‹ Essai sur le commerce et l'industrie du Bas-Canada [microforme]Chapitre 1 sur 1 · Essai sur le commerce et l'industrie du Bas-Canada [microforme] · texte numérisé non relu

Essai sur le commerce et l'industrie du Bas-Canada [microforme]

En me dérobant à mes occupations ordinaires pour vous entretenir sur un sujet d'utilité publique, Je dois dire que je n’ai cédé qu'au devoir que m'impose l'honneur que m'ont faitles membres de l’Institut Canadien en me choisissant pour leur Président cette année.

Confiant en votre indulgence, je n’ai pas hésité d'ouvrir le cours de lectures que se propose de donner notre société, dans le but de répandre le goût des études sérieuses parmi notre population ; permettez-moi de le dire, l’Institut possède une bibliothèque qui s’est augmentée chaque année de plusieurs centaines de volumes, comprenant les meilleurs ouvrages et elle fournit à ses membres la lecture des principaux journaux du Bas-Canada et de l'étranger.

: Le succès de cette association, comparé à celui d'associations du même genre, démontre que nous -avons tous les éléments d’une société éclairée varmi

nous, 0{ nous n'avons à demander que de l’encouragement de la part de tous les bons citoyens.

Le sujet que je vais essayer de traiter n’est pas amusant, Mais dans un moment où les ressources de ce pays-ci sont sur le point d’être exploitées à un haut degré, j'ai cru que je ne pouvais faire mieux que de parler du commerce et de l'industrie du Bas- Canada.

Partout où il y a des mœurs douces, dit Montesquieu, il ya du commerce ; partout où il v a du commerce, il y a des mœurs douces. En etfet, le commerce est ami de la paix et de la civilisation : parmi les indigènes de l'Amérique, il n’y avait ni commerce ri industrie ; on y trouvait des mœurs cruelles, et la guerre était leur principale occupation. Le commerce, dans tous les temps et dans tous les lieux, a été la source du bien-être et des richesses des habitants d’une contrée. Si nous voyons la France et l’Angleterre dicter leurs loix à l’univers, leurs habitants semés sur tous les points du globe, laisser à leur suite les lumières de la science et les commodités de la vie, c’est à leur commerce et à leur industrie qu’elles doivent cette prépondérance. Les progrès des Etats-Unis d'Amérique sont là pour attester ce que peut produire le génie d’un peuple commerçant. Quoique Platon ait proposé de chasser les marchands de sa république, que Cicéron ne parlait qu'avec un certain mépris des gens de cette classe, que Napoléon croyait jeter une grosse injure au caractère du peuple anglais en le traitant de nation de boutiquiers, il n’en est pas moins vrai que le commerce est le grand pionnier dela civilisation dans toutes les parties du monde. L’Asie, l’Océanie, l’ouest de l'Amérique sont subjugués par le génie du commerce, qui ouvre en même temps le chemin aux courageux missionnaires du christianisme.

Le Bas-Canada par sa position géograr ‘que, par la fertilité du sol, par son immense étendue d'eaux

nn

navigables est destiné sans contredit à devenir une puissance commerciale et industrielle, Tous les produits naturels et artificiels des contrées situées entre le Saint-Laurent et la Baie d'Hudson, depuis le Labrador jusqu'aux Montagnes Rocheuses, les bois de construction de toutes sortes qui couvrent cette étendue incommensurable de terrain situé au nord du fleuve Saint-Laurent et des grands lacs, les pelleteries du nord et de l’ouest, les produits agricoles ne peuvent trouver de route plus facile que la voie de cette majestueuserivière qui traverse le Bas-Canada dans toute sa longueur. Québec et Montréal sont les entrepôts naturels du commerce entre l’Europe et le Nord de l’Amérique. Avec quelle satisfaction ne doit-on pas encore admirer cet esprit éclairé et prévoyant oui guida les Français lors de la colonisation de la Nouvelle-France dans le choix qu’ils firent des points les plus importants sous le ra port du commerce de cette partie de l'Amérique du Nord, points qui commandent toute la navigation du Saint-Laurent, aujourd’hui encore presqu’entièrement possédés par les descendants de ces mêmes nationaux.

Avant la cession de ce pays par la France à l’Angleterre (1763), le commerce était ici bien peu développé, et la traite des pelleteries sur lesquelles se fesaient et se font encore aujourd’hui d'immenses profits, était presque le seul objet de négoce. La vente des marchandises, vivres et provisions était entre les mains de quelques sujets privilégiés de Sa Majesté Très Chrétienne, à la tête desquels se montrait audacieusement lIntendant, le premier officier de la colonie après le gouverneur. Les malversations, le monopole et le pillage éhontés de plusieurs de ces intriguants, enfants d’un siècle de corruption et formés à l'exemple d’une cour sans mœurs et sans énergie, ont rendu célèbre dans les annales du Canada le nom de l’intendant Bigot, et ont été sans aucun doute les principales causes de la perte de cette colonie pour la France.

Quoiqu'il en soit, si l'on consulte les mémoires de ce (emps, on voit que lors de la cession de la Nouvelle-France, les principaux officiers civils et militaires, et presque tous les négociants établis dans lu colonie se refugièrent en France.

Les habitants du pays, ne comptant alors que 60,000 laborieux ceultivateurs, vaillants soldats, restèrent dans leurs habitations des campagnes, évitant autant que possible le séjour des villes, où ils étaient exposés à la morgue des vainqueurs, et presqu'aucun d'eux ne se livra au commerce ; mais 1ls se livrèrent tous avec succès à l’agriculture, que les exercices de nos longues guerres leur avait fait négliger Jusqu'à cette époque. D'ailleurs, la différence du langage et la rivalité des deux peuples étaient suffi- Santes pour éloigner des relations commerciales les anciens colons.

Ainsi, on voit que dès le commencement de la domination anglaise, le commerce se trouva concentré entre les mains des négociants de cette nation, et l’on peut dire que, grâce à leur activité, à leur esprit entreprenant, à la protection spéciale du gouvernement métropolitain et colonial, et à l’aide des institutions financières sous leur contrôle, les marchands anglais du Bas-Canada ont acquis de grandes fortunes et exercé une grande influence sur les affaires politiques. Les détracteurs des Canadiens-Français les ont souvent accusés d'incapacité et d'inactivité dans les relations commerciales ; ces accusations sont mal fondées, et les succès marqués d’un grand nombre de nos compatriotes prouvent leur aptitude sous ce rapport.

Les ressources du Canada sont immenses, les produits de la forêt et de l’agriculture, des pêcheries, des mines, peuvent fournir un vaste champ d’exploitation au million d'hommes qui ont à leur disposition les cent millions d’arpents de terre du Bas-Canada, avec les plus beaux pouvoirs d’eau du monde.

Le bois de construction forme l’objet le plus im-

ortant d'exp sation. En 1850 les exportations de ois se sont montéesà . ,. .£1,118,411 15 3 En 1851, à. . . . . 1,945,997 18 5 En 1852, à. . ,. ,. . . 1,515,878 19 6

Si l’on ajoute à cela la valeur des vaisseaux construits à Québecot vendus en Angleterre, estimée à £416,550 on à un total de près de deux millions pour représenter le pros de nos forêts en 1852.

Depuis longtemps la vallée de l'Outaouais fournitun contingent incalculable en bois de toute espèce et de la plus belle qualité ; le gouvernement y a construit des glissoires, et il a été voté l’année dernière une somme de £50,000 pour améliorations publiques sur cette rivière, à part tous les travaux qui y ont déjà été faits. Mais n’avons-nous pas encore plus rapprochés de nous deux grands tributaires du Saint- Laurent, dont l’un, le Saguenay, qui n’est exploité que depuis quelques années, et l’autre le Saint-Maurice, qui ne fait qne de s'ouvrir à l’exploitation, sont des sources de richesses inépuisables.

Il est nécessaire pour le Saguenay que la communication par eau soit améliorée jusqu’au lac Saint- Jean et qu’ils’ouvre un grand chemin de commnnication par l’intérieur du lac Saint-Jean jusqu’à Québec. Que l’on accorde £25,000 à ce nouveau territoire, comme à l'Outaouais et au Saint-Maurice, et nous verrons en peu de temps ce qu’il peut produire.

Le Saint-Maurice, bien que ses eaux viennent baigner le site de la plus ancienne ville du Canada, était resté ignoré et stationnaire jusqu’à l’année dernière ; il a été fait quelques allocations par le gouvernement, et voilà que cette immense territoire attire l'attention de tout le monde, et rapporte déjà un revenu considérable. A ma demande et sur mes représentations le gouvernement a bien vouluordonder une exploration dans le comté de Portneuf pour ouvrir une voie de communication qui relie ensemble les vallées de la rivière Batiscan, et de là jusqu’au

Saint-Maurice. Par cotte voie on calcule que de Québec on atteindra le Saint-Maurice, à une distance d’une vingtaine de lieues; ilva être fait rochainement une partie de cette route avec les deniers anpropriés par la Législature pour les objets de cette nature, distribués sous le contrôle de l'Exécutif, et si cela est continué, comme je l'espère, ce sera un moyen d'exploiter les immenses forêts qui se trouvent dans cette localité. Au sud comme au nord du Saint-Laurent, chaque rivière voit flotter sur ses eaux les arbres qui ombrageaient son Cours, et qui naguères encore fesaient l’orgueil de ses rivages ; chaque printemps amène dans les différents ports du Saint-Laurent des millions de pièces de bois. Elles tombent de tous côtés sous la hache du travailleur, ces superbes forêts qui n’ont retenti depuis la création que du chant de ses Sauvages habitants. Une terre que nul homme civilisé n’avait encore foulée de son pied ambitieux, ouvre son sein aux rayons du soleil et demande au laboureur qui cherche le pain de sa subsistance la sueur de son front pour fertiliser le sol, et l’aide € » son bras, guidé par l’intelligene, pour en recueillir les produits.

Le bois devient tous les jours de plus en plus rare au sud du Saint-Laurent, et le nord conserve dans ses immenses profondeurs cet élément de prospérité qui alimente toujours le commerce. Malgré l’abondance encore existant, il devient néanmoïins

"une grande importance pour l'avenir que la Législature adopte des réglements tel qu’il en existe dans les pays du nord d'Europe, et même dans l'Etat du Maine, voisin de nous, pour empêcher les déprédations etle gaspillage de nos forêts, par ceux qui, sans avoir Soin de conserver les jeunes arbres et re’etons qui devraient fournir au renouvellement continvel, abattent de tous bords et de tous côtés, et n’envoient à la jetée que les plus beaux billots, calculant que le prix est le même pour chaque billot, petit ou gros, et qu’ils n’ont à payer non pas pour chaque arbre

qu'ils abattent ou détruisent dans la forêt, mais seulement pour chaque pièce de bois qu’ils conduisent à l’embouchure des rivières ou au port de Québec. L’incendie détruit aussi d'immenses étendues de forèts, et cela n’est dû le plus souvent qu'à la négligence de ceux qui y allument le feu dans un temps HOPROrAUE et sans prendre les précautions nécessaires. La promulgation et la mise en force de lois qui rendraient les maîtres de chantiers responsables pour leur négligence en pareil cas,et pour celle de leurs employés, auraient un effet très salutaire. L'agiotage, le monopole, l'octroi d'espaces ou de limites trop étendues aux mêmes personnes pour un temps long, sont aussi à éviter. Les allocations que le gouvernement accorde doivent avoir le double but de favoriser le commerce des bois, et d'ouvrir à l’agriculture ces immenses nrofondeurs de l’Outaouais, du Saint-Maurice, du Saguenay et des autres tributaires du Saint-Laurent. Il y a eu du monopole etil y en a encore dans l'exploitation des bois, et peu des anciens habitants du pays y ont réalisé des fortunes ; mais ils y ont souvent rencontré des mécomptes. Quelques marchands ou agents d’autres marchands résidant en Angleterre ont seuls accaparé et commandé avec leurs capitaux cette branche de commerce, et la raison qui, il y a quelques années, retenait les constructeurs de vaisseaux sous la dépendance de quelques marchands d'ici, parce qu n’allaient pas eux-mêmes commander le prix u marché en sn Hate üent en arrière les commerçanis de bois du pays ; dès qu’ils feront directement leurs contrats ou ventes en Angleterre, ils auront le succès que nos constructeurs de vaisseaux ont eu depuis queiques années.

Les grands profits de ce commerce restent dans elques mains; mais les Canadiens, dont la force et l'intelligence servent si bien à conduire et surveiller les grandes exploitations, les vigoureux travailleurs dont les bras nerveux servent à abattre ces épaisses

forêts, eux qui savent Supporter la misère et la fatigue, qui conduisent au son de leurs chansons de voyageurs à l’accent Breton sur les rapides les plus dangereux ces immenses radeaux qui doivent rap- Porter aux marchands exportateurs de grands profits, et aux travailleurs de minces gages, souvent mal payés, contribuent peu à procurer à ces travailleurs une aisance pour leurs jours plus avancés.

En rapport directavec le Commerce de bois se lie la Construction des vaisseaux. La prospérité de Québec dépend du succès de cette industrie, car la moitié de la population de cette ville tire de làses moyens de subsistance. Les bords de la rivière Saint-Charles offrent un spectacle intéressant à l'observateur, et le bruit de la hache résonne agréablement à l’oreille, quand on voit ces essaims nombreux d'ouvriers charpentiers de navires, jeunes et vieux, travaillant avec ordre et harmonie à la construction de ces châteaux que l’on lance sur leur nouvel élément. Ils’est con- Struit cette année plus de vaisseaux que les années précédentes ; et la forme et l'élégance de ces clippers de 1,000 à 2,000 tonneaux, représentant chacun une valeur de dix à vingt mille louis, font honneur à l’industrie des constructeurs de Québec.

Quel changement, messieurs, les progrès du génie et de l’industrie ont apporté dans toutes les branches! Lorsque Jacques Cartier remonta le Saint-Laurent, lors de la découverte du ays, il vint hiverner avec ses vaisseaux dans la rivière Saint-Charles, à la même place où se construisent maintenant ces grands batiments ; il avait choisi de fort grands vais- Seaux pour le temps, avec lesquels il s'était décidé à traverser des mers inconnues. Quelle était la dimension de son plus gros navire ie l’on nommait Pompeusement la Grande Hermine? 1} était de 120 tonneaux !

Toute législation Fossible devrait être dirigée vers la protection de cette belle industrie qui sera toujours importante dans le Bas-Canada ; et sijene

craignais d'étendretroy cadre de cet essai, je suggérerais quelques modications dans le tarif, pour la libre entrée d'objets nécessaires à cette industrie, ainsi que ne Statuts pour permettre aux constructeurs de donner un privilége sur le vaisseau en Construction, avant qu'il ait obtenu la feuille d’enregistrement, dans le but de faciliter les prêts et avances aux Constructeurs.

Jene puisnéanmoins Passersous silence la question de lanavigation du Saint-Laurent, le besoinde matelots et de capitaines pour équiper ces nouveaux bâtiments. Cette question jointe à celle de la désertion des matelots anglais à Québec crée des désavantages qui discréditent notre port. Depuis quelques années On a essayé le système coércitif ; On tient une police sur pied à grands frais, on nourrit un grand nombre de matelots déserteurs dans les prisons, et la Joe d'administration, se monte à Æ£i000 ou Æ£5,000 paran, sans apporter de remède au mal, L'expérience doit donc faire condamner ce système, qui ne fait que traîner le pauvre matelot de son vaisseau à la prison, ou de la cave du racoleur au bureau de la police ; au lieu de cela dépensons cette somme en primes d'encouragement données aux résidents du pays qui voudront s'engager dansles vaisseaux comme COmmandants ou matelots ; par ce moyen on créera bientôt une pépinière de marins ; il faut détruire les motifs dela désertion, qui n'existe que par l'espoir de gages plus hauts qu'elle offre pour le voyage de retour, vu la rareté des matelots requis pour les vaisseaux neufs.

Dans le moment où nous avons une école de navigation en opération au milieu de nous, ne serait-ce pas Un moyen de remplir cette école d'élèves que de leur offrir une chance d'emploi au sortir de leurs etudes ?

Chaque branche d'industrie et de commerce se Soutient l’une par l’autre. La vente des bois de construction par nos marchands, ainsi que la vente

rm ds nd

des vaisseaux par nos constructeurs, directement et par eux-mêmes sur les marchés d'Europe, et la navigation de long cours dirigée par des marins du pays, aideraient bien vite à l'exploitation des pêcheries du Saint-Laurent, autre mine de richesse qui est à notre porte, sous notre main, qui nous est enlevée par les Américains des Etats-Unis et par les Européens, vu le manque deprotection accordée à nos pêcheurs, etla persistance opiniâtre du Gouvernement à les tenir dans un état d'infériorité vis-à-vis des autres nations, en leur refusant les primes au moyen desquelles la France et les Etats-Unis d'Amérique maintiennent leur suprématie maritime dans le golfe Saint- Laurent.

Il est vrai de dire que l’administration actuelle a commencé un semblant de protection en armant une goëlette sous le commandement du Capitaine For. tin, et l’envoyant dans ces parages; mais cela n’a pas été suivi d'effet ; cette année on a mis à sa disposition une moindre force que dans la derniêre Saison. Evidemment il faut construire et envoyer Un ou deux vaisseaux po y protéger nos pêcheurs nationaux, avec une force suffisante pour agir sur l’eau, et la débarquer à terre partout où il est nécessaire pour rétablir les droits de propriété et l’ordre

ans Ces endroits éloignés et encore peu peuplés.

Considérons l’encouragement que donnent les Etats-Unis à leurs pêcheurs. Par un acte du Congrès, passé en 1819, ilest accordé à chaque bâtiment de plus de cinqtonneaux et de moins de trente, fesant la pêche dans le golfe Saint-Laurent une prime de trois piastres et demie par tonneau, pour une campagne de pêche, et à tout bâtiment audessus de trente tonneaux une prime de quatre piastres par tonneau.

La France accorde à ses sujets qui font la pêche dans le golfe Saint-Laurent un encouragement encore plus fort. Il est accordé pour chaque quintal de morue pris dans le golfe Saint-Laurent et

«es

ii le

transporté en France par bâtiments français une récompense de dix francs, et cinq piastres de plus par quintal, si le poisson est exporté en pays étranger par des vaisseaux français, et à part cela cinquante francs pour chaque homme employé dans le voyage.

Quelle est la conséquence de cette législation ? Les îles de Saint-Pierre et Miquelon, les seuls points qui soient restés à la France de son ancienne domination sur l’Amérique du Nord. sont visités chaque année par plus de 400 vaisseaux français, montés par plus de dix mille hommes.

Les pêcheurs des Etats-Unis, encore plus nombreux, parcourent toutes les criques et baies de notre golfe, et à l’aide de la loi du plus fort, chassent nos pêcheurs et exploitent à leur profit cette Source de prospérité que les eaux du golfe offrent en immense abondance à ceux qui savent et qui peuveut en profiter.

Que le Gouvernement Canadien offre et donne protection à nos pêcheurs, qu’il leur accorde des titres de propriété aux places de pêche, qu'il leur donne une prime égale à celle des Etats-Unis ou de la France; qu'il exempte de droits les articles nécessaires aux pêcheries ; qu’il fasse placer des phares dans tous les endroits dangereux ; qu'il donne libre passage par les canaux de L'Etat aux bâtiments Canadiens qui transporteront une cargaison de poisson dans le Haut-Canada, et en peu d'années les Canadiens, très propres par leurs habitudes, leur position et leurs relations à exploiter cette branche d'industrie, nerivaliseront-ils pas avantageusement avec les Français et les Américains ? Le Haut-Canada, en 1852, a acheté pour £8,000 de poisson importé par les Etats-Unis, pour lequelle Canada a payé plus de quinze cents louis de droits au trésor des Etats-Unis ! Ainsi, nous payons nous-mêmes une partie des primes accordées aux pêcheurs américains. Dans ce temps où les finances du pays

sont dans un état de surabondance, lorsque l'en voit les municipalités du Haut-Canada qui, en vertu d’un acte de la dernière session, auquel je me suis Opposé, ont déjà accaparé un demi-million de débentures du gouvernement, garanti se.iement, il est vrai, sur le fonds consolidé des municipalités, mais pour lequel le gouvernement sera appelé, je le crains fort, à payer à la fin, n'est-il pas temps que le Bas-Canada se réveille et reçoive pour son commerce et son industrie cet encouragement qui doit lui être donné? L’octroi de primes pour les marins et pour les pêcheries, doit passer en première ligne.

La facilité nrogressive des communications entre le Canada et les Etats-Unis, entre l'Amérique et l'Europe a donné une impulsion considérable au commerce extérieur du Canada. Depuis quelques années les Canadiens-Francais se sont de plus en plus distingués comme marchands-importeteurs, et dans la ville de Québec en particulier on peut dire qu’ils ne le cèdent en rien aux marchands d'aucune autre origine. Le commerce extérieur commande le commerce intérieur, et requiert des connaissances, et des capitaux qui ne sont pas toujours l'apanage du plus grand nombre.

Entre les causes qui exercent de l'influence sur les relations commerciales se irouve le système fiscal. La libreentrée de certains objets d'importation où d'exportation, l'impôt plus où moins élevé sur cerlains articles, réagissent d'une manière directe sur le commerce. A ce point de vue, une mesure peut faire pour les vieux pays de l’Europe et ne point faire pour un jeune pays ; et de ce quelaliberté de commerce peut être avantageuse à l'Angleterre, où les manufactures sont portées à leur plus haut degré de perfection et de production, il ne s’en suit pas que cette liberté de commerce soit avantageuse aux États-Unis ou au Canada. Sans le système de la protection, les Etats-Unis n’auraient Jamais réussi

à donner l'élan à leurs manufactures el, comme Conséquence naturelle, à leur commerce intérieur et extérieur ainsi qu'ils l'ont fait. Pour n’en fournir u'un seul exemple, le fer manufacturé est aux Etatsnis protégé par un droit de 40 pour cent, au Cana-

da parun droit de 124 depuis quatre ans, etce droit

sont pas, ou le sont presque sans profit. En 1851 il a été importé des Etats-Unis au Canada pour la valeur de £144,000 ; en 1852 pour la valeur de Æ£169,000 de fer manufacturé. Pourtant il faut avouer que dans les circonstances actuelles un droit élévé sur cet article,dont nous avons un be- Soin immédiat pour les grands travaux publics et jeu la construction des vaisseaux ne serait pas juicieux.

Il a fallu des éléments de prospérité bien vigou- Teux en Canada pour que le Commerce et les consommateurs aient pu Supporter sans souffrance ap- Parente, au moins sans plaintes, les charges du tarif actuel.

Depuis quelques années nous payons douze et demi par cent sur la valeur de presque tous les articles importés ; ceci est égal à la huitième partie de toutce que nous en achetons ; beaucoup de gens ne

pue letrésor public par cette taxe indirecte. Aussi e revenu des douanes a produit :

En 1850, - - - - - 2506050 8 ç En 1851, - - - 60611, 5 0 En 1852, - - - 205517 15 4

et en 1853 le chiffre s’est accru de 20 par cent. Ces droits sont prélevés principalement sur les objets SUVAants, savoir :—en 1859 :

Valeur des importations. Droits payés.

Sucre, £233,000 0 O0 Æ£118,000 Q 0 Coton, 774,000 O0 0 96,000 0 0 Lainage, 767,000 O0 0 95,000 0 0 30iSSOnS, 80,000 0 0 58,000 0 0 Thé, 313,762 13 8 57,896 15 7 Fer, h66,096 1 0 58,262 0 2 Tabac, 108,000 6 0 30,000 0 0 Soieries, 200,547 12 1 25,068 9 0 Mélasse, 32,460 12 10 18,642 17 1 fruits et épices, 44,000 O0 0 12,000 0 0 Toile, 84,000 O0 0 10,000 0 0

J'observe que malgré les droits énormes de 30 à 40 pour cent sur les boissons, ils’en importe 100,000 gallons de plus chaque année, et il en a été importé en 1852, 700,000 gallons. Ces chiffres sont pour toute la province.

D’après un calcul publié dans les documents parlementaires, on prétend que chaque individu paie en Canada deneuf chelins dix denierset demi de taxes; je crois ce montant audessous de la réalité. Les revenus de la province sont considérables, mais sont-ils employés dans l'intérêt général et d’une manière propre à favoriser le développement des éléments de progrès ?

En Europe, les états qui paient le plus de taxes sont ceux qui passent pour les plus riches, tel qu'on peut le voir par le tableausuivant :

Revenu. Par tête. Hifi D Angleterre, stg.£50,000,000 Æ£1 16 k £8 1 8 France, 7 67,000,000 117 6 9 8 ô Autriche, 25,000,000 8 & 21 8 Prusse, 15,000,000 10 7 212 11 Russie, 27,000,000 k 8 1 3 k Hollande, 13,000,000 114 3 711 3 Belgique, 10,000,000 18 7 #12 11 Espagne, 20,000,000 148 5 412 1 Portugal, 6,000,000 45 5 317 1

vo MERE an s “hi

; ei

Etats de l'Eglise, #,000,000 14 1 310 5 Turquie, k,000,000 + 05

N'est-1l pas remarquable que les peuples jouissant d'un gouvernement représentatif, tel qu’en Angleterre eten France, paient plus de taxes que les peuples régis par un gouvernement absolu ? Pensez-vous que chacun peut-être ne pas qu'en proportion de ce qu'ila? Où en coûte-il plus cher à de gouverner soi-même que dese faire gouverner ? Je laisse cela à votre décision.

Le montant de la dette publique de tous les états de l'Europe est estimé à £1,735,000,000sterling, dont presque la moitié est due par la Grande-Bretagne. Chaque individu doit et paie 3 piastres par an, ou quinze piastres par chaquefamille, 11 n'y arien en cela de surprenant, lorsque l'on observe que l’Europe maintientune armée de trois millions d'hommes, qui consomment une grande partie de ce revenu, mais qui, en termes d'économie politique, sont un capital absolument improductif.

La dette publique du Canadase monte actuellement à £4,666,193 5 3, dont l'intérêt annuel est de £2928, 143 15 6.

Avant l'union des provinces le Bas-Canada ne devait rien ; le Haut-Canada, endetté de deux millions de louis, était en banqueroute ; il fallait une bonne transaction commerciale pour le sauver : on a troqué le Bas-Canada, qui paie et qui paiera encore! Ces gens-là, n’est-ce pas, entendent mieux le commerce que nous ?

Les revenus des canaux publics sont sur un pied d’accroissement. Ils étaient :

En 1850,- - - - . - 65,772 10 6 En 1851, - - - 76216 & 6 En 1852, - - - - - 84602 7 0

En 1853, la progression se maintient, mais ces travaux faits pour l'avantage du Haut-Canada, ne donnent avec ces revenus que 3 pour cent.

Si l’on admet comme le vrai critérium de la

prospérité d’un pays ce que les économistes sont convenus d'appeler la balance du commerce, il faut avouer que le Canada marche à une banqueroute certaine, car depuis dix ans la valeur des importations a excédé celle des exportations de dix millions de louis, ainsi qu’on peut s’en convaincre par les états suivants des importations et exportations pour les dix dernières années :

Années. Importations. Exportations.

Mais d’après l’opinion des économistes modernes, à la tête desquels on peut citer Bastiat, on considère la balance du commerce comme une théorie incorrecte. En effet, il est facile de comprendre que beaucoup d’articles importés servent à la reproduction d’un nouveau capital, et qu'il rentre dans le pays un montant considérable qui n’est pas mis en ligne de compte, dans les rapports officiels : par exemple les 1200 vaisseaux qui arrivent chaque année au port de Québec, avec leurs 20000 matelots, paient une somme considérable qu’ils apportent de l’étranger pour les produits agricoles et pour les comestibles que les habitants du district de Québec leur fournissent directement et indirectement.

Néanmoins il parait évident que pour le plus grand intérêt du pays il faut réduire un peu cet excédant des importations sur les exportations, et ramener la balance un peu moins forte contre nous. Cette considération me mène au moyen d'opérer cette ré-

duction, et c'est laseconde partie de mon sujet : l'industrie du Bas-Canada.

Avec un hiver de cinq à six mois, qui suspend les travaux de l’agriculture, notre population anécessairement besoin de manufactures pour utiliser ce temps. En examinant le chiffre de l'importation d'objets manufacturés, on voit que nous payons des millions de piastres chaque année à l'étranger pour cela, à part la dette considérable déjà contractée, et qui se compose en grande partie de ce que nos cultivateurs doivent aux marchands de la campagne, de ce que les marchands de la Campagne doivent aux marchands-importateurs des villes, et de ce que ces derniers doivent aux marchands et aux manufacturiers de la Grande-Bretagne,

Un écrivain Français a dit: “Sous Colbert, il était défendu aux colons de tisser Ja laine dans la Nouvelle-France, ” Que cela soit vrai ou non, il est certain que dans les commencements de celte colonie il y avait quelque chose de plus pressant et de plus utile à faire que de tisser la laine, et avec une population clair-semée et petite en nombre, comme l’a été la population de ce pays sous la domination française, décimée encore par les guerres coloniales, il était impossible d'encourager l’industrie sur un grand pied. Maintenant que la population s'est accrue, il devient nécessaire d'y porter ur: plus vif intérût, Quoiqu'il n'y ait que peu de manufactures d'étoffes ici, parmi lesquelles on peut compter Ja manufacture Larochelle, établie en commandite à Saint-Anselme, il n’en est pas moins vrai que l'esprit industrieux des Canadiens-Français, à l'aide de métiers particuliers travaillés dans le plus grand nombre de nos maisons de cultivateurs, produit une quantité d’étoffesmanufacturées beaucoup plus élevée que dans le Haut-Canada.

Par le recensement agricole de 1852, on voit qu'il a été manufacturé dans le Bas-Canada :

780,891 verges de drap, (étoffe du pays), 589,532 % de toile.

860,850 ‘“ de flanelle (droguet).

mm

Total, 2,531,264, représentant une valeur d'au moins

£500,000 courant.

La fabrication du papier retient un capital assez considérable dans le pays, et l'importation de cet article a diminué chaque année.

En 1851 elle étaitde- - - -£27,000 0 0 En 1852 elle était de- - - - 22,000 0 0 dont plus dela moitié est pour le Haut-Canada.

La culture du lin, pour l’encouragement duquel le SOuvernement Britannique accorde actuellement une subvention en jrlande, réussirait très-bien ici, si l'impulsion était une fois donnée ; mais pour la rendre utile et profitable il faudrait des moulins où le Touissage du lin se fait à l’aide de machines. M. Kirkwood, qui fut envoyé l'an dernier par le gou- Yernement actuel comme agent d’émigration dans la Grande-Bretagne, et qui est maintenant à Québec, a recueilli les informations les plus correctes sur le mode amélioré de culture et de fabrication du lin en Europe. Grâce à l'esprit entreprenant de notre conciloyen, Angus McDonald, écuyer, seigneur de Portneuf, il a été construit là un moulin pour cet objet, le seul qui existe dans le Bas-Canada; et si cet établissement était mis sur un pied plus étendu, avec l’aide et sous le contrôle du Bureau d’Agriculture, ouvert à l’enseignement public, cette industrie pourrait devenir de la plus grande importance, car il est certain que le lin vient très bien sur nos terres.

Quelles immenses ressources n’offre pas le Canada de tous côtés. N’avons-nous pas l’or dans la vallée de la Rivière Chaudière, à quelque distance de Québec, où déjà trois ou quatre compagnies se disputent le terrain? l’argent et le cuivre sur le bord du Lac Supérieur, le fer au nord et au sud du Saint-Laurent ?

Une compagnie à laquelle j'appartiens comme actionnaire, la ‘ Compagnie des mines d’or du Saint- Laurent, ” avec un capital de £30,000, a déjà ses parts à 25 pour cent de prime ; elle a envoyé un agent en Europe, et le printemps prochain il sera fait des locations pour permettre à tout mineur d'y exploiter comme en Californie ou en Australie. Que veut-on de plus ?

Il nous a manqué jusqu'ici des capitaux et des communications intérieures, mais voici que le crédit de la province est bien établi; les Bons Canadiens commandent 12 à 15 par cent de prime à Londres, les capitaux étrangers s’introduisent dans le pays, les grandes voies ferrées qui vont traverser le Canada d'une extrémité à l’autre, vont offrir à nos agriculteurs et à nos commerçants la facilité de tous les marchés de l'Amérique. Bien vite, à part la ligne Sud où du Grand Tronc, le grand chemin de fer central du Nord reliera ensemble Québec et Montréal, et nous fera communiquer directement avec la vallée de l'Outaouais, et de là Jusqu'au Lac Huron, par une ligne de quatre cent milles plus courte que celle du Grand Tronc, et ue dans toute sa longueur traverseraune contrée fertile en produits de toutes espèces, alimentée par les plus beaux pouvoirs d’eau, couverte d'une population heureuse et jouissant à l’aisedes bienfaits du commerce et del’industrie, Ajoutons à celala récriprocité du commerce avec les Etats-Unis, la navigation libre du Saint- Laurent pour toutes les nations, une ligne de vaisseaux à vapeur de Québec à Liverpool, et ne peut-on pas dire que le Canada est réservé à de grandes destinées ?

Avec ces ressources sous leur contrôle il ne dépend que de la volonté des habitants du Bas-Canada de puiser à la fontaine des richesses ; mais sur ce sol américain où la race anglo-saxonne pleine d'énergie, domine par le nombre, il nousfaut, à nousCanadiens- Français, ne rien négliger pour nous conserver cette

dt

pos d'égalité que nous avons droit de réclamer. e désespérerais de voir ces résultats, si je ne savais une seule chose qui fait notre force. C'est que chaque année il sort de nos colléges, si bien dirigés par notre vertueux et digne clergé, une jeunesse forte de ses principes, forte de ses convictions, forte de son instruction. Qu'elle ait confiance en elle-même, qu’elle soit unie, qu'elle pratique les vertus sociales, etvieillissant à l'ombre de cette nationalité que nous eultivons tous avec tant d’attachement, elle tiendra sa position sur le sol de ses aïeux. Rien ne doit nous encourager plus que de voir au milieu de nous curgir une institution où l’on pourra acquérir Îes connaissances en tous genres, avec des degrés de baccalauréat, qui ne nous laisse rien à envier aux autres pays; je veux parler de lUniversité-Laval, due au patriotisme intelligent des vénérables Messieurs du séminaire de Québec.

Je le répète, l'éducation commerciale est la nremiére nécessité de notre époque, etcette éducation peut facilement s’obtenir dans nos colléges et dans plusieurs de nos écoles modèles ; mais il faut que cette instruction se fortifie par ln lecture des revues et des journaux de commerce que lon trouve dans la salle de l’Institut, entr'autres dans cet excellent journal périodique que l’on nomme units Magazine, dans lequel j'ai moi-même puisé plusieurs renseignements sur le sujet qui nous occupe.

Placés comme nous le sommes, il faut réclamer notre place dans les rangs du monde commercial et industriel, et briser avec énergie les barrières que le privilége etlacapparement des uns € l'indifférence des autres ont opposé au développement des ressources du pays. Le monopole, cet abus de la puissance, cet nnpôt de l’avidité sur l'ignorance, de la force sur la faiblesse, qui a toujours appesanti son joug sur les colonies, n’a que trop longtemps paralysé les progrès du Canada. Mais toutes ces difficultés ne doivent que raviver l'énergie de l'homme

intelligent etlaborieux. En mettant en pratique le nrincipe d'association entre nous. on acquiert de la force contre les obstacles, et alors le commerce et l'industrie, guidés par le flambeau des lumières, peuvent facilement trouver de quoi s'alimenter dans l'exploitation des immenses ressources du pays, et procurer à notre population cette prospérité, cette aisance, ce bien-être matériel et moral qui font Je bonheur des peuples, comme des individus.

Page 1