‹ Essai sur la théologie d'IrénéeChapitre 3 sur 107 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

L'époque où a vécu Irénée est des plus importantes pour l'histoire de l'Église. On posait alors les fondements sur lesquels devaient bâtir les générations suivantes; on traçait le dessin de l'édifice, sinon jusque dans les détails du moins dans les grandes lignes, tellement que les successeurs n’eurent qu’à continuer une entreprise commencée. Avec quelques autres personnalités religieuses de son temps, Irénée inaugure l'Église catholique.

Il est une des grandes figures qu’on rencontre en commençcant à parcourir la longue galerie des hommes illustres de l'histoire ecclésiastique. A dire vrai, d’autres le dépassent : Jrénée n’a pas le violent génie d'un Tertullien ni la puissance spéculative avec la hauteur de vue d’un Clément d'Alexandrie, tous deux ses contemporains; ses horizons sont plus bornés, son caractère est plus paisible, son esprit moins ardent. Il y aurait injustice à le ranger parmi les hommes de second plan et cependant il n’est pas tout à fait au premier.

Malgré cela, ou peut-être précisément pour cela, il a toujours été tenu en haute estime, sa mémoire n’a pas été discutée comme celle d’un Origène ; il est entré de plain-pied dans le cercle des écrivains ecclésiastiques autorisés, dont l'opinion est décisive, ce n’est pas un grand docteur, c'est un docteur de poids, un théologien avec lequel on est en sécurité. Irénée a reçu sans aucune difficulté l’estampille ecclésiastique. Sans discussion on l'a rangé parmi les écrivains dont la mémoire n’est entachée d'aucune ombre dogmatique. Pourquoi cela, sinon parce

qu’il a été un théologien ecclésiastique par excellence, strictement orthodoxe, représentant fidèlement la pure doctrine, demeurant au milieu du courant de la tradition? Il peut y avoir à ajouter chez lui, il n’y a du moins rien à retrancher. ii n'a pas émis de doctrine hardie ou hasardée, il n’a pas, dans un essor audacieux de sa pensée, franchi les limites imposées par l'Église; ces limites il ne les a pas seulement respectées, il les a fortifées, il s’est appliqué à établir plus et mieux que ses prédécesseurs la différence entre ce qui est licite et ce qui est prohibé.

Irénée n’a pas écrit, comme il arrive aux hommes de génie, poussé par un besoin intérieur, par le désir d'exprimer les pensées qui bouillonnent au-dedans, par la nécessité de donner essor à une intense méditation; il n’a pas écrit en penseur, en pur théologien, il a écrit en évêque, en pasteur qui veille sur son troupeau. Son œuvre ne résulte pas d’une inspiration puissante et pressante, elle résulte d’une nécessité extérieure. Irénée n’est pas l'architecte inspiré qui construit un temple ou un palais dont l’harmonieuse composition, la pureté des lignes, l'ordonnance des parties témoignent de la passion du beau; c'est l'ingénieur qui, ayant à défendre une place contre l'ennemi, élève des bastions, creuse des fossés, établit des redoutes et dirige des sorties contre l’assiégeant.

Sa théologie en reçoit un caractère tout particulier. Elle est, si l'on peut ainsi dire, négative plutôt que positive. Ce n'est pas une œuvre venue d'un jet, un organisme avec une idée centrale, un système régulier et proportionné mais une série de propositions et de thèses amenées par les enseignements des hérétiques.

L'assaut est-il donné sur un point, notre auteur y court, sur un autre point, il s’y rend, dans un troisième endroit, on l'y trouve encore. On voit que son travail revêt du même coup un caractère polémique, un peu fragmentaire et occasionnel. Son principal ouvrage est un livre de combat. Chose étrange, cet homme dont le nom symbolise bien le caractère, cet homme qui, au témoignage d’Eusèbe (1) était un pacifique, a guerroyé

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