‹ Essai sur le cancerChapitre 1 sur 7 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

il est probable qu’en lisant cet opuscule plusieurs de mes confrères trouveront au moins fort singulière l’opinion que j’avance sur l’anatomie pathologique , celle grande idole des temps modernes , à laquelle nous avons voué tous un culte enthousiaste et qui compte encore tant et de si fervens adorateurs. Mais les grands noms de Morgani , de Bichat , d’Hoifmann , de Broussais , de Laênec , d’Andral et de beaucoup d’autres illustres médecins, quelque respect qu’ils m’inspirent, ne sont pas pour moi des autorités tellement imposantes, que je croie leur devoir le sacrifice de la vérité.

Non , l’anatomie pathologique n'est point le vrai flambeau de la médecine , et ce qui le prouve entre autres choses , c’est qu’elle ne lui a fait faire aucun progrès réel ! Maniée par l’ingénieux et savant Laênec , elle na rien appris sur Vart de guérir les maladies de poitrine^ et sous la main puissante de M. Andral elle n’a pu produire que des négations. C’est que la mort ne peut pas enseigner la vie ; c’est que dans une machine aussi compliquée que la nôtre , quand on étudie les effets en l’absence de leur cause , on est trop disposé à intervertir leur rôle et à les elever eux-memes au rang de causes qui ne sont plus.

En continuant l’élude de l’anatomie pathologique , restreignons donc de beaucoup son importance. Au lieu de lui demander la nature des maladies quelle ne nous révélera jamais, contentons-nous d’apprendre d’elle les tristes résultats qu arnènenl ces maladies quand nous n’avons pas su les guérir. Ne ressemblons plus à ces physiciens qui, pour arriver a

Tî AYANT-PROPOS»

reconnaître les causes de îa foudre , se borneraient à en étudier les ravages ou qui , pour comprendre le phénomène des marées, se contenteraient d’observer l’élévation des flots et toutes les formes si nombreuses qu’ils peuvent revêtir.

Pour connaître la nature des maladies, et sans celte con» naissance il ne peut pas y avoir de science médicale, interrogeons désormais les lésions sécrétoires qui les occasionnent

et les accompagnent toujours, plutôt que d’étudier sans fruit des désorganisations qui , pour être innombrables quant à leurs formes et à leurs sièges, n’ont cependant qu’un petit nombre de causes que l’étude seule de îa vie peut nous enseigner.

Ce mémoire n’est qu’un pâle reflet des travaux de mon frère aîné , travaux auxquels nous devons déjà la loi des sécrétions organiques , la connaissance des fonctions du tissu cellulaire, celle de la production et de la double nature du fluide nerveux , celle aussi de la iiature intime des maladies^ goutteuses et de la 'phthisie pulmonaire y ainsi que leur traitement. Mais quelque imparfait que soit mon travail, alors même qu’il indique plutôt les difficultés qu’il ne les résoud, j’aime à eroire qu’il ne sera pas entièrement inutile.

Nous sommes en effet à une époque de la science où la nature intime des maladies, au dire même de M. le professeur Bouillaud, est encore entourée des plus profondes ténèbres. Laénec se défendait comme d’une impossibilité d’éclairer cette question. « Je tenterai encore moins , disait-il , de remonter aux causes des maladies, d Et M. Louis, ce savant si laborieux et si recommandable , proclame lui aussi que notre époque n’est encore que transitoire. Aujourd’hui donc tout essai dans lequel nos maladies seront envisagées sous àin point de vue nouveau, d’après leurs caractères physiques et chimiques, ne pourra pas manquer d’avoir une certaine importance, au moins pour le temps actuel.

Quelques personnes trouveront sans doute que dan&

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