‹ Essai sur le collectionnismeChapitre 26 sur 54 · V. Larbaud · texte numérisé non relu

V. Larbaud

paraît important ; il doit en coûter, d’une manière ou d’une autre, pour être véritablement digne du titre. Ici, encore, l'amour se mesure à la peine imposée. Il peut aller jusqu'à l’abnégation, comme . chez celui « qui, malgré les nausées, s’est condamné fumer pour jouir des petites entrées d’un bureau de tabac où affluent les détritus d'archives et de bibliothèques » (1). Il atteint parfois à l’héroïsme ; témoin Vaillant, qui, au retour d’un voyage en Afrique, d’où il apportait des antiquités pour Louis XIV et pour lui-même, fut surpris, en mer, par des corsaires. Il n’hésita pas à avaler une vingtaine de médailles précieuses, et, dépouillé du reste, put rentrer en France et les « récupérer ». Après cela, nous passerons sur la banalité des sacrifices d’amourpropre et même de dignité que certains peuvent s'imposer.

Par ailleurs, ils sont tous condamnés à une activité, à une vigilance toujours en éveil. Poursuivis par l’idée d’une occasion à ne pas laisser échapper, ils doivent la poursuivre sans cesse. Le collectionneur doit donc être doué des qualités du chasseur, ou les acquérir. Il faut constamment fureter, tâcher de dénicher « l'oiseau rare », flairer en tout lieu, en toute occasion. S'il est en voyage, son activité trouve un champ nouveau, et, son terrain habituel étant considéré comme battu, il se croit plus de chances pour lever quelque gibier de choix, que

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