‹ Essai sur le commerce de Marseille, ouvrage couronné en 1833 par la Commission chargée de décerner le prix fondé par le baron Félix de Beaujour. 2. éd., augm. et continuée jusqu'en 1841Chapitre 38 sur 181 · CORSE · texte numérisé non relu

CORSE

La Corse fournit à Marseille une assez grande quantité de produits , quantité qui serait susceptible d'un immense accroissement, si le sol y était mieux cultivé. Ce sol est favorable à presque toutes les cultures : l'olivier et le mûrier surtout y donneraient, avec plus de soin, de magnifiques récoltes. Des essais de culture d'indigo et de coton y ont assez bien réussi.

Sa fertilité ne peut être comparée à celle d'aucun canton de la France. La terre n'exige pas d'engrais. Les montagnes sont couvertes de forêts magnifiques : au-dessous de celles-ci , on trouve de beaux pâturages , les collines sont favorablement disposées pour y établir des vignobles, les plaines et le fond des vallées étalent

(1) En 1840 , les bateaux à vapeur venant de Cette ont apporté à Marseille 3,391 bœufs. — 500 veaux. — 38,501 moutons.

une végétation vigoureuse qui promet au laboureur les plus abondantes moissons.

Mais il ne suffit pas pour qu'un pays soit riche que la nature soit prodigue ; il faut que l'homme sache la forcer à lui donner les produits qui sont les plus avantageux : c'est malheureusement ce que le Corse ne sait ni ne veut faire. L'agriculture ne possède pas le tiers du sol de l'île , et encore ce sont des étrangers qui se livrent aux travaux qu'exige la culture. Chaque année 7 à 8^000 Lucquois viennent ensemencer et récolter et emportent pour leur salaire une partie du bénéfice. Le Corse cependant sent quelquefois la nécessité d'approvisionner ses greniers ; que fait-il alors ? il quitte ses montagnes, descend dans la plaine, choisit un maquis (1) bien exposé , y met le feu , sème , récolte et regagne sa chaumière et ses troupeaux . Agir ainsi c'est la règle ; cultiver régulièrement, c'est l'exception. La magnifique plaine d'Aléria , qui à elle seule pourrait nourrir la moitié de la population de l'île, reste inculte et s'épuise en productions inutiles et spontanées (2) .

Le tabac réussit parfaitement en Corse ; quoique sa culture ne soit pas très étendue , les produits excèdent la consommation. On en exporte en Italie et en France ; on lui reconnaît quelques-unes des qualités qui font rechercher le Virginie,

Le lin y est d'une belle qualité ; le chanvre réussirait parfaitement , mais peu de localités l'ont adopté. La garance pourrait devenir une branche lucrative de commerce. Plusieurs lichens sont recherchés dans le commerce , l'un est un vermifuge très estimé ; les autres fournissent à la teinturerie de très belles couleurs jaune paille etécarlate; Sarlèneest le dépôt de ce produit, qui est envoyé en Angleterre.

Le pin laricio est la plus belle parure des vastes et magnifiques forêts de l'île de Corse. Son bois est propre à la charpente des bâtimens civils , à la construction des vaisseaux et à la haute mâture. Il est, dit-on , un peu plus lourd que celui du pin du Nord ou de Riga , mais étant plus résineux que ce dernier, il est moins cassant et plus élastique ; les forêts de la Corse pourraient suffire aux besoins de notre marine militaire et marchande.

(1) On appelle maquis des terrains en friche , couverts d'herbes et d'arbustes : ce sont des landes riches de 25 pouces de terre végétale.

(2) D'après les tableaux publiés en 1813 , sur la situation de l'Empire , la Corse récolta en céréales 388,000 hectolitres en 1810. — 4-85,134 en 1811. — 429,098 en 1812. Il y a eu progrès depuis cette époque.

Les côtes , les lacs et les étangs alimement une pêcbe très pro- (fuclive. L'éiang maritime de Biguglia est surtout renommé pour l'abondance et la délicatesse de ses produits. On prépare , dans quelques localités , le thon , la sardine et les huîtres , que l'on vend ensuite en Italie. Les vers à soie offriraient à ceux qui se livreraient à leur éducation un bénéfice considérable ; mais une industrie nouvelle trouve toujours quelques ennemis et beaucoup d'indifférens en Corse , et ce n'est qu'aux environs de Rogîiano et autres cantons du nord de Bastia qu'on récolte un peu de soie : elle est d'une qualité supérieure à celle du Piémont. Les abeilles demandent peu de soins. Aussi les ruches sont-elles multipliées : le miel en est un peu âpre -, quant à la cire , elle est d'une beauté qui la fait rechercher dans le commerce. Le corail abonde sur les côtes de la Corse.

L'industrie y est peu avancée. Cependant on y compte dix forges à la catalane exploitant le minerai apporté de l'île d'Elbe. On pourrait y faire de l'acier, car les eaux de la Restonica seraient excellentes pour la trempe. On y fabrique des toiles et des draps grossiers; il y a une savonnerie , une verrerie, d'assez nombreuses tanneries .

La Chambre des députés, sentant la nécessité et l'importance de favoriser l'agriculture en Corse, a , sur la demande de M. le général Tiburce Sébastiani , porté au budget de 1836 une somme de 15,000 fr. qui sera employée en nouveaux essais de cullure.

Depuis lors , à chaque session , les chambres ont voté des sommes considérables pour y créer de nouvelles routes , améliorer ses ports , faciliter ses communications avec le continent. Aussi la prospérité publique y est en progrès ; on peut en juger, par les chiffres suivans :

ANNÉES

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