‹ Essai sur la Théorie générale de la MonnaieChapitre 70 sur 82 · TABLEAU I · texte numérisé non relu

TABLEAU I

1° Le solde net du mouvement de l'or affecté du signe + ou du signe — suivant qu'il s’agit d’un solde importé ou exporté ; 2 la moyenne annuelle de la prime de For sur le marché de Paris ; 3° le montant des frappes d’or. Tous ces chiffres sont empruntés aux documents officiels réunis et publiés par l'Administration des Monnaies et Médailles. Pour avoir une traduction plus exacte des phénomènes étudiés, il eut fallu sans doute considérer non pas des moyennes annuelles mais au moins des moyennes mensuelles car le mouvement de l’or et son cours commercial subissent pendant une même année des fluctuations importantes que la moyenne générale ne laisse pas percevoir. Néanmoins et tout incomplètes que soit nos données elles se prêtent à une interprétation intéressante. Il est facile de se rendre compte, en effet, à la simple inspection du Tableau TI et du graphique qui l'accompagne que la prime sur l'or à Paris varie en sens inverse des importations d’or en France.

Plus l’on importe d’or plus la prime baisse, plus Pon exporte d’or plus la prime s'élève et réciproquement.

Les moyennes annuelles ne présentent que deux exceptions à cette loi générale: 1° en 1881, l'exportation considérable de l’année précédente s'étant transformée en une légère importation la prime subit cependant une bausse sensible ; 2° en 1895, la chute des importations s’est accompagnée d’une baisse de la prime moyenne. Ces exceptions ne doivent être qu’apparentes et proviennent probablement de ce que, d’une part, le revirement dans les mouvements de l’or a mis quelque retard à se faire sentir sur la cote, d'autre part de ce que la moyenne annuelle laisse échapper les variations du cours qui ont pu se produire du commencement à la fin de l’année.

58. Si l'expérience confirme la relation que l’on pouvait rationnellement supposer entre les mouvements et la prime de l'or, il n'en est pas de même en ce qui concerne les rapports de cette prime avec les mouvements de la frappe. Il paraissait vraisemblable que les frappes variassent en sens inverse de la prime. L'expérience ne confirme pas cette induction a priori. Il ne parait exister entre ces deux éléments qu’une relation irrégulière et incertaine, dont les irrégularités mêmes peuvent provenir de trois causes :

I. Les mouvements corrélatifs de l’or et de sa prime ont une double source : 1° les variations de la production ; 2 les revirements dans la situation économique des différentes places. Dans le premier cas une baisse de la prime qui provient d’un accroissement général et permanent du stock d’or amène en principe une recrudescence des frappes comme en 1894 et 1895. Dans le second cas, au contraire, les mouvements passagers de l’or et de sa prime ne donnent à la frappe aucune impulsion, comme entre 1881 et 1891.

II. L'or importé en monnaies étrangères ou en lingots va généralement grossir l’encaisse de la Banque et celle-ei ne fait frapper que suivant ses besoins, sans profiter de toutes les petites variations passagères de la prime.

II. Les chiffres de frappe sont des chiffres totaux comprenant aussi bien la réfection des monnaies usées que la frappe de nouveaux lingots. La refrappe est une opération administrative qui n’est évidemment pas susceptible de suivre comme la frappe commerciale le cours du métal. Ces différentes cause ont pour effet commun de relacher singuliérement le lien existant entre la prime et la frappe de l'or. Il faut une chute considérable et prolongée de la prime comme en 1876-78, en 1895-97 pour amener une recrudes-

cence importante de la frappe. Une baisse passagère comme en 1882-83 ne produit aucun effet.

59. L'histoire du bimétallisme français fournit une démonstration plus nette et plus précise des lois essentielles qui paraissent devoir rationnellement régir le système du double étalon.

Il est incontestable en premier lieu que le débouché offert à l'argent par la circulation d’un grand pays et de ses alliés monétaires a exercé sur le marché général de ce métal une influence considérable. Tant que la France et l'Union latine sont restées bimétallistes au rapport légal 1/15, 5, le rapport commercial de l'or et de l’argent sur le marché de Londres a oscillé entre 1/15 et 1/16 malgré les variations les plus importantes dans le rapport des quantités produites. Depuis 1876, au contraire, quoi que ce dernier rapport ait beaucoup moins varié et qu’il soit même devenu plus favorable à l'argent, le rapport commercial des deux métaux sur le marché de Londres est sorti des limites qu'il avait observées jusque là et a constamment baissé dans des proportions jusqu'alors inouies.

L'existence d’un ensemble assez considérable de pays bimétallistes a pour effet de limiter les variations du rapport commercial de l'or et de l'argent.

Telle est la première conclusion à tirer du tableau que nous avons dressé par moyennes quinquennales d'après les chiffres admis par la direction des Monnaies des Etats-Unis. L'application de ce principe est subordonnée à la condition que les pays bimétallistes aient par rapport aux autres une importance circulatoire suffisante. Sile nombre de ceux-ci vient à s’accroitre, l'influence compensatrice des premiers ira s’atténuant et pourra même disparaitre complètement. C'est ainsi qu'après 1871

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