel. Un grand serpent d'or servait de ceinture à l'idole , et son corps était
orné de diverses figures d'animaux en or et en pierres fines qui toutes avaient une signification. Trois fois par an, les Mexicains célébraient une grande fête en l'honneur de Huitzilopochtli . La première avait lieu dans le cinquième mois de l'année nommé Toxcatl. Sur un squelette fait du bois mizcuitl , on faisait avec la pâte de la graine tzohualli une image de Huitzilopochtli , que l'on revêtait du costume et des ornements symboliques de ce dieu. On la plaçait ensuite sur l'autel , et l'on apportait devant elle un rouleau de papier d'aloës qui avait vingt brasses de large , une de long et un doigt d'épaisseur, et sur laquelle on avait peint et représenté tous ses exploits : l'on brûlait des parfums devant cette idole , les prêtres et les prêtresses dansaient à l'entour de la statue , et tout le peuple en faisait autant dans la cour et sur les parvis du temple. L'on sacrifiait ensuite un esclave. Au neuvième mois nommé Tlaxuchimaco , on renouvelait les danses et les sacrifices. Mais c'était dans le quinzième mois nommé Panquetzaliztli ^ qu'avait lieu la grande fête de Huitzilopochtli. Pendant plusieurs jours tous les nobles dansaient autour de l'idole et du temple et revêtus de leurs plus riches ornements. Cette danse se nommait Quinacoain , et ce fut pendant qu'on la célébrait qu'eut lieu sur l'ordre d'Alvarado le massacre de la noblesse mexicaine. La chaîne
(ï) Torquemada , 1. x, ch. 12, liv- x, ch. 20. — Sahagun, liv. li. (<».; Torquemada , liy. x , ch. 27, - — Sahagun^ liy. 11.
était formée par des danseurs des deux sexes placés alternativement et se tenant par la main. Ceux qui s'étaient distingués à la guerre avaient seuls le droit de passer leur bras autour du corps de leur danseuse. Gela était sévèrement interdit aux autres; quand cette danse était terminée , Ton faisait une procession solennelle. Les guerriers figuraient une escarmouche , et y mettaient un tel acharnement qu'il en périssait quelquefois un grand nombre. Quand la fête était terminée , les prêtres brisaient Tidoîe de pâte et en partageaient les morceaux aux assistants qui les mangeaient avec une grande dévotion; mais il n'était permis qu'aux hommes d'y toucher.
On célébrait le même jour la fête de Pajnal , ou Paynaltoji , que Ton regardait comme le compagnon àe Huitzilipochtli.
On sait que , quand les Mexicains vinrent s'établir dans l'Anahuac , ils y vécurent d'abord dans un état complet de servitude. Ils furent donc obligés de cacher les rites sanglants de leur culte aux Aculhuas^ leurs maîtres, qui ne les auraient pas tolérés ; mais leur nombre s'étant augmenté et Techotlalatziii , roi de Culhuacan , ayant été forcé d'invoquer leur secours contre les hahiianis de Xochimilco, ce fut à leur bravoure qu'il fut redevable de la victoire. Ils profitèrent des réjouissances qui furent célébrées à cette occasion pour relever l'autel de leur dieu , et lui sacrifier quatre prisonniers qu'ils avaient réservés à cet effet. Les Acidhuas effrayés de la valeur qu'ils avaient montrée dans la bataille n'osèrent
s'y opposer; mais ils leur ordonnèrent de quitter leur pays. Les Mexicains consultèrent l'oracle qui leur ordonna d'aller s'établir dans une île du lac où ils trouvèrent un aigle sur un nopal, ou figuier d'inde, occupé à dévorer un serpent. Ce fut dans cet endroit qu'ils fondèrent la ville de Mexico qui devait dans la suite assujettir tout le pays. Il serait possible cependant que cet aigle qui dévore un serpent ne soit autre chose qu'un symbole du triomphe de la nouvelle religion sur l'ancienne , dont le serpent était le principal emblème.
A mesure que les Mexicains augmentèrent leurs conquêtes, ils introduisirent leur culte dans les diverses provinces de X Analiuac , et adoptèrent une partie de celui des vaincus , de sorte que par la suite les deux religions n'en formèrent plus qu'une seule. Il paraît cependant que les sacrifices de victimes humaines , dont le nombre augmenta avec une rapidité effrayante (1) chez les Mexicains, fut toujours très-restreint chez les autres nations. C'est ce qui explique la contradiction apparente dans les rapports des missionnaires dont les uns avaient prêché l'Evangile dans la capitale où ces sacrifices étaient journaliers; d'autres dans des provinces éloignées où ils étaient presque inconnus. De là aussi leurs relations si diverses à l'égard de la théogonie mexicaine ;
(i) Gomnra et Herrera rapportent que l'on ne compta pas moins de i3o,ooo crânes de victimes qui avaient été sacrifiées , et étaient entassées le long des murs de l'ossuaire du grand temple d« Mexico.
car toutes Jes provinces, en adoptant le culte de Hiiitzilopochtli ^ n'en avaient pas moins conservé leurs anciens dieux.
Voilà du moins , ce me semble , la seule manière de concilier les opinions si diverses des historiens espagnols. Peut-être quelque manuscrit resté inconnu jusqu'à présent nous fournira-t-il un jour de nouveaux documents à cet égard. J'ai voulu seulement réunir et mettre en ordre tous les renseignements connus pour en faire un point de départ pour tous ceux qui voudraient dédier leurs veilles à des recherches sur une matière si peu connue et si digne de Fétre d'avantage.