‹ Essai sur la vie et les œuvres de LucienChapitre 1 sur 140 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

On a^^Mucoup écrit, dans ces dernières années , sur la sociéB grecque et romaine au temps de TEmpire. L'ouvrage de M. Friedlsender sur les mœurs de ce temps, celui de M. Boissier sur la religion romaine d'Auguste aux Antonins, enfin les sept volumes de M. Renan sur les Origines du Christianisme ont montré de la meilleure façon , par Tautorité de la science et par Féclat du talent, quel intérêt s'attache à ces études ^ .

11 m'a semblé qu'au dessous des larges vues d'ensemble qu'ils ont exposées , il y avait place pour des recherches plus modestes et pour des aperçus plus restreints. Le nom de Lucien m'a attiré et séduit. J'ai cru pouvoir essayer de jeter un- peu plus de lumière soit sur la vie, soit sur les œuvres de cet écrivain si original , qui représente pour nous le scepticisme dans un siècle de restauration religieuse et la tradition classique dans un temps de décadence littéraire.

Ce qui m'y a surtout encouragé , c'est que des études

* Friedlœnder , Darstellungen axis der Sittengeschichte Roms , Leipsig, 1865-67, — Boissier, La Religion romame d* Auguste aux Antonins, 2® édit., Paris, 1878. — Renan, Histoire des Origines du Christianisme (Vie de Jésus. — Les Apôtres, — Saint Paul, — V Antéchrist, — Les Evangiles, — L'Eglise chrétienne, — MarC" Aurèle), Paris, 1863-1882.

partielles avaient déjà frayé la voie où je m'engageais, et que néanmoins aucun travail étendu n'avait encore été publié, en France, sur mon sujet.

Je rappellerai ici Tarticle biographique et critique de Boissonade sur Lucien, dans la jBto^rraj^At^ universelle de Michaud , puis le Parallèle de Lucien et de Voltaire , que M. Egger a inséré dans ses Mémoires de littérature ancienne^ et enfin le chapitre de M. Martha sur Lucien, dans ses Moralistes sous V Empire romain. Les noms des auteurs suffisent , sans que j'aie besoin d'y ajouter mon faible témoignage , à recommander ces pages pleines de sens, de goût et d'érudition. Plusieurs thèses de doctorat ont touché aussi à certaines parties du même sujet*. Je me contente de signaler celle d'Hippolyte Rigault sur les opinions littéraires de Lucien. On verra, en lisant mon ouvrage, pourquoi je me suis trouvé en désaccord sur certains points avec l'ingénieux et spirituel critique.

Je ne me suis guère servi de traductions , préférant prendre sous ma responsabilité l'interprétation des passages que j'aurais à citer. Mais on serait justement surpris de ne pas voir figurer ici le nom de M. Talbot , qui a rendu Lucien accessible à tous les lecteurs français, en faisant sentir dans notre langue quelquesunes de ses qualités les plus personnelles.

L'Allemagne m'offrait aussi des secours et des ressources que je n'avais pas le droit de négliger. C'est à elle que nous devons les éditions complètes de Lucien qui sont des instruments de travail nécessaires pour

* Collin, Lucien , 1835. — Rigault , Luciani Samosatensis quœ fuerit de re litteraria judicandi ratio, 1856, — Rabasté, Quid Comicis debuerit Ltu;ianus , 1865.

ni quiconque yeut Tétudierdeprès. Celle de Lehmann contient dans ses notes toutes les informations peu à peu rassemblées par la critique depuis le temps de la Renaissance jusqu'au commencement de ce siècle: c'est une vaste compilation , qui remplace assez commodément dans Tusage celle qui fut préparée par Hemsterhuys et achevée par Reitz au siècle dernier. Depuis qu'elle a été publiée y le texte de Lucien a été d'ailleurs corrigé et sérieusement amélioré. Le mérite de ces améliorations revient surtout à MM. Fritzsche, Bekker et Sommerbrodt. L'édition de Fritzsche spécialement est une œuvre d'une remarquable sagacité, malheureusement trop lente à s'achever. Je l'ai eue presque constamment entre les mains ; mais j'ai préféré renvoyer pour mes citations à celle qu'a donnée Jacobitz , dans la Bibliothèqice grecque de Teubner , à la fois parce qu'elle est complète et parce qu'elle est la plus répandue. Quant aux études historiques , morales et littéraires dont je me suis aidé , on les trouvera citées dans mes notes, et je ne crois pas utile d'en dresser ici la liste. Les plus remarquables , k mon avis , sont l'ouvrage déjà ancien de K. G. Jacob , intitulé Characteristik Lucians von Samosata (Hambourg, 1832); celui de Bemays sur Lucien et les Cyniques, substantielle introduction mise en tête d'une traduction du Récit de la mort de Pérégrinus (Lucian und die Kyniker^ Berlin, 1880), et enfin les notices préliminaires qui figurent dans l'édition classique d'ouvrages choisis de Lucien, due à J. Sommerbrodt ( Lucian' s Ausgewœhlte Schriften, Berlin, 1853-1860).

J'ai cherché d'ailleurs à dégager le plus possible mon exposé de tout l'appareil des discussions minutieuses

qui surgissaient à chaque instant devant moi. Mon sentiment est qu'un livre , si modeste qu'il soit dans ses prétentions littéraires, ne doit pas ressembler à un recueil de dissertations érudites. Si je n'ai réussi que très-imparfaitement à concilier ce qui est dû à la science avec ce qui convient à la majorité des lecteurs , ce n'est du moins pas faute de l'avoir voulu et essayé. Je me suis aperçu , à chaque page de ce livre , combien il est difficile de bien parler d'un auteur qui a touché à tant de choses. Si Ton veut discuter ses idées complètement après les avoir exposées, chacun des chapitres risque de dégénérer en un traité ; et si l'on se contente d'une appréciation rapide, on a la crainte de rester superficiel. 11 y a, sans doute, en cela comme en tout , une mesure juste à trouver et à garder. Je m'estimerai heureux si mes lecteurs pensent en fin de compte que je ne m'en suis pas écarté trop souvent.

ESSAI

SUR

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