XL
- Des médecins se sont occupés de chercher s’il n’y aurait pas quelques moyens, une fois la variole déclarée, d’enlever au venin la plus grande partie de son activité. Des expériences ont été faites à cet égard. Moublet préconisa, dans ce but, les purgatifs et les émétiques ; De la Métrie les saignées abondantes ; M. Eichorn le mercure doux , les acides minéraux et les préparations antimoniales , administrés dès le début de la fièvre primaire. Ces moyens furent peu couronnés de succès ; aussi tombèrent-ils dans l’oubli. Il n’en fut pas tout-à-fait de même d’un autre moyen de M. Eichorn , qui consisterait à pratiquer sur diverses parties du corps, dès l’apparition des premières élevures au visage, quarante ou cinquante incisions dans
lesquelles on introduirait autant de vaccin qu’on pourrait^ en ayant soin de faire cette sorte de vaccination de bras à bras. M. Eichorn compte tellement sur l’efTicacité de ce moyen pour arrêter en grande partie les progrès de l’éruption , qu’il dit que ce sera la faute du médecin , si , ayant été appelé à temps pour en faire l’application , il perd un seul malade. Les expériences de Woodville , de Willan et de M. Herpin , sur l’influence réciplroque du virus et du vaccin, sont favorables à cette méthode. On n)î peut donc qu’engager à la suivre quand il sera facile de se procurer une assez grande quantité de bon vaccin.
On s’est occupé de trouver les moyens de s’opposer à l’entier développement de l’éruption, et par suite à la formation' des cicatrices indélébiles qu’elle laisse après la période de dessication. 'Quelquesuns avaient proposé , comme méthode perturbatrice capable de changer la nature de l’inflammation extérieure , de frictionner vmlemment la peau avec un linge grossier, au moment où elle devenait le siège des premières taches papuleuses ; mais ce moyen fut promptement apprécié ce qu’il valait , et abandonné. D’autres ont essayé d’arrêter les papules au milieu de leur développement, au moyen d’emplâtres de Vigo ; et soit que ces emplâtres possédassent quelque vertu particulière, soit qu’ils eussent simplement celle toute physique d’exercer une compression, ils ne furent pas jugés complètement inefficaces. M. Serres mit cette pratique en usage dans quelques cas , et ses expériences furent assez favorables. L’onguent mercuriel , dès le début , a été employé en frictions , dans les mêmes vues que les moyens précédents, mais sans bons résultats.
M. Stewart a proposé de piquer les pustules, dès le deuxièmr jour de leur apparition , avec une aiguille , et d’exprimer la lymphe ou le sang qvi’clles contiennent. Cette pratique paraît avoir été de quelque utilité ; mais elle est réputée moins sûre que la cautérisation, préconisée par MM. Bretonneau , Serres et Velpeau.
M. Bretonneau conseille d’épointer les boutons avec une aiguille d’or chargée de pierre infernale. M. Serres, pour agir avec plus de promptitude , proposa de cautériser les pustules en masse avec une
dissolution de nitrate d’argent , en se servant à cet elTet d’im pinceau ; mais ses expériences n’onl pas été suivies de succès ; il a presque toujours vu la variole se développer sous l’escarre. M. Velpeau , comme M. Bretonneau , cautérise individuellement les pustules dès le premier ou Je deuxième jour au plus tard de leur apparition , mais avec un morceau de nitrate d’argent taillé en crayon. Au septième jour, dit-il , l’épiderme brûlé tombe, et il ne reste au-dessous aucune cicatrice apparente. Une semblable méthode , quoiqu’ayant pour elle l’analogie, ne saurait être jugée que par des faits; et pourtant, il faut l’avouer, bien peu de médecins se sont occupés de répéter les expériences de M. Velpeau. Sans doute , quand la variole est très-confluente, on ne saurait songer à cautériser ainsi isolément chaque pustule; il faudrait y passer un temps trop considérable; mais on pourrait du moins agir sur celles de la face, surtout quand elles ne sont que semi-confluentes , à plus forte raison discrètes , et lorsque l’inflammation des téguments de cette partie ne saurait être rendue dangereuse par l’opération. C’est principalement lorsqu’on est appelé près d’une jeune fille que l’on devrait mettre de côté la crainte de perdre du temps. On serait largement dédommagé si , au lieu d’avoir pour résultat de ses soins un visage défiguré par des brides , des coutures difformes, et mille cavités anfractueuses , on pouvait rendre à une mère inquiète sa fille encore jolie, et à la société un de ses précieux ornements.
Aujourd’hui, grâce à la belle découverte de Jenner, nous possédons les moyens de nous soustraire aux ravages de la variole (i); et cependant , on a peine à le croire , malgré les avantages incontestables de l’inoculation du vaccin, le monde fourmille encore de gens
(i) Si, comme on le prétend généralement depuis plusieurs années, la force du vaccin de Jenner était sur son déclin, ce que ne prouvent pas clairement cependant toutes les expériences, la découverte intéressante que l’on vient de faire, dans le mois dernier, du cow-pox, sur une vaohe de Passy, ferait espérer de pouvoir renouveler à sa source cet inappréciable prophylactique.
entachés de préjugés, et qui, regardant cette légère opération comme dangereuse, ne veulent pas y soumettre leurs enfants. Espérons que le zèle des médecins vaccinateurs viendra à bout de dissiper cette pernicieuse erreur !
Première Observation. Le nommé Jurry, forçat, âgé de 27 ans, convalescent d’une fièvre tierce, entre à l’hôpital de Rochefort , le 26 Septembre 1827, se plaignant d’être fatigué depuis quelques mois d’une toux continue avec gène de la respiration. L’expectoration est assez abondante; les crachats sont jaunes, épais; la percussion du côté gauche rend un son mat; le bruit respiratoire y est obscur. Le 2 Octobre : fièvre , oppression , toux plus fréquente ( tisane gommeuse, loochs, lait ). Ces symptômes se calment. Le mieux continue jusqu’au 20. Ce jour-là, fièvre, céphalalgie. Le 21 : exacerbation de ces deux symptômes, langue rouge, soif vive (saignée douze onces ). Le 22 : même état ; de plus , sensibilité à l’épigastre , abdomen tendu et douloureux ( saignée de huit onces , 26 sangsues à l’épigastre , fomentations émollientes ). Le 23 au matin : peu de changement ( trente sangsues à l’épigastre : cataplasmes sinapisés aux jambes ). Le soir : mieux. Le 24 : pouls naturel , sommeil , nulle douleur , éruption boutonneuse considérable sur la face et la poitrine. Il est impossible de méconnaître la variole , et cependant cet homme a le visage et les mains couverts de stigmates nombreux et profonds annonçant une ancienne variole des plus confluentes ; le malade se rappelle du reste très-bien avoir eu cette maladie à l’âge de 8 ans. Le 28 : pouls naturel, déglutition difficile, langue rouge, soif. L’éruption se prononce davantage et s’étend à tout le corps. Elle est presque confluente. Crachats jaunes, épais ( orge gommée miellée, loochs, cataplasmes au cou, diète). Le 26 : pouls toujours normal ; les boutons grossissent ; déglutition plus facile. Le 27 : le malade dit être bien. Boutons en suppuration , quelques pétéchies sur les bras. Le 29 : nuit agitée , dessication des pustules , pouls
fréquent, serré; parole difficile; langue rouge , pointue, sèche; vive sensibilité épigastrique ; respiration courte , saccadée ( eau gommée , quarante sangsues à l’épigastre, cataplasme laudanisé après leur chute, cataplasmes sinapisés aux cuisses et aux mollets ). Le soir : agonie , mort à 8 heures.
Nécropsie. La langue est couverte de boutons varioleux; l’arrièrebouche est d’un rouge très-vif. Le larynx , la trachée-artère et lej bronches sont également injectés ; le poumon droit est sain , mais le gauche est adhérent aux côtes; son lobe supérieur est entièrement hépatisé, et présente à sou sommet des tubercules en pleine suppuration et une caverne capable de loger un œuf de pigeon, presque remplie de pus. La base du poumon renferme des tubercules crus. Le péricarde, quoique sain, contient beaucoup de liquide. Le cerveau et ses enveloppes ne présentent rien de remarquable.
Le péritoine est d’un rouge vif sur toutes les circonvolutions intestinales. Une couenne albumineuse, purulente, les 'unit entre elles. L’estomac est d’un rouge pointillé à son grand cul-de-sac ; la muqueuse est ramollie dans le même endroit. Le duodénum est d’un gris verdâtre, mais offre çà et là des plaques d’un rouge livide ; même aspect de l’intestin grêle dans toute son étendue. Au commencement du jéjunum , on remarque trois pertes de substance de la muqueuse, de la largeur d’une pièce de lo sols, et dont les bords Sont frangés ; le fond de ces ulcérations est formé par la membrane musculeuse qui est noirâtre et épaissie. Dans toute la moitié inférieure de l’iléum , il existe une foule d’ulcérations de grandeur différente, depuis deux lignes jusqu’à six lignes de diamètre, et de même aspect du reste que les premières. Un grand nombre de boutons proéminents s’observent aussi sur cette partie de l’intestin. Les uns sont de la grosseur d’un grain de millet, d’autres de la grosseur d’un pois. Les uns sont blancs , sans dépressions , les autres avec dépressions centrales plus ou moins marquées. Enfin, il en est qui présentent une solution de continuité à leur sommet , et qui contiennent un liquide sanguinolent. Le cæcum est d’un gris ardoisé dans toute soa étendue , et présente un grand nombre d’ulcérations
dont les bords, coupés comme avec un emporte-pièce, laissent voir la musculeuse à nu , noirâtre , presque gangrenée et s’enlevant facilement.
Deuxième observation. Le nommé Besse , forçat, âgé de 5oans, entre à l’hôpital de Rochefort, le 26 Septembre 1827, pour une fièvre tierce. Il avait eu un accès la veille, à quatre heures du soir. Le 27 ; malgré trois verres d’une décoction de kina sulfaté, accès à 4 heures du soir. Le 28 : apyrexie, douleur épigastrique ( tisane d’orge, lavement fébrifuge de o,5o de sulfate de quinine). Le 29: peau chaude, pouls fébrile, douleur épigastrique (lavement émollient, vingt sangsues à l’épigastre, limonade de citron, diète). Le 5o : larges boutons d’apparence variolique sur la face et la poitrine , pouls naturel, nulle douleur ( limonade de citron, bouillon maigre). Le 1" Octobre : l’éruption s’étend à tout le tronc et aux membres; les boutons sont nombreux, sans être pourtant confluents; pouls fébrile; soif; arrière-bouche couverte de boutons; déglutition trèsdifficile (eau gommeuse, trente sangsues au cou, cataplasmes après leur chute, gargarisme adoucissant, un demi-lavement émollient). Le 2 : peu de changement. Le 3 : pouls naturel, céphalalgie, déglutition plus facile, constipation, boutons en pleine suppuration (lavement émollient, trois verres de petit lait). Le soir : deux selles. Le 4 • nuit agitée, épistaxis, pouls fréquent et dur, douleurs abdominales (saignée douze onces). Le soir : oppression, nausées, soif, nouvelle épistaxis, pouls aussi fréquent. Le 5 : frissons prolongés pendant la nuit, fièvre forte, agitation. Le matin : moiteur, pouls naturel (lavement fébrifuge de o,5o de sulfate de quinine, diète). Le soir à trois heures : frissons , puis pouls dur, très-fréquent, délire, vive céphalalgie, langue rouge et sèche, soif, vive douleur épigastrique ; l’éruption disparaît ( trente sangsues à l’épigastre , puis fomentations émollientes sur cette partie ; cataplasmes vinaigrés aux jambes). Le 6 au matin : pouls normal, peau fraîche, langue sèche, nulle douleur (eau gommée acidulée, lavement fébrifuge de douze grains de sulfate de quinine). Le soir ; pouls fébrile, langue
sèche, céphalalgie, mouvements ataxiques (douze sangsues à chaque mastoïde, cataplasmes vinaigrés aux jambes). Le 7 : pouls nafturel, nuit tranquille , sommeil; langue humide, rosée. Les boutons se tuméfient et se remplissent de pus de nouveau ( limonade gommeuse, petit lait, crème de riz). Le soir : nouvelle éruption variolique; elle occupe les intervalles que laissent entre eux les anciens boutons. Le 8 : état satisfaisant, appétit (deux soupes au lait}. Le 9 : même état, les nouveaux boutons sont très-gros. Le 10, quatrième Jour de la nouvelle éruption, celle-ci est en suppuration, tandis que la première est arrivée à la période d.e dessication (trois soupes au lait). Le 12 : affaissement des nouveaux boutons. Le i5: dessicatiou. Convalescence.
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