Essai sur la théologie d'Irénée
Cet ouvrage est bien, comme l’annonce son titre, un essai, il ne prétend pas être autre chose. Il est dû à un concours de circonstances qui justifieront peut-être son apparition aux yeux d'un lecteur bienveillant.
L'auteur, après avoir étudié la théologie à un âge où l'on est d'ordinaire engagé dans l’activité pratique, a senti le besoin de fortifier et d'étendre les connaissances qu’il avait pu acquérir en fréquentant les facultés de Lausanne et de Paris. Il lui a paru que c'était un moyen de rendre plus utile et plus fécond un ministère qui doit être de lumière et de vérité en même temps que d'amour; que c'était aussi un devoir envers ses anciens maîtres dont plusieurs, hélas! sont entrés dans leur repos, regrettés de leurs élèves et de l'Église, que de continuer par un labeur individuel une étude dont ils avaient cherché à lui inculquer le goût.
Grâce aux conseils et aux encouragements d'hommes excellents que je ne puis désigner ici, grâce à la liberté d'esprit que laisse parfois une église de campagne, il a été possible d'exécuter en quelque mesure le dessein d’affermir des connaissances théologiques déjà acquises et il a semblé naturel de consacrer ce travail par des examens qui appellent des thèses comme leur complément indispensable. Ce complément apparaît ici.
Il faut dire cependant que cette seconde étape a différé de la première par le champ de travail et par les conditions d'existence, si bien que les vacances seules ont fourni le loisir nécessaire pour mener à son terme l'œuvre entreprise. Les nécessités du ministère, les soucis et les joies d’une petite œuvre d’évangélisation ont interdit la continuité dans l'effort à fournir, ceci n’est pas une justification mais une explication du retard apporté à la mise au jour d’un travail qui, sans être considérable, a demandé quelque assiduité à son auteur.
Par suite de l'éloignement de tout centre théologique, du manque d'ouvrages spéciaux et d’une bibliothèque que l'on puisse aisément consulter, il a paru sage de s'appliquer surtout à la lecture de l’œuvre d’Irénée. Cet essai résulte d’un entretien prolongé avec le texte, puisse-t-il aider à faire connaître une période bien attachante de l’histoire de l’Église et faire aimer un homme qui, malgré ses lacunes et ses erreurs, a eu une âme vraiment pastorale et a su unir un esprit de douceur à une inébranlable fermeté lorsqu'il s’est agi de ce qu’il considérait comme la vérité divine.
En lisant ces écrivains des premiers âges du christianisme, l’on ne peut s'empêcher de s’écrier parfois avec celui dont nous nous occupons : Comment ceux qui ont sacrifié leur vie jusqu’à la mort à cause de l'Évangile pourraient-ils parler suivant la manière commune des hommes! Qui ergo usque ad mortem tradiderunt animas propter evangelium Christi, quomodo poterant secundum insitam opinionem hominibus loqui ? III, 12, 13. C'est bien l'Évangile qui donne vie, intérêt et actualité à ces écrits sur lesquels est tombée la poussière de bientôt vingt siècles et que notre génération étudie avec un intérêt qui, loin de diminuer, va toujours croissant.
Les citations du grand ouvrage d'Irénée "Ekeyyos xat àva- Tporn Ts Vevdwvouou yyvosews sont faites d'après l'édition