‹ Essai sur la Théorie générale de la MonnaieChapitre 7 sur 82 · I. — Définitions fondamentales · texte numérisé non relu

I. — Définitions fondamentales

4. L'homo œconomicus, véritable monade de tout système d'Économie rationnelle, est défini par deux propriétés caractéristiques. Au point de vue passif, il éprouve, à chaque instant, des besoins d'intensité variable que la consommation de certaines choses satisfait. Au point de vue actif, il recherche, en toute rigueur logique, la plus grande satisfaction possible de ces besoins. L’être par excellence « ondoyant et divers » devient par l'artifice légitime de cette définition une force d'intensité variable mais de direction constante.

2. Tout objet, dont la consommation satisfait un besoin quelconque de Phomme, est dit un bien économique.

Cette propriété de satisfaire les besoins humains s'appelle l'utilité ().. |

3. Parmi les biens économiques, les uns disparaissent dès qu'un homme les consomme ; ils ne servent qu'une fois; leur utilité ne survit pas au premier usage. Ce sont les biens consommables ou marchandises. D'autres biens économiques, au contraire, sont d’inépuisables sources d'utilité en ce sens qu'ils survivent aux usages successifs dont ils peuvent être l’objet, qu'ils satisfont plusieurs fois le même besoin se renouvelant dans la durée. Ce sont les capitaux, parmi lesquels on peut distinguer ceux d'espèces immobilière, personnelle ou mobilière. L'usage ou service de ces capitaux constitue lui-même un bien économique de la première catégorie, disparaissant à l’usage, mais avec cette double particularité : 1° qu'il est inséparable de l'idée de temps et que sa grandeur ne peut être appréciée qu’en fonction de la durée; 2° qu'il faut distinguer parmi les services ceux qui sont consommables c’est-à-dire susceptibles de satisfaire par l’usage direct les besoins humains et ceux qui sont producteurs c’est-à-dire utiles à l’homme par l'intermédiaire seulement des biens consommables qu'ils concourent à lui procurer. Ces notions classiques nous conduisent à classer les biens économiques en 4 catégories : les capitaux, les services producteurs, les services consommables, les produits où marchandises. Cette classification d'apparence rigoureuse appelle d’ailleurs la remarque que « les classifications scientifiques introduisent souvent des distinctions qualitatives 1à où n'existent que des différences quantifativess... En réalité la nature des biens économiques change par degrés insensibles. En outre une même chose

() J.-B. Say. — Œuvres choisies. — Petite bibliothèque économique. — Guillaumin. — P. 14.

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peut avoir différentes qualités que seule l'abstraction isole ; un beau coq est un capital en tant qu'on a du plaisir à le voir; ilest encore un capital en étant père de poussins; il sera un bien consommable quand on le mangera (*) ». La classification des biens économiques n'est qu'un moyen commode mais imparfait d’ordonner nos raisonnements.

&. L'observation nous montre que l'intensité du besoin qu'éprouve un individu de tel bien consommable, à un instant donné, varie suivant la quantité du même bien déja consommée à l'instant considéré. Si j'ai soif J'aurai grand plaisir à boire un premier verre d’eau; le plaisir sera moindre si je viens d'en boire un ou deux. Je ais très volontiers entendre une pièce nouvelle pour la première fois. Si je l’ai déjà vue, mon désir de la revoir peut s’en trouver augmenté; il est moindre le plus souvent. Plus généralement et d’une manière plus précise, nous admettrons que l'intensité du besoin éprouvé par un individu envers une certaine marchandise est tout d’abord une grandeur mesurable. Cette supposition ne paraît pas rigoureusement légitime; les besoins économiques sont des sensations humaines d’une nature particulière et l’on sait quelles objections soulève la mesure des sensations avec les prétendues lois fondées sur elle (*). Nous ne : croyons pourtant pas la difficulté insurmontable et nous nous efforcerons de montrer plus loin (833 s.) comment l'échange s’analyse, pour partie, en une opération spéciale de mesure qui compare entre elles les intensités de différents besoins. Nous admettrons en second lieu que, pour

{‘) V. Pareto. — Cours d'Economie politique, T. 1.8. 97. (‘) J. Bertrand. — La loi de Fechner. — Journal des Savants,

Année 1899.

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un individu quelconque et une marchandise quelconque, l'intensité du besoin éprouvé est une fonction définie de la quantité consommée. Nous ne connaissons pas ja relation précise qui lie la fonction à la variable, l'intensité du besoin survivant à la quantité précédemment consommée, mais à toute valeur de la seconde nous admettons que correspond une valeur déterminée de la première, cela suffit pour que nous écrivions suivant la notation générale et symbolique de Lagrange :

4 désignant les valeurs de la quantité consommée à un instant donné et £ les valeurs correspondantes de l'intensité du besoin restant.

Nous supposerons :

1° que la quantité consommée est susceptible de variations continues, c’est-à-dire qu'elle peut augmenter ou diminuer par fractions aussi petites que l’on veut.

2° que la fonction £ est continue c’est-à-dire qu'elle ne peut passer d’une valeur à une autre sans prendre toutes les valeurs intermédiaires ou encore que, comme la variable 4, la fonction £ augmente ou diminue par accroissements infiniment petits.

Ces suppositions ne sont pas légitimes «a priori, Car il est un grand nombre de biens économiques qui se consomment par unités indivisibles, d’autres dont le besoin cesse brusquement lorsqu'on en a consommé une quantité déterminée, mais ces divers cas particuliers peuvent être ramenés au Cas général par un raisonnement assez long que nous laisserons de côté brevitalis causa (*).

La fonction

D = ?(q) présente trois caractères importants :

(C) L. Walras. — Élém. d'Economie pure. — P. 106.

A. Pour un même bien économique, sa forme varie suivant les individus considérés. Le besoin d’une marchandise déterminée n’est pas ressenti par tous les individus avec une même intensité, dans des conditions égales d'ailleurs. La relation entre la quantité consommée et le besoin restant est relative à chaque individu : sa forme varie suivant les sujets.

B.- Pour un même individu, la relation n’est pas la même pour tous les biens économiques. A la consommation d'une portion très faible de tel bien économique ne survivra qu'un besoin insignifiant. Telle autre marchandise n’abaissera au même niveau le besoin ressenti à son égard que par une consommation considérable. La forme de la fonction £ varie suivant les objets.

C. Dans l’état de nos connaissances, les différentes formes de la fonction £ sont toujours indéterminées. Le raisonnement ne peut nous fournir à ce sujet aucune précision. Si nous connaissions, par des mesures expérimentales,un nombre suffisant des valeurs correspondantes de la fonction et de la variable, nous pourrions peut-êre calculer de la première une détermination approchée, mais ces données nous manquent. Tout au plus peut-on dire que, dans un grand nombre de cas, l'intensité du besoin décroit à mesure que la quantité consommée augmente, mais cette propriété ne semble pas générale et nous devons nous contenter pour la fonction £ de la forme indéterminée indiquée plus haut. Pour éviter toute confusion, chaque fois que nous aurons à la faire figurer dans l’analyse, nous l’affecterons d'indices numériques et Bttéraux indiquant à quel individu et à quelle marchandise elle est relative.

Pia = Pal) représentera la fonction £ relative à l'individu (1) ct à la marchandise (A).

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